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ISBN : 2290343145
Éditeur : Librio (2004)


Note moyenne : 3.64/5 (sur 946 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Le Malade Imaginaire, Argan, est un notable. Il mène ses affaires avec succès, tient table ouverte, a des domestiques, un train de maison et des moyens.

Au début de la pièce, Argan est furieux de constater qu’il dépense de très grosses sommes pour satisfa... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 11 août 2012

    Nastasia-B
    Quel bonheur de relire une pièce de Molière qui, contrairement à certaines, est et demeure rafraichissante, drôle et caustique. (Dernièrement, j'ai relu plusieurs pièces de Momo, pas toutes avec le même bonheur, certaines sentent, à mon goût, beaucoup trop la naphtaline et ne jouissent que d'une réputation traditionnelle à défaut d'intérêt réellement contemporain.)
    Ici, notre héros, Argan, homme d'âge mûr hypocondriaque, naïf et crédule (à la façon d'un Monsieur Jourdain dans Le bourgeois gentilhomme), se fait prescrire à longueur de journées des remèdes bidon par son médecin Purgon, dont il prend tout de même au préalable le soin de négocier le prix en bon gros marchand de tapis.
    Sa fille, belle, évidemment et amoureuse d'un bellâtre par dessus le marché, reçoit la demande en mariage d'un jeune médecin, Thomas Diafoirus, lui-même fils de médecin, parti qui ne peut que séduire son grand malade de père. Vous vous doutez bien que le jeune toubib est un indéfinissable crétin demeuré au dernier degré, d'où quelques tirades absolument tordantes.
    Et, bien évidemment, Molière ne serait pas tout-à-fait satisfait s'il n'adjoignait pas à sa décoction théâtrale une petite belle-mère intéressée pour pimenter le tout.
    Je laisse aux chanceux qui découvrent la pièce pour la première fois, le bonheur et la saveur des répliques et de la chute. Sachez encore simplement que cette pièce est l'occasion pour son auteur de tirer à boulets rouges sur la médecine d'alors qui, sous des atours de respectabilité et de science est selon lui un réel charlatanisme. Quand, quelques siècles plus tard, on voit encore la façon de procéder de certains médecins (homéopathie à tour de bras, anti-inflammatoires à gogo quand une seule séance de kinésithérapie suffirait, etc., etc., etc.), pour ce qui est du médical, et je préfère ne pas évoquer la question du coût de peur de paraître en vouloir à ses beaux messieurs et belles dames de la Médecine, on se dit que la requête du bonhomme Molière ne devait pas être tout-à-fait injustifiée, surtout à l'époque ou le niveau de formation et de savoir des médecins était encore à un stade embryonnaire. En tout cas, cette pièce reste pour moi l'un des "must" de Molière (Voyez comme je la maltraite la langue de Molière !) mais ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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    • Livres 3.00/5
    Par Alexielle63, le 09 octobre 2013

