AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Note moyenne 3.5 /5 (sur 65 notes)

Nationalité : France
Biographie :

Vincent Brunner est journaliste, spécialisé dans la musique et la bande dessinée. Il a été chef de rubrique musique de Rolling Stones pendant trois ans et a écrit plusieurs ouvrages sur des chanteurs, notamment En quarantaine avec Christophe Miossec chez Flammarion.

Actuellement, il écrit sur la musique pour divers magazines et sur la bande dessinée pour le magazine Casemate.

Source : http://www.neuvieme-art.com/encyclo/auteurs/Vincent-Brunner-1163
Ajouter des informations

Entretien avec Vincent Brunner à propos de son roman Platine


Platine raconte l`histoire d`Eva, une jeune lycéenne à fleur de peau qui vit pour la musique. Est-ce facile de se replonger dans les années lycée ? Sentez-vous un décalage avec les jeunes d`aujourd`hui ?

C`est sûr que me mettre dans la peau d`une jeune lycéenne aujourd`hui a été un vrai jeu de rôle ! J`ai gardé un bon souvenir de mes années lycée mais le contexte a beaucoup changé.
J`étais lycéen dans les Vosges, dans une ville de 3000 habitants. La technologie et le langage ont tellement évolué que l`on se sent forcément en décalage avec la génération actuelle de lycéens. Nous devions faire de nombreux kilomètres pour retrouver le disque d`Elvis Costello que l`on recherchait. Aujourd`hui, les jeunes vosgiens ont le même accès à la musique que les parisiens.
Cette accessibilité, cette immédiateté de la musique a rendu les gens peut-être plus éclectiques, plus dispersés, plus curieux aussi peut-être. Mais le risque c`est que cela ne représente plus que du zapping. La notion d` « œuvres » me semble en danger car les gens n`écoutent plus d`albums mais des chansons. Après, ce phénomène touche aussi les trentenaires.



Vous êtes journaliste spécialisé dans la musique et la bande dessinée. Comment avez-vous trouvé le ton d`Eva ?

Mon éditrice m`a donné quelques livres qui se déroulaient dans l`univers du lycée. Mais, au final, j`ai trouvé le ton d`Eva et des autres jeunes personnages assez facilement. Eva s`est tout de suite imposée à moi, il n`y a rien eu de réfléchi. Ce qui m`inquiète, c`est d`avoir parlé aussi facilement à sa place… j`ai plus de deux fois son âge ! Je suis certainement un adolescent attardé.
J`ai simplement essayé dans mon roman que cela sonne actuel pour les lycéens d`aujourd`hui. Je sais d`ailleurs que des adolescents se sont retrouvés dans le ton du livre. Mais mon objectif n`a pas été de reproduire fidèlement le langage des jeunes.



Retrouve-t-on dans ce personnage le Vincent Brunner lycéen ?

Comme pour Eva, la musique a été très importante pour moi. Cela reste le meilleur moyen de s`évader de son quotidien et de sociabiliser. Je me souviens qu`adolescent, j`avais entendu quelqu`un siffler une chanson du Velvet Underground à un arrêt de bus. Je suis allé le voir, c`est devenu un ami. Il n`y avait alors pas tant de personnes qui connaissaient ce groupe au lycée.
Sinon, je ne pense pas qu`il y ait beaucoup de points communs entre Eva et moi. Certains amis me disent que la colère que l`héroïne a en elle me ressemble un peu mais cela n`était pas du tout conscient de ma part. Si la consommation de la musique a évolué, le rapport identitaire à la musique a perduré. Eva juge beaucoup ses camarades en fonctions des groupes qu`ils écoutent. C`était déjà vrai à l`époque.



La musique rock est très importante dans la vie d`Eva. Etait-ce également votre cas lorsque vous étiez lycéen ?

Je suis né en 1974. Mes parents écoutaient les Beatles, les Rolling Stones, Dylan. J`ai donc baigné dans cet univers assez tôt. Ensuite, la grande étape (comme pour de nombreuses personnes de ma génération), ça a été l`émission télé Les enfants du Rock. Les émissions de Manœuvre et de sa bande ont fait découvrir beaucoup de choses et de groupes déviants à des gamins dans toute la France. Ces émissions nocturnes et la presse rock de l`époque ont été des vecteurs importants.
Le groupe qui m`a « fondé » a été The Clash. Il y avait des vraies valeurs humanistes et de la poésie sur fond de punk rock. Je m`y retrouvais plus que dans Led Zeppelin qui fascinait plusieurs de mes camarades. J`étais aussi un peu en décalage parce que j`ai écouté du rap un peu avant les autres. Après, faut relativiser, c`était dans les Vosges…



Pour les jeunes d`aujourd`hui, quel est le vecteur principal, selon vous ? Eva connaît certains classiques grâce aux jeux vidéo.

