-
Par otakar, le 03/12/2007
L'intérieur de la nuit
de
Léonora Miano
L´histoire se passe en Afrique noire, dans un pays imaginaire. La jeune Ayané revient d´Europe a son village natale voir sa mere mourante. Ayané arrive au mauvais moment: le pays est en guerre civile, son village, jusqu´a présent paisible et comme hors du temps, est attaqué par une horde de miliciens impitoyables qui forcent tous les habitants du village a participer a une horrible cérémonie. Ayané, malgré elle, devient témoin d´une tragédie bouleversante.
Léonora Miano connait bien l´Afrique, elle est d´origine camerounnaise. Elle décrit la noirceur de l´ame humaine. Sévere, sans pitié meme, elle évoque la vie en Afrique, les relations entre les habitants, leurs caracteres et comportements. Bien qu´il s´agisse d´un pays imaginaire, l´histoire a bien pu se passer dans n´importe quel pays d´Afrique centrale de nos jours.
Le roman a obtenu le prix Révélation de la Foret des Livres en 2005, ainsi que le prix Louis Guilloux en 2006. Il a été classé 5e au palmares des meilleurs livres de l´année 2006 par le magazine LIRE.
-
Par jostein, le 05/09/2011
Ces âmes chagrines
de
Léonora Miano
"Ces âmes chagrines", ce sont celles d'Antoine et de Maxime, deux des fils de Thamar, mais aussi celles des mère et grand-mère. Tous n'ont pu être aimés comme ils l'auraient voulu.
Est-ce une lignée familiale maudite ou tout simplement, des gens ordinaires qui n'ont pas compris qu'avant tout, l'amour se donne.
Léonora Miano nous décrit ici plusieurs personnages, tous sont importants pour la compréhension du destin de chacun.
Il peut sembler difficile de rentrer dans ce roman, peut-être parce que la narration n'est pas linéaire ou parce que les repères géographiques sont volontairement flous ( Le Continent, le Nord, l'Hexagone, l'Intra-muros).
Mais, petit à petit, le parcours mental d'Antoine se dessine. Enfant chéri, qui pourtant se ressent rejeté par sa mère qui doit agir en fonction de son nouveau compagnon, Antoine, meurtri cherche à se venger. Tout d'abord, en affichant de lui-même une apparence sulfureuse puis en exploitant son frère et brimant sa mère.
Maxime, le fils aîné de Thamar, enfant né d'un viol, est au contraire fier de ses racines, reconnaissant envers les siens. Il est celui qui aide, qui pardonne.
Il y a tant d'actes manqués dans ces vies, de pardons que l'on ne donne pas ( le pasteur Masoma rejetant sa fille Modi, Modi qui laisse sa fille dans l'ignorance de ses origines, Thamar qui ne sait pas aimer ses deux premiers fils, Antoine refusant ses origines et les mains tendues de Maxime et Thamar).
Il faut parvenir au dénouement pour appréhender toute la substance de ce roman, pour comprendre un peu cette vie sauvage et violente de ce pays imaginaire de Mboasu (que l'on peut situer au Cameroun), pour finalement aimer les personnages parfois égoïstes de Thamar et Antoine.
Lien : http://surlaroutedejostein.over-blog.com/article-ces-ames-chagrines-83422058....
-
Par Nanou2008, le 15/08/2008
Contours du jour qui vient - Prix Goncourt des Lycéens 2006
de
Léonora Miano
Roman très dur sur les malheurs de l'Afrique : sectes, enfants-sorciers, enfants-soldats, pauvreté, viols, etc. Certaines scènes sont quasi-insoutenables (enfants-sorciers qui subissent l'épreuve du feu).
Sorte de récit fourre-tout en même temps : conte philosophique (beaucoup d'allégories), documentaire, essai, etc. Comme si l'auteur n'avait pas pu choisir.
Cela apparaît notamment dans ce langage qui se veut enfantin, mais qui ne l'est pas du tout, très travaillé au contraire.
Réflexion intéressante sur le rapport mère-enfant, un lien indestructible, même s'il est fait de haine.