    Alexielle63
    Je retrouve ici le Molière que j'aime ! Son humour, son comique proche de la farce et qui pousse même parfois jusqu'à l'absurde. La pièce reste très classique : la trame est très proche d'autres comédies de l'auteur : Toinette ressemble par exemple étrangement à un certain Scapin, par ses stratagèmes, son impertinence qui se traduit par une ironie et un humour grinçants. Elle intercède auprès de son maître en faveur d'Angélique, la fille de celui-ci, la défend en tentant d'infléchir la décision d'Argan de la marier à un autre que celui qu'elle aime. Elle essaye aussi de ramener son maître à la raison, soulignant le ridicule dont il se couvre en se faisant passer pour ce qu'il n'est pas, un malade. On y retrouve donc également le rôle du père crédule mais aussi celui de l'amant et de l'oncle appelé à la rescousse pour sortir sa nièce du nœud gordien où elle se trouve, tout comme dans Les Femmes savantes. Les amateurs ne seront donc pas dépaysés. Ce qui m'a semblé plus surprenant, ce sont les intermèdes musicaux, qui tiennent parfois du grand-guignol et que l'on aperçoit rarement chez Molière (en tout cas, c'est la seule pièce que je lis ainsi mais je ne les ai pas encore toutes lues ^^). J'ai bien aimé même si elles prennent quelque distance avec la trame principale.
    L'auteur prend ici fait et cause contre la médecine malavisée, les médecins médiocres tel Thomas Diafoirius, le promis d'Angélique, choisi par son père, pour son propre compte, afin d'avoir un médecin à disposition et non pour celui de sa fille. C'est un peu aussi le pendant de Rabelais « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme ». Il s'insurge contre les médecins qui ne savent pas se remettre en cause, se prennent pour Dieu, à qui l'on apprend à la faculté à faire de beaux discours qu'ils sont les seuls ou presque à comprendre. Néanmoins, il ne faut pas non plus tous les mettre dans le même panier. Il est aussi nécessaire de replacer la pièce dans son contexte : Molière l'a écrite alors qu'il était gravement malade. C'est aussi une œuvre emblématique puisqu'il est mort en pleine représentation de cette pièce et je l'ai donc lu avec une certaine émotion.

    Lien : http://lecturesdalexielle.over-blog.com/le-malade-imaginaire-de-moli..
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    • Livres 5.00/5
    Par Sharon, le 05 juillet 2013

    Sharon
    Le Malade imaginaire est l'une des oeuvres que je préfère. Je le préfère cependant dans toute sa splendeur, avec la musique de Marc-Antoine Charpentier, comme je l'ai découvert à l'âge de 13 ans, à la télévision. 3h 26 de spectacle en tout, que j'ai le plaisir de regarder à nouveau sur Youtube. J'ai eu également la joie de le voir sur scène, à la comédie française, dans une version très drôle. Aussi, j'ai beaucoup de mal à supporter des versions médiocres (ou amputée de quelques scènes…).
    Argan est un malade débordant d'énergie. Ayons une pensée émue pour toutes les séries télévisées dans lesquelles le malade se prélasse dans son lit. Argan entre, sort, tempête, il est de toutes les scènes ou presque – toutes celles qui sont importantes. Ne débute-t-il pas par un long monologue, énumération de ses dépenses chez son apothicaire favori ? Il est un hypocondriaque, mais il joue bien d'autres rôles. Amoureux de sa seconde femme, il se laisse mener par le bout du nez. Père à demi indigne, il est prêt à déshériter ses filles en faveur de sa femme, mais songe tout de même à établir l'aînée avec un riche futur médecin. Bien entendu, c'est pour lui qu'il veut ce mari, pas pour elle – et ce n'était pas si choquant à l'époque. Il menace sa plus jeune fille du fouet pour obtenir ce qu'elle veut, à savoir le compte-rendu de son espionnage méthodique de sa soeur. DE ce point de vue, rien n'a changé en trois cents ans.
    Heureusement pour elle dans cette oeuvre, Angélique est capable de tenir tête à son père. Heureusement, elle a Toinette, une servante aussi habile que Scapin, qui n'hésite ni à se déguiser, ni à faire appel à son amant pour aider les amoureux. Cléante lui aussi se déguisera pour voir sa belle, et se montre nettement moins empoté que d'autres amants de comédie. "Je me ferai médecin" n'hésite-t-il pas à promettre à Argan, qui gardera jusqu'au bout son obsession. L'hypocondrie n'était pas encore reconnu comme maladie, comment aurait-il pu en guérir, même avec le soutien de son frère et de ses filles ?

