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Critiques sur Sukkwan island (116)


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    • Livres 4.00/5
    Par caro64 le 12/04/2010


    Parce que, jusqu'ici, il a raté tout ce qu'il a entrepris dans sa vie - mariage, paternité, travail - Jim s'en va passer une année dans une cabane sommairement aménagée sur une île isolée et inhabitée : Sukkwand Island, au sud de l'Alaska. Là, il espère faire le point sur sa triste existence, et, au terme de cette année d'exil, revenir avec le sentiment d'avoir enfin mené à bien quelque chose sur cette terre. Mais Jim n'est pas parti seul. Roy, son fils de 13 ans l'accompagne. Peut-être cette expérience partagée saura-t-elle les rapprocher ? Très vite pourtant, la relation entre père et fils va connaître de sérieuses difficultés, dues en grande partie à la fragilité émotionnelle du premier. Alors que l'hiver quasi polaire approche, Jim, pour la plus grande crainte de Roy, ne semble pas être tout à fait à la hauteur de ce qui les attend. Cette virée en Alaska tourne au cauchemar.

    Sukkwan island est un véritable tour de force et échafaude intrigue et suspens dans un magnifique huit clos... en pleine nature.

    L'écriture est simple et irréprochable, le ton juste, du début à la fin.

    David Vann sait créer la surprise, nous traîner dans les pensées des personnages, haletant entre espoir et dégoût au fil des pages. Il nous livre un roman que l'on ne peut lire que d'une traite, un roman qui coupe le souffle au sens propre comme au sens figuré.

    Émouvant et dérangeant, débordant d'émotions complexes, je parie que ce livre vous laissera des traces.

    Sukkwand Island est le premier roman de David Vann. Un auteur américain à suivre !

    critique de qualité ? (23 votes positifs)



    • Livres 2.00/5
    Par Litterature_et_Chocolat le 03/12/2011


    Etait-il nécessaire d'aller si loin dans l'horreur?
    .
    Lors d'une interview, David Vann mettait le lecteur en garde : “[mes romans sont] des monstres qui m'horrifient, dotés d'une puissance sur laquelle je n'ai aucun contrôle”. L'auteur ne ment pas, en témoigne ce roman terrible qui débute pourtant sous les meilleurs auspices : un huit-clos entre un père et son fils, un adulte lâche, complètement névrosé, au bord de la folie, un adolescent désemparé et apeuré qui ne sait pas comment échapper à une situation qui le dépasse.
    .
    Construire un roman autour de deux personnages peut sembler risqué, mais David Vann relève magistralement ce défi. Sous sa plume, la nature, la cabane, les animaux prennent vie et peuplent le récit tout autant que les deux hommes qui viennent coloniser cette faune et cette flore hostiles. Autant le savoir, l'auteur projette son histoire personnelle émaillée de drames dans ses romans, et les relations qu'entretiennent Roy et Jim sont criantes de vérité. Hormis les liens du sang, ils ont tout d'un étranger l'un pour l'autre, et se retrouver sur une île, durant de nombreux mois semble une vaine et pathétique tentative de rapprochement à laquelle aucun des deux ne croit vraiment.
    .
    Ce qui se joue dans ce roman est inimaginable et indicible. le récit s'enfonce subitement dans une horreur absolue, où la folie la plus terrifiante le dispute à des situations absurdes qui seraient cocasses, n'était le style hyperréaliste de l'écrivain qui empêche toute prise de distance par rapport au texte : David Vann fait montre d'un singulier manque de pudeur et de subtilité dans la narration de certains passages. Il réalise toutefois un coup de maître : on referme ce roman terrassé, abasourdi, nauséeux, obsédé par des images monstrueuses et répugnantes.


    Lien : http://litteratureetchocolat.wordpress.com/2011/12/03/sukkwan-island..

    critique de qualité ? (12 votes positifs)



    • Livres 2.00/5
    Par gilles3822 le 16/03/2010


    Je n'aime pas être négatif mais j'ai été déçu. Ce livre manque de cohérence: Les évènements se suivent et ne correspondent pas à la psychologie des personnages. L'être humain peut être imprévisible mais dans cette irrationalité, il y a toujours un fil conducteur. La noirceur du propos méritait mieux qu'une errance non aboutie. Un scénario de plus pour Hollywood.

    critique de qualité ? (12 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par OhOceane le 17/01/2012


