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Critiques de Juan Rulfo (102)
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Pedro Páramo

Juan Rulfo est un trait d'union entre deux auteurs et deux univers qu'on n'aurait pas forcément tendance à juxtaposer, et pourtant… En effet, Rulfo, auteur d'un seul roman (celui-ci) et préalablement d'un unique recueil de nouvelles (Le Llano en flammes), a repris à son compte et digéré la technique narrative de William Faulkner. À mon sens, il l'a même améliorée.



Là où Faulkner nous engluait dans la mélasse avec Le Bruit et la Fureur, Juan Rulfo parvient lui à ne pas trop nous embrouiller, au prix d'une maîtrise stylistique impressionnante et réellement exceptionnelle. Il combine une kyrielle d'époques et de narrateurs différents de manière à construire un gigantesque patchwork parfaitement intelligible tout en conservant juste ce qu'il faut de nébuleux pour nous intriguer, sans nous déboussoler.



(Exercice où Faukner nous emberlificotait complètement en donnant vingt fois le même nom à des personnages différents ou trente-six appellations différentes à un même personnage sans jamais trop qu'on sache ni qui parlait, ni à quelle époque. le résultat était d'une très grande confusion et nécessitait souvent une ou plusieurs relecture(s) pour être parfaitement assimilé. Ici ce n'est pas le cas avec Pedro Páramo.)



L'autre univers auquel nous fait adhérer Juan Rulfo, c'est celui, ô combien différent de Gabriel Garcia Márquez et de son inénarrable Cent Ans de Solitude. La filiation est évidente et l'on comprend que Garcia Márquez ait pu être impressionné par la construction, le fantastique carrousel de Rulfo, mélangeant, intriquant, nouant fil à fil à la manière d'un oiseau tisserin réalisme et impressions, naturel et surnaturel.



On ne sait jamais trop si les personnages sont morts ou vivants, s'ils décrivent la " réalité " physique concrète ou seulement leurs visions, leurs rêves ou leurs fantasmes. Mais tous, tous, nous focalisent sur un même point : Pedro Páramo et son village, sa propriété terrienne de la Media Luna.



La Media Luna, une vallée fertile qu'on imagine entourée de hautes collines qui la séparent du monde extérieur, un microcosme, capable d'endurer… cent ans de solitude ! comme la Colombie de Garcia Márquez. Aussi, les règles à la Media Luna sont elles propres à la Media Luna, et les règles, c'est Pedro Páramo qui les édicte.



Pedro Páramo, c'est un gros propriétaire terrien d'avant la Révolution mexicaine. À lui tout appartient : sols et bêtes, femmes et hommes. Pourtant, tout n'a pas été facile pour lui, il est né avec pour seul héritage les dettes contractées par son père. Mais il est malin et roué comme pas un, le Pedro, et il saura y faire, notamment avec les femmes, pour racheter les dettes et agrandir toujours sa propriété.



Une femme, à ses yeux, vaut pour ses formes et sa dot, tout le reste ne l'intéresse pas. Il a couché avec à peu près toutes les villageoises et semé des gosses un peu partout sans les reconnaître, pour la plupart. C'est d'ailleurs le cas de notre narrateur, Juan, fruit des ébats de Páramo avec Dolores Preciado, avec laquelle il avait jugé bon de se marier car elle était la fille du créancier de son père. Une fois les dettes épongées et la propriété agrandie, il n'avait plus jamais jugé utile de s'occuper de Dolores et de son enfant. Il était reparti à la chasse, dans le but de contracter un nouveau mariage digne d'intérêt.



Évidemment, bâtir un tel empire local, cela n'a pas toujours roulé tout seul ; certains hommes n'étaient pas trop d'accord : il a parfois fallu jouer du muscle, ou du couteau, ou du pétard. Et pour cela, Pedro Páramo a su justement s'adjoindre les services de quelqu'un de persuasif, don Fulgor.



Bon, il ne serait pas souhaitable que je vous en dévoile bien davantage, vous dire par exemple que les sentiments de Páramo ne sont pas les mêmes pour toutes les femmes et qu'une, une seulement, mais une tout de même a su lui inspirer de l'amour, et quel amour…



Disons simplement que tous ces personnages nous dressent un portrait de Pedro Páramo, archétype du gros propriétaire terrien d'avant révolution et, si j'en crois certains articles du Monde diplomatique, mentalité pas totalement disparue chez les grands capitalistes de l'actuel Mexique.



Quant à la Media Luna, c'est l'archétype des latifundia mexicaines. Juan Rulfo nous y portraiture la psychologie, la sociologie villageoise du début XXème, toujours emmaillotée d'une épaisse gangue de religion catholique et de croyances, pour le coup, carrément païennes. La mort, la mort, la mort. Omniprésente, omnipotente, à telle enseigne que le squelette fait partie du folklore local ; on vit avec.



La limite entre le monde des morts et celui des vivants n'y est pas aussi étanche que chez nous : chacun peut y faire de fréquentes incursions dans le territoire de l'autre, soit en rêve, soit en transe et cela ne choque personne. C'est peut-être cela le réalisme magique, une vision de la vie où les esprits sont aussi présents et crédibles que les vivants, leurs injonctions, encore plus prises au sérieux, un peu comme pour les Grecs et les Romains antiques, très cartésiens sur certains points, absolument mystiques sur d'autres.



Ici, donc, la technique narrative à la Faulkner est tout à fait légitime car elle engendre nécessairement et presque mécaniquement un flou, mais ce flou est précisément l'impression que cherche à produire l'auteur, cette espèce d'insécurité du lecteur, qui ne doit jamais trop savoir si c'est du lard ou du cochon, si l'on nous décrit quelque chose de tangible ou si l'on est dans les arcanes d'une imagination quelconque. En ce sens, la technique narrative n'a ici rien de gratuit et elle se justifie totalement.



Pour d'autres auteurs, avec d'autres thèmes, cette technique me semble creuse, n'apparaît se fonder sur rien, si ce n'est le désir de faire un truc " bizarre ". J'ai le sentiment que le style, la technique, les artifices doivent toujours servir le propos, pas être plaqués a priori, juste être là parce qu'à ce moment précis l'auteur a eu envie de les employer. Chose qui, malheureusement, arrive souvent, même chez les plus grands.



