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Rouge Brésil de
Jean-Christophe Rufin
L'horizon devant eux était rouge à l'endroit où le soleil finissait de disparaître. on ne voyait aucune terre ni, quand le ciel s'assombrit, aucun feu. [...] A vrai dire, rien n'était perceptible sauf une odeur étrange, tout à la fois faible et immense. Faible parce qu'il fallait concentrer toute son attention pour en discerner la pointe dans l'air tiède ; immense parce qu'elle envahissait toutes les directions, entourait le bateau et paraissait s'était s'étendre sur toute la surface de la mer.
Pourtant, elle ne lui appartenait pas. Le nez, de science aussi certaine que la vue ou l'ouïe, affirmait que c'était bien une senteur de terre.
Il est des terres qui exhalent l'herbe, le bétail, la pourriture, les labours. Cette odeur-là n'évoquait rien de tel. Elle était acidulée, juteuse, turgescente, printanière. En fermant les yeux, on avait envie de dire qu'elle était colorée, rouge, peut-être orangée.
Soudain quelqu'un découvrit le mot juste et cria que cela sentait le fruit. En effet c'était bien une essence subtile de pulpe qui se répandait en vapeur sur toute l'étendue de la mer, une immense odeur de fruit mûr. Une île se voit mais elle n'a pas ce parfum lointain et puissant. Seul un continent peut jeter aussi loin ses fragrances végétales, tout comme l'océan envoie dans la profondeur du littoral ses embruns salés et ses senteurs de varech.
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Par oops, le 27/08/2010
Katiba de
Jean-Christophe Rufin
Elle a pris conscience qu'elle en voulait [...] A la France, à son administration, à sa politique toujours suspecte de colonialisme, à sa volonté civilisatrice qui cache mal, en vérité, un sentiment de supériorité envers les autres cultures.
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Par Magnolia, le 13/11/2010
Un léopard sur le garrot : Chroniques d'un médecin nomade de
Jean-Christophe Rufin
Ces consultants se sont adressés a moi non pas en tant que personne mais par intérêt pour mon “profil” .Il semble que ce terme soit réservé a des gens que, malgré leurs efforts personne n’a jamais regarde de face. Faute d’avoir un visage, une âme, une conscience, une substance ,une vérité, on doit se contenter d’être un profil….Ils ressemblent a ces fresques égyptiennes sur lesquelles chacun avance de travers, en ne donnant jamais a voir qu’un cote de lui.
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Par ChezLo, le 27/11/2010
Le parfum d'Adam de
Jean-Christophe Rufin
Au milieu du village, un petit cours d'eau issu d'une source située un peu plus haut serpentait sur un replat. D'étroits canaux alimentaient des citernes en terre, à côté des maisons. On y puisait l'eau pour les humains et les bêtes. Il ne subsistait évidemment aucune trace du passage du choléra. D'après ce que Paul avait lu, la maladie avait fait neuf malades dans le village et le seul mort de l'épidémie. [...] La nuit était tombée sur le port. Faute de moteurs pour emplir l'air de leur vrombissement, l'espace était occupé par les voix des passants, de lointains accords de guitare venus d'un café voisin et entourant la ville, par les aboiements d'innombrables chiens qui se répondaient de mur en mur à travers les champs. Paul s'étendit sur son lit, déclenchant une cacophonie de ressorts. Une grande tâche jaunâtre, au plafond, témoignait d'une inondation passée. Elle dessinait comme une île avec ses criques, ses caps et même, par ses variations de teinte, ses reliefs. Soudain, Paul se redressa. Une phrase du professeur Champel lui était revenue à la mémoire :
- Les îles, lui avait-il dit, sont de véritables petits laboratoires.
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Globalia de
Jean-Christophe Rufin
Chaque fois que les livres sont rares, ils résistent bien. À l'extrême, si vous les interdisez ils deviennent infiniment précieux. Interdire les livres, c'est les rendre désirables. Toutes les dictatures ont connu cette expérience. En Globalia, on a fait le contraire : on a multiplié les livres à l'infini. On les a noyés dans leur graisse jusqu'à leur ôter toute valeur, jusqu'à ce qu'ils deviennent insignifiants.
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Par colibri, le 06/01/2009
L'Abyssin de
Jean-Christophe Rufin
On retrouve dans les chroniques de l'Érythrée italienne, au début du XXème siècle, le nom d'un Poncet, apothicaire à Asmara. Peut-être s'agit-il d'un des descendants issus des quartes enfants d'Alix et de Jean-Baptiste. Rien ne le contredit mais rien non plus ne le prouve car des gens heureux on ne sait pas grand-chose. Ils vivent, voilà tout, et le bonheur leur tient lieu d'histoire. p. 699
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Globalia de
Jean-Christophe Rufin
Il avait une envie profonde de s'autoriser la sincérité. Un instant, il se sentit vieux, misérable et sale, impuissant surtout, terriblement impuissant.
— Le Président, soupira-t-il… Croyez-vous qu'il ait la moindre autorité sur ces choses ?
(…)
— Vous savez ce que c'est notre métier ? commença-t-il. Du théâtre, voilà tout. Nous représentons, cela dit bien ce que cela veut dire.
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Globalia de
Jean-Christophe Rufin
On observe attentivement les deux camps qui s'affrontent et on voit comment chacun s'y prend. Il y en a toujours un qui est plus insolent, plus agressif, moins adroit. On déclare que celui-là est le méchant. Peu importe qu'il ait tort ou raison en réalité. Après, on met la machine en route. Tout doit être utilisé pour noircir le méchant : les écrans l'accusent de voler, de violer, de piller, etc. Et l'autre, le gentil, on vous l'habille vite fait en parfaite victime. Ce n'est pas très difficile de commander quelques bons reportages sur les femmes et les enfants qui souffrent. (...) Ensuite, on vous rend le tout, mon général, et vous n'avez plus qu'à taper sur le méchant et à envoyer l'aide humanitaire à la victime.
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Globalia de
Jean-Christophe Rufin
Il était sincèrement convaincu de la chance qu'il avait de vivre dans une démocratie parfaite. Voilà que peu à peu, il se mettait à douter et cela le rendait mal à l'aise. Il trouvait à la foule un air avachi. Comme à l'ordinaire et malgré la fête, des flots de badauds sortaient des centres commerciaux, poussant des chariots remplis de choses inutiles et douces. A peine assouvis, ces désirs artificiels seraient tout aussi tôt trahis : (...) L'obsolescence programmée des choses faisait partie de la vie. Il était acquis qu'elle entretenait le bon fonctionnement de l'économie.
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Par wictoria, le 10/08/2009
Un léopard sur le garrot : Chroniques d'un médecin nomade de
Jean-Christophe Rufin
Ce qui s'acquiert dans les morgues, c'est une vision complète des corps, de son dedans comme de son dehors, de son état inerte comme de état palpitant. Les médecins, à cause de ces moments de familiarité avec le cadavre, savent que le corps n'est pas seulement la disposition souple et chaude d'organes, de fonctions et de sens. Ils savent que la vie est un état fragile et rare, l'improbable mise en mouvement d'une molle horlogerie de chair, si désespérante à contempler quand elle est jetée en tas au fond d'un bassin d'émail.