ISBN : 2843044871
Éditeur : Zulma (2009)


Note moyenne : 3.75/5 (sur 8 notes) Ajouter à mes livres
Premier roman d’Enrique Serpa, Contrebande dépeint à merveille le monde turbulent et misérable de La Havane dans les années vingt. À travers l’agitation d’une foule de pêcheurs, prostituées, contrebandiers, enfants miséreux, on voit couver le feu qui embrasera l'île de ... > voir plus
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Critiques et avis(5)

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    • Livres 4.00/5
    Par Malaura, le 22 septembre 2011

    Malaura
    Homme angoissé et pusillanime, les nerfs "corrodés par des années de rhum et de lupanar", le propriétaire de la goélette « La Buena Ventura », surnommé l'Amiral, pratique la pêche dans la baie de la Havane avec Requin, le capitaine de bord, un homme dur, à l'assurance mâle, envers qui il éprouve un mélange de fascination et de répulsion.
    Accablé par la situation économique désastreuse de l'île et influencé par Requin, il accepte, non sans crainte, de monter une opération de Contrebande d'alcool.
    Entre peur et excitation, l'équipage de « La Buena Ventura », constitué de vieux loups de mer, vogue alors vers son destin...
    Paru en 1938, considéré comme un classique de la littérature cubaine, il aura fallu du temps avant que le roman d'Enrique Serpa (1900- 1968) soit traduit en français.
    Justice est enfin faite ! Car il aurait été dommage de passer à côté de ce superbe roman d'aventures maritimes qui s'inscrit dans la lignée des écrits d'Hemingway dans la mise-en-scène d'hommes aux valeurs viriles, dans l'analyse fouillée des sentiments et dans le réalisme social et l'âpreté de ses descriptions.
    Par son phrasé fougueux au souffle puissant et frénétique, Enrique Serpa insuffle à son récit une poésie sombre, violente, écumante comme une mer démontée.
    Il émane de ces lignes bouillonnantes des odeurs de ports ; exhalaisons d'iode, d'algues et de poissons mais aussi senteurs de soufre, celle de la détresse rentrée, de la colère sourde, du morne dédain devant les iniquités arrogantes qui gouvernent l'île. Relents et effluves de misère mêlés au parfum âcre de la mer, étreignant le lecteur, l'emportant vers le large, au gré d'un courant vif et indomptable.
    Portraits détaillés d'êtres en perdition, peinture de La Havane miséreuse des années 1930, un livre aussi impétueux que l'océan, dans lequel s'insinuent, à travers de splendides métaphores marines, les tensions et injustices qui conduiront à l'éclatement de l'île pendant la révolution castriste.
    Un très beau livre à découvrir.
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par nadejda, le 15 mars 2011

    nadejda
    Je suis reconnaissante aux Editions Zulma qui permettent la découverte de ce livre superbe de Enrique Serpa, son premier et, je crois unique, roman paru en 1938. Ce qui est incroyable c'est qu'il faille attendre 2009 pour en avoir une traduction française.
    C'est un texte noir mais dont l'écriture est d'une très grande poésie. Les êtres que l'on y croisent sont rudes, des marins qui pour survivre abattent un travail de forçat qui ne les nourrit plus eux et leur famille, ou complètement abandonnés et démunis comme ces prostituées vieillissantes, ces enfants qui se vautrent dans la boue de village aux maisons délabrées... le grand dénuement, la misère du plus grand nombre face à l'opulence insolente de quelques-uns, seront le ferment de la future révolution.
    Au coeur de ce roman comme nous le dit l'épigraphe « ... Contrebande d'alcool ; Contrebande de pensées, pour endormir ma conscience qui parfois protestait. Mais qu'étais-je d'autre, moi, l'hypocrite, le timide et le vaniteux, qu'un produit frauduleux parmi tous ces hommes véritables» et si la trame du récit est simple Serpa nous le rend captivant car il a l'art de décrire, très souvent en ayant recours à des métaphores marines, le dédale de l'âme humaine et les paysages parfois somptueux, parfois souillés d'ordures avec la même passion et la même magie. 
Nous assistons à l'affrontement de deux hommes, le narrateur , armateur de la Buena Aventura, et Requin, capitaine du navire, que leur conception de la vie oppose mais qu'un mélange de haine, de mépris et aussi d'admiration et bien sûr d'intérêts communs vont réunir pour en faire des complices dans cette aventure marine où la peur et l'amour de la mer sont omniprésents. C'est violent et beau.
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    • Livres 4.00/5
    Par michelekastner, le 08 mai 2012

    michelekastner
    La Havane dans les années 20. L'armateur de la "Buena Ventura" a de plus en plus de mal à vivre de sa pêche. Aussi accepte-t-il la proposition d'un de ses hommes, le Requin,l'utilisation de son bateau pour un trafic de Contrebande d'alcool et mise tout sur cette aventure. L'amiral est un être angoissé, parfois euphorique, plein de contradictions. Il se repose sur le requin malgré des moments conflictuels et ne laisse paraître ni ses doutes, ni sa peur. On découvre la vie de misère des pêcheurs la crise de la pêche, la réalité économique du pays et le fossé de plus en plus grand entre les plus riches et les plus pauvres, les premières grèves et les débuts du communisme.
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    • Livres 5.00/5
    Par Livrespourvous, le 09 mars 2010

    Livrespourvous
    Voici un roman à découvrir impérativement, qui vaut vraiment le détour.
    Il est formidablement bien construit, et maintient à partir d'une intrigue somme toute ténue, menue ou maigre, le lecteur en haleine jusqu'à la dernière ligne.

