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Note moyenne 3.52 /5 (sur 28 notes)

Nationalité : France
Biographie :

Sylvia Hansel, est âgée 33 ans, et vit à Paris. Son adolescence entre la Seine-et-Marne et la Lorraine lui a inspiré son premier roman, Noël en février. Le portrait juste, touchant mais aussi drôle de Camille, adolescente de quinze ans au franc-parler imparable.

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Entretien avec Sylvia Hansel à propos de son roman Noël en février

Noël en février est votre premier roman : comment vous est venue l’idée d’écrire ce livre ? Est-il l’expression de souvenirs personnels ?

En effet, mon livre comporte certains éléments autobiographiques, dont cette non-histoire d’amour par correspondance. Ce qui était arrivé avec ce garçon me paraissait tellement incroyable que j’ai ressenti le besoin de l’écrire peu de temps après, quand j’avais 21 ou 22 ans. À cette époque, j’avais mon premier job ennuyeux, mon premier appartement, une vie d’adulte stable… Peut-être étais-je un peu nostalgique du lycée, et de toutes ces choses qui n’étaient jamais arrivées. J’ai eu envie de faire vivre cette histoire en la couchant sur le papier.

 

Dans la préface, Tristan Garcia évoque « une Education sentimentale des années 1990 ». Certains lecteurs ont quant à eux comparé Camille à une jeune Emma Bovary. Est-ce une comparaison qui vous est venue à l’esprit en écrivant ? Les œuvres de Flaubert vous ont-elles inspirées ?

« Madame Bovary, c’est moi ! » Ou plutôt, c’est nous tous, les gens de ma génération, qu’on l’appelle X ou Y. On a grandi avec la télé allumée, qui diffusait des histoires d’amour romantiques, incroyables, magnifiques ! Et qui s’arrêtaient toutes, comme par hasard, au moment où le couple est enfin réuni, histoire de ne pas montrer la suite… Alors forcément, quand on est biberonné aux histoires d’amour fictives, le réel est quelque peu décevant (surtout en Seine-et-Marne). Quant à Gustave Flaubert … Je n’ai lu Madame Bovary qu’à un âge dramatiquement avancé (25 ans), et, ayons le courage de l’avouer, je n’ai jamais mis le nez dans L`Education sentimentale. Je n’en ai jamais ressenti l’envie avant que Tristan ne fasse cette comparaison. Alors non, Flaubert aurait été bien en peine de m’influencer…

 
 

L’histoire débute en 1996, on y retrouve des éléments qui ont marqué une époque : chansons des années 90, objets tels que le walkman, mention d’événements comme la Coupe du monde de 1998. Pensiez-vous toucher en priorité les lecteurs qui ont vécu leur adolescence à cette période, ou le parcours de Camille est-il universel, selon vous ?

En écrivant ce livre, je n’ai jamais pensé à toucher une cible en particulier, je ne fabrique pas des yaourts minceur… Je voulais reconstruire une époque qui était celle de mon adolescence, par nostalgie mais aussi pour rendre le récit vivant, il me paraissait important de l’ancrer dans une période bien déterminée. Le walkman, par exemple, faisait partie de notre quotidien, on n’y prêtait pas plus attention que ça, il était simplement là, on n’aurait jamais pensé qu’un jour il n’existerait plus. Comme les CD, les disquaires, la correspondance postale, la clope dans les bars et plein d’autres choses… La technologie a évolué très vite, et avant même qu’on s’en soit rendu compte, tout cela avait disparu. Pour moi, raconter une vie sans Internet, sans téléphone portable, c’était aussi une manière de parler du temps qui passe, et des changements qui vont avec. L’histoire de Camille et Mathieu aurait été différente avec Facebook ou les SMS. Aurait-elle été plus simple ? Je n’en suis pas sûre. Des lecteurs me disent s’identifier à Camille, même ceux qui n’ont pas vécu cette période, les jeunes dont on se plaît à dire qu’ils sont « nés avec le Web ». Les sentiments, les relations sociales ou familiales, restent universels.

