ISBN : 2070368726
Éditeur : Gallimard (2000)


Note moyenne : 4.19/5 (sur 36 notes) Ajouter à mes livres
Le matin fleurissait comme un sureau. Antonio était frais et plus grand que nature, une nouvelle jeunesse le gonflait de feuillages.
-Voilà qu'il a passé l'époque de verdure, se dit-il.
Il entendait dans sa main la truite en train de mourir ; Sans bien sav... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par horline, le 19 avril 2011

    horline
    Après le pays des collines arides, Giono nous fait découvrir la "haute vallée noire", pays des montagnes noires peuplées "d'arbres noirs", et traversé par un fleuve dont "l'eau [voyant] la forêt large étendue là devant, abaisse son dos souple et entre dans les arbres".
    Tel un dogme, la nature nourrit encore et toujours l'écriture de Giono dans ce roman : dotée d'un corps et d'une âme, elle s'accapare un rôle prépondérant sans toutefois décider du destin des hommes. Car pour une fois, c'est un roman d'hommes.
    Deux amis, Tonio l'homme du fleuve et Matelot l'homme de la forêt, partent à la recherche du fils disparu du second, appelé le Besson, jamais revenu du pays des montagnes noires.
    En remontant le fleuve jusqu'à ce pays sombre, ils feront des rencontres qui bouleverseront leur destinée.
    Dans ce pays mystérieux malgré tous les repères géographiques cités par l'auteur, on plonge dans une épopée mais une épopée paysanne, où les personnages taillés à la faux luttent sans cesse pour tout et pour rien dans la rigueur de l'hiver. Les pieds dans l'eau mais aussi les mains dans le sang, ils causent peu mais basculent dans la violence sans aménité aucune. Et pour quelle raison ?
    Par amour : c'est l'amour filial de Matelot le bûcheron qui mène cette expédition laquelle va révéler à Tonio le pêcheur, trop longtemps immergé dans l'eau verte du fleuve, l'amour d'une femme. L'amour illumine le récit mais de manière contenue, à l'image de ces gens aux pieds bien campés dans la terre.
    Sans conteste, Giono utilise les mêmes ressorts que pour ses œuvres précédentes mais avec une tonalité différente.
    La nature fleurit joliment dans la langue de Giono, empruntant diverses formes vivantes. Elle témoigne d'un émerveillement permanent de la part de l'auteur, allant même jusqu'à façonner le corps et l'esprit de ses personnages, ils sentent plus qu'ils ne savent : "Antonio toucha le chêne. Il écouta dans sa main les tremblements de l'arbre. […] ‘'Ça va?'' demanda Antonio. L'arbre ne s'arrêtait pas de trembler. ‘'Non, dit Antonio, ça n'a pas l'air d'aller.''
    Toutefois, l'auteur n'expose pas une nature enthousiaste aux couleurs chatoyantes : point d'été avec sa chaleur écrasante, mais les pluies incessantes de l'automne et le souffle glacial de l'hiver. Et ce d'autant plus que l'auteur a choisi de conduire nos deux compagnons armés de leur solide amitié en direction de la ville, dominée par un effet de clair-obscur à travers des ruelles sombres et étroites.
    On prend alors conscience que Giono use de cette palette de couleurs pour marquer la progression du récit. La trame obéit au rythme des saisons : avec le froid mordant de l'hiver le fleuve se trouve prisonnier des glaces, c'est le temps de l'inquiétude, de l'impuissance, de l'attente des hommes jusqu'à la survenue du printemps lequel sort de terre avec le réveil des orgueils et des instincts de vengeance des hommes. le printemps découvre une terre "sanguine ", des "torrents musclés" et insuffle une formidable énergie non seulement aux hommes, mais également à l'intrigue quelques peu ensevelie sous la neige. Lorsque le printemps s'annonce, tout s'accélère, bercé dans une atmosphère d'abord féroce puis lyrique et sensuelle. Giono démontre ainsi sa parfaite maîtrise du rythme, rendant la lecture captivante.
    Comme toujours, l'homme et la nature sont unis par des liens profonds chez Giono. Mais cette fois, ils chantent à l'unisson : "le monde commençait à chanter doucement sous les arbres", la nature accompagne de son chant les personnages au gré de leur périple. Pas de lutte entre l'homme et la nature.
    Et c'est probablement en raison de cette harmonie que la nature exerce moins d'emprise sur le récit que dans les romans précédents. Avec une certaine pudeur qui sied à la vie paysanne, l'auteur pose alors un regard tour à tour compatissant et admiratif sur ses héros, guidés par leurs sentiments et l'abnégation ou la désillusion qui en découlent. Tous ne reviendront pas de ce voyage avec ce qu'ils recherchaient.
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    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Nadael, le 15 janvier 2012

