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Par lanard, le 08/09/2010
La Dynamique du capitalisme de
Fernand Braudel
pp 69-70 :
Pour Max Weber, le capitalisme, au sens moderne du mot, aurait été ni plus ni moins une création du protestantisme ou, mieux, du puritanisme.
Tous les historiens sont opposés à cette thèse subtile, bien qu'ils n'arrivent pas à s'en débarrasser une fois pour toutes; elle ne cesse de ressurgir devant eux. Et pourtant elle est manifestement fausse. Les pays du Nord n'ont fait que prendre la place occupée longtemps et brillamment avant eux par les vieux centres capitalistes de la Méditerranée. Ils n'ont rien inventé, ni dans la technique, ni dans le maniement des affaires. Amsterdam copie Venise, comme Londres copiera Amsterdam, comme New York copiera Londres. Ce qui est en jeu, chaque fois, c'est le déplacement du centre de gravité de l'économie mondiale, pour des raisons économiques, et qui ne touchent pas à la nature propre ou secrète du capitalisme. Ce glissement définitif, à l'extrême fin du XVIè siècle, de la Méditerranée aux mers du Nord, est le triomphe d'un pays neuf sur un vieux pays. Et c'est aussi une vaste changement d'échelle. A la faveur de la montée nouvelle de l'Atlantique, il y a élargissement des l'économie en général, des échanges, du stock monétaire, et, là encore, c'est le progrès vif de l'économie de marché qui, fidèle au rendez-vous d'Amsterdam, portera sur son dos les constructions amplifiées du capitalisme. Finalement, l'erreur de Max Weber me paraît dériver essentiellement, au départ, d'une exagération du rôle du capitalisme comme promoteur du monde moderne.
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Par Piling, le 25/02/2010
La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II (t. 1) : La Part du milieu de
Fernand Braudel
l'Islam, c'est la totalité de ce que le désert implique de réalités humaines, concordantes et discordantes aussi, cette famille de problèmes géographiques que nous avons signalés. Énumérons encore : les grandes routes caravanières ; les zones riveraines, car l'Islam a vécu de ces Sahels, de ces bordures de vie sédentaires installées face à la Méditerranée, au long du golfe Persique, de l'océan Indien ou de la mer Rouge, et aussi au contact des pays soudanais ; les oasis et leur accumulation de puissance que Hettner juge avoir été essentiel. L'Islam, c'est tout cela : une longue route qui, de l'océan Atlantique à l'océan Pacifique perce la masse puissante et rigide du Vieux Monde. Rome n'a pas fait davantage quand elle a constitué l'unité de la Méditerranée.
L'Islam, c'est donc cette chance historique qui, à partir du VIIe siècle, en a fait l'unificateur du Vieux Monde. Entre ces masses denses d'hommes : l'Europe au sens large, les Afriques Noires, l'Extrême-Orient, il détient les passages obligés et vit de sa fonction profitable d'intermédiaire. Rien ne transite qu'il ne le veuille ou ne le tolère. Pour ce monde solide, où manque, au centre, la souplesse de larges routes maritimes, l'Islam est ce que sera plus tard l'Euroe triomphante à l'échelle de la planète : une économie, une civilisation dominantes. Forcément cette grandeur a ses faiblesses : le manque d'homme chronique ; une technique imparfaite ; des querelles intérieures dont la religion est le prétexte autant que le fondement ; la difficulté congénitale, pour le premier Islam, à se saisir des déserts froids, à les écluser au moins à la hauteur du Turkestan ou de l'Iran. Là est le point faible de l'ensemble au voisinage ou en arrière de la porte de Dzoungarie, entre le double danger mongol et turc.
Dernière faiblesse : l'Islam est prisonnier bientôt d'une certaine réussite, de ce sentiment confortable d'être au centre du monde, d'avoir trouvé les solutions efficaces, de ne pas avoir à en chercher d'autres. Les navigateurs arabes connaissent les deux faces de l'Afrique Noire, l'atlantique et l'indienne, ils soupçonnent que l'Océan les rejoint et ils ne s'en soucient pas...
Sur quoi arrive, avec le XVe siècle, l'immense succès des Turcs : un second Islam, un second ordre islamique, lié celui-ci à la terre, au cavalier, au soldat. "Nordique" et, par la possession des Balkans, terriblement enfoncé en Europe. Le premier Islam avait abouti à l'Espagne en fin de course. Le cœur de l'aventure des Osmanlis se situe en Europe et dans une ville maritime qui les emportera, les trahira aussi. Cet acharnement d'Istanbul à sédentariser, à organiser, à planifier est de style européen. Il engage les Sultans dans des conflits périmés, leur cache les vrais problèmes. En 1529, ne pas creuser un canal de Suez cependant commencé ; en 1538, ne pas s'engager à fond dans la lutte contre le Portugais et se heurter à la Perse dans une guerre fratricide, au milieu du vide des confins ; en 1569, rater la conquête de la Basse-Volga et ne pas rouvrir la Route de la Soie, se perdre dans les guerres inutiles de Méditerranée alors que le problème est de sortir de ce monde enchanté : autant d'occasions perdues !…
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Par Piling, le 28/02/2010
La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II (t. 1) : La Part du milieu de
Fernand Braudel
L'hiver commence tôt, finit tard ; on l'appréhende et l'on ne croit jamais qu'il ait pris fin. On l'attend avant l'heure du calendrier, comme le conseille la sagesse. 9 septembre : essendo hormai il fine dell'estate, dit un document du Sénat vénitien ; puis, 20 septembre : venendo hora il tempo del inverno ; 23 septembre : approximandose el tempo del inverno…
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La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II (t. 3) : Les mouvements, la politique et les hommes de
Fernand Braudel
.. Benedetto Croce a soutenu, non sans raison, que dans tout événement - disons l'assassinat de Henri IV en 1610, ou, pour sortir franchement de notre période, l'avènement du ministre Jules Ferry en 1883 - se peut saisir l'ensemble de l'histoire des hommes. Celle-ci est la portée de musique sur quoi éclatent ces notes singulières.