En somme, de la bien belle littérature, héritière de Faulkner et annonciatrice de Garcia Márquez. Je ne suis pas absolument fan mais je reconnais sans peine que dans ce style, c'est remarquable. Gardez toutefois à l'esprit que ceci n'est qu'un avis, c'est-à-dire, bien peu de chose. le meilleur avis sera toujours celui qu'on se forge par soi-même, avec tout l'éventail de sa propre sensibilité.
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Le Llano en flammes / El Llano en llamas

Un livre sensoriel servi par une plume magistrale. Une plume que je crois n'avoir jamais trouvée dans un livre jusqu'à présent, qui laisse des traces, des stries rouges vif, coup de fouet ou poudre de piment, lancés à nos yeux ébaubis. Les trouvailles stylistiques étonnantes m'ont incitée à les lire deux fois, ces nouvelles de Juan Rulfo, désireuse de m'immerger dans cette région du Llano, dans ses bruits, ses odeurs, ses couleurs.



Imaginez un endroit immense, une vaste plaine désertique, aride, où l'ombre des nuages est à la fois source d'espoir et source d'étonnement, où l'air est si chaud que les champs de canne dégagent des effluves douceâtre de miel, où la moindre goutte d'eau tombée miraculeusement du ciel fait un trou dans la terre y laissant une trace, « tel un crachat », goutte avalée aussitôt par cette terre poussiéreuse, dure, délavée, crevassée, infertile…un cuir de vache racorni par les morsures du soleil. Et le vent, incessant, balaie cette région toute minérale, sans lapin, sans oiseaux, où seuls les aboiements des chiens se font attendre au loin, et où quelques arbres rabougris peinent à cacher parfois l'innommable résultant des guérillas que se livrent certaines bandes.



« Il nous arrivait trop souvent de voir l'un des nôtres pendu par les pieds à un poteau au bord d'un chemin. Ils restaient là à se faire vieux et à se ratatiner comme des peaux tannées. Les vautours leur dévoraient le ventre, leur arrachaient les tripes et ne laissaient que la peau. On les pendait très haut et ils se balançaient comme des cloches au souffle du vent, des jours et des jours, parfois des mois, parfois réduits à des lambeaux de pantalon claquant au vent que l'on aurait étendus là ».



La nature semble au mieux indifférente à toutes les drames humains, majestueuse et immuable dans sa beauté, au pire elle accentue la petitesse et l'insignifiance humaine, « l'absurdité irréductible de l'histoire humaine » comme le souligne en préface J.M le Clézio, par sa force, sa rudesse, son austérité, métamorphosant les tracas en tragédies, la plaine en lieu de perdition, les hommes en vermine, illusions et espoirs immédiatement grillés et réduits en cendre.



« Nous n'étions qu'un noeud de chenilles grouillant sous le soleil, qui se tordaient dans la chape de poussière qui nous parquait tous sur le même chemin et nous menait comme du bétail. Nos regard suivaient les nuages de poussière, s'y arrêtaient comme s'ils buttaient sur un obstacle infranchissable. le ciel toujours plombé, au-dessus de nous, était une sorte de tâche grise et lourde qui nous écrasait. C'était seulement quand nous traversions une rivière à gué que la poussière était plus haute et plus claire. Nous trempions nos têtes échauffées et noircies dans l'eau verte, et pendant un moment, une fumée bleue sortait de nous tous comme la vapeur s'échappe de la bouche quand il fait froid. Mais on ne tardait guère à disparaitre encore une fois dans la poussière en se protégeant les uns les autres du soleil, de cette ardeur du soleil dont chacun avait sa part ».



17 nouvelles comme autant de braises incandescentes, se déroulant dans l'État du Jalisco, région rurale du centre-ouest du Mexique, au début du 20ème Siècle, dans lesquelles nous croisons des gens simples, de pauvres hères ; des paysans de terres fertiles expropriés par de gros propriétaires tentant de vivre désormais en se déplaçant sur leurs nouvelles terres, celle du Llano, stériles, dans une fournaise les laissant hagards, au bord de la folie ; des croyants gardant espoir en priant, en honorant les Saints ; des hommes et des femmes trompant les leurs tout en cherchant désespérément la rédemption ; des sanguinaires se battant pour des causes perdues d'avance au sein de commandos sanglants ; des simples d'esprit croupissant dans des chambres crasseuses infestées de cafards.

Chaque nouvelle est un petit monde à elle seule, sans lien avec la suivante et pourtant le passage d'une nouvelle à l'autre se fait avec bonheur, oui l'ensemble est harmonieux et offre autant de facette de vies possibles trouvés dans cette région, autant d'exemples de destins sertis du sceau de ce lieu si brûlant qu'il ressemble certainement à l'enfer. Comme si le Llano vouait sa population à la misère, aux maladies, à la fatalité, à la violence, à l'esprit de vengeance, à la loi du plus fort et à celle du Talion…à la damnation.



L'écriture est vraiment éblouissante, une écriture qui claque, magnifique et étonnante, sensorielle et métaphorique, qui donne à voir des paysages couleur sépia, à ressentir les ondulations de chaleur, à toucher le cuir de ces peaux ridées et tourmentées, si semblables à la terre sur lesquels ces pauvres gens tentent de vivre…Je ne sais hélas pas parler espagnol, j'imagine que ce texte est encore plus beau dans sa langue d'origine mais malgré tout, je voudrais souligner la remarquable traduction de Gabriel Iaculli.

Chose intéressante, nous avons pu comparer deux traductions différentes d'un même passage avec @Elea, possédant de son côté le recueil traduit par Michèle Lévi-Provençal, je vous laisse découvrir ce beau passage dans ses deux traductions et apprécier ces deux versions qui montrent à quel point le travail de la traductrice ou du traducteur est important :



Traduction de Gabriel Iaculli : « On ne dit pas ce qu'on pense. Ça fait longtemps qu'elle nous a quittés, l'envie de parler. Elle nous a quittés avec la chaleur. On parlerait bien volontiers, ailleurs, mais ici, c'est trop fatiguant. Ici, on parle et avec cette chaleur qu'il fait dehors, les mots grillent dans la bouche, ils se racornissent, là, sur la langue, et finissent par vous étouffer ».



