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Citations de Édouard Morena (12)


Ils ont beau nous parler, feignant l'émotion, d'apocalypse, d'effondrement, de planète qui brûle et de point de non-retour, leur urgence climatique n'est pas la nôtre, et encore moins celle des populations vulnérables déjà frappées par les effets du réchauffement.
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Maires de grandes villes, capitaines dindustrie, investisseurs, gourous de la tech, milliardaires philanthropes, diplomates, anciens responsables politiques, acteurs hollywoodiens ou encore scientifiques, ils mettent leur capital culturel et symbolique, leur expérience et leur réussite professionnelle au service du capitalisme climatique en relayant un récit « positif» et mobilisateur. A la différence des « intellectuels publics» qui baignent dans la complexité et la critique, ces femmes et hommes-sandwichs d'un nouveau genre maîtrisent parfaitement l'art et les codes de la communication moderne. Ils et elles participent à l'effort de simplification et de dépolitisation évoqué plus haut, faisant de la lutte contre le changement climatique « une question d'ajustements réalistes plutôt que de changement structurel».
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Édouard Morena
Comme un serpent constricteur, les élites climatiques cherchent à enserrer le mouvement climatique pour mieux l'étouffer, l'avaler et le régurgiter, vidé de son potentiel de transformation social.

Dans un vidéo de Blast du 06 mars 2023.
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Dans la période qui a précédé Copenhague, McKinsey par le biais de sa courbe des coûts et Project Catalyst, a œuvré un effort plus large de normalisation du capitalisme vert au sein de l'espace onusien de négociations climatiques. La firme a posé les bases d'un nouveau mode de gouvernance du climat, qui finira par s'imposer lors de la COP21 à Paris. Un mode de gouvernance qui met au premier plan les acteurs privés (et accessoirement clients de McKinsey) - entreprises, investisseurs privés - , et qui « normalise» l'idée que la décarbonation de nos sociétés n'est pas seulement nécessaire du point de vue environnemental mais souhaitable du point de vue économique, et qu'elle passera invariablement par plus de marché et plus de technologie.
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Ces cadeaux faits aux riches sont autant de milliards non investis dans un véritable service public des transports et de l'énergie verte, et autant de coupes budgétaires dans les dépenses sociales, de santé, de culture et d'éducation pour les financer. Fin du monde. Fin des ultra-riches. Même combat.
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Or, si la crise climatique inquiète effectivement les ultra-riches, leur inquiétude renvoie à des enjeux qui leur sont propres et concernent leur statut de classe. La planète, c'est un peu comme le Titanic : tout le monde se dirige vers l'iceberg mais ce sont les riches passagers qui commandent le navire et qui, en cas de collision, auront prioritairement accès aux canots et aux gilets de sauvetage L'iceberg climatique, ils ont aussi intérêt à l'éviter, mais en cas de collision, ils ont intérét à s'assurer que les classes inférieures du navire ne se retournent pas contre eux. Si Hohn et d'autres ultra-riches choisissent de financer XR, c'est est pour asseoir un peu plus leur contrôle sur le navire. Et l'inquiétude exprimée par Hohn n'est pas celle d'un citoyen lambda, mais bien celle d'un milliardaire. Ce qui est en jeu ce sont ses intérêts économiques et son pouvoir.
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Rockström et d'autres membres éminents de la communauté scientifique se sont pliés, de gré ou de force, à une stratégie collective et à une vision particulière de la transition bas carbone ; vision qui fait la part belle aux entreprises, aux investisseurs, aux innovations technologiques et aux mécanismes de marché.
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Faut-il « manger » les riches pour sauver le climat ? Dans une tribune datée du 13 septembre 2022 et publiée dans le journal Libération, le politologue François Gemenne estimait que « non » : « La lutte contre le changement climatique est avant tout une lutte pour garder la Terre habitable pour tous et pour toutes. » Avant de poursuivre : « Encore importe-t-il d’identifier correctement l’adversaire au-delà de la formule un peu facile et creuse selon laquelle l’écologie sans lutte des classes ne serait qu’un aimable jardinage. » Ce qui nous dérange avec les ultra-riches aux « comportements climaticides » serait qu’ils donnent l’impression « d’être hors-sol littéralement, ou d’avoir renoncé à l’idée d’un “monde commun” pour reprendre l’expression de Bruno Latour ». Dès lors, écrit Gemenne, leur apparente inaction servirait de prétexte à notre propre inaction : « Combien, en voyant l’énorme empreinte carbone des autres, renoncent à agir eux-mêmes, persuadés que la lutte contre le changement climatique est une question binaire, une bataille que l’on gagnerait ou que l’on perdrait ? Chaque tonne de dioxyde de carbone qui n’est pas émise, pourtant, fait une énorme différence. » En somme, en se focalisant sur les comportements des riches, on se trompe de combat, voire pire : on contribue à aggraver le problème.
