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ISBN : 2290343145
Éditeur : Librio (2004)


Note moyenne : 3.64/5 (sur 1505 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Le Malade Imaginaire, Argan, est un notable. Il mène ses affaires avec succès, tient table ouverte, a des domestiques, un train de maison et des moyens.

Au début de la pièce, Argan est furieux de constater qu’il dépense de très grosses sommes pour satisfa... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 22 avril 2015

    Nastasia-B
    Quel bonheur de relire une pièce de Molière qui, contrairement à certaines, est et demeure rafraichissante, drôle et caustique. (Dernièrement, j'ai relu plusieurs pièces de Momo, pas toutes avec le même bonheur, certaines sentent, à mon goût, beaucoup trop la naphtaline et ne jouissent que d'une réputation traditionnelle à défaut d'intérêt réellement contemporain.)
    Ici, notre héros, Argan, homme d'âge mûr hypocondriaque, naïf et crédule (à la façon d'un Monsieur Jourdain dans le Bourgeois Gentilhomme), se fait prescrire à longueur de journées des remèdes bidon par son médecin Purgon, dont il prend tout de même au préalable le soin de négocier le prix en bon gros marchand de tapis qu'il est.
    Sa fille, belle —évidemment — et amoureuse d'un bellâtre par dessus le marché, reçoit la demande en mariage d'un jeune médecin, Thomas Diafoirus, lui-même fils de médecin, parti qui ne peut que séduire son grand malade de père. Vous vous doutez bien que le jeune toubib est un indéfinissable crétin demeuré au dernier degré, d'où quelques tirades absolument tordantes.
    Et, bien évidemment, Molière ne serait pas tout à fait satisfait s'il n'adjoignait pas à sa décoction théâtrale une petite belle-mère intéressée pour pimenter le tout.
    Je laisse aux chanceux qui découvrent la pièce pour la première fois, le bonheur et la saveur des répliques et de la chute. Sachez encore simplement que cette pièce est l'occasion pour son auteur de tirer à boulets rouges sur la médecine d'alors qui, sous des atours de respectabilité et de science, était selon lui un réel charlatanisme.
    Quand, quelques siècles plus tard, on voit encore la façon de procéder de certains médecins (homéopathie comme gage de sérieux, anti-inflammatoires à gogo quand une seule séance de kinésithérapie suffirait, etc., etc., etc.), pour ce qui est du médical, (et je préfère ne pas évoquer la question du coût ni celle de la pharmacie de peur de paraître en vouloir à ses beaux messieurs et belles dames de la Médecine), on se dit que la requête du bonhomme Molière ne devait pas être tout à fait injustifiée, surtout à l'époque où le niveau de formation et de savoir des médecins était encore à un stade embryonnaire.
    En tout cas, cette pièce reste pour moi l'un des " must " de Molière (Voyez comme je la maltraite la langue de Molière !) mais ce n'est là que mon avis, probablement un peu malade lui aussi, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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    • Livres 4.00/5
    Par cicou45, le 05 juillet 2014

    cicou45
    J'avais déjà lu cette pièce il y a fort longtemps et quel plaisir j'ai eu à la redécouvrir ici, tombant par hasard sur ce dernier en faisant un peu de rangement dans "Mes" bibliothèques. Ici, vous l'aurez compris, Molière se moque effrontément de la médecine, et, parfois, à raison.
    Argan est un homme honorable, gentilhomme, père de deux jeune filles, ayant deux épouses et qui aurait donc tout pour être heureux. Mais non, puisque ce dernier est ce que l'on pourrait qualifier d'hypocondriaque. En effet, ce dernier se complaît dans le fait de se faire plaindre et s'en remet éternellement aux médecins.
    Sa fille aînée, Angélique, elle ne rêve que d'une chose : épouser l'homme qu'elle aime et non pas le prétendant que son père a pris soin de choisir à sa place, et qui n'est autre que le neveu de son médecin, et un futur médecin lui-même. Voilà la bonne affaire s'était dit très égoïstement Argan que d'avoir un médecin pour gendre...
    Mais heureusement qu'il reste des âmes pures dans cette famille pour éviter ce qui pourrait s'avérer être un désastre et ne faire, cette fois encore, plus de mal que de bien, mais non pas du mal physique mais du mal dans les âmes et dans les coeurs !
    Une comédie qui reste toujours d'actualité car malheureusement, certaines personnes (non pas les médecins mais des gens mal intentionnés) n'hésitent pas à vous faire croire n'importe quoi en échange de quelque rétribution bien entendu. Comme le disent si bien les personnages de la pièce de Molière, certaines fois, ce ne sont pas les remèdes qui soulagent mais le malade lui-même s'il veut bien s'en donner la peine. Attention, je ne critique absolument pas la médecine (bien au contraire), je dis simplement qu'il faut faire attention. Une comédie absolument superbe, à lire et à relire...mais surtout à voir je pense !
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    • Livres 4.00/5
    Par aouatef79, le 08 août 2015

