Les Fourberies de Scapin ont un statut un peu particulier dans l'œuvre de
Molière. On sait qu'il aurait beaucoup souhaité s'adonner au drame satyrique, voire à la tragédie plutôt qu'à la comédie. Et il est vrai que sa soif d'exprimer des messages sociaux ou politiques forts fut parfois muselée tant par la férule du roi soleil et de sa cour que par le style auquel il fut, un peu contre son gré, cantonné.
Ici,
Molière fait "ce qu'on lui demande" ou bien "ce qui marche auprès du public", mais il le fait si bien, que cette comédie est devenue un archétype, que dis-je, LA comédie par excellence. Très étonnant d'ailleurs car
Molière s'amuse à faire une pièce à l'architecture très "Commedia dell'arte" qui n'est pas l'architecture typique des comédies de notre Momo national. Pas de message fort, pas de grande dénonciation (même si l'on voit poindre deci-delà des piques envers qui vous savez), par contre, un jeu scénique réglé au millimètre (même si le millimètre n'existait pas encore !), des gags et des dialogues qui font mouche, notamment, la fameuse scène 7 de l'acte II entre Géronte et Scapin et sa sublime récurrence « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » qui est passée dans le langage courant.
J'oserais presque, si vous me le permettiez, tenter une comparaison entre
Molière et
René Goscinny, qui lui aussi aurait tant souhaité se faire remarquer autrement que par des sujets légers et qui lui aussi nous a légué de ces récurrences géniales du genre : « les derniers irréductibles », « être tombé dedans quand on était petit », « vouloir être calife à la place du calife », « tirer plus vite que son ombre », etc., etc. En somme, la prochaine fois que vous direz « Pouah ! quelle galère ! », sachez que Monsieur
Molière y est peut-être pour quelque chose.
L'histoire, c'est à peine si j'ose tellement elle est connue de tous. Deux fils de bourgeois tombés amoureux, contre la volonté de leur père avare respectif, de deux filles belles comme l'aube mais dont le mariage est impossible. Par l'entremise de Scapin et de sa roublardise, il faudra arriver à arranger tout ça et, si possible, rogner quelques écus au passage aux deux vieux radins. Tout s'arrangera bien vraisemblablement, mais au fait, j'y pense, qui sont-elles ces deux beautés féminines ?
Quel bonheur quand
Molière fait s'agiter les personnages autour de nous comme une volée de moineaux en cage, c'est drôle, ça se mange sans faim, du moins c'est mon avis, mon tout petit avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.