Découverte aussi de ces sectes qui exploitent la crédulité de ces pauvres gens et qui sombrent dans le ridicule (noms des prêtres!) et le pathétique.
Pas de happy end à la fin, mais une sorte d'apaisement quand même. Ouf…
-
Par ChezLo, le 22/06/2009
Soulfood Equatoriale
de
Léonora Miano
Comme une odeur de fumet qui nous titille les narines peut faire saliver au souvenir d'un plat exquis, chaque chapitre de Soulfood Equatoriale évoque un met particulier, un ingrédient caractéristique, des gestes et des ustensiles aussi, des souvenirs de son Cameroun que Léonora Miano ne peut quitter d'une papille... Avocat, gombo, gari, jazz (un pain chargé (sandwich) enrichi d'haricots rouges en sauce...), mwanja, ndole... autant de mot-clés dont la clé gustative nous est livrée par l'auteur, agrémentée de ses souvenirs ou de légendes élégantes.
Comme une pause dans la biographie violente de Léonora Miano, Soulfood équatoriale est un véritable enchantement. Par le style d'abord, la plume acerbe, inventive, cinglante, drôle parfois, que Léonora Miano n'abandonne pas. Et puis par la forme des ces digressions culinaires, prétextes à rêveries, souvenirs heureux ou moins, initiation à la richesse peu connue d'une cuisine équatoriale.
Dans ses pages, on entend tout, on entend les voix de ceux qui réclament des pains de 10, on entend le doux crissement du gari, le son de celui qui mange goulument sa sauce gombo, le mixer qu'utilise en cachette la belle qui prépare le ndole à son prince. J'ai entendu tout ça et plus encore. Les chapitres de Soulfood équatoriale éveillent les cinq sens, et autour de mets évoquent la faim, la joie, le labeur, la culture et l'identité.
J'ai adoré ce petit livre, généreux et sincère.
Lien : http://chezlorraine.blogspot.com/2009/06/soulfood-equatoriale.html
-
Par claudia, le 18/11/2008
Tels des astreséteints
de
Léonora Miano
Sans parler de l'écriture savoureuse Léonora, je suis éffoustoufflée par la lucidité de cette jeune femme sur l'être humain. Tout au long des pages, elle a un regard franc, direct, sans complaisance sur l'histoire de l'homme.
Pour ma part, je ressens deux livres en un. À savoir: nous sommes au milieu d'histoires d'amour touchante de vérité, de simplicité dans la narration, tout en étant au plus profond de l'âme humaine.
Et puis, elle nous conte l'histoire des Kémites descendant des pharaons d'Égypte.
Mais à la réflexion...
Cela rend le livre plus léger tout en nous apportant une réflexion sur l'homme d'hier et d'aujourd'hui.
Dans l'intra-muros, Amok, Shrapnel sont nés en Afrique. Amanda a grandi dans un territoire d'outre-mer.
Trois parcours différents, une même couleur de peau vécue différemment.
Le rapport des personnages s'entrecroise, se sépare pour mieux se retrouver.
Ce livre parle de l'identité de l'homme. Il est à découvrir et à faire découvrir.
Lien : http://liberta-revolutiona.over-blog.com
-
Par claudia, le 05/05/2008
Contours du jour qui vient - Prix Goncourt des Lycéens 2006
de
Léonora Miano
j'invite les amoureux de beaux textes à rentrer dans ce livre qui donne pourtant les mots pour en sortir au plus vite. Il vous prend au tripes ! Il nous renvoie à notre condition d'adulte aveugle. La souffrance des enfants, la violation de leurs droits. Et cette puissance de vie qui transparait au long du récit.
J'ai eu la chance de rencontrer Léonora Miano. C'est une femme intelligente, qui au cours d'une conversation vous transmet toute sa sensibilité.
-
Par VivianeB, le 19/10/2011
Ces âmes chagrines
de
Léonora Miano
Un très beau livre sur la souffrance engendrée par l’abandon de l’être qui ne devrait pas : une mère. Le héros souffre cruellement de ce manque de mère mais les évènements vont prendre une tournure qui l’amènera à la compréhension et presque au pardon. Une radioscopie dure et intelligente d’un pays et d’une ethnie. Remarquable.