    Lien : http://deslivresetsharon.wordpress.com/2013/07/05/le-malade-imaginai..
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    • Livres 5.00/5
    Par Bilonico, le 25 septembre 2012

    Bilonico
    Il est difficile d'être original dans la critique nécessairement positive d'un classique comme Le Malade imaginaire de Molière. Tout le monde l'a lu ou du moins pense connaître la trame principale et en tirer les enseignements et autres morales.
    Je me limiterais donc à rappeler un trait essentiel et original de l'œuvre.
    Celui-ci, qui est sans doute un des éléments distinctifs de Molière mais aussi de l'époque dans laquelle il écrit, se trouve dans la modernité du sujet de l'œuvre ; on place au centre l'individu et ses malheurs (réels et supposés). Même pour le moquer, la description des affres du moi permet à l'auteur de "valoriser" un personnage acteur de sa vie et ne se résumant pas à une ou des appartenances collectives.
    Cette posture préfigure le retour à soi de nombreux écrivains modernes et post modernes et plonge directement dans l'héritage de Montaigne.
    En résumé, une œuvre drôle qui n'oublie pas d'être intelligente et révélatrice d'une étape importante du théâtre en particulier et de la pensée humaine en général.
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    • Livres 5.00/5
    Par Scriba, le 11 octobre 2009

    Scriba
    Il vaut toujours mieux voir une pièce de théâtre que la lire. Ceci dit, cette dernière pièce de Molière est une merveille, ne serait-ce que dans les jeux de mots ou dans l'attitude d'Argan. Celui-ci, se croyant fort malade, fait souffrir toute sa famille jusqu'à ce que son frère (symboliquement Molière) intervienne. Il va faire une critique plus sérieuse sur les médecins et persuader Argan de devenir lui-même un médecin ! La pièce finit donc sur une énorme farce, où toute la communauté médicale est tournée en dérision.
    Une pièce à lire et voir de toute urgence !
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Citations et extraits

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  • Par Cielvariable, le 17 mai 2013

    MONSIEUR PURGON: Je viens d'apprendre là-bas, à la porte, de jolies nouvelles: qu'on se moque ici de mes ordonnances, et qu'on a fait refus de prendre le remède que j'avais prescrit.

    ARGAN: Monsieur, ce n'est pas.

    MONSIEUR PURGON: Voilà une hardiesse bien grande, une étrange rébellion d'un malade contre son médecin.

    TOINETTE: Cela est épouvantable.

    MONSIEUR PURGON: Un clystère (1) que j'avais pris plaisir à composer moi-même.

    ARGAN: Ce n'est pas moi.

    MONSIEUR PURGON: Inventé et formé dans toutes les règles de l'art.

    TOINETTE: Il a tort.

    MONSIEUR PURGON: Et qui devait faire dans des entrailles un effet merveilleux.

    ARGAN: Mon frère.

    MONSIEUR PURGON: Le renvoyer avec mépris!

    ARGAN: C'est lui.

    MONSIEUR PURGON: C'est une action exorbitante.

    TOINETTE: Cela est vrai.

    MONSIEUR PURGON: Un attentat énorme contre la médecine.

    ARGAN: Il est cause.

    MONSIEUR PURGON: Un crime de lèse-Faculté, qui ne se peut assez punir.

    TOINETTE: Vous avez raison.

    MONSIEUR PURGON: Je vous déclare que je romps commerce avec vous.

    ARGAN: C'est mon frère.

    MONSIEUR PURGON: Que je ne veux plus d'alliance avec vous.

    TOINETTE: Vous ferez bien.

    MONSIEUR PURGON: Et que, pour finir toute liaison avec vous, voilà la donation que je faisais à mon neveu, en faveur du mariage.

    ARGAN: C'est mon frère qui a fait tout le mal.

    MONSIEUR PURGON: Mépriser mon clystère!

    ARGAN: Faites-le venir, je m'en vais le prendre.

    MONSIEUR PURGON: Je vous aurais tiré d'affaire avant qu'il fût peu.

    TOINETTE: Il ne le mérite pas.

    MONSIEUR PURGON: J'allais nettoyer votre corps et en évacuer entièrement les mauvaises humeurs.