Internet est une géniale machine à retourner dans le passé. Certains adolescents peuvent facilement connaître des chansons obscures ou être incollables sur le Dylan folk. L`énorme succès des jeux vidéo comme Guitar Hero a également permis à certains de se constituer une culture musicale devant sa console.



Dans votre roman, Eva hérite de vinyles de Beatles ou d`Hendrix. Ils appartenaient à son père biologique qu`elle n`a jamais connu. Son premier contact avec la musique qu`écoutait son père est d`abord visuel.

Les vinyles dont je parle dans le roman ont des pochettes très symboliques qui ont marqué l`histoire de la musique. Je ne suis pas un collectionneur de vinyles mais les pochettes jouaient avant un vrai rôle quand on écoutait un disque. C`étaient de vraies fenêtres ouvertes sur l`univers du groupe, son imaginaire. Je me souviens qu`en écoutant « Sergent Pepper » des Beatles, je regardais la pochette intérieure du disque en cherchant des indices quant à la mort supposée de Paul McCartney. Il y avait un côté fascinant qui a totalement disparu aujourd`hui avec la dématérialisation des supports.



Pourquoi Eva a-t-elle autant de mal à accepter ces vinyles hérités de son père au début du roman ?

Elle néglige effectivement ces vinyles au début du roman car ils ne représentent rien pour elle. Il lui faut un certain temps pour qu`elle accepte cet héritage. Elle n`a pas connu son père biologique, au contraire son père adoptif a toujours été présent dans sa vie.
Elle est très soucieuse du regard des autres. Elle fait tout un cirque pour ne pas que les autres élèves soient au courant de sa situation familiale, au point de se faire exclure après avoir « bousculé » une camarade. C`est quelque chose que je tenais à aborder : au collège ou au lycée, la moindre étiquette, souvent collée sans raison, peut te poursuivre pendant des années.



Aux côtés de Jimi Hendrix ou de My Chemical Romance, on retrouve aussi Madame Bovary qui a une place importante dans le récit. Que représente ce roman aux yeux d`Eva ?

J`ai fait mon mauvais élève car je ne l`ai même pas relu mais je trouvais intéressant que cette adolescente un peu rebelle soit confrontée à un monument de la littérature comme Madame Bovary. Cela vient d`un constat assez simple : les livres dont on impose la lecture aux lycéens sont loin de leur parler. S`ils sont lus, c`est uniquement par obligation. Dommage que l`obligation prenne le pas sur le plaisir. Personnellement, je ne me rappelle pas avoir fini Le Rouge et le Noir…Dans Platine, la métamorphose d`Eva passe aussi par le fait d` « accepter » ce roman. Elle se prend d`ailleurs à un moment pour Emma alors qu`elle est au tout début de sa vie amoureuse.



On peut être étonné, dans votre roman, de ne pas retrouver d`indication de lieu. L`histoire du roman pourrait se dérouler n`importe où.

Oui, j`ai assez peu décrit le lieu où se passe l`action. Je ne trouvais pas très intéressant d`ancrer ça dans un lieu spécifique comme un lycée où une région où j`aurais habité. Je n`avais pas envie d`en faire un roman à clef. Je peux mettre un peu de moi dans Eva mais cette absence de repères géographiques me permet de me distancier davantage du personnage.



Vous êtes coauteur du programme télévisé Tout est vrai (ou presque) (diffusé à partir du 6 septembre sur Arte). Prenez-vous autant de plaisir dans l`écriture d`un roman jeunesse que dans celle d`un programme télévisé ?

Ce sont des exercices très différents mais qui se complètent bien. Lorsque j`écrivais, le soir, ce roman Platine, je travaillais également, dans la journée, à l`écriture de la saison 2 de Tout est vrai ou presque. L`écriture de la série télé est tout de même une écriture sous contrainte alors que celle du roman est beaucoup plus libre. C`était donc un vrai plaisir de se remettre à l`écriture de Platine le soir après avoir passé la journée sur Tout est vrai ou presque.



Prévoyez-vous d`écrire d`autres romans jeunesse ?

Oui, bien sûr ! Peut-être d`autres romans jeunesse mais peut-être également des romans à destination d`un public plus âgé. J`ai de nombreuses idées en tête mais il faut que cela se concrétise sur le papier.



