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Critiques filtrées sur 5 étoiles  

J'ai eu le plaisir de rencontrer Laura Alcoba au « Salon des dames » de Nevers. J'ai trouvé une personne charmante, souriante qui m'a gentiment dédicacé « Manèges » que j'ai voulu lire avant celui-ci pour suivre l'ordre chronologique.
Dans cet opus, la narratrice arrive en France, retrouver sa mère. En vue de cet exil, la petite fille a suivi des cours de français. Elle rêvait Paris et se retrouve en banlieue. Elle rêvait d'un tête-à-tête avec sa mère et la voici avec une colocataire en plus. Elle pensait maîtriser peu près le français, la voici en face de difficultés.
La voici mise dans le bain. Inscrite à l'école de la république, elle découvre la vie d'immigrée, qui n'est pas une sinécure ; accent, langage, cohabitation, la crainte de la différence, la peur d'être montrée du doigt. Par ailleurs, c'est une plongée dans les années 70 avec ce fameux papier peint « pop'art » qui tapisse les murs de l'appartement, les débats télévisés avec Georges Marchais, les meubles et bibelots suédois…
J'ai beaucoup aimé le passage concernant le e muet. Chose évidente pour nous, mais qui, pour Laura relève du mystère « une voyelle qui est là et qui se tait, ça alors ! ». Il y a « Magnolia for ever » et la tristesse de Nadine lorsqu'elle a compris que Laura est arrivée après la mort de son idole «Ses yeux semblaient une nouvelle fois humides, mais ce qui a rendait triste désormais, c'est que j'aie pu rater cette époque-là, le temps où Claude François était de ce monde. Que je sois venue après, trop tard. »
L'intégration prend des chemins de traverse ou, ici, de montagne. Imaginez Laura goûtant pour la première fois du Reblochon. Un très bon moment que je visualisais en souriant.
Avec une écriture très légère, pleine de pudeur, de délicatesse et d'humour Laura Alcoba parle de l'exil et de ses difficultés, et tout est dit. Ne nous y trompons pas, il y a toujours, en arrière-fond, l'absence du père, le lien qui les unit grâce aux lettres qu'ils s'écrivent, la prison, la difficulté de lui envoyer cette 5ème photo, qu'il voudrait punaiser sur le mur de sa cellule. La construction du livre permet une lecture ludique. Chaque chapitre est comme une saynète, un épisode du film de la vie de Laura.

Un livre aussi délicat que son auteur

Lien : https://zazymut.over-blog.co..
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En tant que quelqu'un apprenant la langue française juste comme la petite narratrice de ce roman, il était extrêmement facile de m'y plonger. Tous ses efforts m'apparaissaient absolument crédibles – car j'ai eu les mêmes difficultés qu'elle. Malgré tous les obstacles d'une vie dans un pays tellement différent du sien, son ton reste brillamment léger. Ses craintes sont relativement cachées, subtiles.
C'est une fille qui est particulièrement sensible aux subtilités de la langue française et elle reconnait savamment, à quel point la maitrise de cette langue est nécessaire pour être intégré dans son école, dans son quartier.
Elle raconte son histoire avec un ton tellement joyeux et pas de tout terne, qu'il est relativement facile d'oublier les circonstances d'où elle vient, comme la séparation de ses parents à cause de l'emprisonnement de son père.
Et je pouvais reconnaitre le soulagement d'avoir sa première pensée dans une langue étrangère. Quelle joie.
Après avoir vu un entretien avec l'autrice, je sais qu'elle est arrivée là où elle rêvait comme enfant : être accepté comme écrivaine française. Ça m'a donné beaucoup de plaisir.
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Une éternité que je souhaite lire Laura Alcoba...; Hier, en faisant des recherches à la médiathèque, je me suis décidé pour emprunter les deux textes "personnels" de cette auteur, d'origine argentine..."Le bleu des abeilles" et "La danse de l'araignée"...

De très abondantes critiques...que je ne lirai, comme chaque fois, qu'après avoir "rédigé" ma propre copie !!...

Un récit qui met en scène une enfant de 11 ans, à qui l'on dit pendant un très long moment, qu'elle va bientôt partir de l'Argentine, pour rejoindre sa maman, en France. Pour cela, on lui octroie Noémie, un professeur de français, qui lui donne des cours, lui fait apprendre par coeur les chansons les plus connues , la familiarise aux lieux de la capitale française, où elle habitera.. etc....
Avant de partir, elle doit promettre à son père,prisonnier politique , qu'elle lui écrira chaque semaine... et qu'il devront discuter dans leur correspondance hebdomadaire des mêmes lectures. Comme premier ouvrage, le papa choisit le célèbre ouvrage de Maeterlinck " La Vie des abeilles"... Nous sommes en 1979...

Et voilà cette petite fille, en partance pour la France, qui devra poursuivre son apprentissage de la langue, s'adapter à un tout nouvel environnement...une école, des petits camarades, quelques uns, réfugiés comme elle...la neige, les premiers sports d'hiver ...la mini-épreuve comique du reblochon, pendant ces quelques jours à la neige !!! !....

