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Note moyenne 3.91 /5 (sur 51 notes)

Nationalité : France
Biographie :

Romain Bertrand, directeur de recherche au Centre d'études et de recherches internationales (CERI), spécialiste de l’Indonésie moderne et contemporaine, il a consacré de nombreux travaux à la question des dominations coloniales européennes en Asie du Sud-Est. Il est notamment l'auteur de "État colonial, noblesse et nationalisme à Java : la Tradition parfaite" (2005), "Mémoires d'empire. La controverse autour du « fait colonial »" (2006) et "L’Histoire à parts égales. Récits d’une rencontre Orient-Occident (XVIe-XVIIe siècle)" paru aux éditions du Seuil en 2011, livre pour lequel il reçoit, en octobre 2012, le Grand prix du festival des rendez-vous de l’histoire de Blois.

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Conférence proposée par le Conseil Scientifique Par Romain Bertrand Les Grandes découvertes sont avant tout des grandes navigations : le paysage maritime est le décor privilégié d'un exploit qui fut longtemps pensé comme exclusivement européen. La peinture de la scène du « premier contact » avec les humanités distantes use et abuse pareillement du bleu lagon : c'est le plus souvent sur une plage que prennent place les rituels de prise de possession des Espagnols aux Antilles et dans le Pacifique, au sommet des falaises surplombant une anse ou une crique que les Portugais dressent – amers aussi bien que stèles – les padrões marquant leur progression vers l'océan Indien. Convaincus de leur supériorité technologique, les Européens sont cependant tôt décontenancés par les bâtiments et les compétences de leurs interlocuteurs ultramarins. En matière d'ars nautica, les pilotes arabes, les armateurs indiens, les capitaines malais, les constructeurs javanais et les marins polynésiens rivalisent fréquemment avec eux – et parfois leur dament le pion. En 1512, Albuquerque loue l'ampleur et la précision d'une carte marine javanaise où figurent la Chine, le Golfe persique, le Brésil et le Portugal. En 1769, James Cook s'étonne et s'émerveille du savoir nautique du maître de navigation tahitien Tupai'a. À l'époque moderne, la maîtrise pratique et la connaissance sensible du milieu maritime forment ainsi l'une des plus importantes arènes d'expérience commune entre Européens et Asiatiques. Étonnant paradoxe : si les mondes en présence se disputent les armes à la main chaque once de terre, ils ont en partage d'avoir le pied marin

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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
cmpf   27 décembre 2019
L'exploration du monde de Romain Bertrand
Après le scandale suscité par le calendrier fautif, il s’agit d’avoir un calendrier exact, qui garantisse aux souverains mandchous la légitimité accordée en Chine à une dynastie investie du « mandat céleste ». Ce souci, autant que la curiosité, pousse l’empereur à étudier les sciences occidentales – ce qu’il entreprend peu après s’être enfin affranchi de la régence. Verbiest les lui enseigne. Par son entremise, « toutes les sciences mathématiques présentent à l’empereur un spécimen de leur talent ». Ces spécimens sont souvent des dispositifs techniques, dont certains jouent un rôle essentiel dans l’assise durable du pouvoir mandchou en Chine. Ainsi, de nouveaux instruments astronomiques sont fabriqués sur le modèle de ceux du célèbre astronome Tycho Brahe (1546-1601) pour l’Observatoire impérial, où ils se trouvent encore aujourd’hui. Outre sa place dans la fonction publique, le jésuite demeure professeur et ingénieur de cour jusqu’à sa mort, en 1688.
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nathalie_MarketMarcel   11 février 2020
L'exploration du monde de Romain Bertrand
Dans le roman des « Grandes Découvertes », Marco Polo annonce Colomb comme Magellan appelle Cook. Or, qu’y a-t-il de commun, à y bien réfléchir, entre la déambulation d’un petit marchand vénitien au fil des routes populeuses de l’Eurasie et la navigation, sur le grand vide atlantique, d’un Génois ayant l’oreille des rois ? Rien d’autre, en vérité, qu’une certaine idée de « l’Europe » : une forme éminemment provinciale de providentialisme. Si l’Amérique représente pour Colomb le plus court chemin vers l’Asie, elle devient, dans les travaux de ses premiers biographes, un raccourci vers l’Europe : la preuve la plus éclatante de la vocation à l’universel d’un continent qui commence à se dire « vieux » pour se penser patriarche.
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Charybde2   03 juin 2020
Qui a fait le tour de quoi ? L'affaire Magellan de Romain Bertrand
C’est l’alarme à Lisbonne. Pour tenter d’empêcher Magellan de se lier irrémédiablement à la couronne espagnole, Manuel Ier ne recule devant rien : flatteries, promesses de pardon et de richesses, menaces. Il recourt pour ses basses besognes aux services de son agent commercial à Séville, Sebastiáo Álvares.

