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Citations sur Sorrowland (10)

JustAWord
JustAWord   07 mai 2022
Pourquoi est-ce que les Blancs disaient toujours aux Noirs que ça suffisait, avec l'esclavage, qui était aboli depuis cent-cinquante ans, alors qu'eux-mêmes ne s'étaient toujours pas remis de la mort de Jésus, qui avait pourtant eu lieu 1830 ans avant l'Émancipation ?
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JustAWord
JustAWord   13 mai 2022
Ce qu'il nous faut tous, pour vivre, c'est les autres.
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JustAWord
JustAWord   13 mai 2022
Quelle autre réaction peut-on avoir quand un autre nous fait douter de nous ? L'hostilité et l'agressivité sont nos seuls recours !
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Charybde2
Charybde2   16 juillet 2022
En dépit de tout, Vern lisait.
Chaque fois, la femme apparaissait, mais Vern, langue coupée ou non, ânonnait les mots. La femme – la maîtresse quelconque d’une ancienne plantation – riait à perdre haleine, des mèches de ses cheveux couleur de paille s’échappant de son bonnet, et ses yeux gris bleu ressemblaient à des ecchymoses au-dessus de son petit nez rond, tandis que Vern s’efforçait de contrôler sa langue sanguinolente.
Elle lut, jour après jour, les aventures du petit garçon vêtu de rouge dans la neige, comme si elle mettait la femme au défi de se moquer de sa prononciation imparfaite. Puis les semaines passèrent et Vern lut un autre livre, et un autre, encouragée par la cruauté de la femme – des livres aux pages cartonnées, des livres d’images.
Si la maîtresse d’esclaves n’avait pas été là, à se moquer de Vern avec ses énormes cisailles et son maigre cou qui ondulait quand elle avalait, Vern n’aurait sans doute pas fait des progrès aussi rapides. L’esprit de contradiction avait toujours été la plus pure et la plus puissante source de motivation.
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Charybde2
Charybde2   16 juillet 2022
Elle l’imaginait, planté tout près de leur arbre, en train de déclamer un long sermon sur les hormones, les antibiotiques et les aliments génétiquement modifiés qu’on mangeait à l’extérieur du domaine et qui stimulaient les tendances lesbiennes contre nature. Il se lamenterait sur les hamburgers qu’il lui avait laissé manger quand ils faisaient des sorties en ville et lui annoncerait qu’elle devrait se nourrir exclusivement d’aliments crus pendant toute une année pour se purifier, comme la sœur Jay, dont le seul péché, apparemment, était d’avoir une voix trop grave. Jay était, comme aimaient le dire les Caïniens, de nature hommasse : grosse, large, affable, mais d’une affabilité assez peu féminine. Ce n’est pas la forme que devrait avoir un corps de femme, avait dit Sherman dans un de ses sermons. Certes, il fallait avouer qu’il n’avait pas été jusqu’à montrer une photo de sœur Jay. Regardez les images de nos ancêtres africains, nos frères, nos soeurs, ils étaient minces, agiles et d’apparence saine. C’étaient des chasseurs, qui régnaient sur leur territoire avec grâce et beauté. C’est la nourriture de l’homme blanc qui nous a endommagés, qui a déformé et perverti nos corps. La maladie, l’obésité, le prétendu autisme, la dépression, l’homosexualité, les hommes qu’ils croient qu’ils sont des femmes et les femmes qui croient qu’elles sont des hommes.
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Charybde2
Charybde2   16 juillet 2022
– Y a des toilettes à l’intérieur, répondit une femme en montrant la porte du doigt.
Vern entra en faisant grincer les gonds. S’il avait su que sa femme entrait dans un endroit pareil, Sherman aurait piqué une de ces crises… Cette idée la fit sourire. Elle pissa, assise sur des toilettes pour la première fois depuis plus d’un an. C’était vraiment comme s’asseoir sur un trône ; on était si haut. Pas besoin de s’accroupir. Elle avait envie de voler le blé des paysans et de gracier des criminels qui ne le méritaient absolument pas.
