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Par Cath36, le 30/01/2011
Failles de
Yanick Lahens
Lire, c'est ouvrir les portes du silence, y pénétrer à pas feutrés, le coeur battant, et miser gros sur l'inconnu. Ce qu'on apprend dans les livres de Christian Bobin, c'est la grammaire du silence. Et cette langue n'a point de fin. Et elle me console. Souvent.
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Par Cath36, le 30/01/2011
Failles de
Yanick Lahens
Pourquoi nous les Haïtiens ? Encore nous, toujours nous ? Comme si nous étions au monde pour mesurer les limites humaines, celles face à la souffrance, et tenir par une extraordinaire capacité à résister et à retourner les épreuves en énergie vitale, en créativité lumineuse. J'ai trouvé mes premières réponses dans la ferveur des chants qui n'ont pas manqué de se lever dans la nuit. Comme si ces voix qui montaient, tournaient résolument le dos au malheur, au désespoir.
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Par Cath36, le 30/01/2011
Failles de
Yanick Lahens
Autant dire que nous sommes devenus à la longue des camés, dépendants d'une cocaïne, d'un crack qui s'appelle l'aide internationale. La reconstruction, la vraie, supposerait un accompagnement de qualité venu d'ailleurs (car nous avons besoin d'aide) mais précisément pour une cure de désintoxication qui passerait par les affres du sevrage avant le long chemin vers la dignité.
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Failles de
Yanick Lahens
Nous somme devenus à la longue des camés, dépendants d'une cocaïne, d'un crack qui s'appelle l'aide internationale. La reconstruction, la vraie, supposerait un accompagnement de qualité venu d'ailleurs (car nous avons besoin d'aide) mais précisément par une cure de désintoxication qui passerait par les affres du sevrage avant le long chemin vers la dignité.
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Par Cath36, le 30/01/2011
Failles de
Yanick Lahens
Dieu que ce 12 janvier nous fait mal ! Cela on ne le dira pas assez non plus. On préférera plutôt, sans nuance aucune, claironner l'incompétence et la corruption absolues de toute l'administration publique haïtienne. Ce que je ressens comme une injure à la mémoire de tous ces travailleurs et travailleuses de l'ombre, comme une seconde mort.
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La couleur de l'aube de
Yanick Lahens
De cette ville j'ai tiré une leçon, une seule : ne jamais s'abandonner. Ne laisser aucun sentiment vous amollir l'âme. Au lieu du coeur, une matière dure et rude avait pris place à l'intérieur de ma poitrine juste entre les deux seins. J'ai reconnu ma petite pierre grise. Et j'ai respiré très fort pour être bien certaine qu'elle tenait encore solidement à sa place.
Dans cette île, dans cette ville, il faut être une pierre.
Coincée dans ce tap-tap, je me laisse petit à petit envahir par le bavardage de Lolo, assise à mes côtés. ...
Lolo parle beaucoup. Parle trop. D'ailleurs en ce moment même, elle glousse déjà avec son nouvel amant, "son vieux" comme elle l'appelle. Soixante ans bien sonnés et qui a peur. Peur de vieillir. Et qui veut éprouver sa virilité dans le velours de sa jeunesse à elle, dans les eaux de jouvence de ses vingt ans. "Alors il paie", m'a encore répété Lolo en me dressant la liste de tout ce à quoi elle estime avoir droit : un voyage à Miami, une implantation de cheveux à la Naomie Cambell, "Fini Joyeuse, ces rallonges jamais aux couleurs qu'il faut pour faire des tresses interminables comme une Blanche", des cartes pour son téléphone portable et bien sûr des vêtements, des vêtements en veux-tu, en voilà. Elle m'a confié qu'après son premeir voyage à Miami elle reviendrait pour ne pas éveiller des soupçons mais qu'au second elle disparaîtrait dans les champs d'orangers en Floride. "Tu sais bien que la misère et moi nous ne nous entendons pas bien du tout. Je ne suis pas comme tous ces gens autour de nous qui attendent que Dieu, Notre-Dame du Perpétuel Secours, saint Thérèse, Agoué, le patron, le gouvernement ou la révolution vienne à leur secours. Personne ne viendra nous sauver, Joyeuse, personne. Alors le vieux il ne reverra plus Lolo." Il y a un mois, curieuse, je lui ai demandé "Ton vieux, il est vieux comment ?". Elle m'a répondu comme si, concentrée et pensive, elle cherchait des mots pour décrire une expédition dans une contrée lointaine, l'Antarctique ou le pôle Nord : "Vieux comme quelque chose qui m'est étranger, Joyeuse, comment te dire...Quelque chose que je ne connais pas. Vieux comme la neige, froid comme l'hiver."
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