    Nadael
    Giono nous livre ici un véritable poème en plongeant littéralement le lecteur dans le monde végétal ; un univers vivant et pénétrant fait de couleurs et d'odeurs, de bruits et de matières. La nature se révèle toute puissante face aux humains qui doivent l'apprivoiser pour mieux s'en approcher. le fleuve, sûrement La Durance, que Giono personnifie est la colonne vertébrale de ce territoire âpre qu'Antonio le pêcheur sillonne depuis des années : « Le fleuve roulait à coups d'épaules à travers la forêt... ». Il parle aussi des montagnes, difficilement accessibles et dominatrices. Puis il y a les saisons et les rôles jouées par chacune ; elles imposent un rythme, une cadence. Les éléments aussi, essentiels à ce roman : l'eau, l'air, le feu et la terre évidemment.
    L'histoire est celle de ce pêcheur, Antonio, ami de Matelot, le bûcheron, qui accompagnera ce dernier dont le fils , le besson, a disparu alors qu'il naviguait sur le fleuve avec une cargaison de bois. Les deux hommes partent ainsi à la recherche du besson en plein hiver, combattant le froid, l'imprévisible fleuve, la forêt dense et ses occupants. le voyage va être long et périlleux. La bande à Maudru, le chef des bouviers – personnage dur et torturé -, rôde. Gina Maudru, sa fille, aurait une part non négligeable dans la disparition du besson. Plusieurs histoires s'imbriquent les unes dans les autres au fur et à mesure que le temps passe, dans l'attente du printemps.
    Sur leur chemin, Antonio et Matelot vont rencontrer Clara, jeune femme aveugle. Seule et le ventre rond, elle est sur le point d'accoucher. Les deux hommes prendront soin d'elle jusqu'à la délivrance et reprendront leur quête. Cette femme ne quittera désormais plus les pensées d'Antonio qui voit en elle la part qui lui manquait depuis toujours. La rencontre avec Clara est un véritable choc émotionnel. Même absente, elle réussit à emplir sa tête et son corps d'un bonheur nouveau, éclairant son existence.
    Des phrases d'une beauté inouïe dans lesquelles les images poétiques ne cessent de défiler sous nos yeux avec force et grandeur. L'évocation de l'hiver avec sa rudesse, le labeur des hommes qui luttent contre le froid et leur impuissance souvent, la nature endormie – le grand sommeil - et pourtant si présente, le silence, est incroyable de justesse. Quand le printemps arrive, les hommes semblent s'éveiller également ayant alors des envies de vengeances, de révoltes, à l'image de la nature avec la fonte des glaces, le réveil des bêtes, la repousse des arbres et des plantes. Les sentiments sont exaltés et les hommes se déchaînent.
    Après l'orage, les hommes épuisés s'assagissent, la lumière revient, la douceur aussi. Ils peuvent enfin laisser aller leurs émotions au fil du fleuve puisque c'est là que tout commence et tout fini. Un roman magnifique.


    Lien : http://lesmotsdelafin.over-blog.com/article-le-chant-du-monde-970384..
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    Critique de qualité ? (10 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 11 août 2011

    brigittelascombe
    Chut!
    Ecoutez le "long chant monotone de la forêt", ses paroles en "mots de rêve", ça siffle et ça gémit,écoutez le chuchotement du brandillon de saule qui bruit comme "un foulard de soie", écoutez la plainte de l'arbre fendu, écoutez le "hoquet des sources",écoutez "le ronflement du fleuve" et le poisson noir aux pleurs d'enfant,écoutez le "crépitement de la volée de pluie",écoutez le "frémissement de tambour" du vent,écoutez "le soleil rouge qui saute avec un hénissement de cheval", écoutez toutes ces notes de musique dont Giono tisse son Chant du monde sous la houlette d'Antonio son personnage principal.
    Antonio sait parler aux arbres.Il est "l'homme qui sort des feuillages pour certains.Il est "Bouche d'or" pour d'autres car il sait que la Nature faite de chair et de sang, palpite et vit.
    Comme dans Colline,ou dans Regain,et bien d'autres chefs- d'oeuvre,Jean Giono, l'homme de Manosque,cet écrivain du XX° siècle connu et reconnu parmi les plus grands qui a su évoquer la Provence sans tomber dans le provincialisme, écrit son chant comme un poème dans cette prose unique qui est la sienne.
    Ici, une autre histoire issue de son imaginaire fertile,comme celles qu'il racontait à ses petites filles tour à tour juchées sur ses épaules lors de ses longues promenades à travers la montagne de Lure.
    Ici donc,Antonio qui va partir aux côtés de Matelot pour retrouver son besson aux cheveux roux,celui qui a disparu en s'en allant sur le fleuve livrer du bois.
    S'est il noyé?
    Pourquoi la bande à Maudru, ce bouvier hargneux, le recherche-t-elle?
    Et Gina la jolie fille Maudru quel est son rôle dans cette disparition?
    Antonio va résoudre cette énigme et rencontrer Clara qui enfante, seule et aveugle, dans la forêt. le désir alors de "la conduire à travers tout ce qui a une forme et une couleur" s'empare de lui.
    Sublime. Oui,ce Chant du monde est sublime car il vibre encore en moi à l'heure où je tape ces mots tellement il était beau!
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par charlottelit, le 20 août 2011