Vincent Brunner et ses lectures


Quels sont les livres ou les auteurs qui vous ont donné envie d`écrire ?

Dans le domaine de la critique rock, je dirais que c`est le Philippe Manœuvre de la fin des années 70, avec ses formules hilarantes et ses fulgurances. Laurent Chalumeau et Philippe Garnier officiaient comme lui dans la revue Rock&Folk et ils ne se limitaient pas à la musique, partaient en digressions. Etant également intéressé par les littératures de l`imaginaire, je me suis très tôt intéressé à Alexandre Dumas ou à Jean Ray, l`auteur des aventures d`Harry Dickson dont ma mère raffolait quand elle était enceinte de moi. Coïncidence ?



Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Je pense que c`est Jules Verne que je lisais vers 12 ans. Aujourd`hui encore, même si d`autres auteurs français sont allés plus loin, il reste une référence au niveau de la puissance visionnaire.



Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Americana de Don DeLillo est un roman génial que je n`ai jamais réussi à finir. Je le reprends à chaque fois à une page différente mais toujours avec plaisir.



Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Je n`ai jamais lu Emile Zola. Je n`ai encore jamais lu Marcel Proust non plus. Je m`y mettrai peut-être un jour mais il me manque une étincelle. C`est ce qui m`est arrivé avec Bob Dylan sur lequel j`ai écrit une biographie Bob Dylan : Au-delà du mythe. J`ai mis du temps avant de me consacrer à sa discographie. Il m`a fallu un déclic ou, disons, une certaine disponibilité de ma part.



Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

J`ai développé une vraie fascination pour Arizona Kiss, un roman de Ray Ring. Arizona Kiss est un polar noir à l`écriture assez nerveuse que j`ai relu assez souvent. Il a été traduit par Frank Reichert et Philippe Garnier, c`est l`histoire d`un photo-reporter qui enquête autour de combats de chiens.
Parmi les auteurs de bande dessinée qui n`ont probablement pas la place qu`ils méritent il y a Yves Chaland. Il a revisité avec beaucoup d`ironie la bd franco-belge des années 1950 /1960. C`était un virtuose de la ligne claire mais son dessin avait quelque chose en plus, une touche de génie. Avec Freddy Lombard et le très caustique Jeune Albert, il a construit en très peu de temps une œuvre forte toujours célébrée malgré sa mort en juillet 1990 à 33 ans.
C`est quelqu`un qui me suit : quand j`ai passé mon oral à l`école de journalisme de Bordeaux, j`avais fait un petit exposé sur lui. Il fait partie de mes valeurs littéraires. Je conseille à tout le monde de lire son chef d`œuvre La comète de Carthage.



Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Avec un peu de rancune malvenue, je dirais Le Rouge et le Noir. Mais il fait partie des livres que je devrais relire aujourd`hui alors que je suis sorti, je pense, de mon adolescence !



Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature, ou un titre de roman ?

Un titre de roman que j`aime beaucoup c`est le titre original du livre Un privé à Babylone de Richard Brautigan : Dreaming of Babylon. La version française est peut-être plus explicite mais tellement moins belle, tellement moins marquante.



Et en ce moment que lisez-vous ?

Je lis Games of thrones ! J`ai vu la série télévisée mais je trouve intéressant de découvrir le texte original de George RR Martin. La série est très bien mais il n`y a pas de grande valeur artistique au niveau de la réalisation. C`est une mise en couleur du roman alors que Martin possède une vraie écriture. Forcément, on passe complètement à côté en ne regardant que la série. Dans le roman, c`est fascinant de voir comment il passe d`un personnage à un autre au fil des chapitres. Cela s`emboîte merveilleusement bien. Je finis également l`édition illustrée par Joann Sfar de La promesse de l’aube de Romain Gary. Et, à côté, je suis dans Captain America de Rick Remender et John Romita Jr.


Découvrez "Platine" de Vincent Brunner aux éditions Flammarion :


étiquettes
Citations et extraits (9) Ajouter une citation
Ziliz   30 juin 2014
Platine de Vincent Brunner
[ une ado ]

Je monte les escaliers, je rentre dans ma chambre et, pour la forme, je claque la porte. Histoire de montrer que moi aussi, j'en ai marre et que je suis énervée.

