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Par nadejda, le 13/12/2011
Dans les pas du renne de
Mariusz Wilk
Pascal Quignard, dans le Sexe et l'Effroi, écrit : "Les chasseurs primitifs qui se servaient d'un arc tiraient de son unique corde un son mortel (ils avaient donc inventé la musique de la mort) soit le langage adapté à la capture d'une proie". Il ajoute un peu plus loin : "Lire, c'est chercher des yeux à travers les siècles cette flèche unique décochée de l'intérieur, des profondeurs, du commencement, dès le commencement". Je ne cache pas que l'intuition de l'écrivain français a été pour moi l'une des principales incitations à suivre la traces des Saamis. p 22
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Par nadejda, le 04/12/2011
La maison au bord de l'Oniégo de
Mariusz Wilk
Sur une branche est perché un corbeau qui tient dans son bec un fromage. Un renard est sous l'arbre.
--- Eh, corbeau ! Tu voteras pour Poutine ?
Le corbeau ne dit mot.
La voix du renard se durcit :
--- Toi, là-haut ! Je te demande pour la dernière fois si tu voteras pour Poutine ?
--- Oui, coasse le corbeau, et le fromage lui tombe du bec. Le renard s'en saisit et déguerpit.
Le corbeau marmonne dans sa barbe :
--- J'aurais dit "non" que le résultat aurait été le même.
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Par nadejda, le 15/12/2011
Dans les pas du renne de
Mariusz Wilk
On demande pourquoi sur ce mont bleu j'habite ;
Que répondre ? Je ris. Là mon coeur est serein.
L'onde aux fleurs de pêcher au loin se pécipite ;
Ce ciel et cette terre, est-ce le monde humain ?
Li Bo (1)
Dans les toundras de Lovoziéro, il ne pousse pas de pêchers, mais les buissons de framboisiers s'émaillent de fleurs en été ; en automne, la sorbe rougit et les cèpes sortent sur le chemin, la mousse du renne sur les versants ressemble de loin à une écume d'un gris verdâtre. En revanche, les roches sont muettes -- comme chez Li Bo ! -- et la populace ne court pas en ces lieux. Chaque fois que je vais sur les bords du Séïdiavr (le lac des Esprits), outre un sac de couchage et des provisions, je mets dans mon sac à dos un petit livre du poète chinois. Avec lui, le voyage est plus gai et on peut beaucoup apprendre.
(1)"Question et réponse dans la montagne", trad. P. Jacob, in Li Bai, Florilège, Paris, Gallimard, 1985, p.139.
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Par nadejda, le 11/12/2011
Le Journal d'un loup de
Mariusz Wilk
Dès le début du SLON ("Direction des camps du nord à destination spéciale"), un cachot au régime très sévère a été créé sur le mont. Au mont Sékirny, on ne connaissait pas les peines de longue durée. Les cadavres étaient enterrés sur les versants du mont, dans les buissons de myrtilles. Il y pousse encore des fruits magnifiques...
... Nous empruntons l'escalier dans lequel on précipitait les zeka attachés à une poutre gelée. Au pied du mont se dresse une croix. Chaque année, au printemps, pour la Radonitsa orthodoxe, le jour des défunts, quand la neige est encore bourbeuse et que les oiseaux commencent à s'égosiller, les moines de Solovki célèbrent ici une panikhida (requiem) pour les victimes du SLON, brûlant de l'encens fait à partir de résine de sapin toute fraîche, qui dégage une fumée âcre ; on en a la tête qui tourne. p 53
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Par nadejda, le 14/12/2011
Dans les pas du renne de
Mariusz Wilk
"Ne pourrions-nous admettre que le but de la vie consiste tout simplement
à voir ? "John Gray
.....dans les croyances primitives du Nord, les yeux étaient le germe de ce que les religions ultérieures il est convenu d'appeler l'âme. En eux s'allumait la force de l'esprit. Regarder était synonyme d'être.
Pour les animistes, chaque pierre, arbre, montagne ou rivière est doté d'une âme. Rien d'étonnant à ce que toute la nature nous regarde en silence. Combien de fois, roulant ma bosse sur les sentiers du Nord, ai-je eu l'impression d'être observé, comme si quelqu'un me regardait sans cesse, m'épiant d'un fourré, scrutant depuis les montagnes, regardant du fond d'un lac. Cette impression est encore renforcée par le silence exceptionnel de la nature du Nord, par son mutisme.