-
Par ChezLo, le 14/11/2010
Contours du jour qui vient - Prix Goncourt des Lycéens 2006
de
Léonora Miano
C'est l'histoire d'une reconstruction, d'une renaissance personnelle. Le roman nous fait accompagner Musango, à peine douze ans, mais déjà très consciente des ténèbres qui l'entourent, les ténèbres dans lesquelles une certaine Afrique tend à glisser séduite par une spiritualité revue et corrigée pour faire aimer la mort. Un obscurantisme religieux dangeureux, morbide qui engendre un égoïsme puissant que Léonora Miano veut dénoncer sans détour, parce que chacun est préoccupé d'abord par son propre salut pour lequel il s'investit corps et âme et fortune.
Lien : http://chezlorraine.blogspot.com/2007/02/contours-du-jour-qui-vient.html
-
Par Co, le 22/10/2008
Contours du jour qui vient - Prix Goncourt des Lycéens 2006
de
Léonora Miano
Deuxième roman de Léonora Miano, après L'intérieur de la nuit. Un peu moins bon selon moi. L'histoire de Musango, une petite fille de 9 ans, mal-aimée par sa mère, battue, considérée comme maléfique et finalement chassée. Dnas un pays qui tente de se relever d'une sanglante guerre civile (Le Mboasu, cf premier roman), Musango tombera dans les griffes de prédicateurs-charlatans qui font du trafic d'êtres humains mais fera tout pour retrouver sa mère malgré ce rapport de haine qui les lie. Léonora Miano poursuit ses réflexions sur le mal-être de l'Afrique et se penche sur la difficile relation mère-fille. C'est la petite fille qui parle mais son discours est trop structuré pour une fillette de 9 ans d'où un drôle d'effet... Et malgré la pertinence de cette analyse des rapports humains en Afrique, le roman finit par se répeter un peu. Le tout s'essoufle... J'ai été un peu déçue par ce deuxième opus.
-
Par bibliopmo, le 04/06/2008
Contours du jour qui vient - Prix Goncourt des Lycéens 2006
de
Léonora Miano
La petite Musango est chassée par ses parents, accusée d'être la cause de leur malheur, suite à la guerre qui a ravagé leur pays, le Mboasu. Enlevée puis vendue par des trafiquants, elle est séquestrée par des proxénètes qui dissimulent leur trafic derrière des activités religieuses. Elle s'enfuit. Durant son périple, elle s'adresse en imagination à sa mère.
Prix Goncourt des lycéens 2006.
-
Tels des astreséteints
de
Léonora Miano
Amok habite un immeuble où il entend souvent son voisin brutaliser sa femme. Un soir, il finit par se résoudre à appeler la police tellement cela devient inquiétant. Cela lui rappelle son enfance avec sa soeur Ajar et la violence de leur père...
Aux yeux de Schrapnel, son meilleur ami, Amok est un mélancolique qui est trop tourné vers le passé. Schrapel , qui bénéficie d'une bourse d'études qui lui permet de renouveller régulièrement son titre de séjour, est un rebelle.
Amok retrouve au sein de "La fraternité" - une organisation dont le but est de s'occuper de "tout un peuple à redresser, dont les enfants naissent enchaînés, par une dette qu'ils n'avaient pas contractée" - Amantla, une jeune femme métisse.
Qu'ont en commun ces trois personnages ? Ils ont tous la même couleur de peau : ils sont noirs.
"Tels des astres éteints" est construit autour de ces trois personnes. Plus qu'un roman, je pense qu'on peut parler d'essai, voire de pamphlet qui pose une question essentielle : Qu'est ce qu'être noir aujourd'hui sur "le continent" ? Et être noir n'est pas la même chose qu'on s'appelle Amok, Schrapnel ou Amantla. Pourtant tous les trois ont une difficile hérédité en commun à assumer.