À la mi-juillet 1519, Álvares se rend chez Magellan, qu’il trouve occupé à « remplir des coffres et des ballots de bouteilles, de conserves et d’autres choses », preuve de l’imminence de son départ. Sur la demande expresse de son souverain, Álvares manie la carotte et le bâton. Il assure Magellan que son retour au Portugal lui vaudra faveurs et louanges, tandis que seuls le déshonneur et l’infamie l’attendent s’il persiste dans ses intentions : « Et je lui dis qu’il était certain qu’il serait tenu pour traître pour avoir été à l’encontre des États de Votre Majesté. »

« Traître », tredor : le mot terrible, le mot sans retour est prononcé. Mais Magellan, tout à ses bagages, l’écoute d’une oreille distraite – et campe sur ses positions.

L’ire de Manuel Ier à l’encontre de son sujet félon est telle qu’il envisage d’en venir aux dernières extrémités. Le chroniqueur des Indes Antonio de Herrera nous apprend ainsi que « lorsque la nuit surprenait [Magellan et Faleiro] dans la maison de l’évêque de Burgos [le président du Conseil des Indes], ce dernier demandait à ses serviteurs de les raccompagner chez eux ». Les rues ne sont pas sûres : on craint le guet-apens et le coup de surin. Mais le monarque portugais renonce à son noir dessein, peut-être simplement faute d’assassins fiables sous la main. Il envoie toutefois une flotte de renfort aux Moluques pour intercepter l’expédition espagnole.
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Charybde2   03 juin 2020
Qui a fait le tour de quoi ? L'affaire Magellan de Romain Bertrand
L’épopée des Indes, c’est cela : l’idée que durant près d’un siècle, toutes les navigations sont pensées et accomplies dans un seul et même but – rallier l’Inde, puis, surtout, l’empire du Grand Khan, dont Marco Polo a vanté les merveilles.

Et pour prouver la continuité de cette ambition, les chroniqueurs lisboètes transforment l’un des fils du roi Jean Ier de Portugal, l’infant Henri, en un personnage truculent : « Henri le Navigateur ». Mais « Henri le Navigateur » n’a jamais vraiment navigué. Tout au plus a-t-il traversé le détroit de Gibraltar puis financé, une fois devenu gouverneur de l’Algarve, certaines expéditions sur la côte ouest de l’Afrique. Et ce non pas pour remplir les blancs des portulans, mais simplement parce qu’il avait obtenu du pape le droit d’en tirer bénéfice. Son frère Pierre, lui, a voyagé loin – mais pas en direction de l’Asie : jusqu’au Danube, en passant par l’Angleterre.

Alors oui, ce sont peut-être les deux infants qui ont persuadé leur père de la nécessité de la conquête sabre au clair de l’enclave de Ceuta, sur les côtes marocaines. Mais il n’en allait de rien d’autre, semble-t-il, que de leur soif de titres. Ce que jeunesse veut…

Car pour les chroniqueurs de l’expansion portugaise, tout commence par la prise de Ceuta, en 1415, et tout s’achève avec l’arrivée de Vasco de Gama à Calicut, en 1498. Madère en 1419, les Açores en 1427, le cap Bojador, au sud du Sahara, en 1434, le Sénégal en 1441, la Guinée en 1450 : une progression par sauts de puce, en bordure de l’Atlantique Nord, à la lisière de ce que l’on appelle encore la « mer des Ténèbres ». Les caravelles ondoient le long des côtes, se faufilent dans les estuaires. Un peu d’or, beaucoup d’ivoire – des esclaves, déjà.

Pourtant, cette idée d’un grand plan, d’un dessein univoque obstinément poursuivi quatre-vingts ans durant, cette idée ne tient pas. La prise de Ceuta et des places fortes côtières du Maroc n’est en aucune façon la « phase 1 » d’un projet de conquête de l’Asie.