 
 
 

À travers le portrait de Camille, vous évoquez une jeunesse désœuvrée mais aussi des familles modestes pour lesquelles l’achat d’un petit pavillon de banlieue représente le comble de la réussite sociale. Pensez-vous que l’arrière-plan social soit capital dans l’écriture romanesque ?

Dans l’écriture romanesque je ne sais pas, dans celle de mon roman oui. Absolument. Je n’ai pas honte de mes origines modestes. L’histoire entre Camille et Mathieu n’était qu’un prétexte pour parler d’adolescence et de société. Je trouve qu’il y a trop peu d’écrivains réellement issus des classes populaires (à part Virginie Despentes, que j’aime beaucoup). Il y a des écrivains pauvres, mais ils ont reçu une éducation sinon bourgeoise, du moins lettrée. Et il n’y a rien de pire que de lire des auteurs bourgeois qui croient parler au prolétariat. Beaucoup sont bien intentionnés, mais il y a une condescendance, une méconnaissance du sujet, des clichés… C’est écrit d’en haut. Comme quand des auteurs adultes veulent s’adresser aux adolescents en utilisant (mal) leurs expressions (déjà ringardes), s’exprimant dans un verlan ridicule et se permettant, en plus, d’être moralisateurs. Je suis fille de sidérurgiste, petite-fille de mineurs, et j’en ai marre que des gens parlent à ma place (et le fassent mal, en plus). Avec ce livre, sans tomber dans le discours social, j’ai voulu montrer le milieu d’où je viens tel qu’il est. Sans noircir le tableau, sans l’idéaliser non plus. Dans mon roman, le père de Camille vote FN, il est alcoolique et violent conjugal. Ce qui met mon héroïne sérieusement mal à l’aise. Et n’empêche pas qu’elle soit violée par un type qui vote, lui aussi, FN. Montrer, par exemple, qu’on peut se retrouver à sortir avec un mec d’extrême droite sans en avoir conscience, naïveté aidant, était une façon de parler de cela sans user de clichés. Quand j’avais tenté, en vain, de publier la première version de ce roman, il y a des années, un éditeur avait montré de l’intérêt mais il voulait que j’exacerbe le côté trash. Le sexe, la violence, que je rende ça encore plus crade. J’ai refusé, car il est important pour moi de rester juste, pour que le lecteur puisse se reconnaître là-dedans, pour que ça lui « parle ».

 
 
 

Les hommes sont peu mis à l’honneur dans le livre : les figures masculines sont soit absentes (le père de Camille est très peu mentionné), soit lâches comme Mathieu, soit falotes comme Sébastien, soit violentes comme Grégoire. Pourquoi Camille ne croise-t-elle aucun homme qui laisse une impression positive au lecteur ?

Cette question me surprend beaucoup, personne ne m’avait fait cette remarque, et jamais il n’a été dans mon intention de dénigrer les hommes. C’est étrange, la plupart de mes amis sont des mecs, j’ai tendance à mieux m’entendre avec eux qu’avec les femmes… Je ne suis pas Valerie Solanas! Je crois plutôt qu’avec Camille, tout le monde en prend pour son grade, filles, profs, garçons, veaux, vaches, cochons… Elle est en colère contre tout le monde. Quant à Mathieu, même s’il est vrai que Camille le traite de lâche à un moment où il la fait tant souffrir qu’elle ne trouve que l’insulte comme réponse, il est plus complexe que cela : c’est surtout un garçon qui se cherche, un ado qui, comme beaucoup d’autres, peine à être d’accord avec lui-même plus de cinq minutes…

 

Le ton du roman est souvent très drôle, la voix de Camille est spontanée et franche : est-ce que ce mélange d’oralité et d’écriture romanesque vous est venu facilement ou cela a-t-il demandé des tâtonnements pour trouver le ton juste ?

C’est simplement la façon dont je m’exprime au quotidien, qui résulte de mes lectures… Rigoler un bon coup est une des façons les plus agréables de passer le temps, en particulier dans les moments difficiles, non ?

