La poétesse connue sous le nom Marie de France est, vers la fin du XIIe siècle, le premier grand auteur féminin de la littérature française. Ses Lais sont des récits d'aventure et d'amour dont la matière est tirée du fo... > voir plus
Ce recueil de Lais, composés par Marie de France, est un petit bijou : il est vraiment passionant de découvrir la sensibilité d'une femme du Moyen Age (même si l'origine du texte reste quelque peu incertaine). L'auteur nous offre une analyse très précise des problématiques liées à la condition de la femme au Moyen Age, notamment concernant le mariage forcé. L'ouvrage, marqué par une présence du merveilleux très prononcée et par un fort héritage issu des traditions orales ou de la légende de Tristan et Iseut, se compose également d'une analyse et une réflexion minutieuses de l'amour, qui passe par des sentiments variés tels que la souffrance face à la séparation, la trahison, la mort d'amour, le bonheur lié au pLaisir d'aimer.
A l'époque de Marie, des jongleurs originaires de Bretagne armoricaine chantaient, en s'accompagnant de la rote ou de la harpe, des chansons qu'ils nommaient des Lais et que le public appelait Lais bretons, à cause surtout de l'origine de ceux qui les chantaient.
Nous ne savons pas grand chose de ces chansons dont l'existence est cependant attestée. Les jongleurs bretons y avaient recueilli les traditions légendaires de leur pays, entre autre chose. Ces Lais n'ont été qu'un point de départ pour Marie qui a puisé à bien d'autres sources pour les développer en nouvelles: légendes celtiques, Ovide, Wace...
En ce temps-là, Hoël régnait sur le pays qui était aussi souvent en paix qu'en guerre. Le roi avait parmi ses barons le seigneur du pays de Léon qui se nommait Oridial. Ce dernier était un de ses intimes, plein de valeur et de courage. Sa femme lui donna deux enfants: un fils et une fille fort belle. On appela Noguent la jeune fille et le jeune homme Guigemar. Il n'y en avait pas de plus beau dans le royaume. Sa mère le chérissait étonnamment et son père l'aimait beaucoup. Quand il put cesser de le garder auprès de lui, il l'envoya au service du roi. Le jeune home qui était avisé et valeureux, gagnait l'amitié de tous. Quand il eut assez d'années et de raison, le roi l'équipa magnifiquement en lui donnant les armes de son choix. Puis Guigemar quitte la cour, non sans avoir donné quantité de cadeaux avant son départ. En Flandre, il s'en va pour faire sa réputation, car il y eut toujours là bataille et guerre. Pas plus en Lorraine qu'en Bourgogne, en Anjou qu'en Gascogne on n'aurait pu trouver à cette époque un chevalier aussi parfait et qui fut son égal.
« L’amour est une plaie intérieure
Qui ne transparaît pas au-dehors.
C’est un mal qui résiste longtemps
parce qu’il vient de Nature.
Beaucoup s’en moquent,
comme ces ignobles galants
qui font les jolis cœurs partout
et qui se vantent de leur succès.
Ceci n’est pas de l’amour, mais de la folie,
de la perversité et de la débauche.
Quand on peut trouver un amant loyal,
il faut le servir, l’aimer
et lui obéir. »