    ARGAN: Ah, mon frère!

    MONSIEUR PURGON: Et je ne voulais plus qu'une douzaine de médecines, pour vuider le fond du sac.

    TOINETTE: Il est indigne de vos soins.

    MONSIEUR PURGON: Mais puisque vous n'avez pas voulu guérir par mes mains,

    ARGAN: Ce n'est pas ma faute.

    MONSIEUR PURGON: Puisque vous vous êtes soustrait de l'obéissance que l'on doit à son médecin,

    TOINETTE: Cela crie vengeance.

    MONSIEUR PURGON: Puisque vous vous êtes déclaré rebelle aux remèdes que je vous ordonnais,

    ARGAN: Hé! point du tout.

    MONSIEUR PURGON: J'ai à vous dire que je vous abandonne à votre mauvaise constitution, à l'intempérie de vos entrailles, à la corruption de votre sang, à l'âcreté de votre bile et à la féculence de vos humeurs.

    TOINETTE: C'est fort bien fait.

    ARGAN: Mon Dieu!

    MONSIEUR PURGON: Et je veux qu'avant qu'il soit quatre jours, vous deveniez dans un état incurable.

    ARGAN: Ah, miséricorde!

    MONSIEUR PURGON: Que vous tombiez dans la bradypepsie,

    ARGAN: Monsieur Purgon.

    MONSIEUR PURGON: De la bradypepsie dans la dyspepsie,

    ARGAN: Monsieur Purgon.

    MONSIEUR PURGON: De la dyspepsie dans l'apepsie,

    ARGAN: Monsieur Purgon.

    MONSIEUR PURGON: De l'apepsie dans la lienterie,

    ARGAN: Monsieur Purgon.

    MONSIEUR PURGON: De la lienterie dans la dyssenterie,

    ARGAN: Monsieur Purgon.

    MONSIEUR PURGON: De la dyssenterie dans l'hydropisie,

    ARGAN: Monsieur Purgon.

    MONSIEUR PURGON: Et de l'hydropisie dans la privation de la vie, où vous aura conduit votre folie."
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  • Par Nastasia-B, le 20 octobre 2013

    MONSIEUR PURGON : Je viens d'apprendre là-bas, à la porte, de jolies nouvelles : qu'on se moque ici de mes ordonnances, et qu'on a fait refus de prendre le remède que j'avais prescrit. [...]
    Voilà une hardiesse bien grande, une étrange rébellion d'un malade contre son médecin. [...]
    Un clystère que j'avais pris plaisir à composer moi-même. [...]
    Inventé et formé dans toutes les règles de l'art. [...]
    Et qui devait faire dans les entrailles un effet merveilleux. [...]
    Le renvoyer avec mépris ! [...]
    C'est une action exorbitante. [...]
    Un attentat énorme contre la médecine. [...]
    Un crime de lèse-Faculté qui ne se peut assez punir. [...]
    Je vous déclare que je romps commerce avec vous. [...]
    Que je ne veux plus d'alliance avec vous. [...]
    Mépriser mon clystère ! [...]
    Je vous aurais tiré d'affaire avant qu'il fût peu. [...]
    J'allais nettoyer votre corps et en évacuer entièrement les mauvais humeurs. [...]
    Mais, puisque vous n'avez pas voulu guérir par mes mains... [...]
    Puisque vous vous êtes soustrait de l'obéissance que l'on doit à son médecin... [...]
    Puisque vous vous êtes déclaré rebelle aux remèdes que je vous ordonnais... [...]
    J'ai à vous dire que je vous abandonne à votre mauvaise constitution, à l'intempérie de vos entrailles, à la corruption de votre sang, à l'âcreté de votre bile et à la féculence de vos humeurs. [...]
    Et je veux qu'avant qu'il soit quatre jours vous deveniez dans un état incurable.