Traduction de Michèle Lévi-Provençal : « Mais nous nous taisons. Il y a longtemps que nous n'avons plus envie de parler. La chaleur nous en a ôté le goût. Ailleurs, on aimerait parler mais ici, c'est trop dur. Ici, quand on parle, les mots cuisent dans la bouche sous l'effet de la chaleur et se dessèchent sur votre langue, à vous en couper le souffle. ici, c'est ainsi, alors personne ne parle ».



Un classique des lettres mexicaines et surtout un auteur, Juan Rulfo, à découvrir absolument. Un grand merci à @JeffreyLeePierre, à @Mermed et à @Elea de m'avoir donné envie de lire ce livre sublime avec leurs belles et convaincantes critiques. Cette lecture fut un véritable coup de coeur et me donne envie de découvrir enfin la littérature mexicaine, et de façon plus générale, la littérature sud-américaine, que je connais si mal, si peu.

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Pedro Páramo

Juan Preciado, le fils de Dolores et Pedro Páramo a promis à sa mère d'aller à Comala voir son père. Sur la route un fils de Pedro lui annonce que leur père est mort. Puis une femme lui détaille la rencontre et la séparation de Pedro et Dolores. Pedro dont le fils Miguel, un voyou comme lui, devait disparaître avant son père et peser lourd lui aussi sur l'esprit de tous.



Au Mexique les âmes incarnées des défunts puisent leur réalité dans l'esprit des vivants. Pour qui est en quête de vérité elles racontent un passé qui trouble le présent, ouvrent des cieux d'azur ou d'eau comme des enfers brûlants. Par la grâce de la plume de Juan Rulfo, ces voix sont sans conteste puissantes, envoûtantes, inoubliables.



De l'ensemble de l'œuvre de Rulfo, de seulement trois cents pages, Gabriel Garcia Márquez a dit : « C'est à peine moins ce que nous connaissons de Sophocle et à mon avis, destiné à durer autant. » Un avis que l'on ne peut que partager après avoir lu Pedro Páramo.



Challenge MULTI-DÉFIS 2020
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Le Llano en flammes / El Llano en llamas

Lu en v. o. El llano en llamas.



El llano. La plaine.

Quelle plaine! Une lande desertique ou les plantes ont du mal a s'implanter. Des pierres, de la poussiere et peu d'eau. Une contree sterile ou proliferent la misere, les abus, la violence, les assassinats. Des terres et leurs habitants abandonnes a leur sort, ou tous les moyens sont bons pour survivre, chacun pour soi et tous contre tous. Terres de pauvreté extreme, de solitude existencielle, de defiance generalisee, de non-dits, de silences que seuls le vent, les cloches d'eglise et les deflagrations de fusils brisent.

Des terres souvent en flammes. Des terres qu'allument des conflits plus larges qu'elles, conflits de partis nationaux, conflits de gouvernement et d'eglise. Terres grises qui se tournent rouges de feu, rouges de sang, terres de pauvres heres habitues a lutter pour des causes perdues. Terres ou ils se soulevent au cri de “Viva Cristo Rey!”, et se font massacrer par l'armee federale. Terres que l'auteur, Juan Nepomuceno Carlos Pérez Rulfo Vizcaíno, connait bien, les terres ou il est ne, les terres ou son pere a ete assassine parce qu'il n'avait pas permis a un berger de faire paitre un troupeau sur ses parcelles. Il fera de cet assassinat la trame d'une de ses nouvelles, “En la madrugada” (A l'aube), ou il etale son plein de miséricorde envers l'assassin.



Ce recueil de nouvelles, ou de recits pris sur le vif, ou de contes, est empreint de fatalisme. Des contes secs, unis thematiquement: l'impossibilite humaine d'echapper a un destin fixé d'avance, la conscience de la faute, l’absence de pardon, ou plutot la vengeance comme ultime justice. Des etres sans illusions, toujours en tension entre espoir et desespoir, qui acceptent en fin de compte ce qu'il leur est alloue de vivre sans plainte aucune. La faim qui leur est allouee. Ou celui ou ceux qu'il leur est alloue de tuer. Ou la mort qui leur est allouee.



Des contes unis aussi par le traitement qu'en fait l'auteur du temps et de l'espace. Il n'y a en aucun d'eux de réelle progression temporelle. Le temps est circulaire. Les protagonistes agissent peu, et surtout racontent, se rappellent. C'est peut-etre l'expression du manque d'expectatives, ou ils ne differencient pas le passe du present, ou il n'y a aucune allusion au futur, parce qu'ils ne peuvent envisager un quelconque changement. Des somnambules dans le temps.



L'espace est lui aussi diffus, d'une description reiterative, malgre la profusion de noms de lieux, Zapotlan, Talpa, Luvina, Tonaya, et meme des designations populaires comme “la cuesta de las comadres”, la cote des commeres, malgre l’evocation de plantes caracteristiques de la region, quelite, amole, guaje, parce que peu importe ou se trouvent les protagonistes, tout se ressemble, tout est toujours pierre, poussiere, desolation. Le cadre geographique naturel est toujours le symbole qui psalmodie la grisaille ou l'atrocite des destins humains qui s'y promenent.



J'ai lu ce livre en v. o. et je m’imagine le defi que cela a du etre pour tout traducteur. Il charrie des mots et des expressions qui n'ont cours qu'au Mexique, ou qui sait, peut-etre seulement dans la region de Jalisco. Quand ils parlent, les protagonistes ont des constructions de phrases etonnantes pour le moins, juteuses, representant surement le parler familier des campagnards de la region. Et dures. Des phrases dures comme des pierres. Mais des qu'il y a narration le style de Rulfo se veut moins sec, moins dur. Il reste quand meme cru, rigoureux, comme s'iI etait superflu d'ajouter des effets speciaux a ce qui est raconte; quand il y a un narrateur, son ton est monocorde, comme un murmure qui viendrait de loin, une poesie repetitive, recitative, comme un choeur de tragedie grecque, pour rehausser les dires des personnages, pour mieux retracer la cruaute de l’existence, une poesie qui fait fremir le lecteur. Un style et une poesie tres lointains du baroque populaire de Garcia Marquez ou du baroque cultive de Carpentier.

