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Par Chouchane, le 28/03/2011
Journal d'un SDF : Ethnofiction de
Marc Augé
Le côté surréaliste de la politique me devient chaque jour plus sensible depuis que je suis SDF. L'actualité nous est conté comme un feuilleton. Notre attention est mobilisée sur des questions qu'on formule à notre place comme si nous les avions posées nous-mêmes et que nous finissons par répéter comme si nous les inventions. La "cellule humanitaire" française va-t-elle quitter la Colombie ? La flamme olympique traversera-t-elle Paris sans incident ? Le contact a-t-il été pris avec les pirates de Somalie ? Elles polarisent l'attention sur certains faits tout en les réduisant aux péripéties dont ils sont l'occasion ou le prétexte.
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Journal d'un SDF : Ethnofiction de
Marc Augé
La difficulté, que je pouvais pressentir, mais qui a surgi d'un coup avec une force renversante, poignante, c'est le sentiment d'une solitude absolue. J'ai beau me raisonner, me rappeler tous les propos que j'ai pu tenir aux uns ou aux autres sur le plaisir réel que j'éprouvais à me sentir seul, je dois bien me rendre à l'évidence du mouvement de panique qui m'a traversé le corps, lundi soir, quand j'ai compris que je n'avais plus de lieu auquel me raccrocher, que j'avais rompu les amarres et ne pouvais en parler à personne, que je dérivais au hasard, ballotté par des courants inconnus, entre livres d'occasion et objets perdus.
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Journal d'un SDF : Ethnofiction de
Marc Augé
On parle du quartier où l'on vit, mais il est lui-même divisé en petits secteurs dont le centre est en général la boulangerie. C'est à ce petit secteur-là, balisé aussi par la boucherie, l'épicier tunisien et un café-restaurant, que je m'accroche parce qu'il me confère une sorte d'identité territoriale. Deux ou trois cents mètres plus loin, je suis déjà ailleurs - autre boulanger, autre boucher, autre épicerie -, sauf dans certains commerces, comme la pharmacie, la teinturerie ou le petit supermarché, qui ont un rayon d'action un peu plus étendu.
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Journal d'un SDF : Ethnofiction de
Marc Augé
En quittant mon appartement, j'ai rejoint le clan bigarré de ceux qui ne vivent qu'en bas ou en donnent l'impression. Je n'arrive pas à les imaginer dans les étages. Le quartier est très différent quand on ne le regarde que depuis le trottoir. Les gens des étages, la grande majorité, restent chez eux et ne sortent que pour aller travailler au loin. Le trottoir n'est pour eux qu'un lieu de passage vers le métro ou l'autobus, le supermarché ou la boulangerie. Ils ne s'y attardent pas.
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Journal d'un SDF : Ethnofiction de
Marc Augé
La perte du lieu, c'est comme la perte d'un autre, du dernier autre, du fantôme qui vous accueille chez vous lorsque vous rentrez seul.