[p. 428]-
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Par Piling, le 28/02/2010
La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II (t. 1) : La Part du milieu de
Fernand Braudel
Pour Michelet, le Languedoc intérieur et "pierreux" évoque la Palestine. Pour des centaines d'écrivains, la Provence est plus grecque que la Grèce, à moins que la Grèce par excellence ne soit à retrouver sur telle ou telle côte de Sicile. Les îles d'Hyères ne seraient pas déplacées au milieu des Cyclades, sauf qu'elles sont plus verdoyantes. De même, le lac de Tunis évoque la lagune de Chioggia. Le Maroc est une Italie plus brûlée.
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Par Piling, le 28/02/2010
La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II (t. 1) : La Part du milieu de
Fernand Braudel
"Les maîtres viennent et disparaissent, dit Walter Bauer parlant de la Sicile ; les autres restent, et c'est une romance sans paroles", toujours la même.
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Par Caracalla, le 18/10/2012
Grammaire des civilisations de
Fernand Braudel
« Au singulier, civilisation ne serait-ce pas aujourd’hui, avant tout, le bien commun que se partagent, inégalement d’ailleurs, toutes les civilisations, « ce que l’homme n’oublie plus » ? Le feu, l’écriture, le calcul, la domestication des plantes et des animaux ne se rattachent plus à aucune origine particulière ; ils sont devenus les biens collectifs de la civilisation. Or ce phénomène de diffusion de biens culturels communs à l’humanité entière prend dans le monde actuel une ampleur singulière. Une technique industrielle que l’Occident a créée s’exporte à travers le monde entier qui l’accueille avec frénésie. Va-t-elle, en imposant partout un même visage : buildings de béton, de verre et d’acier, aérodromes, voies ferrées avec leurs gares et leurs haut-parleurs, villes énormes qui, peu à peu, s’emparent de la majeure partie des hommes, va-t-elle unifier le monde ? […] Cependant la « civilisation industrielle » exportée par l’Occident n’est qu’un des traits de la civilisation occidentale. En l’accueillant, le monde n’accepte pas, du même coup, l’ensemble de cette civilisation, au contraire. […] en supposant que toutes les civilisations du monde parviennent, dans un délai plus ou moins court, à uniformiser leurs techniques usuelles et, par ces techniques, certaines de leurs façons de vivre, il n’en reste pas moins que pour longtemps encore, nous nous retrouverons, en fin de compte, devant des civilisations très différenciées. Pour longtemps encore, le mot de civilisation gardera un singulier et un pluriel. Sur ce point, l’historien n’hésitera pas à être catégorique. »
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Par Piling, le 28/02/2010
La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II (t. 1) : La Part du milieu de
Fernand Braudel
En octobre 1869, Fromentin, s'éloignant en bateau de Messine, note justement : "ciel couvert, vent froid, un grain, quelques gouttes de pluie sur la tente. C'est triste, on dirait la Baltique." En février 1848, déjà, il avait fui vers le Sahara devant la grisaille obsédante de l'hiver méditerranéen : "il n'y avait pas eu d'intervalle, cette année, entre les pluies de novembre et les grandes pluies d'hiver, lesquelles duraient depuis trois mois et demi presque sans un jour de repos.
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Par Caracalla, le 18/10/2012
Grammaire des civilisations de
Fernand Braudel
« On n’atteint donc une civilisation que dans le temps long. […] cette histoire au long souffle, […] a ses avantages et ses inconvénients. Ses avantages : elle oblige à penser, à expliquer en termes inhabituels et à se servir de l’explication historique pour comprendre son propre temps. Ses inconvénients, voire ses dangers : elle peut tomber dans les généralisations faciles d’une philosophie de l’histoire, en somme d’une histoire plus imaginée que reconnue ou prouvée. […] Toute histoire poussée jusqu’à l’explication générale exige des retours constants à la réalité concrète, aux chiffres, aux cartes, aux chronologies précises, bref aux vérifications. Plus qu’à la grammaire des civilisations, par suite, c’est à l’étude de cas concrets qu’il convient de s’attacher pour comprendre ce qu’est une civilisation. Toutes les règles d’accord et de désaccord que nous avons définies se trouveront éclairées, simplifiées, par les exemples qui vont suivre. »
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Par Piling, le 28/02/2010
La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II (t. 1) : La Part du milieu de
Fernand Braudel
Au-dessus de Tolède, l'humidité atlantique aidant, l'hiver est responsable de ces cieux brouillés, pathétiques, tempête et lumière, qu'a peints le Greco...
L'anti-désert, ce n'est pas la Méditerranée, comme l'aura écrit Paul Morand, mais bien l'océan Atlantique.