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ISBN : 2916488545
Éditeur : Editions La Louve (2012)


Note moyenne : 4.33/5 (sur 3 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Tome I, 1812-1815. Récits des derniers temps de l’Empire par un général de Napoléon

Frédéric Guillaume de Vaudoncourt fut l’un des généraux de Napoléon. Publiés en 1835, ses Mémoires d’un proscrit n’ont étonnamment jamais été réédités, bien qu’ils constit... > voir plus
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Critiques, analyses et avis (2)

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 03 juin 2012

    LiliGalipette
    TOME 1
    Général de l'armée Napoléonienne, Frédéric Guillaume de Vaudoncourt ouvre ses mémoires par des réflexions liminaires sur la littérature et les récits historiques. Entre l'honnêteté et la flagornerie, il a choisi la première et se place résolument du côté de la vérité. « Je me suis attaché avant tout à la vérité historique, et j'ai osé la dire tout entière et sans détour. » (p. 369) le mémorialiste se veut sincère et prétend faire œuvre d'intérêt public pour restaurer l'histoire de l'Europe. « Il y aura peut-être dans ce récit quelques leçons utiles pour ceux qui pourraient encore être dupés par les sycophantes de liberté et les escamoteurs de révolutions. » (p. 171)
    Le premier volume des mémoires présente les années 1812 à 1815, entre revers de fortune personnels et bouleversements historiques. « La fin de la campagne de 1812, origine des malheurs qu'a éprouvés la France, a été pour moi le temps où devait s'arrêter ma carrière jusqu'alors agréable et brillante autant qu'elle est honorable. » (p. 67) Pour lui, la fin de la campagne de Russie et la chute de l'Empire préfigurent la chute de l'Europe et le début de ses malheurs personnels. « Mon temps se passait à Pétersbourg aussi agréablement qu'il était possible, étant éloigné de ma patrie, prisonnier de guerre, et au milieu des inquiétudes que me causaient les malheurs que je savais menacer la France. » (p. 148) Loin de chez lui, le général d'Empire, observe ce qui l'entoure, étudie et écrit.
    Ses mémoires ont le ton de chroniques européennes quand il écrit de longues descriptions de la cour de Catherine II de Russie ou qu'il porte un regard lucide sur la création de l'Italie. Frédéric Guillaume de Vaudoncourt est un spectateur et un protagoniste de la grande Histoire. Proscrit après la chute de Napoléon et son exil à Sainte-Hélène, il reste fidèle à ses convictions et fidèle à Napoléon. « de même que dans les temps de la grandeur de la Napoléon, me contentant de servir ma patrie sous ses auspices, on ne m'avait jamais vu au nombre de ses adulateurs, on ne m'avait pas entendu, après sa chute, chanter la palinodie et lui chercher les défauts que lui trouvaient des misérables qu'il avait couverts d'or et chamarrés de titres. » (p. 227) Mais le général est surtout attaché à la France avant d'être attaché à l'homme. Son récit est plein d'une lucidité immédiate, sans l'exaltation romantique que les historiens ont pu laisser sourdre dans leurs écrits sur l'Empire. On note surtout que le mémorialiste n'est pas tendre avec certains de ses contemporains et qu'il a une haute conscience de sa valeur. Il porte même sa condition de proscrit en étendard et rend hommage à ses compagnons d'infortune, « nous tous les proscrits pour avoir défendu notre patrie jusqu'à ce qu'on nous brisât les armes dans les mains. » (p. 339)
    TOME 2
    Le deuxième volume des mémoires du général Frédéric Guillaume de Vaudoncourt ne parle plus d'Empire, mais toujours de révolution. de 1816 à 1834, il sillonne l'Europe et se rend sur tous les fronts où les peuples se révoltent contre le pouvoir en place. L'ancien général d'Empire est partisan de la révolution piémontaise et espagnole. « La nation espagnole, accoutumée à ployer à la voix intérieure du despotisme, fut frappée de surprise et d'enthousiasme aux premiers rayons de la liberté. » (p. 147)
    Homme éclairé, Vaudoncourt est un humaniste, un fervent héritier des Lumières. le plus surprenant est qu'il était un républicain bonapartiste, mais une fois Napoléon exilé, il lui reste attaché tout en proclamant ses revendications révolutionnaires. Il s'oppose aux Bourbons rétablis à la tête de la France et rêve d'une Europe unifiée et débarrassée des tyrans. « Je partage l'opinion de tous les hommes éclairés sur la nécessité de rétablir ou d'assurer la nationalité de tous les peuples, et je crois, comme eux, qu'une allégeance fondée sur une communauté d'intérêts donne bien plus de force qu'une conquête, qui tend plutôt à les mettre en opposition. » (p. 14 & 15) le mémorialiste rêve d'unir les peuples révolutionnaires d'Europe au sein de la Sainte-Alliance. Il est convaincu que sa cause est juste et il mène son combat sans relâche.
    Doué d'une plume ardente et sincère, il est l'auteur de nombreux ouvrages historiques et militaires. « J'ai rempli, au moins en partie et gratuitement, la tâche pour laquelle Napoléon voulait me récompenser. J'ai écrit l'histoire de ces dernières catastrophes où la trahison eut tant de part ; j'ai eu le mérite d'élever seul la voix en faveur de mes nobles et infortunés compagnons d'armes, lorsque chacun s'aplatissait devant les vainqueurs, lorsque moi j'étais proscrit et à la merci de ces mêmes vainqueurs. » (p. 363) Sa passion du rapport et du témoignage se retrouve dans ses mémoires. Ce récit autobiographique rappelle celui de Chateaubriand. Si les deux mémorialistes ne s'entendaient pas sur les mêmes opinions, ils avaient le talent de mêler leur histoire individuelle à l'Histoire de leur pays. Il doit être particulièrement intéressant de comparer ces deux récits.
    Les notes de Laurent Nagy sont une mine d'informations absolument indispensable pour suivre les mémoires du général de Vaudoncourt. le texte est dense, truffé de références, de dates et de noms. Impossible de ne pas se laisser emporter par ce récit-fleuve et par ces chroniques européennes. Ardent promoteur d'une Europe pacifiée et unie, Frédéric Guillaume de Vaudoncourt n'est pas un simple mémorialiste ou un historien, c'est un visionnaire. D'aucuns diront qu'il était utopiste, je pense qu'il était au contraire pleinement conscient des besoins des peuples européens et que certains de nos contemporains pourraient s'inspirer de ses écrits.
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    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 11 juin 2012