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Charybde2
Charybde2   16 juillet 2022
Elle survivait. Elle fabriquait le nécessaire. Des chapeaux pour la tête de patate douce de ses enfants ; des chemises de lin, des pulls de laine, deux paires de chaussettes, des caleçons longs en peau de lapin, pour l’hiver. Tout pour ne pas mourir.
Pendant cette période, pendant des jours d’été sans fin, pendant ces jours infiniment solitaires, Vern aurait dû s’inquiéter de ce que faisaient le pays de Caïn et le démon, mais cela lui paraissait presque accessoire : il fallait s’occuper de ses jumeaux, et aussi d’elle-même. Elle ne faisait que l’essentiel et rien de plus. Une orpheline, qui creuse, qui creuse, qui avance en creusant et crée ainsi son propre monde.
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Charybde2
Charybde2   16 juillet 2022
– Bon, toi, alors, comment je vais t’appeler ? demanda-t-elle au second enfant, qui était plus petit que le premier, et qui respirait avec difficulté.
C’était un albinos, comme elle : sa peau blanche comme l’albâtre brillait dans l’obscurité, comme si elle avait tenu une lanterne à la main.
– Et pourquoi pas Farouche ? dit-elle.
Ce nom lui plaisait, parce qu’il lui semblait aussi agressif que celui de son grand frère, et aussi parce que l’idée de leur donner des noms aussi inappropriés la rendait très heureuse. Tout ce qui était approprié était horrible.
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Charybde2
Charybde2   16 juillet 2022
Carmichael, le petit frère de Vern, avait une fois préparé un exposé sur un projet de réintroduction des loups dans la région de Yellowstone. Certains programmes scolaires de Sherman donnaient le droit aux élèves de sortir du domaine pour aller visiter des bibliothèques. Il s’agissait, en fait, d’un moyen de recrutement : les familles noires voyaient tous ces garçons caïniens, si intelligents, si propres, et se disaient qu’elles aussi pourraient en bénéficier. Mieux valait aller au domaine béni de Caïn qu’en prison, se disaient-elles probablement.
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Charybde2
Charybde2   16 juillet 2022
Des cris visqueux bouillonnaient dans la gorge de l’enfant, mais se dissipaient sur le lit de la peau de Vern. Il commençait à comprendre cette réalité : la chair de cette personne était un refuge. Il savait qu’il fallait à tout prix rechercher la chaleur qu’elle dégageait, et se rapprocher de la source de l’odeur de lait.
C’était dommage : il avait les bons réflexes, mais cela ne suffirait pas à lui sauver la vie. De terribles dangers rôdaient dans cette forêt, même si Vern avait réussi à s’y créer un véritable refuge au cours des derniers mois. Un étranger lui avait déclaré la guerre, et ses menaces se faisaient sans cesse plus explicites : une biche étripée et le fœtus de son faon mort posé sur le sol ; un raton laveur écorché et cloué au tronc d’un arbre, son corps revêtu d’une grenouillère ; et partout, partout, des lapins pendus à des branches, le cou enserré par un nœud coulant, les pattes recouvertes de chaussons de nourrissons. Le démon grimait toujours ses victimes de façon à faire allusion à la maternité et s’efforçait de coller à son thème avec l’entêtement d’un enfant de cinq ans qui préparait sa fête d’anniversaire.
Une autre fille aurait sans doute écouté ces avertissements et quitté la forêt, mais Vern préférait la violence ouverte de ces menaces à la sourde malveillance qu’elle avait connue hors des bois. Se faire prévenir qu’un malheur allait arriver lui semblait un luxe agréable. Elle n’aurait peut-être pas été la seule à fuir le domaine, si là-bas aussi il y avait eu un démon qui envoyait des messages à l’aide d’animaux massacrés.
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