    aouatef79
    le Malade imaginaire est la dernière comédie écrite par Molière.L' acteur princi-
    -pal de la pièce est Argan.Ce dernier, un bourgeois, se croit toujours malade.
    IL est, ce qu' on appelle un névrosé, toujours à l' écoute de sa santé. Vu qu' il est
    aisé, matériellement , il fait appel à chaque fois à des médecins dont certains
    sont sans scrupules et voient en lui une bonne vache à lait, comme le lui dit sa
    servante, Toinette. Et là, elle a peut-être raison car certains médecins profitent
    de la naiveté de leurs clients ( malades) pour leur soutirer de l' argent. Je crois
    que Molière connaissant cette malice de certains médecins, il a voulu les
    stigmatiser et les ridiculiser .
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    • Livres 2.00/5
    Par Gwenaweb, le 16 octobre 2014

    Gwenaweb
    Molière… Je ne suis pas du genre à avoir envie de le lire par plaisir (en tous cas, pas pour le moment, et ce depuis 24 ans). Mais il était au programme de mon cours de Français. Donc je l'ai quand même lu, dans la foulée des Fourberies de Scapin, et c'était agréable. J'ai souri plusieurs fois de bon coeur. Bon coeur ? Attendez, j'ai comme des pincements dans la poitrine… Et à bien y réfléchir, j'ai un peu de mal à respirer. Mon dieu, ça y est, j'ai attrapé le virus !
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    • Livres 3.00/5
    Par michfred, le 07 avril 2015

    michfred
    Une farce? Voire...ou alors pour rire de ce qu'il y a en nous de plus tragique: la peur de mourir, guettée dans les signes d'un corps dont on observe les moindres bobos, les plus petits halètements, les légers pincements, les picotements infimes...Alors pour conjurer cette vieille peur ancestrale, on convoque la médecine, ses pompes et ses oeuvres... Argan de nos jours aurait fait une NFS par semaine, un électro' et un scan' tous les mois...
    Si on est mort de rire, en voyant Argan réciter, derrière Diafoirus(!!!), son latin de cuisine médical ("ensuita purgare."..), pensons que c'est dans le grand fauteuil de malade à oreillettes d'Argan que Molière est mort - pas de rire mais de phtisie- presque en scène, et que c'est sur ce siège que ses comédiens atterrés l'ont emmené en coulisses, tandis qu'il crachait du vrai sang rouge sous les hurlements de joie du public...
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Citations et extraits

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  • Par Cielvariable, le 17 mai 2013

    MONSIEUR PURGON: Je viens d'apprendre là-bas, à la porte, de jolies nouvelles: qu'on se moque ici de mes ordonnances, et qu'on a fait refus de prendre le remède que j'avais prescrit.

    ARGAN: Monsieur, ce n'est pas.

    MONSIEUR PURGON: Voilà une hardiesse bien grande, une étrange rébellion d'un malade contre son médecin.

    TOINETTE: Cela est épouvantable.

    MONSIEUR PURGON: Un clystère (1) que j'avais pris plaisir à composer moi-même.

    ARGAN: Ce n'est pas moi.

    MONSIEUR PURGON: Inventé et formé dans toutes les règles de l'art.

    TOINETTE: Il a tort.

    MONSIEUR PURGON: Et qui devait faire dans des entrailles un effet merveilleux.

    ARGAN: Mon frère.

    MONSIEUR PURGON: Le renvoyer avec mépris!

    ARGAN: C'est lui.

    MONSIEUR PURGON: C'est une action exorbitante.

    TOINETTE: Cela est vrai.

    MONSIEUR PURGON: Un attentat énorme contre la médecine.

    ARGAN: Il est cause.

    MONSIEUR PURGON: Un crime de lèse-Faculté, qui ne se peut assez punir.

    TOINETTE: Vous avez raison.

    MONSIEUR PURGON: Je vous déclare que je romps commerce avec vous.

    ARGAN: C'est mon frère.

    MONSIEUR PURGON: Que je ne veux plus d'alliance avec vous.

    TOINETTE: Vous ferez bien.