De l'apparition d'un présentateur noir à la télévision en passant par la lutte contre l'esclavage, l'apartheid, Léonora Miano connaît très bien l'histoire de son peuple et surtout de ses souffrances. On sent qu'elle a à coeur de nous faire prendre conscience du poids de cette hérédité sur la vie des Noirs mais aussi sur le regard que nous pouvons parfois, nous les Blancs, y porter.
Ce livre est un livre ambitieux, qui pose beaucoup de questions. Mémoire, crise identitaire, héridité, il existe plusieurs façons de se penser noir mais toujours une même difficulté à le vivre. Ce livre est prenant, il contient une certaine violence et lorqu'on le referme on ne voit plus les choses de la même façon. On y apprend aussi beaucoup de choses.
Ce n'est pas un livre gai mais je pense que c'est un livre qui comptera. Et malgré sa difficulté, on le lit rapidement tant la force de l'écriture nous pousse à tourner les pages.
-
Par LN, le 18/10/2011
Ces âmes chagrines
de
Léonora Miano
Ces âmes chagrines est un roman qui peut étonner au premier abord tant il semble éloigné de l’univers léger et lumineux de l’auteur. C’est un roman qui parle de solitude, d’abandon, du manque d’amour destructeur, de dépression. Léonora Miano l’explique elle-même : il est basé sur un texte initial ancien, elle avait 30 ans alors et ressassait ses histoires familiales dans un climat de dépression latente. Nous sommes donc bien loin du monde de « Blues pour Elise ».
Néanmoins, si le personnage d’Antoine, être déstructuré par l’abandon de sa mère bien décidé à se venger sur les autres, est relalivement sombre, il s’achemine au fil du récit vers une rédemption libératrice et optimiste. Lénora Miano nous enjoint par ce récit à «éviter l’enfermement, le ressassement de la douleur, éviter l’amertume, essayer la résilience, essayer d’y croire » et nous offre une lueur d'espoir dans une société gangrénée par la solitude…
Ce que j’ai moins aimé :
- Le talent de Léonora Miano permet de ressentir au plus près l'étouffement étriqué dans lequel vit Antoine, si bien que j'ai quelquefois eu du mal à respirer...
Lien : http://lecturissime.over-blog.com/article-ces-ames-chagrines-de-leonora-miano...
-
Par tessgeffroy, le 08/10/2011
Ces âmes chagrines
de
Léonora Miano
Antoine vit en France, déteste sa mère coupable de ne pas l'avoir aimé !
Son enfance se partage entre la pension et les vacances d'été chez sa grand-mère « Modi »en Afrique.
Adulte, celui-ci est devenu un être froid, envieux, profiteur, et particulièrement jaloux de son frère Maxime....
Ce roman nous livre l'histoire de « Modi », la grand-mère rejetée par son père, de sa fille Thamar mère d'Antoine et mal-aimée de sa mère.
Ainsi qu'Antoine et ses frères tiraillés par le manque d'amour.
Vont-ils un jour trouver la paix dans cette saga tissée par les non-dits, l'amour semblant inexistant...
Pour ma part, j'ai trouvé la 1ère partie du livre froid, sans âme. Je n'arrivais pas à me sentir avec eux, j'ai failli abandonner.
Puis lors de la 2ème partie je n'ai pas pu m'en détacher. J'ai enfin ressenti les choses, la trame de l'histoire. J'ai retrouvé la finesse d'écriture et la tendresse des personnages auxquels l'écrivain nous avaient habitué lors de ces précédent romans.
-
Par csapin, le 27/07/2011
Ces âmes chagrines
de
Léonora Miano
Et un roman excellent de plus de la rentrée littéraire 2011, un ! Léonora Miano nous propose avec talent l'histoire...
Lien : http://gwordia.hautetfort.com/archive/2011/07/25/rentree-litteraire-ces-ames-...
-
Par Chrisalaude, le 26/01/2011
Contours du jour qui vient - Prix Goncourt des Lycéens 2006
de
Léonora Miano
Sombre et solaire à la fois, ce roman raconte l'Afrique actuelle à travers les yeux d'une petite fille. Servi par une écriture de toute beauté, ce roman a amplement mérité le Prix Goncourt des lycéens qui lui a été décerné à sa sortie.