Et le noyau central, qui enchante et obsède notre narratrice, c'est se débarrasser de son accent et acquérir parfaitement la Langue française...

"(..)c'est comment dans la tête d'Astrid ? Et dans celle de Nadine ? Comment font-elles pour penser en français puis pour parler aussitôt, dans un même mouvement ? Comment il est fait , ce circuit ? Par où ça passe ?
(...)
C'est que, même si je parlais de mieux en mieux, même si les mots qui m'échappaient étaient chaque jour
moins nombreux, pour moi, ça se passait toujours en deux temps. Il était là le problème, je le savais bien :
moi, je pensais toujours en espagnol, puis je traduisais mentalement ce que je voulais dire avant d'ouvrir la bouche. (...)
Mais un jour, pour la première fois, j'ai pensé en français. sans m'en rendre compte, comme ça. J'ai pensé et parlé en français -en même temps- (...)
Pour la première fois, dans ma tête, je n'avais pas traduit. J'avais trouvé l'ouverture(p. 116)"

Un roman tiré des propres souvenirs de Laura Alcoba... un livre très touchant sur les apprentissages d'une jeune enfant qui doit tout réapprendre...dans un tout nouveau pays...de l'autre côté de l'océan !

Les passages que j'ai trouvés les plus touchants, hormis, biens sûr ses lettres à son père, emprisonné, sont pour moi son amour de la langue française et l'appropriation complexe de cette nouvelle langue...et de toute nouvelle langue !...

La belle couleur bleue, la Littérature française , "La Vie des abeilles" de Maeterlinck et "Les Fleurs bleues" de Raymond Queneau...nous accompagnent avec bonheur le long de ce très attachant roman, à fortes
résonances autobiographiques...

Je vais rester en compagnie des mêmes personnages et de Laure Alcoba, en commençant dès ce soir "La Danse de l'araignée" !....
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Laura Alcoba se souvient : quand elle avait 10 ans, elle est arri­vée à Paris (ou pres­que, exac­te­ment dans la cité de la Voie verte au Blanc-​Mesnil). Ses parents sont des resca­pés de la terri­ble répres­sion qui s'est abat­tue sur les oppo­sante d'Argentine en 1976. Son père est en prison et sa mère réfu­giée poli­ti­que en France. Cela pour­rait donner un récit plein d'amertume et de tris­tesse sauf que cela est vu par une enfant de 10 ans qui veut abso­lu­ment réus­sir son assi­mi­la­tion en France, cela passe par l'apprentissage du fran­çais. Ce petit texte est un régal d'observation sur le passage de l'espagnol au fran­çais, la façon dont elle décrit les sons nasa­les devraient aider plus d'un profes­seur de fran­çais langue étran­gère Elle savoure les mots et veut à tout prix chas­ser son accent. Il faut aussi toute la fraî­cheur de l'enfance pour traver­ser les moments de dureté dans une banlieue pari­sienne peu tendre pour les diffé­ren­ces, même si ce n'était pas encore les cités avec les violen­ces d'aujourd'hui ce n'est quand même pas la vie en rose que l'on pour­rait imagi­ner en arri­vant d'Argentine. J'ai souri et j'ai mesuré l'ironie du destin, en 1978, pour une gentille famille de la banlieue pari­sienne, la tragé­die abso­lue c'est la mort de Claude Fran­çois dans l'Argentine de Laura c'est « un peu » diffé­rent : la répres­sion a fait près de 30 000 « dispa­rus » , 15 000 fusillés, 9 000 prison­niers poli­ti­ques, et 1,5 million d'exilés pour 30 millions d'habitants, ainsi qu'au moins 500 bébés enle­vés à leurs parents ! Ce livre est bien un petit moment de fraî­cheur, et il fait du bien quand on parle d'exil car Laura est toujours posi­tive , cela n'empêche pas que le lecteur a, plus d'une fois, le coeur serré pour cette petite fille.
Lien : http://luocine.fr/?p=8034
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"Le bleu des abeilles" fait suite à "Manèges" que je n'ai pas lu et précède "La danse de l'araignée" qui vient de paraître. Dans ce petit roman autobiographique Laura Alcoba retrace ses souvenirs quand, à l'âge de 10 ans, elle arrive en France pour rejoindre sa mère qui a réussi à fuir la dictature argentine. La cité de la Voie-Verte à Blanc-Mesnil n'est pas tout à fait la France qu'elle s'imaginait mais petit à petit elle y prend ses marques, se fait des copines et cet environnement plutôt cosmopolite lui devient de plus en plus familier. Elle n'oublie pas pour autant ses amies de l'autre côté de l'Atlantique ni son père, prisonnier politique, en leur écrivant régulièrement.

J'ai adoré ce petit livre qui est un recueil d'anecdotes de la vie d'une jeune fille intelligente et studieuse contrainte de quitter son pays d'enfance. J'ai beaucoup aimé les passages sur l'apprentissage du français depuis les débuts avec Noémie, sa prof, jusqu'à ce moment magique où elle n'a plus besoin de traduire dans sa tête pour s'exprimer aisément dans une langue qu'elle maîtrise de mieux en mieux. Je comprends son émerveillement car le français n'est pas ma langue maternelle non plus mais je le parlais déjà bien quand je me suis décidée à m'installer en France, nos expériences linguistiques sont donc quelque peu différentes.

