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Par Orphea, le 27/03/2011
Gaspard de la nuit de
Aloysius Bertrand
Ondine
- " Écoute ! - Écoute ! - C'est moi, c'est Ondine qui
frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta
fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ;
et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui
contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau
lac endormi.
" Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant,
chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais,
et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le
triangle du feu, de la terre et de l'air.
" Écoute ! - Écoute ! - Mon père bat l'eau coassante
d'une branche d'aulne verte, et mes sœurs caressent de
leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénu-
phars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et
barbu qui pêche à la ligne ! "
Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son
anneau à mon doigt pour être l'époux d'une Ondine, et
de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.
Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle,
boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa
un éclat de rire, et s'évanouit en giboulées qui ruisse-
lèrent blanches le long de mes vitraux bleus.
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Par chartel, le 25/03/2011
Gaspard de la nuit de
Aloysius Bertrand
Ainsi mon âme est une solitude où, sur le bord de l’abîme, une main à la vie et l’autre à la mort, je pousse un sanglot désolé.
Le poète est comme la giroflée qui s’attache frêle et odorante au granit, et demande moins de terre que de soleil.
Mais hélas ! je n’ai plus de soleil, depuis que se sont fermés les yeux si charmants qui réchauffaient mon génie !
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Par Orphea, le 10/03/2011
Gaspard de la nuit de
Aloysius Bertrand
Le clair de lune
Oh ! qu'il est doux, quand l'heure tremble au clocher,
la nuit, de regarder la lune qui a le nez fait comme
un carolus d'or !
Deux ladres se lamentaient sous ma fenêtre, un chien
hurlait dans le carrefour, et le grillon de mon foyer
vaticinait tout bas.
Mais bientôt mon oreille n'interrogea plus qu'un silence
profond. Les lépreux étaient rentrés dans leurs chenils,
aux coups de Jacquemart qui battait sa femme.
Le chien avait enfilé une venelle, devant les pertuisanes
du guet enrouillé par la pluie et morfondu par la bise.
Et le grillon s'était endormi, dès que la dernière bluette
avait éteint sa dernière lueur dans la cendre de la cheminée.
Et moi, il me semblait, - tant la fièvre est incohérente ! -
que la lune, grimant sa face, me tirait la langue comme
un pendu !
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Par Couperine, le 23/12/2010
Gaspard de la nuit de
Aloysius Bertrand
Il était nuit. Ce furent d'abord, – ainsi j'ai vu, ainsi je raconte, – une abbaye aux murailles lézardées par la lune, une forêt percée de sentiers tortueux, – et le morimont grouillant de capes et de chapeaux.
Ce furent ensuite, – ainsi j'ai entendu, ainsi je raconte, – le glas funèbre d'une cloche auquel répondaient les sanglots funèbres d'une cellule, – des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque feuille le long d'une ramée, – et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnaient un criminel au supplice. Ce furent enfin, – ainsi s'acheva le rêve, ainsi je raconte, – un moine qui expirait couché dans la cendre des agonisants, – une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d'un chêne, – et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons de la roue. Dom Augustin, le prieur défunt, aura, en habit de cordelier, les honneurs de la chapelle ardente; et Marguerite, que son amant a tuée, sera ensevelie dans sa blanche robe d'innocence, entre quatre cierges de cire.
Mais moi, la barre du bourreau s'était, au premier coup, brisée comme un verre, les torches des pénitents noirs s'étaient éteintes sous des torrents de pluie, la foule s'était écoulée avec les ruisseaux débordés et rapides, – et je poursuivais d'autres songes vers le réveil.
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Par Orphea, le 10/03/2011
Gaspard de la nuit de
Aloysius Bertrand
A M. Victor Hugo
Le livre mignard de tes vers, dans cent ans comme
aujourd'hui, sera le bien choyé des châtelaines, des
damoiseaux et des ménestrels, florilège de chevalerie,
Décaméron d'amour qui charmera les nobles oisivetés
des manoirs.
Mais le petit livre que je te dédie, aura subi le sort
de tout ce qui meurt, après avoir, une matinée peut-
être, amusé la cour et la ville qui s'amusent de peu de
chose.