-
Par maevedefrance, le 19/11/2010
Blues pour Elise
de
Léonora Miano
C'est une belle découverte que j'ai fait là. Un écrivain que je ne connaissais pas pour un roman qui est passé inaperçu dans la rentrée littéraire.
Pourtant, Léonora Miano propose ici un roman pétillant sur la vie d'une bande de jeune femmes "afropéennes", françaises, parisiennes. Un ensemble de portraits loin de tous clichés "prémâchés". Des jeunes femmes qui courent après l'amour mais qui ont aussi pour code d'honneur de se faire respecter par les hommes et peu de tabous entre elles. Une bonne dose d'humour, même quand l'heure est grave. C'est également un très beau roman sur l'intégration. J'ai été émue par l'histoire familiale de Shale. Et j'ai vraiment souri de l'interrogation existentielle de Michel à cause de la chose mystérieuse chose que lui a fait Amahoro et qui sème le doute dans sa pauvre tête d'homme...Un bon coup de grille aussi aux inventeurs du "mariage gris". Un livre tout en subtilités, où il n'y a pas d'un côté les "bons" et de l'autre les méchants pas beaux".
L'ambiance de chaque chapître est traduite par une série de sélections musicales en fin de châpitre (original !) et une rédaction épicée d'africanisme.
Bref, un très beau roman qui gagne à être découvert. Une belle parution pour la littérature française et l'un des meilleurs que j'ai lus pour l'instant dans le cadre du Grand Prix (mais ce n'est que mon humble avis !) avec Rû. Une suite est à venir et je serai sans doute au rendez-vous des "Bigger than Life".
-
Par Schlabaya, le 18/06/2009
Soulfood Equatoriale
de
Léonora Miano
La collection "Exquis d'écrivains", chez "Nil Éditions", "invite les écrivains à dévoiler, autour d'un jeu de mots clés, les secrets de leurs plaisirs gourmands." Dans ce recueil composé de treize courts récits de factures diverses, Léonora Miano, Camerounaise exilée à Paris, évoque avec une gourmandise empreinte de nostalgie la gastronomie métissée de son pays natal. L'influence de la culture afro-américaine est très prégnante : ainsi, les "sandwiches saxophones", très prisés, sont-ils fourrés d'une sauce appelée "jazz". "Chaque marchande a sa recette mais, de loin, on peut savoir que l'ail est un élément essentiel de la préparation. Le jazz, c'est ça : des haricots rouges en sauce. Avec ou sans viande." Les recettes les plus élaborées comprennent des "crevettes séchées secrètement ajoutées à la préparation de base ou à un savant mélange d'ai, d'oignon et de gingembre". L'acte même de manger un tel sandwich relève du grand art : "Arriver au bout d'un saxophone, sans en perdre une miette et sans que les haricots filent vers le sol, requiert une maîtrise accessible aux seuls pratiquants assidus."
Au fil des récits, l'auteur détaille alternativement les plaisirs et les affres liés à la nourriture, dans un pays ravagé par la famine, en proie à la criminalité, à la vénalité et au repli sur soi. L'un d'entre eux met en scène un garçon tenaillé par la faim et contraint à s'adonner au vol. "Les temps étaient durs pour les enfants des rues. La hausse du prix des matières premières avait asséché le coeur des femmes qui vendaient de la nourriture sur les trottoirs. Elles n'avaient plus un grain de riz à offrir en fin de journée. Même contre services, elles ne vous tendaient plus un vilain morceau de caramel aux arachides grillées." Un petit avocat trop mûr, parce qu'il est l'objet de sa convoitise, devient l'enjeu d'une course-poursuite acharnée, lorsque l'enfant décide de le voler, malgré le redoutable châtiment qu'il encourt. "Il était presque certain de courir assez vite pour ne pas se faire prendre. La peur du châtiment infligé aux voleurs lui donnerait des ailes. Il n'avait aucune envie de finir pendu à un poteau électrique, ni que la foule lui enfonce du piment dans les yeux après l'avoir roué de coups."