    Acte III, Scène 5.
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  • Par Cielvariable, le 17 mai 2013


    Monsieur, je suis votre serviteur.

    TOINETTE
    Je vois, monsieur, que vous me regardez fixement. Quel âge croyez-vous bien que j'aie?

    ARGAN
    Je crois que tout au plus vous pouvez avoir vingt-six ou vingt-sept ans.

    TOINETTE
    Ah! ah! ah! ah! ah! j'en ai quatre-vingt-dix.

    ARGAN
    Quatre-vingt-dix!

    TOINETTE
    Oui. Vous voyez en effet des secrets de mon art, de me conserver ainsi frais et vigoureux.

    ARGAN
    Par ma foi, voilà un beau jeune vieillard pour quatre-vingt-dix ans!

    TOINETTE

    Je suis médecin passager, qui vais de ville en ville, de province en province, de royaume en royaume, pour chercher d'illustres matières à ma capacité, pour trouver des malades dignes de m'occuper, capables d'exercer les grands et beaux secrets que j'ai trouvés dans la médecine. Je dédaigne de m'amuser à ce menus fatras de maladies ordinaires, à ces bagatelles de rhumatismes et de fluxions, à ces fièvrotes, à ces vapeurs et à ces migraines. Je veux des maladies d'importance, de bonnes fièvres continues, avec des transports au cerveau, de bonnes fièvres pourprées, de bonnes pestes, de bonnes hydropisies formées, de bonnes pleurésies avec des inflammations de poitrine: c'est là que je me plais, c'est là que je triomphe; et je voudrais, monsieur, que vous eussiez toutes les maladies que je viens de dire, que vous fussiez abandonné de tous les médecins, désespéré, à l'agonie, pour vous montrer l'excellence de mes remèdes et l'envie que j'aurais de vous rendre service.

    ARGAN
    Je vous suis obligé, monsieur, des bontés que vous avez pour moi.

    TOINETTE
    Donnez-moi votre pouls. Allons donc, que l'on batte comme il faut. Ah! je vous ferai bien aller comme vous devez. Ouais! ce pouls-là fait l'impertinent; je vois bien que vous ne me connaissez pas encore. Qui est votre médecin?

    ARGAN
    Monsieur Purgon.

    TOINETTE
    Cet homme-là n'est point écrit sur mes tablettes entre les grands médecins. De quoi dit-il que vous êtes malade?

    ARGAN
    Il dit que c'est du foie, et d'autres disent que c'est de la rate.

    TOINETTE
    Ce sont tous des ignorants. C'est du poumon que vous êtes malade.

    ARGAN
    Du poumon?

    TOINETTE
    Oui. Que sentez-vous?

    ARGAN
    Je sens de temps en temps des douleurs de tête.

    TOINETTE
    Justement, le poumon.

    ARGAN
    Il me semble parfois que j'ai un voile devant les yeux.

    TOINETTE
    Le poumon.

    ARGAN
    J'ai quelquefois des maux de coeur.

    TOINETTE
    Le poumon.

    ARGAN
    Je sens parfois des lassitudes par tous les membres.

    TOINETTE
    Le poumon.

    ARGAN
    Et quelquefois il me prend des douleurs dans le ventre, comme si c'étaient des coliques.

    TOINETTE
    Le poumon. Vous avez appétit à ce que vous mangez?

    ARGAN
    Oui, monsieur.

    TOINETTE
    Le poumon. Vous aimez à boire un peu de vin.

    ARGAN
    Oui, monsieur.

    TOINETTE
    Le poumon. Il vous prend un petit sommeil après le repas, et vous êtes bien aise de dormir?

    ARGAN
    Oui, monsieur.

    TOINETTE
    Le poumon, le poumon, vous dis-je. Que vous ordonne votre médecin pour votre nourriture?

    ARGAN
    Il m'ordonne du potage.

    TOINETTE
    Ignorant!