    Sukkwan island raconte l'histoire d'un homme Jim, qui décide de passer un an sur une île isolé, en Alaska, avec son fils Roy, tout jeune ado.
    L'idée est de resserrer les liens père-fils, en profitant de l'isolement et de la nature sauvage. Au programme, chasse, pêche, nature et discussion… (Oui je sais)
    Mais très vite on se rend compte du boulet égoïste qu'est Jim le père. Celui-ci navigue presque à vue, n'a pas si bien préparé cette immersion en pleine nature, et surtout fait preuve de légèreté, voire de lâcheté, quand il ne pleure pas sur son sort de coureurs de jupons double divorcé. Car le problème est là : Jim merde sur tout les plans, à cause avant tout d'un égotisme confondant de naïveté. Et une fois qu'il a merdé, il pleure et s'excuse. le jeune Roy assiste à son naufrage, comme père, comme robinson volontaire et comme homme, tout court.

    Jim veut recommencer sa vie, loin de ses erreurs de mari et de père, mais il ne fait que s'enfoncer dans son égoïsme aveugle. Il met son fils dans des situations plus délicates les unes que les autres, parfois en danger…
    Jusqu'au point de non-retour, page 118. Que je n'ai pas aimé, car ne correspondant pas à ce que l'auteur nous montre du jeune Roy jusque là. Je n'en dirais pas plus, pour ceux qui veulent se garder la surprise de la lecture, mais quelle déception pour moi.
    Pourtant je comprends cette page 118, puisque elle sera l'occasion d'aller encore plus profond dans la noirceur et le désarroi. Ce seront des pages magnifiques, tant on observe le gâchis de ces vies au plus près.


    Bref j'ai aimé, bien aimé même, mais il me reste en travers de la gorge comme une sorte de liberté prise à mes dépends de lectrice.

    critique de qualité ? (10 votes positifs)



    • Livres 3.00/5
    Par yokai le 22/01/2012


    J'avais lu un peu partout qu'il s'agissait d'un livre très noir. J'ai pris cet avertissement à la légère en me disant que j'en avais vu d'autres: American Psycho et les livres de James Ellroy sont deux exemples qui me viennent à l'esprit. Et puis Sukkwan island est quand même publié par les éditions Gallmeister, grands spécialistes du genre nature writing qui n'a pas pour caractéristique principale de raconter des histoires sordides.
    Je suis donc parti confiant et même un brin moqueur envers ceux qui s'offusquaient de la noirceur de ce roman. Il faut bien avouer que j'ai été surpris. Tout avait pourtant bien commencé. Un père et son fils partent sur une île emménager dans une cabane pour passer un bout de temps ensemble — enfin assez longtemps à vrai dire. Ce qui paraît plutôt pas mal sympa dit comme ça. Mais, dès les premiers temps, vont apparaître quelques signes n'augurant rien de bon.

    Il faut le dire tout de suite tout ceci est très bien fait, le prix Médicis étranger 2010 n'est pas usurpé. Les signes annonciateurs, l'instabilité des personnages, l'ambiance pesante, tout est parfaitement bien retranscrit et vous arrive en plein dans l'estomac. Ce qui est un résultat admirable sur un plan technique — est-ce dû à l'utilisation opportune du courant de conscience — est aussi un peu dur à encaisser. C'est le genre d'histoire difficile à digérer dans lesquelles on peut appréhender de se replonger. Heureusement, la souffrance ne sera pas trop longue, l'auteur ne nous torture que pendant à peine plus de 200 pages. Si vous cherchez une aventure bucolique du vaillant père et de son jeune fils renforçant leurs liens en se frottant à la dure mais belle mère nature, ce n'est pas vers ce livre qu'il faut vous tourner. Ne considérez cependant pas mes propos comme négatifs. L'expérience est très intéressante et le livre a le très grand mérite d'oser, de raconter autre chose autrement — il n'est pas près d'être adapté par un studio de cinéma américain. Rien que pour cela, il mérite toute notre considération.


    Lien : http://www.aubonroman.com/2011/10/sukkwan-island-par-david-vann.html

    critique de qualité ? (8 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par Bartleby le 22/04/2010




    Lecteurs exclusifs de littérature postmoderne, passez votre chemin… Sukkwan island, le premier roman de David Vann, n'innove ni dans la forme ni dans le fond. Sukkwan island est un texte classique dans sa structure, dans sa langue et dans son style. Sukkwan island est simplement un très bon livre et, en tant que tel, il s'inscrit dans une filiation tout en en déjouant les codes.