Je fais expres de rappeler ces deux auteurs, deux piliers du courant litteraire dont on fait de Rulfo un des peres, le realisme magique latino-americain. Un meme courant mais des styles differents. Et de toutes facons, je ne suis pas sur qu'il faille rattacher ce livre a ce courant. Ce sera plutot son deuxieme livre, Pedro Paramo, qui en sera un des premiers jets. Et si je laisse de cote tout catalogage de courant, les deux livres ont en commun l'essai d'elever en tragedie, en mythe presque, l'aspiration populaire a une repartition de terres, aspiration trahie qui provoque des soulevement populaires vaincus d'avance, soulevements sanglants trahis eux aussi en fin de compte. Une tragedie annoncee par le premier recit de ce recueil, “Nos han dado la tierra” (On nous a donne la terre), quand tout le monde sait que c'est une grande tromperie, et dont le denouement est la nouvelle eponyme, “El Llano en llamas”: “Desde aquí veíamos arder día y noche las cuadrillas y los ranchos y a veces algunos pueblos más grandes, como Tuzamilpa y Zapotitlán, que iluminaban la noche. [...] Era bonito ver aquello”. (D'ici nous voyions bruler jour et nuit les clos et les ranchs et des fois quelques villages plus grands, comme Tuzamilpa et Zapotitlan, qui illuminaient la nuit. [...] C'etait beau de voir cela).



C’est la tragedie d'une terre, d'un pays. Poignante et belle. D'autres nouvelles du recueil developperont des tragedies personnelles. Pas moins poignantes et pas moins belles. Le tout donne un grand classique mexicain. Un grand classique tout court. A ouvrir avec un verre de mezcal a portee de main. Le llano en flammes. A lire pour recracher son mezcal. Le gosier en feu. L'estomac remue.

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Pedro Páramo

Homme de peu de lettres, Juan Rulfo a su me séduire dans cette lente valse des morts et des vivants passés.

Je suis entré dans ce roman et m'y suis laissé porter par sa musique particulière. Un air fait de violence, d'injustice et de fatalité qu'accompagne la pluie et la poussière.

Et Pedro Paramo? Un être mauvais qui connaitra son lot de tourments. Une sorte de démon ordinaire sous lequel défilent les femmes (sauf une, celle qui lui échappe, la seule essentielle à ses yeux et à son cœur) et qui se joue des révoltes.

Dans ce microcosme mexicain, les voix se font entendre et les morts surgissent, passent, si réels et tangibles. le temps s'étire, transpire et la terre est lourde. Une fenêtre s'éteint et, peu après, le roman se termine.

Je sors de Pedro Paramo, comme d'une sorte de songe à la fois clair et effiloché... Mais, à la différence notable du songe, je pourrai revenir dans Pedro Paramo réécouter ces orgues étranges aux sons si preignants.

Que dire de plus, sinon qu'un tel livre il faut bien le lire...
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Pedro Páramo

Lu (relu) en v.o. En une heureuse langue classique metissee de dialectes locaux.





Sur son lit de mort une mere enjoint son fils d'aller au village de sa naissance, Comala, reclamer a son pere, Pedro Paramo, ce qui lui est du. Envoute par la description idyllique que fait sa mere du village, il entreprend le voyage. Mais il trouve en fait un endroit abandonne, desole, ou le sifflement du vent s'emmele de murmures, de chuchotements dont il ne comprend pas la provenance. Quand il realise que ce sont des ames mortes qui rodent, et que ce n'est qu'avec elles qu'il a eu des contacts, il en meurt lui meme d'effroi. Une fois mort on continue a lui souffler des bribes de l'histoire recente de Comala, de sa decadence, sa chute vers l'inanite. Et de l'homme en qui convergent tous les souvenirs (et donc toutes les responsabilites): Pedro Paramo. Un "cacique", un despote qui s'est attribue – par la force et des torrents de sang – pratiquement toutes les terres du village. Tout depend de son mauvais vouloir; il s'octroie le droit de vie et de mort sur tous ceux qui l'entourent, et le droit de cuissage sur toutes, ce qui fait qu'a la fin de sa vie le village est plein de ses fils non reconnus. Beaucoup meurent mais beaucoup d'autres fuient, le village se vide peu a peu, et la revolte de Pancho Villa dans la region sera l'occasion de son assassinat mais aussi de la fin du village, de son total abandon. Il ne sera plus peuple que par les ames des morts attendant le purgatoire.



Pedro Paramo n'est pas un livre facile. Il a d'ailleurs eu des debuts difficiles et il a fallu du temps pour que la critique l'encense et le public suive (Il est sorti en 1955 et pendant les premiers quatre ans on en a vendu un millier d'exemplaires).Les differents narrateurs, les differentes formes de narration, l'absence d'une chronologie claire ou l'embrouillement de toute chronologie, le mélange de realite et d'hallucinations, tout est fait pour derouter a premier abord le lecteur. Mais s'il s'accroche il est recompense. A partir du fantastique, Rulfo arrive a brosser le plus realiste portrait des relations patrons/asservis de la campagne mexicaine du debut du 20e siècle. le plus juste. le plus criant de verite. C'est en fait une des caracteristiques du "realisme magique" latino-americain, dont ce livre est un des premiers jets.



Pedro Paramo, surpassant le regionalisme, devient une critique absolue et universelle de l'abus de pouvoir. Plus que cela: les mythes indigenes rejoignent ici les mythes classiques. Un autre auteur mexicain, Carlos Fuentes, l'a bien note: "… ce jeune homme qui entreprend une odissee a la recherche d'un pere perdu; cet anier qui l'amene a l'autre rive, la morte, d'un fleuve de poussiere; cette voix de la mere et amante, Jocaste-Eurydice, qui conduit le fils et amant, Eudipe-Orphee, par les chemins de l'enfer; ce couple de frères edeniques et adaniques qui dorment ensemble dans la bouse pour amorcer une nouvelle fois le genre humain dans le desert de Comala; ces vieilles virgiliennes – les Eduviges, Damiana, la Cuarraca - phantomes de phantomes; cette Susana SanJuan, Electre a l'envers; Pedro Paramo lui-meme, tout de pierre et de boue; tout cet arriere-plan mythique permet a Juan Rulfo de cerner l'ambiguite humaine d'un despote, ses femmes, ses hommes de main et ses victimes, et, a travers eux, d'incorporer la thematique de la campagne et de la revolution mexicaines dans un contexte universel." [ma traduction]





Mais je ne voudrais surtout pas faire peur et eloigner de potentiels lecteurs. le livre n'est pas long , et une fois franchie une premiere etape, on a de grandes chances d'etre pris. Et recompense. Un livre qui se merite, et devient grandement gratifiant. A mon humble et louangeur avis (pour paraphraser d'illustres babeliotes).