    ARGAN
    De la volaille.

    TOINETTE
    Ignorant!

    ARGAN
    Du veau.

    TOINETTE
    Ignorant!

    ARGAN
    Des bouillons.

    TOINETTE
    Ignorant!

    ARGAN
    Des oeufs frais.

    TOINETTE
    Ignorant!

    ARGAN
    Et, le soir, de petits pruneaux pour lâcher le ventre.

    TOINETTE
    Ignorant!

    ARGAN
    Et surtout de boire mon vin fort trempé.

    TOINETTE
    Ignorantus, ignoranta, Ignorantum. Il faut boire votre vin pur, et, pour épaissir votre sang, qui est trop subtil, il faut manger de bon gros boeuf, de bon gros porc, de bon fromage de Hollande; du gruau et du riz, et des marrons et des oublies, pour coller et conglutiner. Votre médecin est une bête. Je veux vous en envoyer un de ma main; et je viendrai vous voir de temps en temps, tandis que je serai en cette ville.

    ARGAN
    Vous m'obligerez beaucoup.

    TOINETTE
    Que diantre faites-vous de ce bras-là?

    ARGAN
    Comment?

    TOINETTE
    Voilà un bras que je me ferais couper tout à l'heure, si j'étais que de vous.

    ARGAN
    Et pourquoi?

    TOINETTE
    Ne voyez-vous pas qu'il tire à soi toute la nourriture, et qu'il empêche ce côté-là de profiter?

    ARGAN
    Oui; mais j'ai besoin de mon bras.

    TOINETTE
    Vous avez là aussi un oeil droit que je me ferais crever, si j'étais à votre place.

    ARGAN
    Crever un oeil?

    TOINETTE
    Ne voyez-vous pas qu'il incommode l'autre, et lui dérobe sa nourriture? Croyez-moi, faites-vous-le crever au plus tôt: vous en verrez plus clair de l'oeil gauche.

    ARGAN
    Cela n'est pas pressé.

    TOINETTE
    Adieu. Je suis fâché de vous quitter si tôt; mais il faut que je me trouve à une grande consultation qui doit se faire pour un homme qui mourut hier.

    ARGAN
    Pour un homme qui mourut hier?

    TOINETTE
    Oui: pour aviser et voir ce qu'il aurait fallu lui faire pour le guérir. Jusqu'au revoir.

    ARGAN
    Vous savez que les malades ne reconduisent point.

    BERALDE
    Voilà un médecin, vraiment, qui paraît fort habile!

    ARGAN
    Oui; mais il va un peu bien vite.

    BERALDE
    Tous les grands médecins sont comme cela.

    ARGAN
    Me couper un bras et me crever un oeil, afin que l'autre se porte mieux! J'aime bien mieux qu'il ne se porte pas si bien. La belle opération, de me rendre borgne et manchot!

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  • Par emileparte, le 20 juillet 2012

    Argan
    Les médecins ne savent donc rien, à votre compte ?

    Béralde
    Si fait, mon frère. Ils savent la plupart de fort belles humanités, savent parler en beau latin, savent nommer en grec toutes les maladies, les définir et les diviser ; mais, pour ce qui est de les guérir, c'est ce qu'ils ne savent point du tout.
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  • Par CorinneCo, le 15 novembre 2013

