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Citations de Dumè Antoni (48)


La ville s'étendait sur la Terre du Couchant, sur plusieurs kilomètres carrés. Elle avait été construite en bordure de l'Océan de la Contemplation, à environ trois milles nautiques de l'endroit où l'Arche s'était échouée, un siècle et demi plus tôt, en base terrestre. Nul ne savait pourquoi le vaisseau avait terminé sa course en ce lieu improbable. L'ordinateur de bord, chargé du pilotage, n'avait conservé aucune trace d'avarie mécanique des propulseurs directionnels.
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Je ne sais pas à quoi aura servi ce journal. Il aura servi à cet homme pour me retrouver, manifestement. Mais si cet homme dit vrai, cela signifie que ce journal existe aussi ailleurs. Il est écrit par moi, ici, sur cette Terre, mais aussi ailleurs, sur une autre Terre. Par quelqu'un d'autre, qui est moi également. Un autre moi. Auquel cas, je suis peut-être mon avenir tout autant que mon passé. Mais cela ne me dit pas qui je suis au présent.
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Je n'étais pas présent à ma naissance. Je ne sais pas où j'étais. Personne ne savait. On m'a quand même donné un prénom et on m'a enregistré à la mairie comme une personne vivante. Et j'ai été baptisé ainsi. Mais pas plus que je n'étais présent à ma naissance, je n'étais présent à mon baptême. J'ai dû commencer à exister vraiment quand j'ai été capable de me reconnaître dans un miroir. Je suppose que je finirai de vivre quand je ne me reconnaîtrai plus. Et que je serai alors devenu quelqu'un d'autre, dans une autre vie.
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Accepter ce qui nous arrive ou ce que nous sommes revient à adopter une attitude responsable vis-à-vis du karma et non une attitude passive, voire plaintive. Il faut bien comprendre qu'un mauvais karma n'est pas équilibré par une bonne conduite. Il n'y a pas de phénomène de compensation. Chaque acte produit des fruits et ceux-ci doivent arriver à maturité quoi que l'on fasse. On peut donc avoir une conduite exemplaire aujourd'hui du point de vue de l'éthique (Sîlâ), mais cette conduite n'éliminera pas la mauvaise conduite passée. Le repentir n'est pas efficace pour éliminer les conséquences de nos mauvais actes.
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Les makyô, dans le zen, sont des sortes de fantasmagories qui s'élèvent dans la conscience durant la pratique (zazen). Les makyô ne sont pas inutiles et, en général, sont le signe d'une grande concentration, mais ils ne sont pas une véritable expérience zen (dans le sens de kenshô), et il convient de ne pas les prendre pour telle.
Les makyô sont des expériences sensorielles, éventuellement visionnaires, qui surviennent dans certains épisodes de samâdhi profond ou lors de phases mystiques aiguës.
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Luc avait passé une journée épouvantable à l'école. Jamais il n'aurait cru être autant affecté par la disparition de sa soeur. Pourtant, il l'avait souvent trouvée chiante, et il ne comptait plus les fois où il s'était vengé d'elle en inventant des histoires de fantômes pour lui faire peur ou en lui faisant des coups bas. Il adorait la faire pleurer. C'était vache de sa part et il en avait honte, mais c'était par jeu, pas pour la détruire pour de vrai et que les parents se retrouvent en vrac.
Quand il s'était rendu ce matin au collège, il lui avait semblé qu'il n'était pas réveillé comme d'habitude. Il ne parvenait pas à s'intéresser à ce que racontaient ses potes - qui ignoraient bien sûr que Chris avait disparu - et encore moins aux enseignements dispensés par les profs. Heureusement, c'était la fin de l'année scolaire et les cours étaient bof. Ca sentait déjà les vacances.
Il aurait préféré rester à la maison avec ses parents, pour attendre Chris. Il ne les avait jamais vus comme ça. Il ne les avait jamais vu pleurer. Et c'était comme si le sol s'était dérobé sous ses pieds. Bien sûr, les parents ne furent pas d'accord pour qu'il manque l'école. Il avait insisté, mais ils avaient tenu bon.
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(De fait), pour le Zen l'éveil est en quelque sorte contenu dans la pratique.
En fait, la méthode subitiste du Zen consiste à "chevaucher le buffle".
