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Par nadejda, le 19/09/2011
Hommes, bois, abeilles de
Mario Rigoni Stern
Le berger
De bon matin, quand la plupart des gens dorment encore, et tard dans l'après-midi, par n'importe quel temps, il monte au parc de Valgiardini pour donner de la nourriture et de l'eau à ses animaux : c'est l'exercice qu'il fait pour rester "en vie" avec le monde.
A un petit garçon de la ville qui lui demanda un jour à quelle distance était sa maison, il répondit :
-- Autrefois elle était à un quart d'heure de marche, maintenant elle est à trente minutes.
Et il expliqua au gamin qui le regardait sans comprendre :
-- Quand j'étais jeune je marchais vite et la maison était plus près, maintenant je marche plus lentement et la maison s'est éloignée. Si j'arrive à cent ans, elle sera à un heure de marche. p 114
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Par nadejda, le 19/09/2011
Hommes, bois, abeilles de
Mario Rigoni Stern
En avril 1945, j'étais dans un Lager et j'avais entendu le coucou chanter dans les bois de Gratz ; ensuite, dans les décombres d'un bombardement, un vieux habillé en chasseur m'avait murmuré :
--- N'attends personne, mon ami. Rentre chez toi ! File !
C'est aussi pour cela que chaque année j'attends impatiemment le chant du coucou qui, ce jour lointain, aura sans doute également réjoui mes camarades de jeu et d'école devenus partisans, attendant le signal dans le Bois-Noir. Bref, à chaque printemps, les hirondelles pour mon enfance heureuse et le coucou pour le jour de l'espoir sont pour moi des signes de toujours. En effet, si nous n'avons pas d'espérance, à quoi bon vivre ? p 77 78
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Par nadejda, le 23/09/2011
La derniere partie de cartes de
Mario Rigoni Stern
Je n'étais rien qu'un homme qui, parmi des millions d'autres hommes, combattait très loin de chez lui dans la guerre la plus horrible que les étoiles aient vue depuis qu'elles existent. Je sentais seulement ma grande responsabilité envers les camarades que le destin m'avait amené à conduire ; je sentais que mon corps était solide, qu'en Italie j'étais aimé et attendu.
"Sergent-majou, onl'reverra-t-y, not' chez nous ?" Je devais les garder unis et faire tout mon possible pour les ramener chez eux. p 117
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Par nadejda, le 19/09/2011
Hommes, bois, abeilles de
Mario Rigoni Stern
L'humidité du bois, l'odeur de la terre humifère, les couleurs des feuilles de hêtre, du sorbier, du saule des chèvres, de l'aulne blanc tranchant sur le vert sombre des sapins et la splendeur flamboyante d'un merisier ; lui avec son chien ; et le silence amplifié par les brefs appels des oiseaux de passage, par le battement d'ailes d'une grive, par le tintement argentin du grelot attaché au collier de son chien. Marcher comme ça pendant toute la vie. Toujours. p62
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Par nadejda, le 19/09/2011
Hommes, bois, abeilles de
Mario Rigoni Stern
Certaines fois, quand il entendait dans ce profond silence les bruits du village, tout en bas, il était surpris par le souvenir d'une ville de la lointaine plaine, là-bas, où il y avait des vitrines, des lumières, des cinémas, beaucoup de monde et ses camarades qui sortaient de l'usine, la circulation, les immeubles. Mais qu'est-ce qu'il y avait de vrai là-dedans ?
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Par nadejda, le 23/09/2011
La derniere partie de cartes de
Mario Rigoni Stern
-- Mon garçon, tu pars parce que tu es soldat. Je te souhaite seulement de revenir.
Ces derniers mots tombèrent lourdement, et l'on reprit la dernière partie. Ceux contre qui j'allais combattre avaient les quatre as dans la main ; pour nous, nos cartes étaient pipées.
Toutes nos figures avaient déjà été jouées. p 102
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Par nadejda, le 23/09/2011
La derniere partie de cartes de
Mario Rigoni Stern
Je n'avais pas de maîtres, petits ou grands. J'étais curieux de tout ; je lisais et j'étais en quête de livres capables de m'aider à avoir une meilleure compréhension des choses, mais je me plaisais surtout à faire des escalades en montagne, à skier, à penser romantiquement à quelque jeune fille.
(...) Comment pouvions-nous être aussi aveugles ? Ainsi le 1er septembre 1939, avec l'agression allemande de la Pologne, commença le conflit le plus horrible qui ait jamais frappé l'humanité. p15
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Par nadejda, le 23/09/2011
La derniere partie de cartes de
Mario Rigoni Stern
Le soir, je lisais dans un petit livre les poètes du quatorzième siècle et, sur les cimes, avec la pointe de mon piolet, j'écrivais le nom de la jeune fille de Venise.
(...) Je ne savais pas ce qui se préparait dans les chancelleries et aux états- majors d'Allemagne et d'Italie. Nous trinquions, et c'était la mort qui tendait les verres. p 39
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Par nadejda, le 23/09/2011
La derniere partie de cartes de
Mario Rigoni Stern
Il y a quelques années, un général russe qui avait combattu l'invasion nazie me dit un jour en souriant : "Hitler et ses maréchaux n'avaient pas lu "Guerre et Paix" ni "Eugène Onéguine" ; aussi, de la Russie et de son peuple, n'avaient-ils rien compris."
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Par nadejda, le 23/09/2011
La derniere partie de cartes de
Mario Rigoni Stern
Marco sortit de sa poche son paquet de tabac et me roula une cigarette :
-- Fumons, dit-il, ça fera passer la faim et la soif.
C'était ma première cigarette. Puis je pris dans ma musette mon masque à gaz, je le cachai dans le buisson. A la place, je mis "La Divine Comédie" que j'avais fait relier à Cavalese. p 68