    MONSIEUR PURGON: Et que, pour finir toute liaison avec vous, voilà la donation que je faisais à mon neveu, en faveur du mariage.

    ARGAN: C'est mon frère qui a fait tout le mal.

    MONSIEUR PURGON: Mépriser mon clystère!

    ARGAN: Faites-le venir, je m'en vais le prendre.

    MONSIEUR PURGON: Je vous aurais tiré d'affaire avant qu'il fût peu.

    TOINETTE: Il ne le mérite pas.

    MONSIEUR PURGON: J'allais nettoyer votre corps et en évacuer entièrement les mauvaises humeurs.

    ARGAN: Ah, mon frère!

    MONSIEUR PURGON: Et je ne voulais plus qu'une douzaine de médecines, pour vuider le fond du sac.

    TOINETTE: Il est indigne de vos soins.

    MONSIEUR PURGON: Mais puisque vous n'avez pas voulu guérir par mes mains,

    ARGAN: Ce n'est pas ma faute.

    MONSIEUR PURGON: Puisque vous vous êtes soustrait de l'obéissance que l'on doit à son médecin,

    TOINETTE: Cela crie vengeance.

    MONSIEUR PURGON: Puisque vous vous êtes déclaré rebelle aux remèdes que je vous ordonnais,

    ARGAN: Hé! point du tout.

    MONSIEUR PURGON: J'ai à vous dire que je vous abandonne à votre mauvaise constitution, à l'intempérie de vos entrailles, à la corruption de votre sang, à l'âcreté de votre bile et à la féculence de vos humeurs.

    TOINETTE: C'est fort bien fait.

    ARGAN: Mon Dieu!

    MONSIEUR PURGON: Et je veux qu'avant qu'il soit quatre jours, vous deveniez dans un état incurable.

    ARGAN: Ah, miséricorde!

    MONSIEUR PURGON: Que vous tombiez dans la bradypepsie,

    ARGAN: Monsieur Purgon.

    MONSIEUR PURGON: De la bradypepsie dans la dyspepsie,

    ARGAN: Monsieur Purgon.

    MONSIEUR PURGON: De la dyspepsie dans l'apepsie,

    ARGAN: Monsieur Purgon.

    MONSIEUR PURGON: De l'apepsie dans la lienterie,

    ARGAN: Monsieur Purgon.

    MONSIEUR PURGON: De la lienterie dans la dyssenterie,

    ARGAN: Monsieur Purgon.

    MONSIEUR PURGON: De la dyssenterie dans l'hydropisie,

    ARGAN: Monsieur Purgon.

    MONSIEUR PURGON: Et de l'hydropisie dans la privation de la vie, où vous aura conduit votre folie."
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  • Par Marti94, le 11 juin 2015

    TOINETTE.- Ah, Madame !
    BÉLINE.- Qu’y a-t-il ?
    TOINETTE.- Votre mari est mort.
    BÉLINE.- Mon mari est mort ?
    TOINETTE.- Hélas oui. Le pauvre défunt est trépassé.
    BÉLINE.- Assurément ?
    TOINETTE.- Assurément. Personne ne sait encore cet accident-là, et je me suis trouvée ici toute seule. Il vient de passer entre mes bras. Tenez, le voilà tout de son long dans cette chaise.
    BÉLINE.- Le Ciel en soit loué. Me voilà délivrée d’un grand fardeau. Que tu es sotte, Toinette, de t’affliger de cette mort !
    TOINETTE.- Je pensais, Madame, qu’il fallût pleurer.
    BÉLINE.- Va, va, cela n’en vaut pas la peine. Quelle perte est-ce que la sienne, et de quoi servait-il sur la terre ? Un homme incommode à tout le monde, malpropre, dégoûtant, sans cesse un lavement, ou une médecine dans le ventre, mouchant, toussant, crachant toujours, sans esprit, ennuyeux, de mauvaise humeur, fatiguant sans cesse les gens, et grondant jour et nuit servantes, et valets.
    TOINETTE.- Voilà une belle oraison funèbre.
    BÉLINE.- Il faut, Toinette, que tu m’aides à exécuter mon dessein, et tu peux croire qu’en me servant ta récompense est sûre. Puisque par un bonheur personne n’est encore averti de la chose, portons-le dans son lit, et tenons cette mort cachée, jusqu’à ce que j’aie fait mon affaire. Il y a des papiers, il y a de l’argent, dont je me veux saisir, et il n’est pas juste que j’aie passé sans fruit auprès de lui mes plus belles années. Viens, Toinette, prenons auparavant toutes ses clefs.
    ARGAN, se levant brusquement.- Doucement.
    BÉLINE, surprise, et épouvantée.- Ahy !
    ARGAN.- Oui, Madame ma femme, c’est ainsi que vous m’aimez ?
    TOINETTE.- Ah, ah, le défunt n’est pas mort.
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  • Par Nastasia-B, le 20 octobre 2013

