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Par Paluzzi, le 20/08/2010
L'Avare de
Molière
HARPAGON. (Il crie au voleur dès le jardin, et vient sans chapeau.) Au voleur! au voleur! à l'assassin! au meurtrier! Justice, juste ciel! Je suis perdu, je suis assassiné! On m'a coupé la gorge, on m'a dérobé mon argent! Qui peut-ce être? Qu'est-il devenu? où est-il? où se cache-t-il? Que ferai-je pour le trouver? Où courir? où ne pas courir? N'est-il point là? n'est-il point ici? Qui est-ce? Arrête! (Il se prend lui-même le bras.) Rends moi mon argent, coquin!... Ah! c'est moi.
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Le malade imaginaire de
Molière
MONSIEUR PURGON: Je viens d'apprendre là-bas, à la porte, de jolies nouvelles: qu'on se moque ici de mes ordonnances, et qu'on a fait refus de prendre le remède que j'avais prescrit.
ARGAN: Monsieur, ce n'est pas.
MONSIEUR PURGON: Voilà une hardiesse bien grande, une étrange rébellion d'un malade contre son médecin.
TOINETTE: Cela est épouvantable.
MONSIEUR PURGON: Un clystère (1) que j'avais pris plaisir à composer moi-même.
ARGAN: Ce n'est pas moi.
MONSIEUR PURGON: Inventé et formé dans toutes les règles de l'art.
TOINETTE: Il a tort.
MONSIEUR PURGON: Et qui devait faire dans des entrailles un effet merveilleux.
ARGAN: Mon frère.
MONSIEUR PURGON: Le renvoyer avec mépris!
ARGAN: C'est lui.
MONSIEUR PURGON: C'est une action exorbitante.
TOINETTE: Cela est vrai.
MONSIEUR PURGON: Un attentat énorme contre la médecine.
ARGAN: Il est cause.
MONSIEUR PURGON: Un crime de lèse-Faculté, qui ne se peut assez punir.
TOINETTE: Vous avez raison.
MONSIEUR PURGON: Je vous déclare que je romps commerce avec vous.
ARGAN: C'est mon frère.
MONSIEUR PURGON: Que je ne veux plus d'alliance avec vous.
TOINETTE: Vous ferez bien.
MONSIEUR PURGON: Et que, pour finir toute liaison avec vous, voilà la donation que je faisais à mon neveu, en faveur du mariage.
ARGAN: C'est mon frère qui a fait tout le mal.
MONSIEUR PURGON: Mépriser mon clystère!
ARGAN: Faites-le venir, je m'en vais le prendre.
MONSIEUR PURGON: Je vous aurais tiré d'affaire avant qu'il fût peu.
TOINETTE: Il ne le mérite pas.
MONSIEUR PURGON: J'allais nettoyer votre corps et en évacuer entièrement les mauvaises humeurs.
ARGAN: Ah, mon frère!
MONSIEUR PURGON: Et je ne voulais plus qu'une douzaine de médecines, pour vuider le fond du sac.
TOINETTE: Il est indigne de vos soins.
MONSIEUR PURGON: Mais puisque vous n'avez pas voulu guérir par mes mains,
ARGAN: Ce n'est pas ma faute.
MONSIEUR PURGON: Puisque vous vous êtes soustrait de l'obéissance que l'on doit à son médecin,
TOINETTE: Cela crie vengeance.
MONSIEUR PURGON: Puisque vous vous êtes déclaré rebelle aux remèdes que je vous ordonnais,
ARGAN: Hé! point du tout.
MONSIEUR PURGON: J'ai à vous dire que je vous abandonne à votre mauvaise constitution, à l'intempérie de vos entrailles, à la corruption de votre sang, à l'âcreté de votre bile et à la féculence de vos humeurs.
TOINETTE: C'est fort bien fait.
ARGAN: Mon Dieu!
MONSIEUR PURGON: Et je veux qu'avant qu'il soit quatre jours, vous deveniez dans un état incurable.
ARGAN: Ah, miséricorde!
MONSIEUR PURGON: Que vous tombiez dans la bradypepsie,
ARGAN: Monsieur Purgon.
MONSIEUR PURGON: De la bradypepsie dans la dyspepsie,
ARGAN: Monsieur Purgon.
MONSIEUR PURGON: De la dyspepsie dans l'apepsie,
ARGAN: Monsieur Purgon.
MONSIEUR PURGON: De l'apepsie dans la lienterie,
ARGAN: Monsieur Purgon.
MONSIEUR PURGON: De la lienterie dans la dyssenterie,
ARGAN: Monsieur Purgon.
MONSIEUR PURGON: De la dyssenterie dans l'hydropisie,
ARGAN: Monsieur Purgon.