(p. 70)
Commenter  J’apprécie          180
orbe   02 juillet 2014
Platine de Vincent Brunner
Après avoir raccroché, je suis au trente-sixième dessous. Comme enterrée vivante. J'imagine un complot international, un truc de fou à la "Matrix" ou à la "Inception". A moins que Samia ne soit agent secret, mythomane, schizophrène... voire tout ça à la fois. Ou alors elle me voit comme la cruche de service qui avale tout ce qu'on lui raconte. Parce qu'une chose est sûre : elle s'est bien foutue de moi.
Commenter  J’apprécie          100
Aproposdelivres   12 juillet 2014
Platine de Vincent Brunner
Après avoir jeté un petit coup d’œil dans la glace de l'entrée et calmé une mèche trop rebelle, je ferme mon blouson, j'appuie sur play et c'est parti. La voix du chanteur tellement craaaquant de My Chemical Romance résonne dans mes oreilles et me donne le courage d'affronter le froid. Ah, si ses parents lui avaient choisi un prénom moins ringard que Gerard ! Heureusement, à l'américaine, ça sonne un peu mieux.

« Na na na, na na na... »

Par la pensée, je reprends à tue-tête le refrain et marche d'un bon pas vers l'arrêt de bus.

Comme chaque matin, je me suis préparée la playlist parfaite pour arriver au lycée avec, disons, le maximum d'enthousiasme que je puisse mettre.

Pour être honnête, pendant mon trajet, j'essaye de penser à tout sauf aux longues heures que je vais passer, assise à entendre des profs réciter des cours qui, à vrai dire, ne m'intéressent pas. Mais, bon, ça fait partie du contrat avec mes parents. Je fais mon job, je ne sèche aucune heure et tant que j'ai plus ou moins la moyenne (plus, c'est mieux), ils me laissent tranquille. De toute façon, j'ai encore un an de répit. L'année prochaine, le bac français, et ensuite la totale. Normale que je profite de la dernière année de paix, non ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
PegLutine   11 mai 2018
Rock Strips de Vincent Brunner
Parmi tous ces hauts faits, les huit minutes de "Stairway to Heaven", chanson en forme de montagne russe qui démarre par une séquence acoustique pour grandir en un dragon électrique. Malgré sa construction originale, ce morceau fait partie des plus diffusés sur les radios FM américaines.
Commenter  J’apprécie          30
CDINAPOLEON61   29 janvier 2015
Platine de Vincent Brunner
Après avoir raccroché, je suis au trente-sixième dessous. Comme enterrée vivante. J'imagine un complot international, un truc de fou à la "Matrix" ou à la "Inception". A moins que Samia ne soit agent secret, mythomane, schizophrène... voire tout ça à la fois. Ou alors elle me voit comme la cruche de service qui avale tout ce qu'on lui raconte. Parce qu'une chose est sûre : elle s'est bien foutue de moi. 
Commenter  J’apprécie          20
Audreybrn   05 mars 2015
Platine de Vincent Brunner
Après avoir raccroché, je suis au trente-sixième dessous. Comme enterrée vivante. J'imagine un complot international, un truc de fou à la "Matrix" ou à la "Inception". A moins que Samia ne soit agent secret, mythomane, schizophrène.. voire tous ça à la fois. Ou alors elle me voit comme la cruche de service qui avale tout ce qu'on lui raconte. Parce qu'une chose est sûre : elle s'est bien foutue de moi.
Commenter  J’apprécie          20
PsychikFab   27 décembre 2018
Le rock est mort, vive le rock ! de Vincent Brunner
Madonna n'arrête pas. Jusqu'à quand? Mystère. Son modèle inavoué serait l'ancienne championne cycliste Jeannie Longo.
Commenter  J’apprécie          30
cdithelye   02 mars 2015
Platine de Vincent Brunner
I love rock' n' roll like Daddy, I scream rock' n' roll like Daddy.
Commenter  J’apprécie          30
Kjeld   01 novembre 2018
Les super-héros de Vincent Brunner
Dans les comics, les super-héros deviennent de plus en plus violents, durs et inquiétants tels que Wolverine, Deadpool ou les anti-héros Spawn (un ancien marin qui pactise avec un démon) ou Hellboy (enfant d'une sorcière et d'un démon). Ce sont de plus en plus des équilibristes qui marchent sur un fil, entre éthique et pulsions. Tuez n'est plus un tabou. (p. 47)
Commenter  J’apprécie          00
Acheter les livres de cet auteur sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox



Quiz Voir plus

platine

Qui est la meilleure amie d'Eva

Frederic
Sophie
Carlotta
Samia

6 questions
2 lecteurs ont répondu
Thème : Platine de Vincent BrunnerCréer un quiz sur cet auteur