    MONSIEUR PURGON : Je viens d'apprendre là-bas, à la porte, de jolies nouvelles : qu'on se moque ici de mes ordonnances, et qu'on a fait refus de prendre le remède que j'avais prescrit. [...]
    Voilà une hardiesse bien grande, une étrange rébellion d'un malade contre son médecin. [...]
    Un clystère que j'avais pris plaisir à composer moi-même. [...]
    Inventé et formé dans toutes les règles de l'art. [...]
    Et qui devait faire dans les entrailles un effet merveilleux. [...]
    Le renvoyer avec mépris ! [...]
    C'est une action exorbitante. [...]
    Un attentat énorme contre la médecine. [...]
    Un crime de lèse-Faculté qui ne se peut assez punir. [...]
    Je vous déclare que je romps commerce avec vous. [...]
    Que je ne veux plus d'alliance avec vous. [...]
    Mépriser mon clystère ! [...]
    Je vous aurais tiré d'affaire avant qu'il fût peu. [...]
    J'allais nettoyer votre corps et en évacuer entièrement les mauvais humeurs. [...]
    Mais, puisque vous n'avez pas voulu guérir par mes mains... [...]
    Puisque vous vous êtes soustrait de l'obéissance que l'on doit à son médecin... [...]
    Puisque vous vous êtes déclaré rebelle aux remèdes que je vous ordonnais... [...]
    J'ai à vous dire que je vous abandonne à votre mauvaise constitution, à l'intempérie de vos entrailles, à la corruption de votre sang, à l'âcreté de votre bile et à la féculence de vos humeurs. [...]
    Et je veux qu'avant qu'il soit quatre jours vous deveniez dans un état incurable.

    Acte III, Scène 5.
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  • Par Cielvariable, le 17 mai 2013


    Monsieur, je suis votre serviteur.

    TOINETTE
    Je vois, monsieur, que vous me regardez fixement. Quel âge croyez-vous bien que j'aie?

    ARGAN
    Je crois que tout au plus vous pouvez avoir vingt-six ou vingt-sept ans.

    TOINETTE
    Ah! ah! ah! ah! ah! j'en ai quatre-vingt-dix.

    ARGAN
    Quatre-vingt-dix!

    TOINETTE
    Oui. Vous voyez en effet des secrets de mon art, de me conserver ainsi frais et vigoureux.

    ARGAN
    Par ma foi, voilà un beau jeune vieillard pour quatre-vingt-dix ans!

    TOINETTE

    Je suis médecin passager, qui vais de ville en ville, de province en province, de royaume en royaume, pour chercher d'illustres matières à ma capacité, pour trouver des malades dignes de m'occuper, capables d'exercer les grands et beaux secrets que j'ai trouvés dans la médecine. Je dédaigne de m'amuser à ce menus fatras de maladies ordinaires, à ces bagatelles de rhumatismes et de fluxions, à ces fièvrotes, à ces vapeurs et à ces migraines. Je veux des maladies d'importance, de bonnes fièvres continues, avec des transports au cerveau, de bonnes fièvres pourprées, de bonnes pestes, de bonnes hydropisies formées, de bonnes pleurésies avec des inflammations de poitrine: c'est là que je me plais, c'est là que je triomphe; et je voudrais, monsieur, que vous eussiez toutes les maladies que je viens de dire, que vous fussiez abandonné de tous les médecins, désespéré, à l'agonie, pour vous montrer l'excellence de mes remèdes et l'envie que j'aurais de vous rendre service.

    ARGAN
    Je vous suis obligé, monsieur, des bontés que vous avez pour moi.

    TOINETTE
    Donnez-moi votre pouls. Allons donc, que l'on batte comme il faut. Ah! je vous ferai bien aller comme vous devez. Ouais! ce pouls-là fait l'impertinent; je vois bien que vous ne me connaissez pas encore. Qui est votre médecin?

    ARGAN
    Monsieur Purgon.

    TOINETTE
    Cet homme-là n'est point écrit sur mes tablettes entre les grands médecins. De quoi dit-il que vous êtes malade?

    ARGAN
    Il dit que c'est du foie, et d'autres disent que c'est de la rate.

    TOINETTE
    Ce sont tous des ignorants. C'est du poumon que vous êtes malade.