    C'est à quelques encablures de Sukkwan island, une île au large de l'Alaska, qu'un hydravion amerrit. le pilote a pour mission de déposer Jim et son fils Roy, âgé de treize ans :

    « le seul accès se faisait par la mer, en hydravion ou en bateau. Il n'y avait aucun voisin. Une montagne de six cents mètres se dressait juste derrière eux en un immense tertre relié par des cols de basse altitude à d'autres sommets jusqu'à l'embouchure de la baie et au-delà. L'île où ils s'installaient, Sukkwan island, s'étirait sur plusieurs kilomètres derrière eux, mais c'étaient des kilomètres d'épaisse forêt vierge, sans route ni sentier, où fougères, sapins, épicéas, cèdres, champignons, fleurs des champs, mousse et bois pourrissant abritaient quantité d'ours, d'élans, de cerfs, de mouflons de Dall, de chèvres de montagne et de gloutons. »

    Jim, dentiste à Ketchikan, vient de divorcer de Rhoda et a invité Roy, qu'il a eu d'un précédent mariage et qui vivait confortablement en Californie avec sa mère et sa sœur, à passer une année avec lui sur cette île, à goûter à la vie sauvage. Sans même parler de Jack London dont le nom s'impose sitôt que l'on nomme l'Alaska, ce retour à la nature évoque Walden ou la vie dans les bois : s'agira-t-il de montrer, comme l'écrit Thoreau, que l'on ne peut « affronter les actes essentiels de la vie » qu'à l'écart d'une société de plus en plus chronophage ? Il semble y avoir, de la part du père tout au moins, une volonté de retour à l'essentiel, retour confirmé par le pilote de l'hydravion qui s'étonne de voir les provisions réduites au strict minimum. Aucune inquiétude cependant de la part du père qui affirme qu'ils vivront du produit de leur pêche et de leur chasse ; n'y a-t-il pas assez de chèvres, de cerfs et d'ours dans ces montagnes ? L'imaginaire du lecteur voit alors le visage d'Ernest Hemingway se superposer à celui de Jim. C'est une affection virile qui semble devoir se développer entre Jim et Roy. Sur cette île, Jim est venu chercher en compagnie de son fils une sorte de rédemption. Lui qui se sentait si atopique espère que les lieux permettront d'annihiler ce sentiment d'étrangeté :

    « Je ne sais pas à quoi c'est dû, je ne me suis jamais senti chez moi toutes ces années, je ne me suis jamais senti à ma place nulle part. Quelque chose me manquait, mais j'ai le sentiment qu'être ici avec toi va tout arranger. »

    L'île sera-t-elle une nouvelle Utopia ? Ce lieu en dehors de tout lieu aura-t-il une fonction édénique ? Ce début de roman revêt une telle dimension mythologique que c'est par un mythe que commence ce livre ; la première leçon du père à son fils :

    « le monde était à l'origine un vaste champ et la Terre était plate. Les animaux de toutes espèces arpentaient cette prairie et n'avaient pas de noms, les grandes créatures mangeaient les petites et personne n'y voyait rien à redire. Puis l'homme est arrivé, il avançait courbé aux confins du monde, poilu, imbécile et faible, et il s'est multiplié, il est devenu si envahissant, si tordu et meurtrier à force d'attendre que la Terre s'est mise à se déformer. Ses extrémités se sont recourbées lentement, hommes, femmes et enfants luttaient pour rester sur la planète, s'agrippant à la fourrure du voisin et escaladant le dos des autres jusqu'à ce que l'humain se retrouve nu, frigorifié et assassin, suspendu aux limites du monde. Son père fit une pause et Roy demanda : Et après ? Au fil du temps, les extrémités ont fini par se toucher. Elles se sont recroquevillées pour se rejoindre et former le globe, et sous le poids de ce phénomène la rotation s'est déclenchée, hommes et bêtes ont cessé de tomber. Puis l'homme a observé l'homme, et comme il était devenu si laid avec sa peau nue et ses bébés pareils à des cloportes, il s'est répandu sur la surface de la Terre, massacrant et revêtant les peaux des bêtes les plus correctes. Ha, lança Roy. Mais ensuite ? La suite devient trop compliquée à raconter. Quelque part, il y a eu un mélange de culpabilité, de divorce, d'argent, d'impôts, et tout est parti en vrille. Tu crois que tout est parti en vrille quand tu t'es marié avec Maman ? Son père le dévisagea d'un œil qui prouva à Roy qu'il était allé trop loin. Non, c'est parti en vrille un peu avant, je crois. Mais difficile de dire quand. »