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Pedro Páramo

Qui est Pedro Páramo ?

Pour le narrateur, Juan Preciado, il semblerait bien qu'il s'agisse de son géniteur. Du moins, c'est la révélation que lui fait sa mère avant d'expirer, accompagnant cette confidence d'un appel à la vengeance qui donne le ton du récit.



Village de Comala, Mexique, années 20.

Dans un décor de western, où les montagnes laborieusement cultivées sous un soleil de plomb recèlent peut-être quelques mines d'or, et un contexte de révolution mexicaine, vivent quelques autochtones, sous la domination de Pedro Páramo, maître de la Demi-Lune, alliage convaincant du parrain de Palerme et du caïd de Santa-Fe.



Mais ces villageois vivent-ils réellement ou sont-ils seulement des revenants ? Une étrange malédiction semble peser sur les lieux. Le mystère est omniprésent. Un mystère que le lecteur cherche à percer en même temps que Juan Preciado, au gré d'une narration d'abord déroutante puis de plus en plus fascinante. Le temps semble aboli, figé dans cet espace désertique où naissent et meurent les générations successives.



Le récit s'articule à la façon d'un puzzle autour de séquences courtes mais efficaces. Comme dans un film de Quentin Tarentino, certaines scènes nous entraînent même vers un fantastique teinté à la fois d'humour et de drame, comme ces deux morts enterrés dans le même cercueil et qui tendent l'oreille pour saisir les plaintes des tombeaux voisins.



La mort.

Elle est l'axe majeur du roman. Ce thème cher au coeur des Mexicains - partie intégrante de leur culture - s'épanouit ici entre pragmatisme, superstition et surnaturel pour un voyage hors du commun qui m'a séduite.



Un dernier conseil : à lire d'une traite pour en saisir toute la saveur.





Challenge PETITS PLAISIRS 2016

Challenge MULTI-DEFIS 2016

Challenge Petit Bac 2016 - 2017

Challenge AUTOUR DU MONDE
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Pedro Páramo

Je n'aime pas ce que je vais faire, mais faut bien être honnête : j'ai moins aimé cet (unique) roman de l'auteur que son (unique) recueil de nouvelles le Llano en flammes.



Certes, chronologiquement, ce livre a son importance dans la construction du réalisme magique, mais quand on a lu Garcia Marquez, c'est un peu, hum, léger. « L'élève » a dépassé le « maitre ».



De quoi nous agitons-nous ?

À la mort de sa mère, un homme retourne au pueblo désolé dont elle est issue, chargée par elle de retrouver son propre père. le village en question est désormais mort, peuplé de fantômes. Aspect que le protagoniste et le lecteur mettent un peu de temps à comprendre, tellement ces fantômes ont l'air réel. La suite est le roman choral de l'ancienne vie du village narrée par ces fantômes.



C'est écrit par tranches de vies accolées les unes aux autres dans le désordre, avec une part d'ellipses qui resteront parfois des mystères. le style (de la traduction) est simple et beau, les scènes sont fortes, les caractères bien trempés et bien campés. On retrouve avec plaisir ces caractéristiques de l'auteur qui font le charme et la force de ses récits.



Qu'est-ce qui ne va pas alors ? Ou plutôt, qui va moins bien ?

Peut-être la longueur qui finit par diluer le récit, là où le recueil de nouvelles était une succession de baffes collées au lecteur (il y en a qui aiment, j'en suis). Ou alors cette découverte finale, qui m'a semblé une pirouette malhabile pour essayer de re-paumer le lecteur.



Mais ça reste un livre fascinant, facilement au dessus du commun, et je ne voudrais surtout décourager personne. Ce serait d'ailleurs une idée intéressante, inversement à ce que j'ai fait, de commencer par ce roman puis d'enchaîner avec les nouvelles. Ainsi le roman se parerait du charme de la découverte, ce qui en renforcerait l'attrait.
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Le Llano en flammes / El Llano en llamas

Juan Rulfo, que j'ai découvert grâce à Babelio, est un météore des lettres mexicaines. Quelques nouvelles qui composent ce recueil, un court roman, tout ça en quelques années au milieu du vingtième siècle, et puis s'en va. Ou plutôt, s'en retourne à sa vie. Mais le peu qu'il a laissé suffit à lui assurer une belle postérité, y compris via Gabriel Garcia Marquez qui assurait que sa lecture avait relancé son inspiration au point d'écrire Cent ans de solitude.



Les dix-sept nouvelles sont des histoires d'hommes et de femmes réduits à l'os par la misère crasse qui sévit dans le Jalisco, une région rurale du centre-ouest du Mexique.

Sans être précisément datées, ces histoires se déroulent dans les années 1920, voire un peu plus tard. Sourde ou explicite, la violence est une constante. Elle ajoute sa brutalité aux dures conditions de vie pour ces paysans qui ont récemment bénéficié de la redistribution des terres dans des contrées très moyennement à pas du tout fertiles.



Tout cela est écrit avec une sécheresse qui fait écho à celle de ces régions désolées. La narration est parfois chorale, mêlant les pensées de quelques personnages, style que l'auteur développera ensuite dans son roman. Mais là, il n'y a guère plus de graisse dans son style que dans les métabolismes de ses personnages.