Le buffle désigne traditionnellement notre vraie nature. Un jour, un moine demanda en substance à son maître : "Qu'est-ce-que la pratique du Zen?" Le maître répondit : "C'est comme chercher le buffle sur lequel on est assis". En d'autres termes, chercher le buffle est la pratique du Zen.
La réponse du maître semble indiquer que la recherche du buffle est superflue, puisque nous chevauchons le buffle en permanence.
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Un soir, nous écoutions l'album Snafu d'East of Eden. Jordan avait au préalable fermé les volets de sa chambre et allumé une bougie et une baguette d'encens. Je m'étais assis sur un coussin à même le sol et j'avais fermé les yeux pour mieux me concentrer sur les harmonies et les phrasés mélodiques des musiciens. Quand tout à coup j'entendis des bruits de grattements accompagnés d'une respiration semblable à un râle. J'ouvris les yeux et je vis, dans la lumière vacillante de la flamme de la bougie, que Jordan s'efforçait de grimper au mur de sa chambre en cherchant à s'agripper à la tapisserie.
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- Cela signifie que la vie sur Terre - quelle que soit cette Terre par ailleurs; où qu'elle se trouve - est une terre de tourments. Il n'y a pas d'issue.
- Dans ces conditions, pourquoi cherchez-vous à tout prix à reconstruire une Terre ailleurs, si vous n'échappez pas à la souffrance? Si cette Terre doit disparaître, et avec elle l'humanité entière, pourquoi ne pas laisser s'accomplir ce destin?
- Parce que nous pensons qu'en prenant le contrôle des sarcophages, nous deviendrons pareils aux dieux. Ceux-là sont à l'abri des tourments et de la mort. Nous livrons donc cette bataille dans le seul but d'atteindre l'immortalité! Voilà la véritable raison d'être de l'opération EPI! Il n'y a qu'une seule alternative pour nous, colonel : la mort ou l'éternité. La vie ordinaire; la vie humaine, avec son lot de souffrances, n'est pas notre lot.
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Il pleut sans discontinuer, depuis plus d'une semaine. Et avec l'arrivée du sirocco, hier dans la nuit, la pluie s'est transformée en boue liquide, jaunâtre et délétère. Elle frappe les quais de granit avec un bruit mat et gluant, éclaboussant Diuan-Luc de salissures acides. Celui-ci n'y fait plus attention. Il a appris à se passer de douche, depuis que la compagnie des eaux n'assure plus son service public et que l'usine de traitement est à l'arrêt. Il s'est habitué à la crasse, qui le protège des brûlures de l'air et du soleil.
(Quand le jour se lève à l'ouest)
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- Que pensais-tu de Jordan, avant sa mort?
Il hésita avant de répondre.
- Tu veux parler de Jordan ou de Barnabé?
Sa question me surprit.
- Il y avait une différence?
- Je pense qu'il y en avait une. Jordan était Barnabé, mais Barnabé n'était pas Jordan.
- Qu'est-ce que tu veux dire?
- Barnabé vivait à part de Jordan. Il n'avait pas vraiment besoin de Jordan pour exister. En revanche, Jordan n'avait pas d'existence sans Barnabé.
Je hochai la tête, comme si je comprenais, mais je ne comprenais rien, sinon qu'il semblait savoir - contrairement à moi - beaucoup de choses à propos de Jordan ou Barnabé, si tant est qu'ils fussent différents comme il le prétendait.
- Qui était Barnabé, s'il n'était pas Jordan? demandai-je
Il écrasa sa clope sur le sol et souffla une fumée grise avec attention.
- Tu est sûr que tu as envie de savoir?