Même si les terreurs du régime y sont évoquées à travers les disparitions des amis de ses parents et l'emprisonnement de son père, cette chronique est pleine de tendresse et d'humour. J'ai pris beaucoup de plaisir à partager les joies et les tracas de cette jeune héroïne à qui je me suis rapidement attachée et que j'ai très envie de retrouver dans "La danse de l'araignée".
Lien : http://edytalectures.blogspo..
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Après "Manèges", où elle nous contait son enfance, l'errance d'une fille de Monteneros sous le règne des "colonels" (Argentine, 1976-1983), nous voici en France, où la narratrice va enfin pouvoir retrouver sa mère, mais devra se plonger brutalement dans une autre culture. Ce terrible accent, qui ressurgit sans cesse malgré sa parfaite connaissance de la langue française, la marque au fer rouge (ou du moins le croit-elle), pendant cette période critique de la fin de l'enfance, où l'on cherche paradoxalement à se forger une identité tout en craignant le regard des autres. Dans ce récit à la première personne du singulier, Laura Alcoba décortique ce qui fait que l'on se sent ou non étranger, y compris dans son propre pays comme la fillette de "Manèges". On découvre aussi comment Raymond Queneau a réussi à susciter des vocations d'écrivain, et comment tout commence, toujours, à la bibliothèque…
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Le bleu des abeilles est un vrai petit bijou de littérature. Un véritable coup de coeur. le titre, lui-même m'a d'emblée attiré. Parfois, la première de couverture suffit à révéler toute la beauté d'un roman. Ce qui fut le cas, ce livre est rempli de douceur et de délicatesse.
Ce récit autobiographique, puisque l'auteure nous présente une partie de sa propre vie, à l'âge de 10 ans, m'a beaucoup ému.
J'avais vraiment l'impression de découvrir un récit à travers les yeux d'une enfant. L'auteure a su rendre son roman captivant et émouvant. Sa correspondance avec son papa prisonnier donne toute sa dimension à cette histoire.
Elle révèle de plus, toute la difficulté de réussir son "bain d'immersion", elle usera de tout son courage et témoignera son amour pour la langue française, une langue qui la fascine mais qui ne sera pas toujours facile à pratiquer.
Ce roman, d'une grande finesse, reste une très jolie découverte.
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Le récit tout en toucher et en subtilité de l'émigration forcée en France de l'enfant d'un prisonnier politique sous la dictature de Videla. C'est beau. J'aimerai lire d'autres oeuvres de Laura Alcoba.
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A la fin des années 70, le père de Laura est en prison en Argentine et celle-ci doit rejoindre sa mère déjà exilée en France pour fuir la dictature militaire. Pour Laura, c'est la découverte et l'apprentissage d'un pays, d'une langue et d'une culture qui doit se faire rapidement pour ne plus se sentir différente aux yeux des autres.
Cliquez sur le lien pour lire la suite :
Lien : http://aufildeslivres.over-b..
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Bleue, la distance qui sépare une petite fille de 10 ans réfugiée en France de son père emprisonné en Argentine ; Bleu, lien epistolaire en langue espagnole qui les unit ; Bleue, voyelle finale "indispensable ...[lire la suite]et silencieuse" de la langue française. "Le français est une drôle de langue, elle lâche les sons et les retient en même temps, comme si, au fond, elle n'était pas tout à fait sûre de bien vouloir les laisser filer-je me souviens que c'est la première chose que je me suis dite". Dans ce roman délicat et âpre à la fois, Laura Alcoba dévoile l'apprentissage et "l'immersion" dans la culture française d'une petite fille enchantée et étonnée. Qui grandit vite aussi et ne sait pas comment l'expliquer "j'étais déjà en train de devenir quelqu'un d'autre". L'hiver 1979 dans la banlieue de Blanc-Mesnil où la narratrice rejoint sa mère est cette période de questionnements et d'expériences pour trouver dans "les tuyaux" labyrinthiques du corps cet enchaînement parfait de la pensée à la parole, le maniement aisé d'un langage naturel sans traduction. Une petite fille qui écrit à son père toutes les semaines mais préfère se taire pour ne pas dévoiler son accent. L'enfant lit aussi énormément ; Des livres que lit son père en prison comme l'ouvrage de Maeterlinck dont elle trouve en France un vieil exemplaire. Des livres en langue française comme "les fleurs bleues " de Raymond Queneau choisi pour le e muet "j'aime ces lettres muettes qui ne se laissent pas attraper par la voix, ou alors à peine" dont elle est fière de terminer la lecture malgré les difficultés de compréhension. La dernière phrase du roman de Laura Alcoba est aussi la dernière phrase de Raymond Queneau qu'elle traduira pour son père en espagnol. Une phrase emblématique de leurs correpondances.
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