> Max Milner (Éditeur scientifique)

ISBN : 207032186X
Éditeur : Gallimard (1980)


Note moyenne : 3.83/5 (sur 24 notes) Ajouter à mes livres
En 1842, un an après la mort de son discret auteur, la première édition de Gaspard de la Nuit ne rencontre guère que le silence : vingt exemplaires à peine en sont vendus. Et il est vrai que les premiers lecteurs étaient sans doute mal préparés à la découverte de ce rec... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 3.00/5
    Par chartel, le 25 mars 2011

    chartel
    C'est par les nombreuses références à Aloysius Bertrand dans les introductions des œuvres de Baudelaire ou Rimbaud que "Gaspard de la nuit", son unique recueil, se retrouva dans mes mains. S'il fut un inspirateur d'aussi grands noms de la poésie, c'est qu'il proposa à ce genre de nouvelles voies, à travers ce que l'on a appelé la poésie en prose. Publié en 1842, le livre propose des peintures et des sortes de chroniques de la vie ancienne, en s'inspirant des tableaux et gravures de Rembrandt et Callot. Fidèle à la mode médiéviste de ce début de siècle, Bertrand nous plonge dans un Moyen-Âge mystérieux et fantastique, ou magie de la poésie et des sciences occultes s'associent et s'amalgament, telle une curieuse alchimie. Ces « bambochades », comme il les appelait, même si elles n'atteignent pas le sublime, offrent de saisissantes images.
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    • Livres 3.00/5
    Par stcyr04, le 16 avril 2012

    stcyr04
    Louis Jacques Napoléon Bertrand, dit Aloysius Bertrand, archétype du "poète maudit" mort prématurément, n'a pu récolter les lauriers de son oeuvre. Couronne de gloire posthume donc qui s'attache à l'artiste qui a révolutionné le genre littéraire , en étant le premier à proposer un recueil de poèmes en prose. Michel Manoll déclare justement " la poésie d'Aloysus Bertrand supporte tous les éclairages, elle se déplace selon notre optique et selon notre humeur. Comme un kaléidoscope, elle offre au champ de notre imagination mille combinaisons d'une extraordinaire puissance de séduction. Ce Gaspard de la nuit, sous-titré Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot, au climat médiéval clair-obscur, à influencé de nombreux poètes tels que Baudelaire, Mallarmé ou Breton.
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    • Livres 4.00/5
    Par babebibobu, le 14 mai 2010

    babebibobu
    A lire tout en se délectant du Gaspard de la nuit de Ravel. Ce dernier s'est inspiré de trois poèmes du recueil (Ondine, le Gibet et Scarbo). A coup sûr le meilleur des éloges.
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    • Livres 5.00/5
    Par daedeloth, le 28 mai 2008

    daedeloth
    Chef d'oeuvre d'un poéte méconnu de son temps, qui est considéré comme le premier poéme en prose, ou la réalité cotoie le réve.
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Citations et extraits

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  • Par Orphea, le 27 mars 2011

    Ondine

    - " Écoute ! - Écoute ! - C'est moi, c'est Ondine qui
    frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta
    fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ;
    et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui
    contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau
    lac endormi.

    " Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant,
    chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais,
    et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le
    triangle du feu, de la terre et de l'air.

    " Écoute ! - Écoute ! - Mon père bat l'eau coassante
    d'une branche d'aulne verte, et mes sœurs caressent de
    leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénu-
    phars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et
    barbu qui pêche à la ligne ! "


    Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son
    anneau à mon doigt pour être l'époux d'une Ondine, et
    de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.

    Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle,
    boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa
    un éclat de rire, et s'évanouit en giboulées qui ruisse-
    lèrent blanches le long de mes vitraux bleus.
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  • Par Couperine, le 23 décembre 2010

    Il était nuit. Ce furent d'abord, – ainsi j'ai vu, ainsi je raconte, – une abbaye aux murailles lézardées par la lune, une forêt percée de sentiers tortueux, – et le morimont grouillant de capes et de chapeaux.