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La porte du tombeau n'a pas grincé cette fois - au contraire, on eût dit que les gonds avaient été huilés - et je suis entré dans le sépulcre comme si j'avais été invité par ses hôtes. Celui qui était placé près de la porte avait une bonne tête. Elle était lisse et d'une belle couleur, entre le gris et l'ocre. Je la pris délicatement dans mes mains (le maxillaire inférieur s'étant détaché) et la portai à hauteur du visage, cherchant à croiser son regard. Etait-ce à cause de la lumière du crépuscule qui entrait dans la tombe : je crus voir danser une sorte de lueur de vie dans ses orbites poussiéreuses. Stupéfait, je lâchai le crâne. Par chance, le sol était recouvert d'une mousse épaisse et noire qui amortit la chute avec un bruit mat. Il roula un peu, comme un ballon ovale fissuré, s'immobilisa en équilibre sur l'occiput dans un creux et m'observa en silence. C'était vraiment bizarre. Sur le coup, j'ai failli m'excuser pour ma maladresse... mais je me suis retenu. Il fallait que je me tire de là vite fait; je sentais qu'il s'y passait des choses étranges, peut-être à cause de l'air vicié. J'avais entendu dire que des champignons microscopiques pouvaient voler dans l'air et le rendre toxique au point d'avoir des hallucinations. Alors, je me suis baissé sans respirer, l'ai repris du bout des doigts en évitant de croiser son regard et suis sorti.
J'ai saisi la branche de frêne - que j'avais déposée contre le mur du tombeau - pour ficher une extrémité dans le trou occipital. Puis j'ai brandi le crâne vers le ciel pourpre. Le tonnerre a grondé, à cet instant précis.
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Le death métal, ce n'était pas vraiment son truc. Mais sa place avait été réservée longtemps à l'avance. Et il n'avait aucune bonne raison de renoncer au spectacle, d'autant que c'était devenu flippant, chez lui,depuis que Jeanne s'était barrée. Ils étaient séparés depuis plus de deux mois, et il en était encore tout chamboulé. Il n'était plus vraiment amoureux d'elle, et peut-être ne l'avait-il jamais vraiment été, mais elle était super canon et aimait le sexe. Sur ce plan, elle lui manquait terriblement. Au début de leur séparation, pour ne pas avoir à affronter la solitude quand il rentrait chez lui, il travaillait très tard, le soir, au bureau. Mais son job n'était pas bandant, et au final c'était encore plus déprimant de bosser comme un dingue que de se retrouver seul dans son salon devant la télé. Au moins, il en profitait pour se saouler la gueule à la bière. Et ça l'aidait à remplir le vide de son existence.
13/11/2015
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Sa première idée avait été d'en parler à ses parents. Mais elle s'était abstenue. A cause des questions inévitables qui s'ensuivraient? De sa mère, surtout. Principalement. Qui ne comprendrait pas. Et qui la presserait de s'expliquer, inquiète.
Annabelle n'était pas disposée à s'étendre sur sa décision. A justifier son geste. Elle quittait Gérard, son amant. L'homme avec qui elle vivait au quotidien. Et c'était définitif, sans appel.
Qu'avait-il fait pour qu'elle décide de le quitter? Elle l'ignorait. Parce que la raison - la vraie raison - n'avait pas atteint l'aire du langage. Elle tournait en boucle dans le tréfonds de son être. Une sorte de maelstrom sombre et effrayant d'une perception sans pensées et sans mots. Une sensation vague mais puissante, pénible, angoissante. Insupportable, à la fin. Mais inexplicable, aussi.
(Même les monstres ont une mère)
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Le monde où nous vivons se nomme Nektorus. On raconte que Nektorus se trouve au centre des systèmes nébuleux, sortes d'amas planétaires et galactiques. En réalité, les systèmes nébuleux sont tels que tout monde habité ou non se trouve dans une position centrale par rapport aux autres, ce qui pose un problème de topologie géométrique. La représentation admise est une sphère où chaque corps céleste est posé à la surface et se trouve être central par rapport aux autres points de l'espace. Il n'existe pas de carte du ciel. Il n'existe que des représentations symboliques dont la plus simple est un cercle avec un point au centre. C'est plus facile de se représenter l'univers ainsi, du moins pour les êtres inférieurs que nous sommes, nous, les Narhs. Ce n'est bien sûr pas le cas des Mahaans, qui eux ont une autre représentation de l'univers, bien plus élaborée.
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Luc et Chris ne devisèrent pas très longtemps sur l'attitude à adopter. Ils ne pouvaient rester coincés indéfiniment dans le wagon. D'autant que Chris avait aperçu un gros rat courir à vive allure sur le plancher, suivi de deux autres de moindre taille, mais assez grands pour être potentiellement dangereux. Chris n'aimait pas les rats et l'idée de vivre avec ces bestioles à proximité la répugnait. Luc en avait vu aussi, mais n'avait rien dit. Il les craignait moins que Chris, mais admettait qu'en nombre, ils pouvaient attaquer, en particulier durant leur sommeil. Il n'était pas question d'attendre de s'endormir pour vérifier. Luc savait en outre que les prédateurs, sur Thalès, pouvaient prendre n'importe quelle forme, y compris animale.