 
 

Malgré l’humour présent, au fil de la lecture, une impression amère se dessine dans les propos de Camille, celle d’un gâchis de ses années de jeunesse, et le livre laisse une impression mélancolique. Pensez-vous que l’adolescence est toujours au moins partiellement un échec ?

Vous oubliez la fin, assez positive, où enfin Camille décide de prendre sa vie en main et de vivre pour elle, sans trouver nécessaire d’avoir un petit ami. Elle peut enfin exister par elle-même… Contrairement à une Bridget Jones, ou plus simplement à l’image que beaucoup de filles se font de leur statut social : si t’as pas de mec, t’es une ratée. Bah non, certainement pas…

Ceci dit, beaucoup de lecteurs me disent que mon roman leur rappelle leur adolescence, mais qu’ils ne revivraient cette période à aucun prix. L’adolescence est intense par définition : tous ces pics d’adrénaline peuvent manquer aux adultes… mais pas au point de vouloir y retourner.

 
 

Sylvia Hansel et ses lectures

 

Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?

Des cornichons au chocolat , de Philippe Labro. À l’époque, il l’avait fait paraître sous le pseudo de Stéphanie, c’était censé être écrit par une ado qui souhaitait garder l’anonymat. J’avais cru à son boniment, j’avais même pris le train pour Paris et étais allée sur les lieux où l’histoire était censée se passer… J’avais 14 ans, l’âge de la supposée auteure… À chaque décision importante que j’avais à prendre, je me demandais : « Qu’aurait fait Stéphanie ? » Quand j’ai appris que l’auteur n’était qu’un vieux bonhomme qui a désormais une page hebdomadaire dans Direct Matin, j’ai presque pleuré de déception.

 
 

Quel est l`auteur qui vous a donné envie d`arrêter d`écrire (par ses qualités exceptionnelles...) ?

Ça ne m’est jamais arrivé. Je n’ai pas l’esprit de compétition.

 
 

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

 

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Si je vous reparle des Cornichons au chocolat, vous allez me frapper… En deuxième position arrivent ex-aequo Superstars d’Ann Scott et Bye Bye Blondie de Virginie Despentes .

 
 

Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Je n’ai aucune honte. Quant à des regrets… La vie est assez longue pour lire tout ce que j’ai envie de découvrir.

 
 

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Philippe Jaenada . Je ne sais s’il est méconnu, mais c’est un auteur extraordinaire ! Le chameau sauvage, La femme et l’ours … Il est vraiment très drôle, il maîtrise comme personne l’art de la digression, et en plus il aime les bars : c’est l’écrivain que j’avais toujours voulu lire sans savoir qu’il existait.

 
 

Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Je n’en sais rien. Tout ce que je sais, c’est que les classiques qu’on nous force à ingurgiter à l’école, comme si en nous gavant on pouvait obtenir du foie gras, n’ont d’autre résultat que de nous dégoûter de la littérature classique. La raison en est simple : à cet âge, on est trop jeune pour faire l’effort de la comprendre. On est habitué à l’écriture fluide et directe d’aujourd’hui, et se plonger dans des expressions désuètes, des descriptions sans fin et des récits très lents demande un gros effort. Ça ne m’a pas donné envie de trop attaquer les classiques. Récemment, j’ai lu Hamlet pour la première fois, et j’ai eu l’impression de regarder le match de la finale de la Coupe du monde 98 en VHS : même si je ne l’ai jamais vu, je sais déjà parfaitement ce qui va arriver. Tellement d’œuvres font référence à William Shakespeare qu’on le connaît déjà sans l’avoir lu.

 
 

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Pas qui me vienne, non.

 
 

Et en ce moment que lisez-vous ?

Deux nouveautés : Le meilleur du monde de Virginia Bart, qui parle de retrouver son amour de jeunesse, et Dépendance day de Caroline Vié-Toussaint, dont j’adore le sens de l’humour, souvent noir mais d’autant plus délectable.