    LydiaB
    Cet ouvrage me réconcilie avec l'Histoire du XIXe siècle, qui, habituellement, n'est vraiment pas quelque chose qui m'intéresse. Il y a des époques comme ça qui me captivent moins que d'autres. Mais n'étant pas fermée, je suis toujours friande de journaux, correspondances, biographies ou mémoires qui en apprennent souvent beaucoup plus qu'un fastidieux manuel d'Histoire jargonnant.

    Une fois de plus, c'est le cas ici. C'est avec une écriture résolument moderne, ce qui me fascine toujours, mais riche sur le plan stylistique que ce proscrit, général de la grande armée, va nous faire partager son exil. Bien que gradé, et donc attaché à Napoléon, c'est avec beaucoup de recul et sans une once de regret que Frédéric Guillaume de Vaudoncourt va faire état des événements qui l'ont amené à sa condition. Si vie privée et vie professionnelle sont étroitement imbriquées dans sa situation, il n'en reste pas moins qu'elles apportent toute la lumière nécessaire à la bonne compréhension de cette période troublée. On restera admiratif face à l'humour dont voici un échantillon : " Ces informations me suffirent pour me décider à m'éloigner davantage, au grand contentement de ma craintive compagne, qui ne se trouvait pas encore assez éloignée de ce qu'elle appelait, je pense sans trop d'exagération, nos bourreaux. Nous ne nous occupâmes donc plus que de choisir le lieu où nous irions chercher un asile. N'ayant pas une disposition bien prononcée pour les cachots ou les cancers à l'estomac, nous ne nous sentions pas disposés à profiter des bontés de cette alliance, appelée Sainte, par une figure de rhétorique qui paraît appartenir à l'ironie. Nous passâmes cependant en revue les quatre enfers qu'on nous destinait pour Champs-Elysées" (P41). Ce style, certes ironique, intervient dès les premières pages. le ton est donné. Mais n'est-ce pas là un stratagème afin, justement, de ne pas laisser paraître ses émotions ? En bon général qui se respecte, celui-ci reste pudique afin de laisser le premier plan à L Histoire dans toute sa splendeur. Et c'est de bout en bout que cet humour, fin, va ponctuer le texte. le deuxième volume s'achèvera ainsi sur une pensée qui force le sourire : " Car en vérité, il vaut mieux être au nombre des spectateurs que d'avoir rien de commun avec ceux qui sont au pouvoir." Humour fin, disais-je, mais parfois féroce, notamment envers les britanniques qui en prennent, si j'ose dire, pour leur grade, dans le premier tome : " le paysan anglais, quoi qu'on en dise, abruti sous le despotisme d'une aristocratie toujours plus soupçonneuse, à mesure que sa force numérique diminue, est élevé dans la haine de tout ce qui est étranger, et est par là fort peu sociable." (P56) le deuxième tome fera plus référence aux espagnols et aux italiens avec une plume moins acerbe : " Un seul réfugié piémontais, capitaine de garde nationale, vieillard très doux et inoffensif, fut grièvement blessé par trahison, mais il n'en parvint pas moins à faire fuir ses assassins, au nombre de plus de vingt." (P160)