    A la Havane, le propriétaire du bateau La Buena Aventura, constate amèrement que la pêche ne rapporte plus. La concurrence est trop forte : des marins cubains, chinois ou plonais et surtout, les bateaux frigorifiques américains qui vampirisent le marché et torpille les prix du poisson.
    Le propriétaire de La Buena Aventura a bien du mal à payer décemment l'équipage. Il en parle au capitaine du bateau, Requin, qui lui conseille alors de se tourner vers la Contrebande d'alcool (du rhum) à destination des Etats-Unis.

    Et le roman décrit les différentes étapes de cette Contrebande, de l'équipage de La Buena Aventura à l'acheminement, en passant par l'achat du rhum, le deal avec le commanditaire américain, etc...

    L'action se situe à la Havane, à Cuba, à la fin des années 20 ou au début des années 30 (peu importe) et c'est passionnant. Cette île si merveilleuse est magistralement décrite, c'est parfois poisseux en diable, avec des impressions fortes des bas fonds de la Havane, des prostitués, des bars louches, de la misère des pêcheurs.

    Il y a pourtant une formidable espérance qui court le long de ce roman et malgré les doutes, les incertitudes et les volte-face du propriétaire de La Buena Aventura, qui est aussi l'épatant narrateur, la Contrebande se met petit à petit en place.

    Le roman date de 1938 et n'avait jamais été publié en français.

    Enrique Serpa a la plénitude d'un grand romancier, sa Contrebande est une oeuvre superbement maîtrisée et les descriptions claquent, brillent et s'imprègnent parfaitement.
    Oui, Serpa fait penser à Joseph Conrad, celui d'Au coeur des ténèbres et à Hemingway, celui d'Au-delà du fleuve et sous les arbres. Deux comparaisons certes flatteuses mais vraies.


    Lien : http://livrespourvous.centerblog.net
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)

Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Bernard Quiriny pour le Magazine Littéraire

    Contrairement à d'autres classiques de la littérature cubaine comme Alejo Carpentier ou Virgilio Piñera, Enrique Serpa (1900-1968), dont Hemingway disait qu'il était le « meilleur romancier d'Amérique latine... > lire la suite

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Citations et extraits

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  • Par Malaura, le 18 avril 2012

    La solitude en mer absorbe et purifie tout.
    Elle règne sur toutes choses comme un despote sur le territoire de sa victoire. La raison en est qu’en mer la solitude, énorme et mystérieuse, frôle l’éternité.
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  • Par nadejda, le 15 mars 2011

    Un pêcheur, le pantalon roulé autour des mollets et la vareuse à l'épaule, gravissait la rue escarpée qui relie le quai au village. Tel un miracle de pourpre et d'argent, de sa main pendait un bouquet de perches de mer écarlates, de daurades argentées et de fins serrans qu'on aurait dit découpés dans de la soie.
    Un gamin déguenillé s'approcha de lui, tendant la main et détournant le visage, dans l'attitude d'un mendiant. L'homme eut un mouvement négatif de la tête. Non. Non. Non. Et je sentis soudain une bouffée de haine à l'égard de ce passant anonyme qui répétait --- à l'image des rebuffades que je venais de connaître -- le geste dur et impitoyable du refus.
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  • Par nadejda, le 15 mars 2011

    __ Tu as raison, Antonio ; la vie est triste.
    Alcorta ébaucha un sourire pétri de souffrance, de sarcasme et de confusion :
    --- Oh, vous en avez de bonnes !... Si pour moi la vie était seulement triste, ce serait déjà la fête !
    ..... J'aurais voulu le haïr et le rudoyer pour avoir achevé de troubler ma joie. Mais sa détresse infinie m'émouvait.
    ..... Dans mon coeur commença à fermenter la levure de la solidarité humaine. Et je remarquai que mon énergie s'atomisait comme une vague qui se brise sur un rocher.
    Le silence devint gênant. Alcorta s'en aperçut et s'éloigna. Je fus incapable de trouver les mots pour le réconforter.
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  • Par nadejda, le 15 mars 2011

    Des pins immenses se dressaient comme des fantômes décharnés dans la lumière diaphane de juin. Le vent berçait, dans un murmure de prière, leurs sombres branchages. En harmonie avec la prière des branches, les voix langoureuses d'un groupe d'hommes noirs transmuaient en rêveries lyriques, en amour, en poésie et en souvenir leur douleur ancestrale.
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  • Par nadejda, le 12 mars 2011

    La goélette s'appelait "La Buena Ventura"...... La mer avait beau se transformer en gueule béante, immense et avide, et le vent abuser de sa violence terrifiante, la mort nous solliciter sans relâche depuis l'eau pétrie de ténèbres, l'ouragan hurler, personne à bord ne bronchait. Au milieu des périls, nous réussissons à esquisser un sourire d'espoir, car il suffisait que quelqu'un prononçât à voix haute le nom de la goélette pour que, soudain, un souffle de confiance vînt balayer craintes et inquiétudes.
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Vidéo de Enrique Serpa

Claude Fell & Claude Couffon - Traducteurs d'Enrique Serpa








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