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Par nadejda, le 04/12/2011
La maison au bord de l'Oniégo de
Mariusz Wilk
Epigraphe :
Comme l’eau, le monde coule à travers toi et pour un temps te pénètre de ses couleurs. Ensuite il se retire et te laisse encore seul avec ce vide que tu portes en toi. Nicolas Bouvier
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Par nadejda, le 12/12/2011
Le Journal d'un loup de
Mariusz Wilk
L'après-midi, nous avons vu la côte de Konouchine, en terre samoyède. C'est une "zone" interdite, un champ de tirs à destination spéciale. C'est là que retombent les éléments hors d'usage de Plissietsk, on tire là des engins balistiques depuis l'Extrême-orient, pour contrôler la justesse du tir. Toute la toundra est hérissée de débris de fusées ; ils ont parfois des dimensions énormes, on les voit de loin. De la science-fiction. L'an dernier, nous avons été arrêtés à Konouchine par un commando en hélicoptère, dix boït, dix combattants dont une femme, armés jusqu'aux dents... p 195
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Par nadejda, le 11/12/2011
Le Journal d'un loup de
Mariusz Wilk
La fin de l'été, aux Solovki, fait penser à un rêve : l'horizon émerge des brumes comme une histoire interrompue au milieu d'un mot, le ciel est gris cendré, la mer d'un gris nacré, et dans l'air c'est l'été de la Saint-Martin. Ça et là, les bouleaux s'enflamment, les herbes jaunissent, la mousse embaume. La terre est recouverte d'une brume grise où dorment prés et marécages ; les lacs aussi semblent sommeiller, rêvant des arbres et des gens penchés au-dessus d'eux. Les gens s'attristent de voir l'été finir et boivent pour prolonger ce rêve. Seulement parmi les oiseaux retentit le vacarme qui précède le voyage : les canards apprennent à nager à leurs petits, les vanneaux pressent au départ, les canards mandarins s'énervent, et les plongeons manigancent quelque chose. Brusquement l'automne est là...
... Nous salons harengs et bolets. Les nuits, sur l'archipel rallongent, comme les ombres des jours, et il fait noir comme dans un four. On aperçoit seulement par moments, tout à coup, des éclats de lumière dans le ciel, comme si elle sourdait de l'autre monde. C'est une sévernoïe sïanié, une aurore boréale... p85-86
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Par nadejda, le 12/12/2011
Le Journal d'un loup de
Mariusz Wilk
La presqu'île de Kola, la côte de Ter. Nous avons mis dix heures pour traverser le bassin, du sud-ouest au nord-est. Nous avons marché la nuit de la Koupala, la nuit la plus courte de l'été.
... Ici, à la limite du monde visible, le soleil est la lumière de la vie. Même les olèn le recherchent quand ils paissent. Les olèn sont les rennes qui se déplacent avec les Samoyèdes : en hiver, vers le sud ; en été, vers le nord. Toujours dans la direction du soleil. Dans les légendes samoyèdes, les premiers rennes sont descendus sur terre sur les rayons du soleil. Les olèn sont les enfants du soleil. Et il leur manque, comme il manque aux hommes du Grand Nord. Surtout en hiver. p 188
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Par nadejda, le 04/12/2011
La maison au bord de l'Oniégo de
Mariusz Wilk
A moins d'avoir vécu quelque temps en Russie, à la campagne, nul ne peut se faire une idée de l'état actuel de la communauté villageoise, ou plutôt de sa dégénérescence après des années d'expériences communistes.......
....... la disparition des villages a été l'un des événements les plus importants du XXème siècle en Russie. Ce ne sont pas la guerre, ni les révolutions, ni même la "construction du socialisme", qui ont défiguré radicalement ce pays mais l'éradication des villages justement. Donc, pour bien examiner son nouveau visage, j'ai pensé qu'il ne suffisait pas de regarder la face épanouie des nouveaux Russes dans les pubs de la rue Tverskaïa, dans les couloirs du Kremlin ou sur les écrans de télévision, mais qu'il fallait voir aussi les figures de ceux qui sont restés sur les lieux détruits, regarder leurs yeux ivres, fous.
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