    charlottelit
    qui pourrait Nous embarquer en poésie, imagination, au gras de la terre, profond comme Giono ? Claude Roy ? j'aimerais que l'on m'en cite de nombreux autres
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    • Livres 4.00/5
    Par m75000, le 20 juin 2011

    m75000
    Encore un roman que j'a lu deux fois et je me réserve déjà une troisième quand j'aurais de nouveau besoin d'une ode à la nature , à la bravoure à travers cette épopée qui me faisait songer à un western à la française ....
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Citations et extraits

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  • Par dreulma, le 11 septembre 2011

    Ils marchaient sur des mousses épaisses et sur un humus gras qui craquait juste un peu sous le pied. Ça sentait le bois et l'eau. Des fois, une odeur de sève épaisse et sucrée passait et Antonio la sentait à sa droite puis à sa gauche, comme si l'odeur avait fait le tour de sa tête lentement. Alors, il touchait tout de suite devant lui le tronc d'un frêne avec ses blessures. Il y avait aussi une odeur de feuille verte et des élancées d'un parfum aigu qui partait en éclairs de quelque coin des feuillages. Ça avait l'air d'une odeur de fleur et ça scintillait comme une étoile semble s'éteindre puis lance un long rayon. ...
    C'est un saule qui s'est trompé... Il sent comme au printemps. ...
    Ils avaient dépassé le quartier du silence et d'ici on entendait la nuit vivante de la forêt. Ça venait et ça touchait l'oreille comme un doigt froid. C'était un long souffle sourd, un bruit de gorge, un bruit profond, un long chant monotone dans une bouche ouverte. Ça tenait la largeur de toutes les collines couvertes d'arbres. C'était dans le ciel et sur la terre comme la pluie, ça venait de tous les côtés à la fois et lentement ça se balançait comme une lourde vague en ronflant dans le corridor des vallons. Au fond du bruit, de petits crépitements de feuilles couraient avec des pieds de rats.
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  • Par horline, le 18 avril 2011

    La nuit arriva dans un grand coup de vent. Elle n’était pas venue comme une eau par un flux insensible à travers les arbres, mais on l’avait vue sauter hors des vallées de l’est. D’un coup, elle avait pris d’abord jusqu’aux lisières du fleuve puis, pendant que le jour restait encore un peu sur les collines de ce côté-ci elle s’était préparée, écrasant les osiers sous ses grosses pattes noires, traînant son ventre dans les boues. Au premier vent elle avait sauté. Au premier vent elle avait sauté. Elle était déjà loin, là-bas devant, avec son haleine froide ; ici on était caressé par son corps tiède plein d’étoiles et de lune.
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    Citation de qualité ? (6 votes positifs)
  • Par Nadael, le 15 janvier 2012

    Peu à peu maintenant tout prenait corps et musique. La nuit était descendue. Des enfants couraient dans la ville en secouant des torches de lavande sèche. Une phosphorescence blême huilait les bonds du fleuve et ses détours gras éclairaient au loin la plaine comme des lunes. Tout le ciel tiède battait contre la fenêtre. On entendait vivre la terre des collines débarrassées de gel, et loin, là-haut dans la montagne, les avalanches tonnaient en écartant le brouillard, éclaboussant la nuit de gros éclairs ronds comme des roues.
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  • Par horline, le 18 avril 2011

    Antonio entendit le bruit de la forêt. Ils avaient dépassé le quartier du silence et d’ici on entendait la nuit vivante de la forêt. Ça venait et ça touchait l’oreille comme un doigt froid. C’était un long souffle sourd, un bruit de gorge, un bruit profond, un long chant monotone dans une bouche ouverte.

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  • Par dreulma, le 14 août 2011

    La nuit. Le fleuve roulait à coups d'épaules à travers la forêt... D'un côté l'eau profonde, souple comme du poil de chat, de l'autre côté les hennissements du gué. Antonio toucha le chêne. Il écouta dans sa main les tremblements de l'arbre...
    Loin, là-bas, dans les combes des collines, les oiseaux ne pouvaient pas dormir. Ils venaient écouter le fleuve. Ils le passaient en silence, à peine comme de la neige qui glisse . Dès qu'ils avaient senti l'odeur étrangère des mousses de l'autre côté, ils revenaient en claquant éperdument des ailes. Ils s'abattaient dans les frênes tous ensemble, comme un filet qu'on jette à l'eau. Cet automne dès son début sentait la vieille mousse.
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Extrait de Un roi sans divertissement, film français réalisé par François Leterrier, sorti en 1963. Il est adapté du roman éponyme de Jean Giono, qui signe lui-même l'adaptation et produit le film.








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