    ARGAN
    Trois et deux font cinq, et cinq font dix, et dix font vingt. Trois et deux font cinq. "Plus, du vingt-quatrième, un petit clystère insinuatif, préparatif, et rémollient, pour amollir, humecter, et rafraîchir les entrailles de Monsieur. Ce qui me plaît, de Monsieur Fleurant mon apothicaire, c’est que ses parties sont toujours fort civiles. "Les entrailles de Monsieur, trente sols". Oui, mais, Monsieur Fleurant, ce n’est pas tout que d’être civil, il faut être aussi raisonnable, et ne pas écorcher les malades. Trente sols un lavement, je suis votre serviteur , je vous l’ai déjà dit. Vous ne me les avez mis dans les autres parties qu’à vingt sols, et vingt sols en langage d’apothicaire, c’est-à-dire dix sols ; les voilà, dix sols. "Plus dudit jour, un bon clystère détersif, composé avec catholicon double, rhubarbe, miel rosat, et autres, suivant l’ordonnance, pour balayer, laver, et nettoyer le bas-ventre de Monsieur, trente sols ;" avec votre permission, dix sols. "Plus dudit jour le soir un julep hépatique, soporatif, et somnifère, composé pour faire dormir Monsieur, trente-cinq sols ;" je ne me plains pas de celui-là, car il me fit bien dormir. Dix, quinze, seize et dix-sept sols, six deniers. "Plus du vingt-cinquième, une bonne médecine purgative et corroborative, composée de casse récente avec séné levantin, et autres, suivant l’ordonnance de Monsieur Purgon, pour expulser et évacuer la bile de Monsieur, quatre livres." Ah ! Monsieur Fleurant, c’est se moquer, il faut vivre avec les malades. Monsieur Purgon ne vous a pas ordonné de mettre quatre francs. Mettez, mettez trois livres, s’il vous plaît. Vingt et trente sols. "Plus dudit jour, une potion anodine , et astringente, pour faire reposer Monsieur, trente sols." Bon, dix et quinze sols. "Plus du vingt-sixième, un clystère carminatif , pour chasser les vents de Monsieur, trente sols." Dix Sols, Monsieur Fleurant. "Plus, le clystère de Monsieur réitéré le soir, comme dessus, trente sols." Monsieur Fleurant, dix sols. "Plus du vingt-septième, une bonne médecine composée pour hâter d’aller, et chasser dehors les mauvaises humeurs de Monsieur, trois livres." Bon vingt, et trente sols ; je suis bien aise que vous soyez raisonnable. "Plus du vingt-huitième, une prise de petit-lait clarifié, et dulcoré, pour adoucir, lénifier, tempérer, et rafraîchir le sang de Monsieur, vingt sols." Bon, dix sols. "Plus une potion cordiale et préservative, composée avec douze grains de bézoard , sirops de limon et grenade, et autres, suivant l’ordonnance, cinq livres." Ah ! Monsieur Fleurant, tout doux, s’il vous plaît, si vous en usez comme cela, on ne voudra plus être malade, contentez-vous de quatre francs ; vingt et quarante sols. Trois et deux font cinq, et cinq font dix, et dix font vingt. Soixante et trois livres quatre sols six deniers. Si bien donc, que de ce mois j’ai pris une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept et huit médecines ; et un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze et douze lavements ; et l’autre mois il y avait douze médecines, et vingt lavements. Je ne m’étonne pas, si je ne me porte pas si bien ce mois-ci, que l’autre. Je le dirai à Monsieur Purgon, afin qu’il mette ordre à cela. Allons, qu’on m’ôte tout ceci, il n’y a personne ; j’ai beau dire, on me laisse toujours seul ; il n’y a pas moyen de les arrêter ici. (Il sonne une sonnette pour faire venir ses gens.) Ils n’entendent point, et ma sonnette ne fait pas assez de bruit. Drelin, drelin, drelin, point d’affaire. Drelin, drelin, Drelin, ils sont sourds. Toinette. Drelin, drelin, drelin. Tout comme si je ne sonnais point. Chienne, coquine, drelin, drelin, drelin ; j’enrage. (Il ne sonne plus, mais il crie.) Drelin, drelin, drelin. Carogne, à tous les diables. Est-il possible qu’on laisse comme cela un pauvre malade tout seul ! Drelin, drelin, drelin ; voilà qui est pitoyable ! Drelin, drelin, drelin. Ah ! mon Dieu, ils me laisseront ici mourir. Drelin, drelin, drelin.
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