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Par Pasdel, le 01/02/2012
L'homme qui plantait des arbres de
Jean Giono
Nous devrions tous lire et relire ces quelques pages pour nous prouver que des petits gestes, répétés jour après jour avec patience, peuvent changer un coin du monde, que nos gestes à tous, une fois cumulés, peuvent changer le monde.
Nous n’avons rien à demander à personne. Aucune autorisation ne nous est nécessaire. Nous n’avons nul besoin d’attendre les prochaines élections ou de faire tomber le gouvernement. Nous sommes armés de nos volontés. Il nous suffit d’en prendre conscience comme Elzéard Bouffier le héros de Giono. ( préface de Thierry Crouzet ).
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Par Pasdel, le 04/02/2012
L'homme qui plantait des arbres de
Jean Giono
J’avais un ami parmi les capitaines forestiers qui était de la délégation. Je lui expliquai le mystère. Un jour de la semaine d’après, nous allâmes tous les deux à la recherche d’Elzéard Bouffier. Nous le trouvâmes en plein travail, à vingt kilomètres de l’endroit où avait eu lieu l’inspection.
Ce capitaine forestier n’était pas mon ami pour rien. Il connaissait la valeur des choses. Il sut rester silencieux. J’offris les quelques œufs que j’avais apportés en présent. Nous partageâmes notre casse-croûte en trois et quelques heures passèrent dans la contemplation muette du paysage.
Le côté d’où nous venions était couvert d’arbres de six à sept mètres de haut. Je me souvenais de l’aspect du pays en 1913 : le désert… Le travail paisible et régulier, l’air vif des hauteurs, la frugalité et surtout la sérénité de l’âme avaient donné à ce vieillard une santé presque solennelle. C’était un athlète de Dieu. Je me demandais combien d’hectares il allait encore couvrir d’arbres.
Avant de partir, mon ami fit simplement une brève suggestion à propos de certaines essences auxquelles le terrain d’ici paraissait devoir convenir. Il n’insista pas. « Pour la bonne raison, me dit-il après, que ce bonhomme en sait plus que moi. » Au bout d’une heure de marche – l’idée ayant fait son chemin en lui - il ajouta : « Il en sait beaucoup plus que tout le monde. Il a trouvé un fameux moyen d’être heureux ! »
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Par Pasdel, le 03/02/2012
L'homme qui plantait des arbres de
Jean Giono
Les chênes de 1910 avaient alors dix ans et étaient plus hauts que moi et que lui. Le spectacle était impressionnant. J’étais littéralement privé de parole et, comme lui ne parlait pas, nous passâmes tout le jour en silence à nous promener dans sa forêt. Elle avait, en trois tronçons, onze kilomètres de long et trois kilomètres dans sa plus grande largeur. Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l’âme de cet homme - sans moyens techniques - on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d’autres domaines que la destruction.
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Le Moulin de Pologne de
Jean Giono
Je sais très bien faire le feu.
Il parait que c'est l'apanage des amoureux et des poètes.
Je pris mon repas bien au chaud en le faisant traîner.
Je ne suis pas de ces hommes seuls qui se dépêchent.
Mon état m'a toujours plu.
Il n'y a jamais eu aucune raison que je me hâte.
Mes plus grandes JOIES, je les ai toutes eues dans ces lenteurs.
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Ennemonde et autres caractères de
Jean Giono
On fait fondre la graisse dans un gros chaudron.
L'odeur qui se dégage de cette opération est pleine de renseignements.
Suivant le bois qu'on brûle, le nom de la ferme est donné ...
Ennemonde est aussi forte que les errants pour saisir l'allusion des
moindres finesses ; elle va encore plus loin dans l'interprétation des
signes ....
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Par Woland, le 07/02/2012
Un roi sans divertissement de
Jean Giono
[...] ... Un jour, deux jours, trois jours, vingt jours de neige ; jusqu'aux environs du 16 décembre. On ne sait pas exactement la date, mais enfin, 15, 16 ou 17, c'est un de ces trois jours-là, le soir, qu'on ne trouva plus Marie Chazottes.
- "Comment, on ne la trouve plus ?
- Non, disparue.
- Qu'est-ce que vous me dites là ?
- Disparue depuis trois heures de l'après-midi. On a d'abord cru qu'elle était allée chez sa commère, non ; chez une telle, non. On ne l'a vue nulle part."
Le lendemain, à travers la neige qui continue à tomber dru, on voit passer Bergues [le garde-forestier] avec ses raquettes, et il descend du côté du cimetière des protestants, vers les Adrets. On en voit un autre qui monte vers la Plainie par le chemin des chèvres ; et un troisième qui file à Saint-Maurice pour, de là, après avoir cherché dans les vallons, aller prévenir les gendarmes.
Car, Marie Chazottes a bel et bien disparu. Elle est sortie de chez elle vers les trois heures de l'après-midi, juste avec un fichu, et sa mère a même dû la rappeler pour qu'elle mette ses sabots ; elle sortait en chaussant, n'allant, dit-elle, que jusqu'au hangar, de l'autre côté de la grange. Elle a tourné l'angle du mur et, depuis, plus rien.
