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Par gill, le 10/10/2012
Capitaine Conan de
Roger Vercel
En somme, on n'est bien que couché !...
A condition de ne jamais remuer, de s'être empaqueté dans les deux couvertures, d'avoir enfilé, l'une sur l'autre, cinq paires de chaussettes, de s'être calé les reins avec ses souliers, afin de pouvoir les remettre, le moment venu, on est bien !...
Je lis un livre. Toutes les dix pages, j'arrête ma lecture, j'arrache ces dix feuillets, je les tords et j'allume. Cela fait, pendant quelques secondes, une chaleur de four qui tombe tout de suite, mais permet quand même d'arriver au bout des dix pages suivantes.
(extrait du premier chapitre de l'édition de poche parue en 1956)
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Jean Villemeur de
Roger Vercel
Eh bien, tu le croiras ou tu ne le croiras pas, et tu ne le croiras pas, parce que tu as comme tout le monde la tête bourrée de clichés, pour un marin qui a la mer dans la peau, qui donnerait toutes les femmes et la sienne pour son bateau, il y en a quatre-vingt-dix-neuf qui font le métier à regret et parce qu’ils ne sont pas bons à autre chose !... Pourquoi reste-t-on sur un bateau ? Dans neuf cas sur dix, parce qu’il n’y a pas de place pour vous à terre, j’entends une place où vous pouvez vous tenir. Ça, on ne le crie pas sur les toits, mais c’est la vérité tout de même !... Alors, tu crois que c’est une vie pendant trente, quarante ans parfois, tous les jours, tous les jours, de traîner le chalut en long et en travers, de regarder vider du poisson tous les jours ; et tout le jour ; jour et nuit ; hein ; tu crois que c’est une vie ?... De quoi as-tu profité, quand tu as fait ça, comme moi, neuf ou dix mois de l’année ? (…) Pour toi, c’est comme si la guerre durait toute la vie, avec des permissions… Alors ? Quand on est jeune, on est insouciant, (…). Mais quand on est vieux, ça change ! (p. 118-119, Chapitre 5).
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Par gill, le 26/10/2012
Remorques de
Roger Vercel
Une fois de plus, un signal de détresse a été capté, les conditions de sauvetage ont été posées et acceptées : le remorqueur "Cyclone", capitaine André Renaud, quitte le quai de Brest où il reste amarré sous pression jour et nuit, prêt à partir au premier appel par n'importe quel temps.
Ce soir, l'ouragan rend la mer énorme, destructrice, mais malgré des avaries le "cyclone" poursuit sa route vers le cargo grec "Alexandros". Le prendre en remorque se révèle une tâche ardue, parce que le grec ne s'aide pas et largue même une partie de ses passagers, entre autres la femme du capitaine.
Une remorque casse, la seconde aussi - au large de Sein - et la troisième est maillée juste à temps pour les sauver tous du naufrage. Celle-là, le grec la rompra en vue de Brest afin de ne pas payer la note, car il a réussi à réparer pendant que le "Cyclone" peinait à le tirer d'affaire.
C'est à vous dégoûter du métier, comme la perte du vapeur anglais chargé de carbure qui explose à la sortie suivante, sans compter les ennuis à terre causés par la maladie de sa femme Yvonne, sa compagne de toujours. Pourtant quand on vient l'avertir d'un nouveau SOS, Renaud s'arrache au chevet de sa femme mourante pour répondre à l'appel - ainsi le veut l'impérieuse tradition des gens de mer que Roger Vercel peint admirablement dans ce très beau roman qui a sa place parmi les classiques.
(quatrième de couverture de l'édition de poche parue en 1973)
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Par Villoteau, le 02/09/2012
Capitaine Conan de
Roger Vercel
"Armée de Salonique" ! C’était une injure sur le front français... Pourtant, on a pris le 15 septembre le Sokol, avec des échelles d’assaut, le Sokol, 1.383 mètres à pic... Seulement, allez donc vous en vanter ! Il a un nom de produit
pharmaceutique !
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Par gill, le 22/03/2012
Du Guesclin de
Roger Vercel
Au XIVème siècle, l'énorme bloc sylvestre de Brocéliande, la forêt celtique qui, jadis, sur trente lieues de long, quinze de large, hérissait la rude échine des monts de Bretagne, a été scindé en larges et impénétrables bastions.