A travers ces différents récits, Léonora Miano ne brosse pas une peinture idyllique de son pays. "Le Cameroun n'est pas une destination touristique. Pas un pays carte postale. Pas l'image de l'Afrique qui fait rêver ceux qui rêvent encore d'Afrique. Ceux qui connaissent ce pays y vont pour les affaires. Des activités allant de l'exploitation des bois précieux au tourisme sexuel. À caractère pédophile. Je parle du tourisme sexuel." La capitale, Douala, est dépeinte comme "une métropole canaille. Ceux qui viennent faire des affaires au Cameroun savent que Douala les propose toutes. Les tabous ne sont pas sa tasse de thé. La pudeur, pas son fort."
Cependant, l'attachement de l'auteur à sa terre ne fait aucun doute. On le voit à l'oeuvre dans la description du Soulfood, gargote secrète où se côtoient riches et pauvres. "C'était un temple, parce qu'une fois le chemin trouvé, il était ouvert à tous. Personne ne regardait son prochain de travers. Il y avait des nantis, faisant là une halte quotidienne, avant d'aller dîner en famille. Il y avait des miséreux, dont ce repas serait le seul de la journée. Tous étaient assis au même endroit, mangeant avec leurs doigts. Le même plat pour tous."
Un recueil savoureux, mais pousse-au-crime : je ne suis pas sûre de pouvoir le recommander aux gourmands qui, comme moi, ont des kilos à perdre...
Lien : http://scriptural.over-blog.com
-
Par Co, le 10/10/2008
L'intérieur de la nuit
de
Léonora Miano
Premier roman d'une jeune Camerounaise dont j'avais entendu parler mais que je n'avais jamais lu, je dois dire que j'ai vraiment apprecié ce livre. Une plongée au coeur de l'Afrique profonde, (peut-être celle de nos clichés européens, mais sans doute la plus représentative), qui analyse à travers l'histoire d'Ayané le poids des traditions, du respect des anciens, du rejet de l'"étranger". Ayané a toujours été différente et donc jamais intégrée au clan. Des évènements dramatiques vont avoir lieu, à cause des rebelles... Un livre dur, beau et bien écrit qui s'interroge sur le destin du continent noir et la folie des hommes. Un beau roman. (qui donne envie de lire le suivant : Contours du jour qui vient)
-
Par claudia, le 28/05/2008
Afropean Soul : Et autres nouvelles
de
Léonora Miano
La présentation et l'introduction du recueil de nouvelles faites par M. Jérôme Destaing donnent vraiment envie de lire, léonora.
Depuis la première heure, donne bien le tempo.
Par le fait d'avoir vécu à Douala, j'ai pu imaginer les personnages « vivants ».
Mais j'y ai lu aussi un parallèle avec mon vécu, comme des milliers de personnes en France. Le déracinement de sa ville natale en espérant la réussite professionnelle et l'impossible retour sans cela.
Fabrique de nos âmes insurgées : Elle me parle d'autant plus que je suis mère ! Bien souvent, je me suis retrouvée face à la problématique de la garde de mes fils.
Filles au bord de ligne m'a renvoyé à l'époque où je travaillais dans une maison de la jeunesse en banlieue parisienne.
Suivi d'Afropean Soul où j'ai revu les jeunes qui venaient au point Information jeunesse avec des idées plein la tête sur les métiers futurs avec de belles valeures humaines. Malheureusement, après plusieurs mois de galère, je les voyais se transformer comme Léonora a su si bien les décrire au travers de cette nouvelle !
166, rue de C: Toute femme ou personne sensibles sera touchée par ces tranches de vie.
Dès que l'on commence l'écriture, on retrouve son style si particulier, si incisif. On ressent aussi l'essentiel, comme des photographies!
Elénora est le premier auteur (que je lis) a osé nomer la France en parlant de ses dysfonctionnements.
-
Par opoto, le 26/03/2008
L'intérieur de la nuit
de
Léonora Miano
Enfin quelqu'un qui parle de l'Afrique contemporaine. De la vie quotidienne, des tragédies, des horreurs : c'est un roman vrai. Il était temps. On pense aussi à Kourouma, Dongala, et au poète Camerounais Anne Cillon Perri.