Les uns disent ... cinquante histoires naturellement, pendant que la neige continue à tomber tout décembre.
Cette Marie Chazottes avait vingt-ans, vingt-deux ans. ... [...]
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Par Woland, le 07/02/2012
Un roi sans divertissement de
Jean Giono
[...] ... 43 (1800 évidemment). Décembre. L'hiver qui avait commencé tôt et depuis, dare-dare, sans démarrer. Chaque jour la bise ; les nuages s'entassent dans le fer à cheval entre l'Archat, le Jocond, la Plainie, le Mont des Pâtres et l'Avers. Aux nuages d'octobre déjà noirs se sont ajoutés les nuages de novembre encore plus noirs, puis ceux de décembre par-dessus, très noirs et très lourds. La lumière a été verte, puis boyau de lièvre, puis noire avec cette particularité que, malgré ce noir, elle a des ombres d'un pourpre profond. Il y a huit jours on voyait encore le Habert du Jocond, la lisière des bois de sapins, la clairière des gentianes, un petit bout des prés qui pendent d'en haut. Puis les nuages ont caché tout ça. Bon. Alors on voyait encore Préfleuri et les troncs d'arbres qu'on a jetés de la coupe, puis, les nuages sont encore descendus et ont caché Préfleuri et les troncs d'arbres. Bon. Les nuages se sont arrêtés le long de la route qui monte au col. On voyait les érables et patache de midi et quart pour Saint-Maurice. Il n'y avait pas encore de neige, on se dépêchait à passer le col dans les deux sens. On voyait encore très bien l'auberge (cette bâtisse que maintenant on appelle Texaco parce qu'on fait de la réclame pour de l'huile d'auto sur ses murs), on voyait l'auberge et tout un trafic de chevaux de renfort pour des fardiers qui se dépêchaient de profiter du passage libre. On a vu le cabriolet de la maison Colomb et Bernard, marchands de boulons à Grenoble. Il descendait du col. Quand celui-là rentrait, c'est que le col n'allait pas tarder à être bouché. Puis les nuages ont couvert la route, Texaco et tout ; ont bavé en dessous dans les prés de Bernard, les haies vives ; et, ce matin, on voit, bien entendu encore, les vingt à vingt-cinq maisons du village, avec leur épaisse barre d'ombre pourpre sous l'auvent, mais on ne voit plus la flèche du clocher, elle est coupée ras par le nuage, juste au dessus des Nord, Sud, Est, Ouest.
D'ailleurs, tout de suite après, il se met à tomber de la neige. A midi tout est couvert, tout est effacé, il n'y a plus de monde, plus de bruits, plus rien. Des fumées lourdes coulent le long des toits et emmantellent les maisons ; l'ombre des fenêtres, le papillonnement de la neige qui tombe l'éclaircit et la rend d'un rose sang frais dans lequel on voit battre le métronome d'une main qui essuie le givre de la vitre, puis apparaît dans le carreau un visage émacié et cruel qui regarde. ... [...]
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Ennemonde et autres caractères de
Jean Giono
l'institutrice a changé sa deux chevaux. Ennemonde l'a su deux jours après.
Ennemonde, et les berges qui vivent au large des terres
et les errants ...bûcherons, faébricants de charbon de bois,
itinérants romanesques, transhumants sentimentaux,
gens qui n'ont rien à foutre et qui se baladent du nord au sud,
de l'est à l'ouest,mangeant ici un quignon ........
Ils sont capables de mettre un sens sur le moindre grésillement
qu'emporte le vent .....
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Ennemonde et autres caractères de
Jean Giono
Elle n'avait jamais fait tort d'un sou à personne.
Son volume l'avait mise depuis longtemps à l'abri des jalousies
féminines en quoi on a vu qu'elles avaient tort
mais ici les jalousies féminines ne voient pas loin.
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Par kathy, le 04/02/2012
Colline de
Jean Giono
Ca a pris au tonnerre de dieu, là-bas, entre deux villages qui brûlaient des fanes de pommes de terre.
La bête souple du feu a bondi d'entre les bruyères comme sonnaient les coups de trois heures du matin. Elle était à ce moment-là dans les pinèdes à faire le diable à quatre. Sur l'instant on a cru pouvoir la maîtriser sans trop de dégâts; mais elle a rué si dru, tout le jour et une partie de la nuit suivante, qu'elle a rompu les bras et fatigué les cervelles de tous les gars. Comme l'aube pointait, ils l'ont vue, plus robuste et plus joyeuse que jamais, qui tordait parmi les collines son large corps pareil à un torrent. C'était trop tard.
Depuis elle a poussé sa tête rouge à travers les bois et les landes, son ventre de flammes suit; sa queue, derrière elle, bat les braises et les cendres. Elle rampe, elle saute, elle avance. Un coup de griffe à droite, un à gauche; ici elle éventre une chênaie; là elle dévore d'un seul claquement de gueule vingt chênes blancs et trois pompons de pins; le dard de sa langue tâte le vent pour prendre la direction. On dirait qu'elle sait où elle va.
Et c'est son mufle dégoûtant de sang que Maurras a aperçu dans la combe.
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