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Par carre, le 19/05/2012
Un soir au club de
Christian Gailly
Le piano n'était pas le violon d'Ingres de Simon Nardis.C'était bien plus qu'un violon d'Ingres.Le piano était pour lui ce que la peinture était pour Ingres.
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Par carre, le 18/02/2012
Be-Bop de
Christian Gailly
Qu'est-ce qui t'est arrivé? dit Fernand.Je me suis coupé, dit Lorettu, s'attendant à ce que Fernand lui demande en quoi faisant. Ça n'a pas loupé.En quoi faisant? dit Fernand, s'attendant à ce que Lorettu lui réponde en me rasant. Ça n'a pas loupé.En me rasant, dit Lorettu."
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Un soir au club de
Christian Gailly
Debbie n'était pas à six minutes près. Elle le lui dit. Simon si. C'est important, dit-il, six minutes, on manque son train pour moins que ça, si je vous écoutais je le raterais.
Et puis après ? dit Debbie. Après, après, dit Simon. Ce serait si grave que ça ? dit Debbie. Grave, grave, non, dit Simon, mais. Mais, mais, dit Debbie. Oui, oui, dit Simon. Eh oui, dit Debbie. Bah oui, dit Simon. Eh oui, refit Debbie. Bah oui, refit Simon. Et chacun refit ça un certain nombre de fois, Debbie son ehoui, Simon son bahoui.
Et cet “ ehoui-bahoui ” se révélant swinguant ils improvisèrent un petit blues. Debbie claquait des doigts pour scander son “ ehoui ”. Simon lui répondait par son “ bahoui ”. Simon me disait qu'ils avaient improvisé comme ça pendant au moins 96 mesures en si bémol. Puis tous deux à bout de souffle ils ont éclaté de rire.
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Dernier amour de
Christian Gailly
C'est tout de même bête d'avoir passé toute une vie avec une femme et de s'apercevoir seulement maintenant qu'on est fait pour marcher au bras d'une autre.L'a-t-il pensé? Senti?Bien sûr que oui.Mais ça n'était que cette vieille envie de vivre.Non pas de recommencer.Juste continuer.
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Dernier amour de
Christian Gailly
Pas de radio.Pas de musique.Pas de lecture.Restait le téléviseur sur sa console en élévation.Il l'alluma pour bientôt l'éteindre.Se le reprochant.Bien que de courte durée l'image l'avait happé puis revraché.Il se sentit encore plus seul.Dans un vide vraiment vide.C'est toujours comme ça avec la télé.Il ne faut surtout pas l'allumer.
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Un soir au club de
Christian Gailly
Etait-ce le commencement de quelque chose ? N'était-ce pas plutôt la fin de quelque chose ? Ni l'un ni l'autre. C'était l'un et l'autre. Quelque chose d'autre. D'entre les deux. D'où cette dépression de l'attente dans un temps arrêté, un vide où quelque chose devait se décider.
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Par ChezLo, le 14/03/2011
Nuage rouge de
Christian Gailly
Il y a des choses comme ça, qui ne cessent pas de se raconter, le soleil par exemple, la couleur des vêtements, les gens assis autour de nous, le goût de ce que l'on boit, tout étant vu, goûté, entendu comme pour la première fois, un temps que pour une fois on aimerait ne pas perdre, un temps qui se met à passer au moment même où on aimerait qu'il ne passe pas. Même pas. Il ne passait pas. Ça n'est qu'après, quand elle est partie après m'avoir dit : Je ne m'ennuie pas mais j'ai à faire, que j'ai pensé que ça s'était passé, et aujourd'hui je pense qu'il n'existe qu'un temps, le temps littéraire.
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Par Spilett, le 29/12/2009
Be-Bop de
Christian Gailly
En passant devant l'église, il regarde la tête navrée des deux saints peints à même le mur de la façade, le mur frontal, le fronton, non, frontispice ?, peu importe, revenons aux saints, s'il te plaît. Si c'est ou si ce sont des saints. Si si mais si ce sont des saints sinon, on ne voit pas pourquoi, il ne voit pas pourquoi on les aurait comme ça fresqués de chaque côté de la porte, le portail. Quoi qu'il en soit, l'air navré des deux saints le fait marrer, ricaner, intérieurement, il se voit lui-même avec la barbe, les cheveux longs, l'air navré.
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Un soir au club de
Christian Gailly
C'est l'attente qui l'épuisa. Brève attente pourtant. Elle ne dura que dix minutes. Épuisante cependant. Quand on attend depuis dix ans. Sans savoir qu'on attend. C'est encore plus tuant.
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Un soir au club de
Christian Gailly
Ensuite il retroussa ses manches de chemise et se tenant les genoux il contempla la mer. Eut rapidement droit au célèbre sentiment d'éternité. Suivi en toute logique d'un désir de mort.