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Les hommes-couleurs de
Cloé Korman
"Le mépris qu'il éprouvait pour la fois religieuse aggravait son impression des rester un étranger dans ce pays, il le trahissait comme une longue moustache coloniale vraiment ridicule qu'il aurait continué à gratouiller et à tortiller en public alors qu'il pensait l'avoir rasée mille fois."
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Par ChezLo, le 18/12/2010
Les hommes-couleurs de
Cloé Korman
Et il essaya de se reconcentrer sur ce qu’il avait sous les yeux, et qui s’avérait déjà assez intriguant. Ainsi on pouvait constater que l’ensemble du plan était emmené par un axe principal extrêmement net, qui se prolongeait probablement de bout en bout, et qu’il comportait par ailleurs plusieurs lignes plus ou moins subtiles qui semblaient se ramifier ou parfois s’interrompre brutalement. Par ailleurs le dessin comprenait plusieurs degrés de couleurs et certaines traces s’étaient superposées à d’autres qui étaient plus claires et plus floues, comme si elles indiquaient des pistes anciennes, qu’on avait brouillées. Ce paysage exorbitant semblait donc cumuler sur une trame verticales une épaisseur temporelle, ce dont attestaient les dates indiquées à différents endroits de la carte.
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Les hommes-couleurs de
Cloé Korman
"Il y a des êtres qui résistent, qui restent convaincus de la valeur de leur vie même quand l'air se dessèche autour d'eux. Même si la terre entière se changeait en pierre, ils continueraient de se savoir humains, et seront sauvés."
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Par ChezLo, le 18/12/2010
Les hommes-couleurs de
Cloé Korman
Quelqu'un s'est mis à pleurer tout doucement. Ca venait du fond de la salle. Ou de dehors, derrière la porte, ou de l'estrade. Il y avait Dieu au comptoir, le coeur tordu sur son whisky. Une porte a claqué, et le souffle du ciel a enserré les murs de la baraque, la tempête peu à peu gagnant de l'ampleur. Pour pas être emportés, Red et moi on a décidé de s'asseoir. On s'est mis à comprendre que tout ça venait d'un seul endroit : l'oeil du cyclone c'était ce pavillon d'argent et de chair, qui gueulait. Peu à peu ça a pris de la forme, comme plusieurs se répondant, car la durée d'un son accompagnait le suivant avant de mourir, parfois il tenait deux ou trois lignes à la fois, et une qui s'était éteinte revenait dans la nasse et repartait. La douleur accouchait de nuances de plus en plus tendres, jusqu'à ce qu'elle se sépare d'elle-même et devienne une seule note tendue dessous toutes les autres, parmi lesquelles le rire, l'amour et la joie, qui irradiaient du corps de l'Indien immobile.
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Par ChezLo, le 18/12/2010
Les hommes-couleurs de
Cloé Korman
Tu crois que dix millions d'êtres humains sont visibles à l'oeil nu ? Le voyage qui ramène Georges et Florence à Minas Blancas traverse les sentiers innombrables de l'immigration, sans pourtant que la foule et lesbruits ne leur parviennent. A dos de désert on ne voit rien du paysage. Il est nu, aussi lisse et brillant qu'un silex - si on se penche et le ramasse il ne dira rien du foyer qu'il a engendré ou de la bête qu'il a saignée, il se taira comme un autre caillou. De même l'humanité traverse ce désert sans laisser aucun témoignage évident, et ce n'est que par exception au régime du silence qu'elle vient parler devant un tribunal - car la peur vit sans bruit.
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Par Lucile, le 03/03/2010
Les hommes-couleurs de
Cloé Korman
Vient l'époque où ils sont près du but. Mais l'autre pays qu'ils approchent, et qu'ils cherchent depuis si longtemps, ne leur ouvre pas des bras feuillus et tout chargés de fruits, ni même ne leur présente un front loyal ; il ruse et se dérobe. Ocre ou rouille, le sable n'est jamais autrement que du sable et jusqu'à l'horizon, faisant douter de l'au-delà. Est-ce au moins un endroit que celui-là? Il semble que le tunnel nous ait conduit en un lieu qui n'existe pas : de temps en temps, nous autres, les hommes autant que nous sommes, nous sortons pour regarder ce qui nous entoure, et parmi le règne des cailloux c'est la preuve de nous-mêmes que nous cherchons si fébrilement. (...) Ici, nous sommes encore bien loin des cultures qu'on protège, si elles germent, des villes qui brillent, si elles respirent.
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Les hommes-couleurs de
Cloé Korman
" - Il faut absolument empêcher cette erreur judiciaire, a-t-elle dit avec autant de propreté et d'assurance que si elle s'était exclamée : "Nous irons ce week-end à Cape Cod car il fait beau", dans cet accent de pure Nouvelle-Angleterre qui ne souffre pas de contradiction."
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Par ChezLo, le 18/12/2010
Les hommes-couleurs de
Cloé Korman
Le tunnel abritant les chagrins des hommes et leurs espoirs croissait continûment.