Quand on va voir les sources de près, comme les historiens l’ont fait, la prise de Ceuta n’est qu’un épisode parmi d’autres dans la rivalité séculaire entre la couronne portugaise et les pouvoirs musulmans nasride et mérinide. Il y est bien question du contrôle du détroit de Gibraltar, mais parce qu’il commande le négoce maritime entre la Méditerranée et la façade atlantique de l’Europe : pas parce qu’il ouvre sur le Grand océan qui conduit en Asie.

La conquête de Ceuta, d’ailleurs, c’est un surprenant point de départ, quelque chose comme l’Iliade à l’envers : la grande bataille qui décide de tout, mais placée en début de récit. Achille qui tue Memnon en lever de rideau – presque une bévue de scénariste.

Puis, c’est un carnage, pas une guerre en dentelles. Un mercenaire français, Antoine de La Sale, raconte qu’une fois les portes de la ville enfoncées, les soldats portugais combatirent dans les faubourgs « jusqu’au coucher du soleil, sans pièce de harnais désarmer ». Gomez Eanes de Zurara – le chroniqueur officiel de la cour – écrit encore qu’au terme de la bataille, les rues étaient jonchées de cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants, et que Jean Ier les fit tous jeter à la mer. Il faut beaucoup d’imagination – et pas mal d’indécence – pour y voir le prologue glorieux d’une odyssée planétaire.

Et si la morale peinait à se faire entendre, comme il lui arrive souvent, il suffirait de donner la parole au portefeuille pour prendre la mesure du désastre. La prise de Ceuta coûte à la couronne la bagatelle de 280 000 dobras, soit une fois et demie le revenu annuel du royaume ! Même en admettant que les nobliaux aient de temps à autre besoin de tirer l’épée, ça fait quand même très cher la tuerie.
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cmpf   30 décembre 2019
L'exploration du monde de Romain Bertrand
Le tableau de Paris de Rifā‘a al-Ṭahṭāwī



On trouve aussi, sous sa plume, des observations morales sur les us et coutumes des citadins. Ainsi peut-on déceler dans ses remarques sur les

Parisiennes les premières traces de son attention plus tardive à la condition féminine. S’il voit dans les rapports de genre en France un véritable système d’esclavage des hommes par les femmes, il est sensible à l’autonomie intellectuelle des individus, hommes comme femmes. Les critiques d’ordre religieux qu’il émet ne sont que de peu d’importance – les Français n’étant après tout pas musulmans – au regard de la « communauté morale » qu’il entrevoit. Si le comportement des hommes vis-à-vis de leurs femmes paraît insensé et indigne à première vue, il s’accompagne pourtant d’un sens de l’honneur qu’al-Ṭahṭāwī juge proche de celui des Arabes. Les deux plans du jugement moral et du jugement religieux sont donc distincts. Cette capacité à distinguer un ordre du spirituel et un ordre du temporel est l’une des caractéristiques de ce qui devient alors la pensée réformatrice musulmane. Elle trouve dans le récit du voyage parisien l’une de ses applications les plus fortes.
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lanard   24 octobre 2020
Qui a fait le tour de quoi ? L'affaire Magellan de Romain Bertrand
Plus personne, des décennies durant, ne se risqua à la traversée du détroit qui porte son nom - trop longue, trop dangereuse.

Pire encore : la réalité même de son exploit commence très vite à s'estomper. Dans La Araucana - poème martial en trente-sept chants composés dans les années 1560 - le conquistador Alonso de Ercilla, grand massacreur de Patagons, se fait gloire d'avoir été le premier, en 1558, à découvrir le détroit de la mer du sud "avec seulement dix compagnons, dans une petite barque allégée de son ballast".

A la fin du XVIe siècle, certains, en Espagne et aux Amériques, en viennent même à douter de l'existence de ce fameux passage. Dans son Histoire naturelle et morale des Indes, publiée à Séville en 1590, le jésuite José de Acosta écrit : " Le détroit que Magellan trouva dans la mer du sud, certains pensaient qu'il n'existait pas, ou bien qu'il s'était refermé."

A quoi bon, en somme, avoir fait le tour de tout ça?

