"J'ai écrit la première phrase (...) mais je me suis tout de suite arrêtée. A moins que ce ne soit ma mère qui m'ait arrêtée. Je l'entendais insister pour dire elle-même son histoire. Elle ne voulait pas de ma voix; elle voulait sentir les battements de son coeur, ses angoisses et ses rires, ses rêves et ses cauchemars. Elle voulait revenir au commencement avec sa propre voix. Elle était si heureuse de pouvoir enfin être la narratrice...
C'est ma mère qui a écrit ce livre. C'est elle qui a déployé ses ailes pour prendre son vol. J'ai juste soufflé le vent qui l'a emportée dans ce long voyage."
extrait p.331, clôturant le récit.
... je me suis plantée devant mon père en lui montrant mes reportages et l'argent que j'avais gagné. Tout en répétant un des dires du Prophète Mohamed : "Recherchez le savoir du berceau à la tombe ; recherchez le savoir jusqu'en Chine s'il le faut".
« Ces femmes sont toutes des filles de bonne famille, des privilégiées! Peut - être qu’on ne les a pas encouragées à faire ce qu’elles ont fait , mais en tout cas personne ne les a brimées. Pourquoi tu ne t’intéresses pas plutôt à celles que l’on traite comme si elles n’étaient pas au rang de l’humanité parce qu’elles ont eu le malheur de naitre filles?
Tu n’as pas besoin d’aller chercher bien loin: tu en as une là, devant toi !
Qu’est ce que tu attends pour m’interviewer ?
Je te raconterai comment mon père m’a vendue pour dix pièces d’or , comment on m’a forcée à épouser ton père à quatorze ans, comment on m’a fiancée à onze ? ...... »
Par Dieu, par le Prophète, par l'Imam Ali! dis-je à ma mère. Ici, même les pigeons vont à l' école. Depuis que je suis à Beyrouth, je vois des volées de pigeeons décrire des cercles puis se disperser, se regrouper, plonger, repartir dans les airs...
J'ai arraché une page d' un cahier de mon neveu et avec un crayon à copier j' y ai dessiné deux oiseaux posés sur deux fleurs avec des pétales en forme de coeur. Puis j' ai dessiné un soleil, une lune et un nid pour les deux oiseaux. J' ai gardé mon dessin pour le lui donner à son retour et lui expliquer que le soleil qui se levait et se couchait , c' était lui, et que moi j' étais la lune. Le nid, c' était sa chambre, et nous étions les oiseaux.
- De la fleur d'oranger, je vais m'évanouir ...
La voisine qui étendait son linge sur le toit a deviné que j'étais enceinte. Elle m'a prise par la main pour me faire descendre les escaliers. Elle avait beau être de la lignée du Prophète, elle s'est mise à insulter ma famille comme une chiffonnière :
- Dieu maudisse les barbes qui t'ont mariée ! Quelle honte, une gamine !
Je ne lui avais pas dit que j'étais enceinte. Chaque fois qu'il essayait de m'attirer à lui, je prétextais que ne ne me sentais pas bien, que nous n'avions pas le temps qu'on pouvait nous entendre ... Mohamed a fini par perdre patience. Il m'a dit qu'Ibn el-Mu'tazz n'aurait jamais accepté des excuses pareilles. Je lui ai demandé avec inquiétude qui était cet homme.
- Un grand poète, a-t-il répondu en riant, qui a écrit : Jouis chaque jour de l'être aimé, car on ne sait jamais quand viendra l'éloignement.
« Épis, ne soyez pas si joyeux
Avec vos longs cheveux
Bientôt la faucille dansera
Pour vous griffer le ventre
Elle coupera vos longues tresses
Et l’on n’entendra plus
Les chants de la moisson. »
Les médicaments n’ont-ils pas un goût amer ? Eh bien, le vin en est un : il purifie le sang, libère les flatulences, aide à la digestion, et surtout, il incite à la copulation.
Je vous salue, avec le pépiement des oiseaux, avec la clameur des vagues, le roucoulement des colombes, le murmure de l'eau, le bruissement des feuilles, l'exhalaison des parfums, l'éclat de la lumière...
Ibrahim n'était pas le seul à vouloir contrôler les femmes de sa famille. Chacune de mes amies craignait un cousin, un frère, un mari. Cela valait aussi pour les riches et le grand monde, comme la cousine Mira. [...] J'ai compris alors que malgré tout son argent, tout l'or qui brillait à son cou et à ses poignets, ses semelles de crêpe blanc, ses cigarettes, son sac à main en crocodile, elle était comme moi : elle tremblait de peur. Une femme mariée, mère, pleine d'aplomb, et même un peu hautaine, qui tremblait de peur.