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Loin de Chandigarh de
Tarun J. Tejpal
- Les livres, c'est du gaspillage. Mon père disait que labourer un champ vous en apprend plus sur la vie que cent livres. Il m'a retirait de l'école quand j'avais dix ans. Il disait : "Si les livres vous donnent les réponses, pourquoi ce pays a-t-il tellement d'ennuis ? "
[...] Son second, plus jeune, intervint : "Ce n'est pas du gaspillage. C'est une maladie. Les gens qui lisent imaginent qu'ils peuvent comprendre la vie a travers les livres. Dites-moi, sahib, si vous lisez cent bouquins sur le poulet tandoori, est-ce que vous le goûter ?"
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Par jostein, le 22/10/2012
La vallée des masques de
Tarun J. Tejpal
Il est follement présomptueux de croire qu'on peut corriger le monde, et sage de comprendre qu'on ne peut que l'endurer.
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Par Cath36, le 28/01/2013
La vallée des masques de
Tarun J. Tejpal
Peu importe que je ne comprends pas dans sa totalité la signification de mon histoire. Quelqu'un d'autre y parviendra, tôt ou tard. Tel est le principe auquel les hommes devraient s'en remettre pour agir. Faire ce qu'ils savent devoir faire, confiants dans le fait que quelqu'un d'autre, lui aussi, fera ce qu'il doit faire.
Je suis arrivé dans cette maison, en présence de cette machine noire, afin de pouvoir dire ce que j'ai vécu. Mon sablier se vide implacablement. Bientôt, des ombres d'ombres sans pitié se glisseront par les crevasses de cette vieille demeure.
Je pose ma tasse vide sur le rebord de la fenêtre derrière la table. Pas une feuille ne bouge aux branches du semul. Le moment est venu de poursuivre. De presser le pas et d'en finir.
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Loin de Chandigarh de
Tarun J. Tejpal
Fizz me donnait cela, l’ultime paradoxe : la passion totale et la paix totale. Dans son corps, je recherchais les deux, et les trouvais toujours. Le même corps capable de déchaîner ma frénésie pouvait aussi, à son seul contact, m’apaiser comme un cygne sur un lac lisse.
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Par BMR, le 09/12/2008
Loin de Chandigarh de
Tarun J. Tejpal
Le python semblait avoir sombré dans le coma, incapable de se ranimer. Puis tout à coup, un frémissement le parcourut. Un mouvement, un bruissement. Le train n'était ni visible, ni audible. Pourtant, des hommes, des femmes et des enfants remontèrent à bord des véhicules. Nous aussi. Les moteurs vrombirent. Au loin, un sifflement retentit, une trépidation parcourut le sol, il y eut un cliquetis de roues d'acier; sans avoir rien vu, on comprit que le train était passé. Tout était figé. Les derniers pisseurs avaient émergé des fossés pour regagner leur voiture. Le serpent semblait retenir son souffle. Puis, dans un rugissement et un crachat soudains, il entra en action. D'abord il se souleva, ondula, s'ébranla. Ensuite, le serpent venant en sens inverse commença à se mouvoir vers nous. Et le nôtre à se redresser : tout ce qui dépassait s'aligna, dans un tumulute de cris et d'insultes. Le serpent devait passer par un sas étroit et il s'effila de lui-même pour s'y faufiler. Après de longues minutes de klaxons, coups de freins et bousculades, on franchit la bosse de la double voie ferrée, tandis que le serpent avançait en face.
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Loin de Chandigarh de
Tarun J. Tejpal
Mais le désir est une chose curieuse. S'il n'est pas là, il n'est pas là, et rien ne peut le faire apparaître. Pis : quand le désir commence à faire naufrage, tel un bateau qui a chaviré, il emporte à peu près tout avec lui. Je l'ai vérifié.
Dans notre cas, il emporta par le fond les conversations, les rires, la complicité, la sollicitude, les rêves, et presque - le plus important, le plus important de tout l'affection. En peu de temps, mon désir en perdition avait tout entraîné avec lui dans les profondeurs de l'océan. Seule l'affection surnageait, telle la main ballotée par les flots d'un homme qui se noie, dangereusement suspendue entre la vie et la mort.
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Par Gwordia, le 16/05/2011
Loin de Chandigarh de
Tarun J. Tejpal
La chambre baignait dans une semi-obscurité. Fizz avait jeté une serviette sur l'ampoule faiblarde. Assise sur le lit, adossée au mur, les jambes nues sous le large tee-shirt, image de moiteur dans les ombres noires.
Lorsque je m'étendis, elle ouvrit sa chair humide et m'en nourrit tout entier. Mon nez, ma bouche, mes doigts, ma souffrance. Le musc de son amour submergea mes sens, ma vie dans son intégralité se résuma aussitôt à un seul mot. Fizz.
