ISBN : 2268063852
Éditeur : Les Editions du Rocher (2007)


Note moyenne : 3.5/5 (sur 2 notes) Ajouter à mes livres

Ce furent des années furieuses où la vie des hommes comptait moins que la sueur des chevaux. Elles engendrèrent la plus sombre tyrannie des temps modernes, commencée en 1914 dans les souffrances d'une guerre trop longue et trop cruelle. To... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 3.00/5
    Par Walktapus, le 27 janvier 2012

    Walktapus
    Un brin de présentation de la Guerre Civile Russe d'abord. C'est un conflit d'une immense richesse chaotique, d'une variété inouïe, et d'un tragique poignant.
    On connait la Révolution russe. On connait moins la guerre impitoyable de 3 ans qui a suivi. La Russie est alors un empire immense, s'étendant d'un seul tenant de l'Europe au Pacifique, et comportant de nombreuses minorités. Quand la situation dégénère, ça explose littéralement dans tous les sens. Les Rouges, on les connaît. Comme tous les "empires du mal" de la fantasy, ils sont seuls contre tous. Les Blancs, eux sont une nébuleuse de forces, de pouvoirs, de nations ou d'ethnies, plus ou moins aidées ou gênées par une grosse demi-douzaine de puissances extérieures, et qui tirent chacun dans un sens. Certains parlent de blancs, de verts, de noirs et d'interventionnistes. On pourrait ajouter d'autres couleurs. Ca se complique par les interactions avec la première guerre mondiale. Les Allemands sont en scène jusqu'en novembre 1918, et même après d'ailleurs. Les alliés ont comme objectif de les contrer. Ensuite... c'est moins clair, c'est le moins qu'on puisse dire.
    Les Finlandais qui en profitent pour prendre leur indépendance, aidés par l'Allemagne, les Lettons qui soutiendront Lénine, mais seront vaincus par les Corps Francs du Baltikum, les Tchécoslovaques, force armée d'un état qui n'existe pas encore, qui prennent le contrôle de 4 000 kilomètres de Transsibérien, les anarchistes de Nestor Makhno, les Allemands qui prennent le contrôle de l'Ukraine, les Japonais qui prennent le contrôle de l'Extrême-Orient russe, les tirailleurs Sénégalais qui débarquent à Odessa avec les Grecs et les Français (qui rembarquent avant d'être totalement gagnés par la passion révolutionnaire), les officiers tsaristes gardes blancs de la première heure qui forment des bataillons composés à 50% d'officiers, les usines formant des régiments de volontaires, aussi bien chez les Rouges que chez les Blancs, le Baron Ungern qui mène une troupe de Cosaques et de Bouriates conquérir la Mongolie contre la Chine, les Basmatchis d'Asie Centrale, les partisans qui mènent une guerre sans merci sur l'arrière, les piles immenses de matériel entreposées à Vladivostok ou Mourmansk protégées par les interventionnistes, la nouvelle Pologne qui lutte pour sa survie, la fiction de la République d'Extrême-Orient. Les Bolchéviques ont une position centrale et se battent sur pas moins de cinq fronts. Toute la tragédie d'une guerre fratricide aggravée d'un imbroglio indébrogliable de peuples et de puissances extérieures.
    Les images de ce conflit ? Les trains blindés sillonnant les voies ferrées, l'immensité des fronts qui laisse la part belle à la cavalerie, les cosaques, les marins de Cronstadt, le train de Trotski, la cruauté sans borne manifestée dans les deux camps, les régiments qui changent de camp dans la nuit, et ceux qui ont été capturés et qui rempilent de force dans l'autre camp, les soldats qui montent à l'assaut avec 5 cartouches, les quelques blindés qui quand ils ne tombent pas en panne ont un effet moral démesuré, la propagande qui a parfois plus d'effet que les balles, les anciens officiers tsaristes qui servent dans l'armée rouge surveillés par un commissaire politique (et leur famille maintenue en otage à l'arrière), la Tchéka en cuir noir brandissant des lugers, les uniformes aux bonnet pointu, les internationalistes combattant là sans savoir toujours bien pourquoi, etc. etc.
    Revenons en au bouquin. Ayant lu un peu l'auteur, je me méfiais un peu... beaucoup même. D'emblée, dans la préface, les principes du livre sont posés. Il y parle "d'un million de croquants hérissés de baïonnettes, conduits par une petite bande de fanatiques à bésicles", alors que les armées blanches n'ont pas droit à des formules aussi... hum... évocatrices. Par contre il les compare à des "Vendées", ce qui semble tiré par les cheveux et la barbe d'un pope, à peu près personne chez les Blancs n'ayant envie d'une restauration. le truc que je trouve le plus pénible dans certains bouquins d'histoire, c'est l'impression que l'auteur a un compte à régler. Ici monsieur a un compte à régler avec le communisme. C'est flagrant dans les trois premiers chapitres qui sont consacrés à la révolution proprement dite.
    Dans la suite, il y a une constante différence de traitement : quand il s'agit de décrire les exactions commises par les Rouges, le style est toujours plus imagé . Ce n'est pas brutal, mais c'est constant. Par exemple, page 185 il écrit "Ils fusillent 300 gardes rouges et les membres du soviet". Point. Et juste après "Tous les officiers (blancs) trouvés en ville sont fusillés sur place. Mouraviev se vantera d'en avoir fait exécuter 2 000" (quel ignoble personnage, n'est-ce pas ?). Subtil mais réel. Et je vous épargne les dix pages de révélations sur le massacre révoltant de la famille impériale et la manière dont l'a lâchement laissée tomber le roi d'Angleterre. Plus loin, il regrette que le fascisme n'ait pas été inventé dix ans plus tôt pour venir à bout des Rouges. Quand on a lu "le Siècle de 14" du même auteur, on comprend mieux tout ça. Ca reste supportable cependant, et si on réussit à en faire abstraction, on a une excellente présentation du conflit, qu'il a réussi à rendre aussi claire que possible sans occulter sa complexité.
    Je me vois cependant contraint de recommander ce livre, avec les réserves évoquées. C'est probablement le meilleur livre disponible en français (et sans doute plus) pour découvrir ce conflit. Après ça on peut lire l'inestimable "interventions alliées pendant la guerre civile russe", de Jean-David Avenel, très bon mais absolument pas abordable seul.
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