MONSIEUR PURGON: Et de l'hydropisie dans la privation de la vie, où vous aura conduit votre folie."
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Par philo15, le 15/05/2010
Les fourberies de Scapin de
Molière
Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? !
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Le Tartuffe de
Molière
Il le choie, il l'embrasse, et pour une maîtresse
On ne saurait, je pense, avoir plus de tendresse ;
À table, au plus haut bout il veut qu'il soit assis ;
Avec joie il l'y voit manger autant que six ;
Les bons morceaux de tout, il fait qu'on les lui cède ;
Et s'il vient à roter, il lui dit : " Dieu vous aide ! "
Acte Ier, Scène 2 (v. 189-194).
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Le Tartuffe de
Molière
Je vois qu'il reprend tout, et qu'à ma femme même
Il prend, pour mon honneur, un intérêt extrême ;
Acte Ier, scène 5 (v. 301-302).
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Le Tartuffe de
Molière
ELMIRE :
Que fait là votre main ?
TARTUFFE :
Je tâte votre habit : l'étoffe en est moelleuse.
ELMIRE :
Ah ! de grâce, laissez, je suis fort chatouilleuse.
Acte III, Scène 3 (v. 916-918).
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Par ibon, le 17/12/2012
Les fourberies de Scapin de
Molière
La tranquilité en amour est un calme désagréable.
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Dom Juan de
Molière
Sganarelle
En ce cas, Monsieur, je vous dirai franchement que je n’approuve point votre méthode, et que je trouve fort vilain d’aimer de tous côtés comme vous faites.
Dom Juan
Quoi ? tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui, et qu’on n’ait plus d’yeux pour personne ? La belle chose de vouloir se piquer d’un faux honneur d’être fidèle, de s’ensevelir pour toujours dans une passion, et d’être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! Non, non : la constance n’est bonne que pour des ridicules ; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l’avantage d’être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu’elles ont toutes sur nos cœurs. Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence dont elle nous entraîne. J’ai beau être engagé, l’amour que j’ai pour une belle n’engage point mon âme à faire injustice aux autres ; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages et les tributs où la nature nous oblige. Quoi qu’il en soit, je ne puis refuser mon cœur à tout ce que je vois d’aimable ; et dès qu’un beau visage me le demande, si j’en avais dix mille, je les donnerais tous. Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l’amour est dans le changement. On goûte une douceur extrême à réduire, par cent hommages, le cœur d’une jeune beauté, à voir de jour en jour les petits progrès qu’on y fait, à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l’innocente pudeur d’une âme qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu’elle nous oppose, à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir. Mais lorsqu’on en est maître une fois, il n’y a plus rien à dire ni rien à souhaiter ; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d’un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur les charmes attrayants d’une conquête à faire. Enfin il n’est rien de si doux que de triompher de la résistance d’une belle personne, et j’ai sur ce sujet l’ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n’est rien qui puisse arrêter l’impétuosité de mes désirs : je me sens un cœur à aimer toute la terre ; et comme Alexandre, je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.
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Les fourberies de Scapin de
Molière
Il vaut mieux encore être marié qu'être mort.
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Le malade imaginaire de
Molière
Monsieur, je suis votre serviteur.
TOINETTE
Je vois, monsieur, que vous me regardez fixement. Quel âge croyez-vous bien que j'aie?
ARGAN
Je crois que tout au plus vous pouvez avoir vingt-six ou vingt-sept ans.
TOINETTE
Ah! ah! ah! ah! ah! j'en ai quatre-vingt-dix.
ARGAN
Quatre-vingt-dix!
TOINETTE
Oui. Vous voyez en effet des secrets de mon art, de me conserver ainsi frais et vigoureux.
ARGAN
Par ma foi, voilà un beau jeune vieillard pour quatre-vingt-dix ans!
TOINETTE
Je suis médecin passager, qui vais de ville en ville, de province en province, de royaume en royaume, pour chercher d'illustres matières à ma capacité, pour trouver des malades dignes de m'occuper, capables d'exercer les grands et beaux secrets que j'ai trouvés dans la médecine. Je dédaigne de m'amuser à ce menus fatras de maladies ordinaires, à ces bagatelles de rhumatismes et de fluxions, à ces fièvrotes, à ces vapeurs et à ces migraines. Je veux des maladies d'importance, de bonnes fièvres continues, avec des transports au cerveau, de bonnes fièvres pourprées, de bonnes pestes, de bonnes hydropisies formées, de bonnes pleurésies avec des inflammations de poitrine: c'est là que je me plais, c'est là que je triomphe; et je voudrais, monsieur, que vous eussiez toutes les maladies que je viens de dire, que vous fussiez abandonné de tous les médecins, désespéré, à l'agonie, pour vous montrer l'excellence de mes remèdes et l'envie que j'aurais de vous rendre service.