Peut-être pour que les écrivains aient quelque chose à dire lorsque viennent les temps mauvais où chaque mot compte, où, dans les termes de Bertold Brecht, "parler des arbres est presque un crime, puisque c'est faire silence sur de tant de forfaits".

De 1935 à 1938, Stefan Zweig travaille à une biographie de Magellan. C'est à sa jeune compagne, Lotte, qu'il confie la tâche de rassembler sur l'homme et son voyage une vaste documentation - laquelle puise d'ailleurs aux meilleurs sources universitaires de l'époque.

Le Magellan de Zweig est un héros sans failles ni faiblesses, l'archétype de l'homme qui abat un à un les obstacles qui se dressent entre lui et on rêve. Mais il est surtout une certaine idée de l'Europe, en laquelle le romancier s'efforce de croire encore, et ce alors même que la nuit monte en lui.

La vraie mort de Magellan - c'est-à-dire la mort de l'idéal qu'on lui fait endosser comme une vêtement trop grand pour lui, la fin du rêve complaisant d'une Europe toute de courage et de curiosité -, la vraie mort de Magellan a donc lieu le 22 février 1942, à Petropolis, à 65 kilomètre de la ville de Rio de Janeiro, lorsque Stefan Zweig et Lotte Altman se suicident.

Car les héros sont comme les fées et les divinités des contes pour enfants : ils ne meurent vraiment que lorsqu'on ne croit plus en eux.

C'est douloureux, ça ne se fait pas sans un pincement au cœur, mais ça s'appelle grandir.
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de   06 octobre 2011
Mémoires d'empire : La controverse autour du "fait colonial" de Romain Bertrand
cette mise en relation du passé colonial et du présent politique s’effectue par le biais d’une équivalence historiquement problématique, mais transformé en évidence indiscutable par sa réitération : celle qui établit une stricte équivalence, au regard de la constitution d’un tord républicain primordial, entre les colonisés d’hier et l’immigration discriminée d‘aujourd’hui.
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cmpf   29 décembre 2019
L'exploration du monde de Romain Bertrand
Si l’étonnement ou l’émerveillement de Ḥanna à Paris ne se traduisent généralement pas par une opposition entre « eux » et « nous », c’est que lui même ainsi que le lectorat qu’il vise à Alep sont beaucoup plus connectés à la France de Louis XIV qu’on ne l’imagine. Avant son départ, il a travaillé pour des marchands provençaux installés au Levant. Il y a appris le français, et s’y est familiarisé avec l’art de vivre en usage dans les réseaux « francs » du négoce et qu’il retrouve pendant son périple. Quand il arrive à Paris, il n’est pas le seul Syrien dans la capitale française. Les Orientaux chrétiens sont alors assez nombreux à se rendre en Europe occidentale, soit pour collecter des aumônes au prétexte plus ou moins avéré d’avoir subi des persécutions de la part des « Turcs » à cause de leur religion, soit dans la perspective d’y faire carrière, notamment grâce à leur maîtrise des langues orientales.
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Charybde2   03 juin 2020
Qui a fait le tour de quoi ? L'affaire Magellan de Romain Bertrand
Magellan…

Magellan, c’est la statue du Commandeur, une vie majuscule, le nom donné à un détroit du bout du monde et à une sonde spatiale lancée vers Vénus en 1989. Un nom qui dit les confins, les limites repoussées, l’impensable accompli.

Un nom, aussi, qui suffit à faire surgir les « Grandes Découvertes », c’est-à-dire l’idée arrogante que l’Europe s’est longtemps faite d’elle-même, de son excellence, de sa précellence – l’un des premiers maillons de la généalogie à fil tendu de notre orgueil.

Mais qui est vraiment Fernand de Magellan ?

Il est toujours plus facile de poser des questions simples que d’y répondre. Magellan c’est une vie majuscule, oui, mais des archives minuscules, du moins dès qu’il est question de l’homme et pas seulement de son exploit.
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de   06 octobre 2011
Mémoires d'empire : La controverse autour du "fait colonial" de Romain Bertrand
Les uns glorifient la colonisation en scindant l’histoire en violence inaugurale et malheureuse et en progrès de la civilisation sous la bannière de la république, sans traiter des rapports économiques et sociaux et de leurs violences spécifiques, dont l’inégalité citoyenne.
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