Alors, qu'un bibliophile s'avise d'exhumer cette œuvre
moisie et vermoulue, il y lira à la première page ton nom
illustre qui n'aura point sauvé le mien de l'oubli.
Sa curiosité délivrera le frêle essaim de mes esprits
qu'auront emprisonnés si longtemps des fermaux de
vermeil dans une geôle de parchemin.
Et ce sera pour lui une trouvaille non moins précieuse
que l'est pour nous celle de quelque légende en lettres
gothiques, écussonnée d'une licorne ou de deux cigognes.
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Par Orphea, le 27/03/2011
Gaspard de la nuit de
Aloysius Bertrand
La ronde sous la cloche
Douze magiciens dansaient une ronde sous la grosse cloche
de Saint-Jean. Ils évoquèrent l'orage l'un après l'autre,
et du fond de mon lit je comptai avec épouvante douze
voix qui traversèrent processionnellement les ténèbres.
Aussitôt la lune courut se cacher derrière les nuées,
et une pluie mêlée d'éclairs et de tourbillons fouetta
ma fenêtre, tandis que les girouettes criaient comme des
grues en sentinelle sur qui crève l'averse dans les bois.
La chanterelle de mon luth, appendu à la cloison, éclata ;
mon chardonneret battit de l'aile dans sa cage ; quelque
esprit curieux tourna un feuillet du Roman-de-la-Rose qui
dormait sur mon pupitre.
Mais soudain gronda la foudre au haut de Saint-Jean. Les
enchanteurs s'évanouirent frappés à mort, et je vis de
loin leurs livres de magie brûler comme une torche dans
le noir clocher.
Cette effrayante lueur peignait des rouges flammes du
purgatoire et de l'enfer les murailles de la gothique
église, et prolongeait sur les maisons voisines l'ombre
de la statue gigantesque de Saint-Jean.
Les girouettes se rouillèrent ; la lune fondit les nuées
gris de perle ; la pluie ne tomba plus que goutte à goutte
des bords du toit, et la brise, ouvrant ma fenêtre mal
close, jeta sur mon oreiller les fleurs de mon jasmin
secoué par l'orage.
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Par chartel, le 25/03/2011
Gaspard de la nuit de
Aloysius Bertrand
Ah ! l’homme, dis-le-moi, si tu le sais, l’homme, frêle jouet, gambadant suspendu aux fils des passions, ne serait-il qu’un pantin qu’use la vie et que brise la mort ?
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Par Piling, le 13/07/2008
Première phrase du livre
Gaspard de la nuit de
Aloysius Bertrand
incipit :
J'aime Dijon comme l'enfant, la nourrice dont il a sucé le lait, comme le poète, la jouvencelle qui a initié son coeur. - Enfance et poésie ! Que l'une est éphémère et que l'autre est trompeuse ! L'enfance est un papillon qui se hâte de brûler ses blanches ailes aux flammes de la jeunesse, et la poésie est semblable à l'amandier : ses fleurs sont parfumées et ses fruits sont amers;
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Par bartok79, le 08/07/2011
Gaspard de la nuit de
Aloysius Bertrand
Padre Pugnaccio
Padre Pugnaccio, le crâne hors du capuce, montait les escaliers du dôme Saint-Pierre, entre deux dévotes enveloppées de mantilles, et l'on entendait les cloches et les anges se quereller dans la nue.
L'une des dévotes, -c'était la tante,- récitait un ave sur chaque grain de son rosaire; et l'autre,-c'était la nièce,- lorgnait du coin de l'œil un joli officier des gardes du pape.
Le moine marmottait à la vielle femme : - « Dotez mon couvent. » - Et l'officier glissait à la jeune fille un billet doux musqué.
La pécheresse essuyait quelques larmes, l'ingénue rougissait de plaisir, le moine calculait mille piastres à douze pour cent d'intérêt, et l'officier retroussait le poil de sa moustache dans un miroir de poche.
Et le diable, tapi dans la grand' manche de Padre Pugnaccio, ricana comme Polichinelle !
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Par daedeloth, le 28/05/2008
Gaspard de la nuit de
Aloysius Bertrand
La poésie est semblable à l'amandier : ses fleurs sont parfumées, et ses fruits sont amers.