 
Découvrez Noël en février de Sylvia Hansel aux éditions Rue Fromentin :

 

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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
Nadael   15 avril 2015
Noël en février de Sylvia Hansel
« Seize ans, c'est le plus bel âge de la vie, avait-elle coutume de me répéter. L'âge de l'insouciance et des petits amis. Elle ne devait pas concevoir qu'à cet âge, on puisse vraiment aimer quelqu'un. Et souffrir. Et avoir ce vide immense dans le ventre, et ne plus avoir envie de rien. Elle a pris un air peiné, elle a essuyé ma larme, m'a souri gentiment et m'a dit : « Ma pauvre puce... Bah, tu verras, dans six mois tu ne te souviendras même plus de comment il s'appelle ! Tu sais ce qu'on dit : un de perdu, dix de retrouvés ! On mange du saumon, ce soir. Tu viens m'aider ? Ça te changera les idées... » (…) Elle s'est mise à ouvrir le ventre du saumon pour y fourrer un branche de thym, une feuille de laurier, et y faire couler un jus de citron. Moi, j'avais envie de mourir et des patates à éplucher. »
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ju-s-tine   19 février 2015
Noël en février de Sylvia Hansel
Depuis une semaine, je n'avais quasiment rien avalé, j'étais passée de quarante-neuf à quarante-quatre kilos en l'espace de huit jours, que Slim Fast et Weight Watchers aillent se rhabiller. Etre amoureuse, le meilleur régime du monde. Mathieu était parti, l'appétit était revenu. "Quand l'appétit va, tout va." Mon cul.
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Analire   24 février 2015
Noël en février de Sylvia Hansel
Je l'aimais. Indépendamment du fait que je ne lui avais pratiquement pas parlé, que je ne le connaissais pas et qu'il n'était pas impossible qu'il soit en réalité le pire crétin que la Terre ait jamais porté. Pourtant, j'étais intimement persuadée que ce n'était pas le cas ; sans pouvoir l'expliquer, j'étais absolument sûre qu'il était l'homme de ma vie. C'était physique, il me suffisait de le regarder pour voir que c'était lui.
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Nadael   15 avril 2015
Noël en février de Sylvia Hansel
« Qu'allais-je bien pouvoir foutre de ma vie ? J'allais sans doute trouver un boulot de merde, genre caissière chez Carrefour. Trouver un mec, c'était apparemment hors de question. Par contre, je trouverais sans doute un appartement. J'ai eu la vision très nette d'un petit studio triste avec moi-dedans, peut-être aussi un chat, où je me réchaufferais au micro-ondes du cassoulet en boîte, regardant peut-être Faites entrer l'enculé en revenant d'un travail peu gratifiant. »
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EliseBabelio   18 février 2015
Noël en février de Sylvia Hansel
Je l'aimais. Indépendamment du fait que je ne lui avais pratiquement pas parlé, que je ne le connaissais pas et qu'il n'était pas impossible qu'il soit en réalité le pire crétin que la Terre ait jamais porté.
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EliseBabelio   18 février 2015
Noël en février de Sylvia Hansel
J'ai noté l'adresse et le numéro de téléphone - pas de liste rouge ni, apparemment, de divorce - puis, étant encore en âge de faire des trucs pareils, j'ai dansé la polka sur mon lit.
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sasouh08   16 octobre 2018
Les adultes n'existent pas de Sylvia Hansel
On ne naît pas adulte ; on ne le devient pas non plus.
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baladin   02 novembre 2018
Les adultes n'existent pas de Sylvia Hansel
D'après les dires de mes amies devenues mamans, si les hommes devaient accoucher, la race humaine serait éteinte depuis environ quinze mille ans.
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sasouh08   18 octobre 2018
Les adultes n'existent pas de Sylvia Hansel
Adulte, on n'est jamais qu'un gamin à qui on a confié des responsabilités avec lesquelles on se démerde comme on peut
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baladin   02 novembre 2018
Les adultes n'existent pas de Sylvia Hansel
Comme beaucoup de malchanceuses nées au début des années quatre-vingts, je m'appelle Julie. Un prénom à la con, un peu moche et, surtout, dramatiquement répandu.
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