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Le nom de Glotome était apparu pour la toute première fois sur un message vocal de détresse intercepté par le système de surveillance du Galilée, le vaisseau spatial sur lequel nous avions embarqué quarante-cinq années plus tôt, en temps SI. Nous naviguions en direction de Cr326t, dans la constellation de Gaya, à environ six parsecs de Li581d, notre base scientifique. Sarguns, l'IA de contrôle permanent à bord du Galilée, avait d'abord tiré la commandante Gavine de son sommeil hypothermique, et celle-ci avait décidé de me réveiller ensuite pour m'informer de la situation.
(SOS)
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Vers neuf heures du matin, le sergent Claude Lefebvre était de permanence au commissariat du dix-huitième arrondissement. Il buvait un café tiède dans un gobelet en plastique, quand son téléphone sonna.
Il décrocha et la voix, à l'autre bout du fil, lui parut celle d'un homme mûr, plutôt jeune cependant. La quarantaine, peut-être. Le débit était rapide. Trop rapide pour que Lefebvre ait le temps de noter l'heure exacte, le nom de son interlocuteur et le motif de l'appel.
- Excusez-moi, coupa le sergent en tentant d'être courtois. Essayez de vous calmer ; je n'ai pas bien compris ce que vous m'avez dit... Commencez par me dire distinctement votre nom et le motif de votre appel.
- Pardon... souffla l'homme, manifestement angoissé. Je m'appelle Xavier Escobal et ma fille a disparu.
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Mènès est la lune brune de Nektorus. C'est un lieu d'exil pour les êtres bannis de toutes les planètes des systèmes nébuleux dont bien sûr Nektorus, qui en est le centre officiel. On raconte que la vie sur Mènès y est rudimentaire, sans confort, et que les exilés y vivent à l'état sauvage et se conduisent comme des barbares. On les dit sans foi ni loi, faméliques pour la plupart, voire cannibales. Quelques communautés se sont constituées dans des habitats fabriqués à mains nues à partir des matériaux - roches, argile, branchages... - trouvés sur place. Les communautés se regroupent chacune autour d'un chef de clan et sont souvent en guerre entre elles pour le pouvoir ou pour obtenir des territoires où la nourriture et l'eau sont plus abondantes. S'agissant d'individus exilés venus de toutes parts, du moins parmi les plus anciens - car des naissances ont eu lieu sur Mènès selon des modes qualifiés de primitifs et grossiers -, ils parlent une sorte de dialecte mêlant le nektori à d'autres idiomes propres aux différentes planètes des systèmes nébuleux. Certains - parmi les chefs de clan - sont de véritables lettrés, mais la plupart ne savent ni lire ni écrire.
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je ne sais pas comment elle s'en est rendu compte. Ni à quel moment. Je crois que ça l'a surtout effrayée. Elle n'était pas prête, même si elle savait que c'était techniquement possible. Elle pensait sans doute que nul n'oserait imaginer une abomination pareille. Il fallait en effet être fou ou malade ou pervers pour avoir ne serait-ce que l'embryon d'une idée aussi démente. Ou être un monstre.
Au début, elle ne voulait pas y croire. Tout en elle s'y opposait. Je comprends. Bien que ça m'attriste. Parce que, bien sûr, je l'aime. Et elle le sait. Elle s'en doute, du moins. Je le vois à son regard, quand elle fuit le mien, mais y retourne aussitôt. Parce qu'elle est troublée. Non pas parce qu'elle partage mes sentiments - je crois qu'elle ne ressent rien d'autre que du dégoût à mon égard - mais parce que c'est sans doute plus fort qu'elle. Quelque chose qui dépasse l'entendement et qui l'intrigue. Ca aussi, je le vois à son regard. Rempli de peur et d'incompréhension. Et ça me fout en rage, parce que je n'ai pas voulu ça et elle non plus. Je hais ce monde qui m'a vu naître, et surtout l'homme que je suis et que, paradoxalement, je ne serai jamais.
(Du sang, des larmes et un cerveau)
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