C'est bref, dur et admirable. Fortement recommandé.
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Pedro Páramo

Ce court récit est l'un de ces romans très courts qui nous laissent perplexes et décontenancés par leur forme, leur force, leur profondeur et leur singularité; comme un certain roman de Camus "L'Etranger" ou "Les carnets du sous-sol" de Dostoïevski. Ce roman va être une source d'inspiration pour toute une génération de romanciers sud-américains (Garcia Marquez, Fuentes ...) comme étant l'un des premiers romans du "réalisme magique" dans le continent. L'histoire est assez simple: un fils retourne dans son village natal pour chercher son père (qu'il ne connait pas et qui s'appelle Pedro Paramo) après la mort de sa mère. Or, la composition du roman nécessite beaucoup d'attention car la chronologie est bouleversée surtout lorsqu'il s'agit du passé du père tyrannique qui gouvernait ce petit village jadis paradisiaque et qui est désormais un village abandonné et sinistre. En plus les personnages que rencontre le fils dans le village sont étranges; des morts; un village de morts, de fantômes que ni le lecteur ni même Juan le fils ne peuvent s'assurer de leur vie ou mort (jusqu'à une étape avancée du roman). Le talent de Rulfo nous fait vivre cette perplexité et ce vide dans le village. Ainsi le héros et le lecteur avancent dans le doute et l’ambiguïté d'où le plaisir de cette lecture.



Pedro Paramo est un roman inépuisable sur la mort, la religion (et la croyance des villageois) et le pouvoir tyrannique d'un cacique. Un roman plein de murmures où même la terre dégage des bruits de morts (cette image m'a rappelé un vers de Khayyam où il dit : « Il faut marcher délicatement sur cette terre pleine de yeux enchanteresses »; et l'on sait que ce vers était une version d'un autre vers du poète arabe aveugle Abou El Ala : « Ralentis ton pas car je crois que cette terre est faite de corps ») : et voici un extrait du roman contenant cette image:



« Ce village est plein d'échos. Ils semblent avoir été reclus au creux des murs ou sous les pierres. Quand on marche on a l'impression qu'ils vous emboîtent le pas. On entend des craquements. Des rires. Des rires très anciens, comme lassés de rire. Des voix usées d'avoir trop servi. On entend tout ça. »
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Le Llano en flammes / El Llano en llamas

Je découvre l'oeuvre du Mexicain Juan Rulfo (1918-1986) avec ce recueil bilingue de trois nouvelles originales et marquantes. Elles sont issues du recueil du même nom (1953) qui en contient quatorze.



Juan Rulfo est originaire de l'État de Jalisco, l'un des plus déshérités du Mexique avec ses hauts plateaux arides et toujours prêts à s'enflammer. Dans son enfance la guerre civile ravage ce pays. Il faut fuir les bandes armées qui sèment la terreur. Son père, petit propriétaire terrien fait ce qu'il peut pour nourrir sa famille. Il est assassiné en 1923 pour une sombre affaire de pâturage refusé et d'orgueil blessé. Sa mère de santé délicate meurt en 1927. Dans les années qui suivent éclate la guerre des « Cristeros » qui s'opposent à la laïcisation et à la sécularisation forcée des biens du clergé. Rulfo est élevé par Tiburcia, sa très religieuse grand-mère paternelle qui cache alors un prêtre. Celui-ci possède une bibliothèque importante qu'il leur laisse avant de partir. Tiburcia l'envoie au séminaire puis à l'université à Guadalajara. Juan abandonne ses études de droit pour travailler comme archiviste puis vendeur de pneus à Mexico. Il lit beaucoup, fréquente les intellectuels de la capitale et écrit des nouvelles. le Llano en flammes paraît en 1953. Son succès est immense.



Les trois nouvelles se fondent sur sa région natale ainsi que sur les événements terribles et tragiques qui ont marqué son enfance. Elles sont dures, parfois insoutenables, cruelles et tragiques. Elles parlent du combat perpétuel contre les éléments naturels, de l'engrenage absurde du crime et de la vengeance, de solitude et de remords, de la faim et de la folie. La narration est originale et moderne (voix, points de vue, temporalité) L'écriture est sèche, épurée, minérale.



1.L'Homme.

Ce récit est le plus complexe des trois. Il est plein de changements de points de vue et de sauts dans le temps. Il faut une première lecture vigilante pour remettre les pièces du puzzle narratif en place. Je vous laisse ce plaisir. Il s'agit d'une course-poursuite absurde entre assassins. Chacun est victime et bourreau et le cycle vengeance-représailles semble interminable. Les images en gros plan de violence aussi. C'est sans compter sur l'intervention du système judiciaire. Il met fin au cycle des vengeances grâce à une autre violence.



2. Talpa.

C'est une histoire tragique beaucoup plus facile à comprendre que la précédente et donc à mon avis plus percutante. Natalia pleure dans les bras de sa mère. Elle a retenu longtemps ces larmes, le temps du voyage à Zenzontla où ils ont dû enterrer Tanilo dans une fosse sans personne pour les aider.

Le lecteur aura des informations au compte gouttes sur ce trio composé du narrateur, de Natalia et de son époux Tanilo. le récit, magnifique, est très sensoriel. Les personnages font corps avec les pierres rondes, chaudes et dures de la montagne aride.



3. Macario.

Macario est un petit garçon qui vit avec sa marraine et Felipa, depuis la mort de ses parents. Il a toujours faim et il est rongé par la culpabilité et le péché car il a très peur de l'enfer. On comprend assez vite qu'il a un retard mental, qu'il ne peut jouer avec les autres et qu'il est violent. Dans un monologue intérieur, Macario (le bienheureux en grec) ratiocine sa propre vie en attendant que des grenouilles et des crapauds n'apparaissent. Il les écrasera ce qui les empêchera de croasser et ainsi sa marraine pourra dormir paisiblement. Formellement très original, ce récit est fort comme un coup de poing.



Il n'y a guère de réconfort et apparemment point de salut dans l'univers de Juan Rulfo.
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Pedro Páramo

Un roman court, un roman surprenant, un roman déroutant, un roman fort...

Encore merci à Gwen, sans qui je n'aurai surement jamais lu cette œuvre singulière qui me semble inclassable.

Après avoir promis à sa mère sur son lit de mort d'aller à la rencontre de son père, le narrateur, Juan Preciado arrive à Comala, un bien mystérieux village. Il va côtoyer des fantômes, pas toujours identifiables qui, à travers leurs récits, leurs murmures, vont dresser une ambiance très particulière. grâce à ce chœur des morts, on va découvrir petit à petit le portrait de Pedro Paramo, tyranneau de ce village ( ou cacique si vous préférez ).