    Ce qui est vrai du monde, l'est de la relation entre le père et le fils : tout commençait bien et tout est « parti en vrille ». Progressivement, certes, mais irrémédiablement. Jim ne donnera aucune autre leçon à son fils. Il ne l'emmènera pas chasser l'ours ; ce sont les ours qui, pendant leur absence, dévasteront la cabane, dévoreront leurs maigres provisions, sucre et conserves, et détruiront la radio, rendant impossible l'appel des secours. le lecteur découvre petit à petit que n'est pas Robinson qui veut. Sukkwan island est l'antithèse de Robinson crusoé : géographiquement d'abord, puisque nous ne sommes pas sur une île située sur l'équateur, quelque part au large du Venezuela, mais sur le cercle arctique ; humainement ensuite, parce que Jim est loin d'être le héros que nous commencions à imaginer. Il a voulu jouer les aventuriers alors qu'il n'en a pas la stature. On se souvient par exemple que Robinson, échoué sur son île, parvenait, avec une hache et une herminette pour seuls outils, à fabriquer tout ce dont il avait besoin : sa cabane et ses meubles [1]. Sans doute, Jim a-t-il lu et pris au pied de la lettre le roman de Daniel Defoe avant de décider de s'installer sur Sukkwan island. Bien que Jim et Roy aient l'avantage de posséder une cabane et des meubles, des armes et tous les outils nécessaires, ils ont encore à construire une réserve et un fumoir pour faire sécher la viande. La tâche va vite s'avérer impossible, Jim étant si malhabile qu'il ne parvient pas à faire grand-chose. Et quand il y parvient, c'est grâce aux conseils de son fils. Lorsqu'il l'emmène en randonnée, il se perd et manque de les faire périr en se montrant incapable de construire un abri de fortune. Encore une fois, c'est Roy qui doit prendre les choses en main. Les relations s'inversent et, au fil des pages, on s'aperçoit que le fils est bien plus mûr que son père qui se révèle être un homme instable, un veule de la pire espèce. Roy est non seulement confronté à ses angoisses d'enfant, mais il ne peut se confier à son père qu'il est obligé de soutenir, celui-ci se mettant dans un premier temps à pleurer la nuit, à gémir puis à se confier :

    « Cette nuit-là, son père lui parla de nouveau. Roy se répétait : Plus qu'un mois ou deux, et après je me tire et je remets plus les pieds ici, il se le répétait encore et encore, comme un mantra, tandis que son père gémissait, pleurait et se confessait. J'ai trompé ta mère, disait-il à Roy. C'était à Ketchikan, quand elle était enceinte de ta sœur. Je sentais que c'était la fin de quelque chose, je crois, la fin de toutes mes possibilités, et Gloria travaillait toujours tard le soir, elle venait dans mon bureau et me jetait de ces regards, je n'ai pas pu me retenir. Dieu que je me sentais mal. J'avais la nausée en permanence. Mais j'ai continué. Et même après avoir vu tout ce que j'ai fait, tout ce que j'ai détruit, je ne suis pas sûr que j'agirais différemment si j'en avais encore l'occasion. le truc, c'est qu'il y a quelque chose qui cloche chez moi. Je ne peux jamais faire ce qu'il faut, jamais être celui que je suis censé être. Il y a quelque chose en moi qui m'en empêche. […] Dehors la pluie tombait en continu, la pièce était petite et sombre. Son père s'adressait à lui en chuchotant, reniflait, émettait des sons étranges et effrayants à travers son désespoir ; il était allongé à quelques pas de lui et Roy n'avait nulle part où aller. »


    La suite ici : http://bartlebylesyeuxouverts.blogspot.com/2010/04/les-naufrages-david-vann-sukkwan-island.html?showComment=1271919838804


    Lien : http://bartlebylesyeuxouverts.blogspot.com/

    critique de qualité ? (8 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par pile le 11/10/2011


