Pour la première fois, la stupéfiante montée de l'hitlérisme en Allemagne est décrite et expliquée sur un plan strictement local. Comme un savant penché sur son microscope, William Sheridan Allen a analysé, jour apr... > voir plus
Plongée détaillée, documentée dans l'arrivée au début des années 30 du nazisme dans une jolie petite ville, sans grande industrie, avec une histoire passée, et une bourgeoisie nationaliste, du nazisme, son installation, son organisation, sa prise de pouvoir – histoire du combat distancié un temps, rapidement acharné mais dans l'idée de la défaite prévisible, des sociaux-démocrates, des ouvriers et chômeurs – histoire de la propagande – de l'acceptation molle des démocrates...
Chiffres, témoignages, dépouillement des journaux.
Une lecture fascinante, malgré des passages arides (liés au sérieux de l'étude)
Les facteurs qui avaient mené Thalburg au bord du Troisième Reich avec une majorité nazie de trois cinquièmes des électeurs (presque le double de la moyenne nationale) n'étaient pas nombreux, mais ils étaient liés intimement et de manière complexe. Le principal était assurément la crise. Seule la classe ouvrière avait matériellement souffert de ces trois années de graves difficultés économiques ; mais au fond, c'est peut-être la bourgeoisie qui fut la plus profondément touchée, tant elle craignait que s'abatte sur elle une catastrophe la vouant au même destin que les sans-abris ou que la révolution sociale vienne abolir ses privilèges.
La lutte était silencieuse, car les socialistes ne tenaient guère à montrer leur faiblesse ; quand au Gräfische, il fournit une explication officielle des licenciements en disant qu'il s'agissait de « réductions saisonnières de personnel. Les syndicats libres organisèrent bien un grand rassemblement en juillet et l'on s'attendait à ce qu'ils prennent position sur la question. Mais, au lieu de cela, les orateurs insistèrent simplement sur la nécessité de défendre la République et de faire triompher le socialisme.
La campagne et le scrutin montrèrent le degré d'organisation auquel était parvenu le régime nazi. Pendant près de deux semaines avant le jour du vote, pratiquement toute la ville de Thalburg fut contrainte de participer à des rites dépourvus de tout convenu. La fonction des élections n'était pas de déterminer ou d'enregistrer la volonté des citoyens de Thalburg. Elle était d'imposer aux Thalbourgeois la toute-puissance et la détermination du Parti.
Mais il y en avait qui cherchaient vraiment du travail : à la raffinerie de sucre de betterave, par exemple, qui avait besoin de 200 hommes supplémentaires chaque automne après la rentrée de la récolte. Il y eut plus de 900 demandes pour ces emplois au mois de septembre 1930. Le Volskblatt prétendit que la raffinerie prenait de préférence des sympathisants nazis parce qu'ils n'étaient pas organisés en syndicats.
Les nazis, avec leur sens de l'agitation politique, entreprirent d'exploiter l'aggravation de la situation économique. Le referendum avait redonné le goût des meetings ancien style. L'un d'eux, qui eut lieu à la fin d'août à la salle du Marché aux bestiaux, eut pour vedette un ancien officier et un ancien communiste qui parlèrent de « la marche fantastique vers la grande victoire ! » et de « la terreur rouge ».