J'avoue que j'ai été surprise par la lecture de ce livre et que arrivée autour de la page cinquante, en réalisant certains liens, je suis retournée en arrière et j'ai recommencé ma lecture. Je pense qu'effectivement, pour pouvoir apprécier pleinement cette histoire et cette atmosphère, il faut lire ce livre d'une seule traite. De plus, on peut être dérouté par le style de la narration, car on n'arrive pas toujours à cerner les tenants et les aboutissants des informations qui sont distillées par les différents protagonistes. Mais j'avoue avoir été happée par ce livre et son ambiance si particulière que je qualifierai d'unique...

Une lecture qui se mérite et qui vaut le détour...
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Pedro Páramo

Pedro Paramo (1955) est un classique mexicain. J'y ai vu un roman faulknérien dans une des grandes propriétés mexicaines patriarcales au début du XXe siècle. le livre a une forme complexe et des références mythologiques nombreuses.

Un jeune homme entreprend un voyage à la recherche de son père, Pedro Paramo. Un ânier l'amène de l'autre côté d'un fleuve de poussière où tout est désolé. Il semble guidé par des voix. Des morts et des vivants témoignent de ce que fut Pedro Paramo, un tyran. L'ambiance désolée et poussiéreuse évoque l'Enfer. le fond du propos m'a intéressée, la description de la terrible condition féminine en particulier et puis le dialogues des vivants et des morts.

Si vous aimez Faulkner, vous aimerez sans doute Rulfo. Si vous adorez Garcia Marquez aussi. Il y a beaucoup de dialogues mais il est difficile de comprendre qui parle à qui. Il n'y a pas de chronologie non plus. Alors au début surtout j'ai soupiré comme Dolores.

Evitez de lire ce livre à l'heure de la sieste.
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Pedro Páramo

Juan Rulfo m'était absolument inconnu jusqu'à ce que je lise les billets de NastasiaB et de Gwen21 sur Pedro Paramo. Il faut dire que cet auteur mexicain n'a écrit qu'un seul roman (Pedro Paramo donc) et quelques nouvelles. Mais un roman devenu un classique.



Juan Preciado est envoyé par sa mère, maintenant décédée, à Comala, le village dans lequel elle a vécu. Elle souhaite qu'il retrouve son père et réclame le dû de la famille. Comme Juan Preciado, le lecteur n'en sait guère plus.



C'est pourquoi la forme adoptée par Juan Rulfo est extrêmement déstabilisante au départ : il change de narrateur, il voyage d'un temps révolu depuis longtemps à un présent qui ne sera bientôt plus et, surtout, il entremêle dans une même temporalité des personnages bien vivants et d'autres qui sont morts depuis belle lurette.

Mais ne vous y trompez pas ! Juan Rulfo est un génie et loin de faire fuir son lecteur, ce choix narratif permet juste de lui faire perdre pied (et raison) afin d'entretenir la flamme d'un bout à l'autre du récit.



De quoi est-il réellement question dans cet ouvrage si ce n'est de la fascination des Mexicains pour la mort ? La Mort est partout, elle est tout le monde. Le village de Comala est d'ailleurs un village-fantôme. J'ai immédiatement eu en tête le village d'Oradour-sur-Glane, pour ceux d'entre vous qui le connaissent. Un village où tout est mort depuis longtemps et dans lequel, pourtant, des murmures s'élèvent pour vous raconter un monde de douleur et de désillusion. C'est à la fois très beau (il y a une forme de poésie là-dessous) et très dur.



Les Morts dansent pour nous, lecteurs, une sarabande funèbre pour brosser le portrait de Pedro Paramo, à moins que ce ne soit finalement le portrait du Mexique que Juan Rulfo ait voulu nous montrer.
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Pedro Páramo

Roman fondateur de la littérature mexicaine, influencé par le surréalisme et comme un prélude au réalisme magique, cette œuvre installe un récit révolutionnaire dans sa forme, dans un espace où les frontières entre imaginaire et veille s’abolissent, comme entre damnation et salut, en une fragmentation de la parole et un bouleversement de la chronologie et du temps de l’histoire, où la narration nous intime qu’il n’est d’avenir que le passé.



A la mort de sa mère, le héros Juan Preciado part à la recherche d’un père qu’il ne connaît pas, dans le village de Comala. Cette quête du père engage un récit au haut degré de symbolisation du lien d’étrangeté instauré entre personnages et histoires.

Entre paysages arides et village désolé, le héros rencontre des âmes fugaces et évanescentes qui lui livrent un discours fragmenté sur l’histoire de Comala, avant, pendant et après la révolution, dont le destin fut présidé par le cacique Pedro Páramo, père du héros, despote ivre de vengeance.

Mêlant mort et vie, voix d’outre-tombe et confidence réelle, bouleversant les codes de compréhension classiques d'un récit romanesque, les voix narratives et les visions se multiplient comme des murmures sans logique, formant une sorte de bruissement collectif aux échos permanents.

Ames en peine prisonnières d’un éternel purgatoire, complices ou victimes du tyrannique Pedro Páramo et condamnées à raconter leurs souvenirs, les personnages plus objets que sujets de leurs actes sont mus par l’illusion et le désir, et s’ils n’ont pas assez prouvé leur repentir pour certains, pour d’autres ils n’ont pas assez persévéré dans leur être.

Dans une écriture d’une justesse magistrale, déployée entre lyrisme et poésie narrative, ces voix universelles auxquelles l’auteur donne une qualité sonore exceptionnelle, sont pour toujours égarées dans le non-sens de leur destin.
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Pedro Páramo

Juan Rulfo disait, paraît-il, qu’il faut lire Pedro Paramo au moins trois fois.Gabriel Garcia Marquez reconnaîtra l’influence de ce livre sur Cent ans de solitude

Un jeune homme arpente une zone mexicaine semi-aride, éloignée des grands axes, abandonnée. Un village désert se tient dans le lointain ; le jeune homme espère y trouver son père

Mais tout paraît inhabité. Alors à travers des voix ou des hallucinations , tout va se brouiller.Qui était Pedro Paramo. Le village, Comala ,existe-t-il où a t il existé.Où est le réel ,la vérité, le rêve ou le fantasme ?Tout se brouille dans une écriture complexe , à plusieurs niveaux de lecture.