Reportant tout le reste à plus tard, je cherchai la lisière de sa toison et me frayai un chemin sur ses pistes odorantes. Puis, ayant trouvé son noyau brûlant et m'y étant abreuvé, je le délaissai et vagabondai sur son corps, pour revenir ensuite, en cercles concentriques, chercher ma pitance.
Nous escaladâmes et dévalâmes des sommets. Arpentant d'anciennes voies d'un pas nouveau. Explorant de nouvelles voies d'un pas rodé. Dans ces instants-là, nous étions l'oeuvre de peintres surréalistes. Telle parite du corps se joignait à telle autre, au petit bonheur. Il en résultait un chef-d'oeuvre. Orteils et langue. Mamelon et pénis. Doigt et bourgeon. Aisselle et bouche. Nez et clitoris. Clavicule et fessier. Mons Veneris et phallus indica.
Le Dernier Tango des labia minora. 1987, Vasant Kunj. D'après Salvador Dali.
Dessinateurs : Fizzetmoi.
Fizz hurlait en silence - dents serrées, bouche ouverte. Seuls ceux qui ont vu une femme pousser un cri muet dans l'orgasme savent à quel point il est assourdissant. Le sien déchirait la chambre et déchaînait ma frénésie.
De temps à autre, elle atteignait des sommets si hauts que, l'ayant perdue de vue, je devais attendre qu'elle redescende pour renouer le contact.
Parfois, elle revenait impatiente de repartir à l'assaut d'un autre pic. Parfois, elle revenait affaiblie et je devais la préparer à nouveau. Je tentais de la suivre, de rester à sa hauteur, mais ce n'était pas toujours possible. Il n'y a pas de doute : dans le sexe, les hommes stationnent au camp de base. Ils peuvent jouir des nombreux plaisirs de la moyenne montagne, mais les sommets vertigineux leur sont refusés. Il leur manque le souffle, l'imagination, l'abandon, l'anatomie. Leur tâche consiste à préparer les vrais grimpeurs : les femmes, les artistes des hautes cimes. Ces chamois capables de sauter d'arête en arête, de sommet en sommet, jusqu'à la vastitude de l'éternité.
Depuis des millénaires, les hommes luttent contre cette certitude. Ils connaissent l'existence des altitudes inaccessibles. Il n'est pas facile d'être inférieur.
Il n'est pas facile pour un sanglier de vivre parmi les gazelles.
Les hommes rusés attendent et jouissent par procuration. Ils inventent pornographie et plaisirs de substitution. Ils encouragent les alpinistes, les admirent de loin, et en tirent du bonheur.
Les hommes stupident mettent les chamois aux fers. Ils serrent les rangs, inventent la religion, la moralité, les lois, érigent des palissades et interdisent les montagnes. Nul n'ira où ils ne peuvent aller. Les hauteurs sont perdues à jamais.
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Par BMR, le 09/12/2008
Loin de Chandigarh de
Tarun J. Tejpal
[...] Il n'y a pas de doute : dans le sexe, les hommes stationnent au camp de base. Ils peuvent jouir des nombreux plaisirs de la moyenne montagne, mais les sommets vertigineux leur sont refusés. Il leur manque le souffle, l'imagination, l'abandon, l'anatomie. Leur tâche consiste à préparer les vrais grimpeurs : les femmes, artistes des hautes cimes. Ces chamois capables de sauter d'arête en arête, de sommet en sommet, jusqu'à la vastitude de l'éternité. Depuis des millénaires les hommes luttent contre cette certitude. Ils connaissent l'existence des altitudes inaccessibles.
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Histoire de mes assassins de
Tarun J. Tejpal
Un couteau est un bel objet. Il n’est pas fait pour tuer. Pour ça, il y a le pistolet. Le couteau sert à effrayer, à semer la terreur dans la mémoire de ton adversaire. Le couteau est un instrument d’orfèvre, le pistolet un ustensile de quincailler. Une balle ne te donnera jamais la finesse, la précision d’une lame. Avec un couteau, tu peux décider de la punition exacte que tu veux infliger. Faire une incision de douze centimètres de long, un trou de cinq centimètres de profondeur, trancher la moitié d’un doigt, épointer le nez, sectionner la langue en deux, couper un testicule en rondelles, agrandir la taille d’un trou du cul, effiler les oreilles, dessiner une fleur sur un torse, une étoile sur une joue. Tu peux réaliser toutes ces jolies choses. Si les circonstances l’exigent, tu peux aussi sortir les entrailles, découper le coeur, planter un drapeau dans la cervelle. Avec un pistolet, une seule chose est possible : un trou dans la peau. Les tueurs utilisent une arme à feu. Les artistes préfèrent l’arme blanche.
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Par erellwen, le 17/08/2010
Loin de Chandigarh de
Tarun J. Tejpal
Nous avions assimilé l'art de la nomenclature de l'homme blanc.
Des étiquettes prestigieuses masquaient des choses impardonnables.