    Ce furent ensuite, – ainsi j'ai entendu, ainsi je raconte, – le glas funèbre d'une cloche auquel répondaient les sanglots funèbres d'une cellule, – des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque feuille le long d'une ramée, – et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnaient un criminel au supplice. Ce furent enfin, – ainsi s'acheva le rêve, ainsi je raconte, – un moine qui expirait couché dans la cendre des agonisants, – une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d'un chêne, – et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons de la roue. Dom Augustin, le prieur défunt, aura, en habit de cordelier, les honneurs de la chapelle ardente; et Marguerite, que son amant a tuée, sera ensevelie dans sa blanche robe d'innocence, entre quatre cierges de cire.

    Mais moi, la barre du bourreau s'était, au premier coup, brisée comme un verre, les torches des pénitents noirs s'étaient éteintes sous des torrents de pluie, la foule s'était écoulée avec les ruisseaux débordés et rapides, – et je poursuivais d'autres songes vers le réveil.
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  • Par Orphea, le 10 mars 2011

    Le clair de lune

    Oh ! qu'il est doux, quand l'heure tremble au clocher,
    la nuit, de regarder la lune qui a le nez fait comme
    un carolus d'or !

    Deux ladres se lamentaient sous ma fenêtre, un chien
    hurlait dans le carrefour, et le grillon de mon foyer
    vaticinait tout bas.

    Mais bientôt mon oreille n'interrogea plus qu'un silence
    profond. Les lépreux étaient rentrés dans leurs chenils,
    aux coups de Jacquemart qui battait sa femme.

    Le chien avait enfilé une venelle, devant les pertuisanes
    du guet enrouillé par la pluie et morfondu par la bise.

    Et le grillon s'était endormi, dès que la dernière bluette
    avait éteint sa dernière lueur dans la cendre de la cheminée.

    Et moi, il me semblait, - tant la fièvre est incohérente ! -
    que la lune, grimant sa face, me tirait la langue comme
    un pendu !
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  • Par Orphea, le 27 mars 2011

    La ronde sous la cloche

    Douze magiciens dansaient une ronde sous la grosse cloche
    de Saint-Jean. Ils évoquèrent l'orage l'un après l'autre,
    et du fond de mon lit je comptai avec épouvante douze
    voix qui traversèrent processionnellement les ténèbres.

    Aussitôt la lune courut se cacher derrière les nuées,
    et une pluie mêlée d'éclairs et de tourbillons fouetta
    ma fenêtre, tandis que les girouettes criaient comme des
    grues en sentinelle sur qui crève l'averse dans les bois.

    La chanterelle de mon luth, appendu à la cloison, éclata ;
    mon chardonneret battit de l'aile dans sa cage ; quelque
    esprit curieux tourna un feuillet du Roman-de-la-Rose qui
    dormait sur mon pupitre.

    Mais soudain gronda la foudre au haut de Saint-Jean. Les
    enchanteurs s'évanouirent frappés à mort, et je vis de
    loin leurs livres de magie brûler comme une torche dans
    le noir clocher.

    Cette effrayante lueur peignait des rouges flammes du
    purgatoire et de l'enfer les murailles de la gothique
    église, et prolongeait sur les maisons voisines l'ombre
    de la statue gigantesque de Saint-Jean.

    Les girouettes se rouillèrent ; la lune fondit les nuées
    gris de perle ; la pluie ne tomba plus que goutte à goutte
    des bords du toit, et la brise, ouvrant ma fenêtre mal
    close, jeta sur mon oreiller les fleurs de mon jasmin
    secoué par l'orage.
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  • Par Orphea, le 10 mars 2011

    A M. Victor Hugo

    Le livre mignard de tes vers, dans cent ans comme
    aujourd'hui, sera le bien choyé des châtelaines, des
    damoiseaux et des ménestrels, florilège de chevalerie,
    Décaméron d'amour qui charmera les nobles oisivetés
    des manoirs.

    Mais le petit livre que je te dédie, aura subi le sort
    de tout ce qui meurt, après avoir, une matinée peut-
    être, amusé la cour et la ville qui s'amusent de peu de
    chose.

    Alors, qu'un bibliophile s'avise d'exhumer cette œuvre
    moisie et vermoulue, il y lira à la première page ton nom
    illustre qui n'aura point sauvé le mien de l'oubli.

    Sa curiosité délivrera le frêle essaim de mes esprits
    qu'auront emprisonnés si longtemps des fermaux de
    vermeil dans une geôle de parchemin.

    Et ce sera pour lui une trouvaille non moins précieuse
    que l'est pour nous celle de quelque légende en lettres
    gothiques, écussonnée d'une licorne ou de deux cigognes.
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