l y a deux ans, je découvrais ce livre grâce à une amie allemande. Je ne lui dirai jamais assez merci.
Je l'ai relu pour le mettre, avec ses cinq coquillages tellement mérités, dans mon blog.
J'avais acheté ce livre car Ursula m'avait expliqué que la jeunesse allemande l'avait plébiscité :
Sebastian Haffner permettait de comprendre le basculement de toute la nation allemande vers le nazisme.
La lecture est tout aussi intéressante pour les Français.
Le destin de ce livre est étonnant, il est écrit à chaud en 1938 par un homme qui a refusé le nazisme et qui s'est réfugié en Angleterre. Il ne sera pas publié.
En 1999, à la mort de
Sebastian Haffner, devenu un journaliste et un écrivain de renom allemand, ses enfants trouvent ce manuscrit et le publient.
La puissance du livre vient de là : il est écrit à chaud au plus près des événements, parfois au jour le jour, à travers les yeux d'un enfant puis d'un adolescent et enfin d'un jeune adulte.
On comprend qu'il s'en est fallu de peu pour que lui-même accepte sans jamais l'apprécier, la tyrannie nazie.
On suit avec dégoût toutes les veuleries des partis politiques traditionnels.
On est horrifié par la façon dont les gens se tuent pour des causes plus ou moins claires.
Puis l'horreur s'installe et là c'est trop tard plus personne ne pourra se défendre.
Mais peut-on en vouloir au peuple allemand alors qu'aucune puissance étrangère ne saura résister aux premières provocations d'Hitler quand cela était encore possible.
L'analyse est très poussée, et brasse l'ensemble de la société allemande, comme Haffner fait partie de l'élite intellectuelle, c'est surtout les élites que l'on voit à l'œuvre. Elles ont longtemps méprisé Hitler qu'elle prenait pour un fou sans importance, « un comploteur de brasserie », mais elles n'ont compris le danger que lorsqu'il était trop tard.
La cause principale du nazisme est à rechercher dans la guerre 14/18, comme on l'a déjà souvent lu, ce qui est original ici, c'est la façon dont cet auteur le raconte.
Sebastian Haffner a sept ans quand la guerre éclate, pendant quatre longues années, il vivra en lisant tous les jours les communiqués de victoire de l'armée allemande, pour lui c'est cette génération là qui sera le fondement du Nazisme.
" Enfant j'étais vraiment un fan de guerre…. Mes camarades et moi avons joué à ce jeu tout au long de la guerre, quatre années durant, impunément, en toute tranquillité- et c'est ce jeu-là, non pas l'inoffensive « petite guerre » à laquelle il nous arrivait de jouer à l'occasion dans la rue ou au square, qui nous a tous marqués de son empreinte redoutable."
Son récit séduira bien au-delà du cercle habituel des historiens, car il est vivant, concret émouvant parfois. Il permet, soit de revivre une période étudiée en lui donnant le visage de la réalité, soit de comprendre le nazisme à travers la vie d'un allemand embarqué bien malgré lui dans la tourmente de son pays.
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