    Ceci dit, qu'il encense ou qu'il critique, Frédéric Guillaume de Vaudoncourt reste fidèle à ses valeurs d'homme droit dans ses bottes, d'humaniste au sens noble du terme. Et ce n'est jamais vraiment l'homme en lui-même qu'il fustige mais bien plutôt le gouvernement et la politique.

    Une mention spéciale aux notes de Laurent Nagy, précieuses afin de combler les lacunes du lecteur ou d'apporter les renseignements nécessaires.

    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-du-xixe-si%C3%A8cl..
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Citations et extraits

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  • Par LydiaB, le 11 juin 2012


    Je ne sais qui s'est avisé de dire que les habitants de Brest étaient d'un caractère inquiet et revêche, et que, sous ce rapport, le commandement que j'avais exercé était un des plus difficiles de France ; cela a pu être dans plus d'un cas ; mais à qui la faute ? J'ai fait une expérience tout à fait contraire, et j'en ai reçu toute la satisfaction imaginable, je dois le dire, uniquement parce que je n'ai employé pour mériter la confiance que les deux moyens sont tout homme qui est animé du véritable amour de la patrie, et d'un juste respect pour ses concitoyens et pour lui-même, ne doit jamais s'écarter : franchise et loyauté. Dans tout pays où l'homme n'est pas réduit à la condition d'esclave ignorant et abruti, chaque citoyen est en droit d'exiger de ceux qui sont investis de toute ou d'une partie de l'autorité, d'être francs et loyaux dans l'exercice de leurs fonctions. Ces deux qualités sont pour les fonctionnaires un devoir sacré et indispensable ; c'est la condition dont je ne me suis jamais écarté dans tous les emplois qui m'ont été confiés ; et je ne serai démenti en cela par aucun de mes honorables camarades. (P344)
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  • Par LiliGalipette, le 03 juin 2012

    « J’ai rempli, au moins en partie et gratuitement, la tâche pour laquelle Napoléon voulait me récompenser. J’ai écrit l’histoire de ces dernières catastrophes où la trahison eut tant de part ; j’ai eu le mérite d’élever seul la voix en faveur de mes nobles et infortunés compagnons d’armes, lorsque chacun s’aplatissait devant les vainqueurs, lorsque moi j’étais proscrit et à la merci de ces mêmes vainqueurs. » (p. 363)
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  • Par LiliGalipette, le 31 mai 2012

    « J’aurais pu me faire craindre et l’on m’aurait ménagé ; l’on m’a vu inoffensif, et les plus lâches ont cru pouvoir et devoir m’opprimer ; soit, je ne saurais me corriger. » (p. 34)

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  • Par LiliGalipette, le 03 juin 2012

    « De même que dans les temps de la grandeur de la Napoléon, me contentant de servir ma patrie sous ses auspices, on ne m’avait jamais vu au nombre de ses adulateurs, on ne m’avait pas entendu, après sa chute, chanter la palinodie et lui chercher les défauts que lui trouvaient des misérables qu’il avait couverts d’or et chamarrés de titres. » (p. 227)

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  • Par LiliGalipette, le 31 mai 2012

    « Lorsqu’une nation a été longtemps agitée par des secousses aussi violentes que profondes ; lorsque les passions, loin de se calmer, semblent s’allumer chaque jour davantage par le soin qu’on prend chaque jour de les irriter, il est impossible d’attendre de l’impartialité du plus grand nombre des écrivains. » (p. 27)

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