-
Finnigan et moi de
Sonya Hartnett
Je meurs. C’est un beau mot, la mort. On dirait le soupir long et lent d’un violoncelle.
La mooort…
Mais bon, à part le son, la mort n’a rien de beau. En tous cas pas la mienne.
-
Finnigan et moi de
Sonya Hartnett
Là-haut, je m’assieds dans l’anfractuosité, je mets les bras autour de mes genoux, et je regarde. Je suis la gargouille de ce flanc de montagne. Si j’avais des ailes, elles seraient de geai. Elles se déploieraient en craquant comme du vieux cuir puis, une fois étendues, lâcheraient des gouttes d’huile.
De mon perchoir vertigineux, voici ce que je vois : une ville et des arbres miniatures. Le monde est une boite à joujoux renversée. Je vois des maisons de poupées, des camions que conduisent des puces. Et je vois d’autres choses, plus grosses et pourtant plus lointaines. Je vois des forêts, des champs, des montagnes et des nuages. Je vois l’ivoire des dents de requin acérées que forment les pics. Tout ça d’un regard. Au-delà de ce que je vois, il n’y a rien. Il n’y a pas d’endroit au-delà de celui-ci. D’où je suis, je vois tout ce qui arrive avant d’être vu, moi.
Mes cheveux dansent devant mes yeux. Je les repousse du bout des doigts.
Surrender se retourne et réfléchit. Il a envie de mordre. Sa lèvre supérieure ondule comme une vague. Rien d’important, ici, à part mon lévrier.
> lire la suite
-
L'Enfant du jeudi de
Sonya Hartnett
Je fus prise d'un petit vertige de démence, comme si une abeille bourdonnait dans ma tête. Je ne savais même plus quand je devais être heureuse ou non. Je me rendis compte que j'avais oublié quand c'était le moment de sourire.
-
Par Aifelle, le 02/02/2011
Finnigan et moi de
Sonya Hartnett
"Il essaye de me poignarder avec son regard tranchant. Je suis pas très inquiet. Je risque pas grand-chose. Il a du mal à respirer. Dans ses poumons, çà siffle, çà gronde. Il est en train de comprendre que, si malade qu'il soit, je n'aurai pas pitié de lui. Il commence à s'enfoncer dans le ciboulot que je suis là parce que çà sent le sapin pour lui. Je ne reculerai pas. Je ne renoncerai pas. Il le savait, mais il l'avait pas encore intégré pour de bon."
> lire la suite
-
Par canel, le 16/06/2011
Une enfance australienne de
Sonya Hartnett
Il a fallu quelques jours à Adrian avant de prendre conscience que l'école est un long calvaire pour un enfant seul. Il n'a pas l'instinct grégaire. Il est incapable de s'intégrer à un groupe d'amis. Il pense qu'il n'a rien à leur apporter, qu'il serait un parasite et, partant, traité avec le mépris approprié. Il pense qu'il n'a rien à apporter à qui que ce soit pour une raison simple : il estime être ordinaire et ennuyeux. Rien, en lui, n'a la moindre valeur. Au moins, il est assez intelligent pour en avoir conscience. Il ne veut pas être l'un de ces ratés qui errent autour des cercles de copains, qui jouent les souffre-douleur, les esclaves ou les bouffons. Adrian préfère s'exiler de son propre chef. Seul, mais digne. Il ne sera pas blessé tant qu'il saura se protéger. Sauf que l'école est un endroit impitoyable pour un enfant rejeté. La sonnerie de midi suffisait à glacer le sang d'Adrian. L'heure de la pause était une traversée du désert interminable. (p. 137)
> lire la suite
-
L'Enfant du fantôme de
Sonya Hartnett
- Alors, après avoir étudié durant toutes ces années l’histoire, la géographie, la diction et le point de croix, connais-tu la réponse ?
Maddy battit des paupières.
- Quelle réponse, papa ?
Son père vida le reste de la bouteille de vin dans son verre et fit signe à la domestique d’apporter le porto.
- La réponse à la seule question qui importe, bien sûr : Quelle est la plus belle chose du monde ? (…)
La chose la plus belle du monde : son père était-il sérieux, existait-il vraiment une chose pareille ? Elle savait que l’homme de fer n’était pas homme à plaisanter, ni à dire ou faire quelque chose d’insensé. Le moment était crucial, à n’en pas douter, et il attendait pour le moins qu’elle plonge au plus profond d’elle même afin de lui donner la réponse. Celle-ci lui permettrait d’évaluer sa fille, il ne l’oublierait jamais.
> lire la suite
-
Par Eipoca, le 30/06/2011
L'Enfant du fantôme de
Sonya Hartnett
Les jeunes gens pensent que la vieillesse est au pied de la montagne, finit par dire Matilda. En vérité, elle est au sommet. Je suis vieille car j'ai vécu une vie entière. J'ai grimpé très, très longtemps. Lorsque je me retourne pour contempler le chemin parcouru, je vois le village où je suis née, ainsi que ma mère et mon père. Je vois les maisons dans lesquelles j'ai habité, les gens et les animaux que j'ai aimés. Les mauvaises routes que j'ai empruntées, les endroits où j'ai trébuché, et ceux où j'ai dansé, chanté et couru. Je peux voir se dérouler des années et des années. une telle vue n'est possible que du sommet d'une montagne. Ce n'est pas facile d'être là-haut - c'est venté, dangereux, et on s'y sent parfois seul -, mais c'est le sommet, et il n'y a pas d'autre lieu où aller.
> lire la suite
-
Une enfance australienne de
Sonya Hartnett
Car Adrian a peur. C'est une habitude. Il a peur des sables mouvants, des raz-de-marée, de la combustion spontanée, de la nuit. Il a peur des monstres marins, des armoires, de la foule, d'être oublié, de perdre sa route. Maintenant, il a aussi peur d'une branche.
-
Par kathel, le 20/04/2011
Finnigan et moi de
Sonya Hartnett
Les feuilles tombaient, jonchant le chemin avant d’être balayées par un vent du nord desséchant. Le cortège de feuilles était passé devant Finnigan en raclant le sol ; puis il avait tournoyé et s’était éloigné.
Je me tordais les doigts, partagé entre l’indécision et le désespoir. Je ne voulais pas céder, mais je connaissais le risque : Finnigan ne perdrait pas son temps avec quelqu’un comme moi, toujours entravé par son fil à la patte. Je le sentais prêt à m’abandonner. Je m’étais soudain mis à prier pour que le salut tombât du ciel.
> lire la suite
-
Par Melopee, le 11/06/2011
Une enfance australienne de
Sonya Hartnett
Adrian regarde le ciel. Se mord la lèvre. Sent le goût artificiel des Chickadees. Les autres enfants se jaugent. La solidarité, ça compte. Seul, on n'existe pas. Ensemble, on est fort. Alors, Adrian aussi crie :
- Saute !
Il ne faut pas qu'on le voie se taire. Il espère que la Jument n'en fera rien. Il a conscience qu'il n'y aurait rien de pis que de voir cette fille dégingandée dégringoler du toit ; et néanmoins, il est obligé de l'encourager à se tuer, bien que les mots lui raclent la poitrine.
- Saute ! s'époumone-t-il. Saute !
> lire la suite