    ARGAN
    Du poumon?

    TOINETTE
    Oui. Que sentez-vous?

    ARGAN
    Je sens de temps en temps des douleurs de tête.

    TOINETTE
    Justement, le poumon.

    ARGAN
    Il me semble parfois que j'ai un voile devant les yeux.

    TOINETTE
    Le poumon.

    ARGAN
    J'ai quelquefois des maux de coeur.

    TOINETTE
    Le poumon.

    ARGAN
    Je sens parfois des lassitudes par tous les membres.

    TOINETTE
    Le poumon.

    ARGAN
    Et quelquefois il me prend des douleurs dans le ventre, comme si c'étaient des coliques.

    TOINETTE
    Le poumon. Vous avez appétit à ce que vous mangez?

    ARGAN
    Oui, monsieur.

    TOINETTE
    Le poumon. Vous aimez à boire un peu de vin.

    ARGAN
    Oui, monsieur.

    TOINETTE
    Le poumon. Il vous prend un petit sommeil après le repas, et vous êtes bien aise de dormir?

    ARGAN
    Oui, monsieur.

    TOINETTE
    Le poumon, le poumon, vous dis-je. Que vous ordonne votre médecin pour votre nourriture?

    ARGAN
    Il m'ordonne du potage.

    TOINETTE
    Ignorant!

    ARGAN
    De la volaille.

    TOINETTE
    Ignorant!

    ARGAN
    Du veau.

    TOINETTE
    Ignorant!

    ARGAN
    Des bouillons.

    TOINETTE
    Ignorant!

    ARGAN
    Des oeufs frais.

    TOINETTE
    Ignorant!

    ARGAN
    Et, le soir, de petits pruneaux pour lâcher le ventre.

    TOINETTE
    Ignorant!

    ARGAN
    Et surtout de boire mon vin fort trempé.

    TOINETTE
    Ignorantus, ignoranta, Ignorantum. Il faut boire votre vin pur, et, pour épaissir votre sang, qui est trop subtil, il faut manger de bon gros boeuf, de bon gros porc, de bon fromage de Hollande; du gruau et du riz, et des marrons et des oublies, pour coller et conglutiner. Votre médecin est une bête. Je veux vous en envoyer un de ma main; et je viendrai vous voir de temps en temps, tandis que je serai en cette ville.

    ARGAN
    Vous m'obligerez beaucoup.

    TOINETTE
    Que diantre faites-vous de ce bras-là?

    ARGAN
    Comment?

    TOINETTE
    Voilà un bras que je me ferais couper tout à l'heure, si j'étais que de vous.

    ARGAN
    Et pourquoi?

    TOINETTE
    Ne voyez-vous pas qu'il tire à soi toute la nourriture, et qu'il empêche ce côté-là de profiter?

    ARGAN
    Oui; mais j'ai besoin de mon bras.

    TOINETTE
    Vous avez là aussi un oeil droit que je me ferais crever, si j'étais à votre place.

    ARGAN
    Crever un oeil?

    TOINETTE
    Ne voyez-vous pas qu'il incommode l'autre, et lui dérobe sa nourriture? Croyez-moi, faites-vous-le crever au plus tôt: vous en verrez plus clair de l'oeil gauche.

    ARGAN
    Cela n'est pas pressé.

    TOINETTE
    Adieu. Je suis fâché de vous quitter si tôt; mais il faut que je me trouve à une grande consultation qui doit se faire pour un homme qui mourut hier.

    ARGAN
    Pour un homme qui mourut hier?

    TOINETTE
    Oui: pour aviser et voir ce qu'il aurait fallu lui faire pour le guérir. Jusqu'au revoir.

    ARGAN
    Vous savez que les malades ne reconduisent point.

    BERALDE
    Voilà un médecin, vraiment, qui paraît fort habile!

    ARGAN
    Oui; mais il va un peu bien vite.

    BERALDE
    Tous les grands médecins sont comme cela.

    ARGAN
    Me couper un bras et me crever un oeil, afin que l'autre se porte mieux! J'aime bien mieux qu'il ne se porte pas si bien. La belle opération, de me rendre borgne et manchot!

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  • Par emileparte, le 20 juillet 2012

    Argan
    Les médecins ne savent donc rien, à votre compte ?

    Béralde
    Si fait, mon frère. Ils savent la plupart de fort belles humanités, savent parler en beau latin, savent nommer en grec toutes les maladies, les définir et les diviser ; mais, pour ce qui est de les guérir, c'est ce qu'ils ne savent point du tout.
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