    A la première lecture de Sukkwan island, comme beaucoup de lecteurs j'avais reçu un choc. J'avais pourtant senti la tension monter, j'avais cru imaginer le pire mais, à la fameuse page 113, j'avais été assommée par ce que je n'avais su anticiper. Ensuite, malheureusement, la seconde partie du roman m'avait paru moins convaincante, presque de trop. Puis il y a eu cette seconde histoire, la vraie, qui s'est superposée à la fiction. David Vann a raconté dans les médias le suicide de son père. Quelque temps auparavant, son père lui avait proposé d'aller vivre un an avec lui sur une île en Alsaka, mais il avait refusé. Longtemps il a essayé d'écrire de manière frontale sur le suicide de son père, puis il a écrit Sukkwan island. On devrait pouvoir lire les romans sans rien savoir de la vie de leurs auteurs, mais quand on connaît celle de David Van, elle devient indissociable du roman. Elle ajoute une émotion supplémentaire, car à la lecture on est touché de voir en quoi le roman est une consolation, comment il compense, apaise la culpabilité de l'enfant. Aujourd'hui nous savons aussi que Sukkwan island a d'abord été une nouvelle. S'achevait-elle à la fameuse page 113 ? Quoi qu'il en soit, alors que je venais de lire Désolations, le deuxième roman de David Vann, c'est la première partie de Sukkwan island que j'ai eu envie de relire.

    Au début de ma relecture, j'étais simplement admirative de la manière dont David Vann crée un univers inquiétant, sur lequel plane d'entrée de jeu l'ombre de la mort. Admirative aussi de la manière dont il crée des personnages auxquels il donne tout de suite une épaisseur psychologique, une histoire, des personnages qu'il va laisser glisser tous les deux petit à petit vers une forme de folie. Mais tout à coup, alors que je cheminais dans cette lecture tout de même beaucoup plus sereinement que la première fois, j'ai découvert quelque chose de vertigineux. J'avais oublié les prénoms des personnages de Sukkwan island. Si je n'avais pas relu Sukkwan island juste après avoir lu Désolations, je n'aurais jamais compris comment les deux romans s'imbriquaient. L'action de Sukkwan island est en fait postérieure à celle de Désolations, de dix mois très précisément. le père de Roy dans Sukkwan island n'est autre que le Jim de Désolations. Dans Sukkwan island, il est encore en couple avec Rhoda, même si leur relation est en train de prendre fin. Mais le plus incroyable, c'est que la fin de Désolations figure déjà dans Sukkwan island. Elle nous est explicitement racontée, comme le passé de Rhoda. Expédiée en une phrase, cette fin qui nous a pourtant fait frémir pendant toute la lecture de Désolations !

    Bref, j'ai relu Sukkwan island et de nouveau j'ai eu un choc, mais pas le même. Avec ses personnages qu'il retrouve d'un livre à l'autre, peut-être que David Vann est parti pour nous écrire sa Comédie humaine. Je l'espère en tous cas !

    critique de qualité ? (7 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par raton-liseur le 26/02/2011


    Sukkwan island est dédié à James Edwin Vann, 1940-1980, le père de l'auteur, qui s'est suicidé lorsque ce dernier avait 13 ans. Similarités de noms, d'âges, de lieux aussi avec les personnages de ce roman, similarités non fortuites. Comme l'explique lui-même David Vann dans les entretiens qu'il donne pour accompagner la sortie de ce roman, il a pendant de nombreuses années cherché à écrire un livre qui lui permette de comprendre le geste de son père. Après avoir essayé le style de l'enquête ou de la biographie, c'est l'écriture de ce roman, où, paradoxalement peut-être, si le père peut être considéré comme suicidaire, il ne se donnera pas la mort, qui a permis à David Vann de trouver la voix nécessaire pour tenter de mieux comprendre son père. Même si ce roman, de l'aveu même de l'auteur, ne lui aura pas permis de faire le tour de la question, qui continue à le hanter.

    Il est très difficile de parler de ce livre sans en dévoiler les faits importants. Même la quatrième de couverture en dit trop à mon sens. Je vais pourtant essayer. Car ce roman est, désolée pour l'expression éculée, “un coup de poing”. Un livre à la limite du supportable, je crois que j'avais presque envie de vomir en le reposant après en avoir lu la dernière page hier soir, et il m'a tenue éveillée un bon moment.
    Le livre se passe sur une île déserte du sud de l'Alaska, qu'un homme, Jim, achète afin d'y passer une année solitaire avec son fils de 13 ans, Roy. Une année solitaire à vivre comme des pionniers, une année pour se connaître et renouer une relation père-fils plus forte. Mais on comprend vite que ce rêve est aussi une fuite en avant, celle d'un homme qui rate tout ce qu'il entreprend, qui ne sait pas comment faire face aux petits obstacles quotidiens qui se présentent sur sa route, des petites bosses pas même des obstacles. Une aventure si mal préparée et entreprise pour de si mauvaises raisons ne peut que tourner à la catastrophe, et c'est bien ce qui arrivera.