ARGAN
Je vous suis obligé, monsieur, des bontés que vous avez pour moi.
TOINETTE
Donnez-moi votre pouls. Allons donc, que l'on batte comme il faut. Ah! je vous ferai bien aller comme vous devez. Ouais! ce pouls-là fait l'impertinent; je vois bien que vous ne me connaissez pas encore. Qui est votre médecin?
ARGAN
Monsieur Purgon.
TOINETTE
Cet homme-là n'est point écrit sur mes tablettes entre les grands médecins. De quoi dit-il que vous êtes malade?
ARGAN
Il dit que c'est du foie, et d'autres disent que c'est de la rate.
TOINETTE
Ce sont tous des ignorants. C'est du poumon que vous êtes malade.
ARGAN
Du poumon?
TOINETTE
Oui. Que sentez-vous?
ARGAN
Je sens de temps en temps des douleurs de tête.
TOINETTE
Justement, le poumon.
ARGAN
Il me semble parfois que j'ai un voile devant les yeux.
TOINETTE
Le poumon.
ARGAN
J'ai quelquefois des maux de coeur.
TOINETTE
Le poumon.
ARGAN
Je sens parfois des lassitudes par tous les membres.
TOINETTE
Le poumon.
ARGAN
Et quelquefois il me prend des douleurs dans le ventre, comme si c'étaient des coliques.
TOINETTE
Le poumon. Vous avez appétit à ce que vous mangez?
ARGAN
Oui, monsieur.
TOINETTE
Le poumon. Vous aimez à boire un peu de vin.
ARGAN
Oui, monsieur.
TOINETTE
Le poumon. Il vous prend un petit sommeil après le repas, et vous êtes bien aise de dormir?
ARGAN
Oui, monsieur.
TOINETTE
Le poumon, le poumon, vous dis-je. Que vous ordonne votre médecin pour votre nourriture?
ARGAN
Il m'ordonne du potage.
TOINETTE
Ignorant!
ARGAN
De la volaille.
TOINETTE
Ignorant!
ARGAN
Du veau.
TOINETTE
Ignorant!
ARGAN
Des bouillons.
TOINETTE
Ignorant!
ARGAN
Des oeufs frais.
TOINETTE
Ignorant!
ARGAN
Et, le soir, de petits pruneaux pour lâcher le ventre.
TOINETTE
Ignorant!
ARGAN
Et surtout de boire mon vin fort trempé.
TOINETTE
Ignorantus, ignoranta, Ignorantum. Il faut boire votre vin pur, et, pour épaissir votre sang, qui est trop subtil, il faut manger de bon gros boeuf, de bon gros porc, de bon fromage de Hollande; du gruau et du riz, et des marrons et des oublies, pour coller et conglutiner. Votre médecin est une bête. Je veux vous en envoyer un de ma main; et je viendrai vous voir de temps en temps, tandis que je serai en cette ville.
ARGAN
Vous m'obligerez beaucoup.
TOINETTE
Que diantre faites-vous de ce bras-là?
ARGAN
Comment?
TOINETTE
Voilà un bras que je me ferais couper tout à l'heure, si j'étais que de vous.
ARGAN
Et pourquoi?
TOINETTE
Ne voyez-vous pas qu'il tire à soi toute la nourriture, et qu'il empêche ce côté-là de profiter?
ARGAN
Oui; mais j'ai besoin de mon bras.
TOINETTE
Vous avez là aussi un oeil droit que je me ferais crever, si j'étais à votre place.
ARGAN
Crever un oeil?
TOINETTE
Ne voyez-vous pas qu'il incommode l'autre, et lui dérobe sa nourriture? Croyez-moi, faites-vous-le crever au plus tôt: vous en verrez plus clair de l'oeil gauche.
ARGAN
Cela n'est pas pressé.
TOINETTE
Adieu. Je suis fâché de vous quitter si tôt; mais il faut que je me trouve à une grande consultation qui doit se faire pour un homme qui mourut hier.
ARGAN
Pour un homme qui mourut hier?
TOINETTE
Oui: pour aviser et voir ce qu'il aurait fallu lui faire pour le guérir. Jusqu'au revoir.
ARGAN
Vous savez que les malades ne reconduisent point.
BERALDE
Voilà un médecin, vraiment, qui paraît fort habile!
ARGAN
Oui; mais il va un peu bien vite.
BERALDE
Tous les grands médecins sont comme cela.
ARGAN
Me couper un bras et me crever un oeil, afin que l'autre se porte mieux! J'aime bien mieux qu'il ne se porte pas si bien. La belle opération, de me rendre borgne et manchot!
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