On parle de la vie et la mort, du souvenir et de l’oubli, de l’espérance et du désespoir

Le désert est omniprésent

Bien malin le prétentieux qui voudra expliquer ce qu’a voulu dire Juan Rulfo

Le grand mérite de ce livre majeur , c’est qu’il permet à chaque lecteur de trouver son interprétation.Et celle ci change à une deuxième ou une troisième lecture

Un des grands livres de la littérature américaine.Magique

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Le Llano en flammes / El Llano en llamas

Quel recueil de nouvelles merveilleux ! Cela fait plus de dix ans que j’ai envie de lire ce livre, dont j’avais entendu parler lors de ma première visite au Mexique. Je ne sais pourquoi je ne l’ai pas lu avant, mais je ne regrette pas d’avoir attendu de mieux connaître ce pays avant de me plonger dans ces dix-sept nouvelles, car j’ai alors pu les savourer, et y retrouver toute la mélodie âpre des grandes étendues désertiques de ce pays mystérieux. Ces zones moins connues bien qu’elles représentent la plus grande part du territoire, occultées derrière les images plus habituelles des civilisations des zones plus tropicales.

Chaque nouvelle est un mélange à des degrés divers de fatalité, de douceur, d’inexorable, de dureté et de poésie. Ma note de lecture ne saurait rendre compte de la beauté de ces textes qui sont, sans emphase, comme des diamants dans leur gangue.

Pour ceux qui lisent l’espagnol, le texte est encore plus beau dans la langue originale, il a toutes les saveurs du parler local, avec des « mexicanismes » qui n’ont pu être retranscrits dans la traduction française, que je trouve moins fluide que l’original et ne retranscrivant pas toute la poésie simple de la langue de Juan Rulfo.

Malgré le tout petit nombre de textes de Juan Rulfo, il est considéré comme un grand nom de la littérature mexicaine. Je ne découvre avec ce recueil, qui est aussi sa première publication, et je suis moi aussi sous le charme. C’était un autre temps, celui du brigandage et des révolutions, de la vie dure et sans autre loi que celle du plus fort et du plus ambitieux, mais si les histoires sont celles d’un hier qui a connu bien des mutations, c’est toujours une image de ce qu’était le Mexique, et de ce qu’il est.
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Pedro Páramo

Ca fait un moment que j’ai lu ce livre mais pas facile de faire une critique. Je l’ai lu deux fois : la première fois, je n’ai pas saisi le côté fantastique de ce classique mexicain. Mais la seconde fois, j’ai pris conscience des différents liens entre chaque personne et ce qui en découlait. En fait, c’est un petit livre qu’il faut prendre le temps de découvrir mais il reste encore certaines zones d’ombres pour moi. J’oscille entre l’émerveillement et l’interrogation. En tout cas, il m’a permis de découvrir une partie de la sombre histoire mexicaine.
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Pedro Páramo

« Surtout, ne lui réclame rien. N'exige que notre dû. Ce qu'il me devait et ne m'a jamais donné... L'oubli dans lequel il nous a laissés, fais-le lui payer, mon enfant. » Juan Preciado promet à sa mère, sur son lit de mort, de retrouver Pedro Paramo, son père qui les a autrefois abandonnés. En route pour Comala, il croise un homme sur un âne qui le mène jusque dans les rues désertes du village. Là, une vieille femme lui apprend que celui qui l'a accompagné est mort depuis longtemps, comme Pedro Paramo, dont il peut distinguer, au loin, les ruines de l'immense propriété. Car le père de Juan était l'homme fort de la région. Cruel, despotique, semant derrière lui autant de morts que d'enfants, il était haï et craint de tous. Au cours de son séjour, Juan va croiser d'autres fantômes, autant d'âmes vagabondes venues lui raconter par bribes l'histoire du village s'entrecroisant avec celle de son géniteur.



Voila un roman d'une infinie complexité tant il bouleverse les codes de compréhension classiques d'un récit de fiction. Juan Rulfo aurait déclaré que son texte nécessite la « coopération » du lecteur. Difficile en effet de suivre le déroulement d'une intrigue sans aucune linéarité, où les différentes temporalités s'enchevêtrent et où les morts et les vivants ne cessent de dialoguer. Pour Carlos Fuentes, « L’œuvre de Juan Rulfo n’est pas seulement la plus haute expression à laquelle soit parvenu, jusqu’à maintenant, le roman mexicain : à travers Pedro Páramo, nous pouvons trouver le fil qui nous conduit au nouveau roman latino-américain. »



Un texte déstabilisant, à prendre selon moi comme une expérience de lecture unique, la découverte d'une construction narrative totalement novatrice. Un texte auquel il ne faut surtout pas essayer de résister mais au contraire devant lequel il est indispensable de lâcher prise pour se laisser entraîner dans les méandres de la mémoire d'un village pauvre et reculé.



Au final il me restera de ce récit polyphonique les voix et les histoires si étranges de personnages en quête, au-delà de la mort, d'une paix intérieure à jamais inaccessible. Troublant et vertigineux.




Lien : http://litterature-a-blog.bl..
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Le Llano en flammes / El Llano en llamas

Ce recueil de dix-sept nouvelles écrites par Juan Rulfo (1918-1986), un auteur majeur de la littérature mexicaine contemporaine, permet de vivre au quotidien avec les habitants de cette campagne mexicaine où la pauvreté est extrême.



Ainsi, dans La Cuesta de la Comadres, je découvre que la mort d'une vache peut amener une fille à se prostituer. La nouvelle suivante, "C'est qu'on est très pauvre", montre bien la simplicité, la rusticité de la vie sur ce Llano, une région située à l'est de la capitale, Mexico. Dans "Talpa", c'est la mort qui rôde encore. Puis, "Maccario" est un récit à la limite de la folie, ne laissant pas le temps de respirer mais délicieux comme le lait de Felipa…

Enfin, il ne faut pas passer à côté du "Llano en flammes", la nouvelle qui a donné le titre à ce recueil. Ici, le style est un peu monotone, au début. Il faut du temps pour s'en imprégner mais, plus je lis, plus j'apprécie.

Nous sommes en 1925, pendant la révolte des Cristeros, cette terrible guerre qui opposa la population rurale insurgée contre l'État décidé à contrôler la religion et à fermer des églises. Juan Rulfo n'a pas son pareil pour décrire au plus juste les atermoiements et les doutes qui assaillent sans cesse l'être humain. Il fait souvent dialoguer les gens, rendant ainsi le récit toujours plus vivant même si…la mort rôde partout.
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