    La force du livre réside, entre autres, dans la confrontation entre d'un côté les paysages que l'on imagine grandioses du Grand Nord, la pureté et la vérité simple qu'on leur attribue de clichés en clichés et de l'autre la plongée jusqu'à la nausée dans la pensée des personnages, principalement de Jim, le père, dans ses doutes, ses raisonnements fallacieux, sa lâcheté incommensurable et ses abîmes de désespoir et d'indécision.
    David Vann nous fait réfléchir sur la relation entre être suicidaire et se suicider (entre l'état d'esprit et le passage à l'acte). Il nous fait réfléchir sur la difficulté de vivre que peuvent ressentir certains êtres, une profonde et peut-être irréversible peur face à tout ce qui fait la vie, ou la vie en société. Y a-t-il quelque chose que l'on peut faire pour aider ces hommes sans direction ni gouvernail, pour combattre ces peurs infinies. David Vann aurait-il pu sauver son père ? Il portera probablement longtemps la culpabilité de ne pas avoir pu éviter sa mort et pourtant ce livre me laisse penser que tous les hommes ne peuvent pas être sauvés, qu'on ne peut pas secourir quelqu'un contre sa volonté, ou, il serait peut-être plus exact de dire contre son absence de volonté. Et c'est là le drame de ceux qu'on laisse derrière, qui ont la force de vivre, mais pas la force de vivre pour deux.
    Un grand coup de chapeau à David Vann pour ce livre, pour la persévérance dont il a fait preuve pour trouver le ton de son écriture, puis pour le faire publier. Je ne sais si cela lui était nécessaire pour mieux apprivoiser son propre passé, en tout cas c'est un livre qui m'a fait réfléchir sur un sujet difficile, souvent tabou. Avec un ton cru, une écriture factuelle, loin du romantisme noir ou de la condamnation de principe. Un livre que je recommande chaudement, pour un jour où vous avez les tripes et l'optimisme bien accrochés.

    critique de qualité ? (7 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par carre le 23/01/2012


    Ce roman commence dans la ligne éditoriale de Gallmeister (le nature writer), mais d'entrée une menace pèse sur l'histoire et ces deux personnages Jim, le père et Roy le fils, sans que l'on devine ou veut nous emmener David Vann. Et puis, il y a cette fameuse page ou tout bascule, l'auteur nous envoie au tapis avec un événement imprévisible.
    Comment dire notre ressentiment s'en dévoiler une part de l'intrigue.
    Toute la force du roman prend forme, la folie, la peur, la dépression, la mort, le mensonge tout ces thèmes Vann nous les décrit sans jugement,
    sans explications rationnelles, au lecteur de se débrouiller avec ces propres démons.
    Ca remue sacrément les tripes et Vann ne nous accorde aucun répit.
    Formidablement éprouvant.

    critique de qualité ? (6 votes positifs)



  • Par zorazur le 23/11/2011


    Vais-je apporter une voix discordante dans l'engouement pour Sukkwan island et m'opposer à mon libraire (en plus c'est Gérard Collard ! ) ? Je n'ai pas du tout aimé Sukkwan island. Certes j'avais tellement entendu parler de la page 113 que je n'ai presque pas été surprise par ce qui s'est passé. Certes après toutes les louanges plus dithyrambiques les unes que les autres que j'avais lues je ne pouvais qu'être déçue. Certes je n'ai appris qu'après ma lecture les liens entre l'histoire personnelle de l'auteur et le livre, ce qui peut-être m'aurait permis de l'aborder différemment - quoiqu'à bien y réfléchir je n'en suis pas sûre du tout . Mais que je me suis ennuyée à cette lecture ! J'ai trouvé l'histoire à la fois poussive et excessive. Je me demandais à chaque page suivant la page 113 ce que l'auteur allait trouver pour tomber encore plus dans l'excès. Et j'ai terminé le livre, par scrupule, mais sans envie, presque soulagée d'en finir enfin avec cette histoire. Et je suis allée me consoler avec Joseph Conrad.

    critique de qualité ? (5 votes positifs)






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