Le problème de cette analyse est qu’elle réduit les ultra-riches à des symboles et le débat climatique à une simple question de tonnes de dioxyde de carbone émises dans l’atmosphère du fait de comportements irresponsables
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Si une scène devait résumer à elle seule l’état actuel du débat climatique, ça pourrait être celle-là. Le 21 janvier 2020, au Forum économique mondial de Davos, Greta Thunberg, jeune égérie du mouvement climat, s’est adressée à un parterre de hauts dirigeants et personnalités politiques et économiques. Durant un peu moins de huit minutes, Thunberg a pris son auditoire à partie, l’accusant de ne pas assez agir pour le climat : « Je me demande ce que vous allez raconter à vos enfants lorsqu’il faudra leur expliquer votre échec et le chaos climatique que vous leur léguez sciemment. » Avant de conclure : « Notre maison brûle toujours, et votre inaction attise un peu plus les flammes d’heure en heure ».Ce qu’il y a de saisissant dans cette scène, ce n’est pas tant le ton de son intervention et le décalage entre la militante climatique, en jeans, baskets et sweat à capuche, et un auditoire dont le bilan carbone cumulé avoisine celui d’un petit État. C’est plutôt la réaction de ce dernier et sa signification symbolique. Loin de signaler une soudaine prise de conscience ou un revirement idéologique ou stratégique, le tonnerre d’applaudissements et la « standing ovation » qui ont suivi son discours scellaient la réappropriation d’un symbole – Greta Thunberg – et du mouvement qu’il incarnait – les millions de jeunes mobilisés pour le climat à travers le monde. Peu importait, au fond, la violence de ses paroles. Et peu importait sa sincérité ou l’émotion qu’elle dégageait. Ce 21 janvier 2020, il s’agissait d’accrocher Greta Thunberg à son tableau de chasse
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Édouard Morena
Dernière journée de négociations à la COP21. Il est midi au centre de conférences du Bourget. Dans une salle bondée et face à près de deux cents journalistes – certains debout, d’autres assis à même le sol –, cinq climatologues de renom s’apprêtent à prendre la parole pour commenter le brouillon d’accord qui circule dans les couloirs depuis la veille. Un point du texte intéresse tout particulièrement les journalistes : l’inclusion de l’objectif de 1,5 °C. Aux yeux de certains, il s’agit avant tout d’un objectif politique permettant de rallier les pays les plus vulnérables, et en particulier les pays insulaires, à un accord qui, par ailleurs, favorise les plus gros pollueurs. L’avis des scientifiques est donc crucial. La crédibilité de l’accord est entre leurs mains.
Hors du champ des caméras et de la portée des micros, des acteurs discrets mais essentiels retiennent leur souffle : les experts en communication et en relations publiques qui s’activent depuis des années pour faire en sorte que le « moment COP21 » soit perçu non seulement comme une réussite diplomatique mais aussi médiatique. Travailleurs indépendants, salariés d’ONG, de think-tanks ou d’agences spécialisées comme Fenton Communications, Holdfast Communications, Climate Nexus, Greenhouse Communications, Climate Outreach ou encore le Energy and Climate Intelligence Unit (ECIU), tous participent à un effort plus large et coordonné de structuration et d’orientation du récit climatique. Regroupant une forte proportion d’anciens journalistes et de communicants professionnels issus du privé, la communauté des communicants climatiques s’active non seulement à la mise à l’agenda de l’enjeu climatique mais également à la « normalisation » de certaines solutions technologiques et de marché
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Au cours des années 2000, de la Silicon Valley au West End de Londres, en passant par les beaux quartiers de New York, Paris et Genève, s’est dessiné un triangle d’or climatique composé de riches individus souvent issus ou proches des milieux de la tech et de la finance et partageant un même intérêt et une même vision de ce qu’il convient de faire pour le climat. Ces activistes d’un genre particulier brouillent volontairement les lignes entre leur engagement pour le climat et leur sens des affaires, passant allègrement de l’un à l’autre. Naviguant au sein des mêmes réseaux professionnels et amicaux et des mêmes cercles d’influence, ils partagent une même conscience climatique de classe. Celle-ci combine une conscience de l’impact du capitalisme fossile sur le climat, et donc du besoin de le réformer pour en atténuer les effets négatifs (tout en tirant profit de ces efforts d’atténuation), et une conscience aiguë des menaces que fait peser le dérèglement climatique sur leurs intérêts de classe et leur pouvoir. S’y ajoute une conscience des profits à engranger en promouvant les mécanismes de marché et le technosolutionnisme.
Nous l’avons vu, les ultra-riches ne sont pas que des gros émetteurs. Ils sont aussi, à travers leurs patrimoines extraordinaires, exposés aux multiples risques associés au dérèglement climatique : dépréciation de leurs actifs, instabilité économique, politique et sociale, mesures et politiques autoritaires mises en place pour y faire face.
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Désormais, les élites climatiques parlent ieur tour de « justice », d'« équité », de « changement systémique et de « transition juste ». Mais cette réappropriation des questions de justice n'est qu'un artifice et ne change rien à leur projet politique sous-jacent : un projet hégémonique centré sur le technosolutionnisme, les mécanismes de marché, la prise en charge des risques et des coûts de la transition par la collectivité ; un projet qui leur donne le beau rôle et célèbre les milliardaires entrepreneurs et les capital-risqueurs en héros de la transition bas carbone, et désormais, de la justice climatique. Un projet, enfin, qui place leurs intéréts de classe avant ceux des autres et de la planète. C'est à ce projet hégémonique qu'il faut désormais s'attaquer.
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