Le nom de Brécélien, adouci en Brocéliande par les poètes de la table ronde, ne désigne plus qu'un vaste pan de futaies, l'actuelle forêt de Paimpont, à l'ouest de Rennes.
Brocéliande, dressée jusqu'au XIème siècle entre le sud et le nord de l'Armorique, comme une profonde muraille arborescente, s'ouvrit pour les romains, les francs, les normands, les anglais qui y entrèrent mais n'en sortirent plus. On s'y égarait mortellement ainsi que dans la forêt canadienne.
Les porchers qui la connaissent pour y conduire leurs troupeaux à la glandée y trouvaient souvent des corps aux trois quarts dévorés. Ceux qui avaient échappé au prodigieux fourré racontaient, une fois rentrés chez eux, de lugubres histoires. [...]
Duguesclin s'y jeta à vingt et un ans. Il en sortit à trente-six...
(extrait du quatrième chapitre "Brocéliande")
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Par gill, le 26/10/2012
La fosse aux vents, Tome 1 : Ceux de la Galatée de
Roger Vercel
La "Galatée" était en partance dans le bassin Freycinet n°2. Elle armait pour Iquique (Chili) et San-Francisco. En couple, s'asseyait le "Cambronne" de Nantes et, sur l'avant, le "Houguemont", une grosse barque de Liverpool, s'amarrait à quai.
La "Galatée" n'était plus de première jeunesse, mais sa mâture fine attestait sa race. Près du lourd "Houguemont", taillé pour cogner tête baissée dans la lame, on la sentait faite pour les esquives rapides et les échappées. Même le voisinage du "Cambronne", sorti flambant neuf des chantiers, ne l'humiliait pas.
Le capitaine Le Gac emplissait toujours ses gros yeux de sa soupe au biscuit. Il fallut pour l'en arracher, qu'un petit homme à barbiche lui criât à l'oreille, par-dessus le tapage que concassaient les grues :
"Capitaine, j'apporte le chronomètre."
Le Gac accueillit la nouvelle d'un signe de tête maussade et précéda l'arrivant dans la chambre de veille. L'opticien, avec force précautions, fixa le chronomètre dans son armoire...
(extrait du premier chapitre de l'édition de poche parue en 1975)
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Jean Villemeur de
Roger Vercel
Il sauta dans le parc, saisit un poisson et lui planta, sur les lèvres cornées et froides, deux baisers sonores.
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Remorques de
Roger Vercel
La chaussée de Sein.. Une chaussée, oui, une route d'écume, cahoteuse, large de quatre milles et hérissée de milliers de cailloux noirs. Et là-dedans, les entrelacs incohérents des courants et des remous, une sorte de foisonnement de l'eau, d'enchevêtrements absurdes, de retours , de repentirs.
Quand le nord redevint clair, les brisants surgirent si proches que Renaud en reçut un choc, comme de retrouver présente, au réveil, la menace d'un cauchemar. Un moutonnement furieux y courait, d'est en ouest, et les recouvrait. C'était quelque chose de prodigieusement vivant, une galopade d'avalanches, des crinières démesurées qui s'échevelaient. Les roches parfois pointaient sous l'écume comme des engins difformes crachant à d'extraordinaires hauteurs des explosions tonnantes.
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Par seagull, le 25/11/2011
Romans maritimes de
Roger Vercel
Quatrième de couverture
Cinq romans, deux longues nouvelles (La Clandestine, Rafales), la trilogie de La Fosse aux Vents (qui réunit Ceux de la Galatée, La Peau du Diable et Atalante) font revivre ici un monde disparu et révèlent la puissance et l'authenticité de l'oeuvre maritime de Roger Vercel (1894-1957), prix Goncourt 1934 pour Capitaine Conan. Vercel avait fait l'expérience de l'extrême pendant la guerre. La mer lui fournit le cadre de récits magnifiques où des personnages hors du commun sont confrontés à leur propre faiblesse.
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Par gill, le 26/10/2012
Au large de l'Eden de
Roger Vercel
M. Morel, l'armateur, un vieil homme tout blanc mais très droit et de chair resté ferme, avait dit au capitaine Rochard, en lui serrant la main sur le quai :
- Et alors, voilà ! Ça vaut trois millions...Je n'ai pas lésiné sur l'armement, mais avec votre charbon et votre sel, vous emporterez notre dernier sou à mes gendres et à moi. Si vous ne ramenez pas au moins dix mille quintaux, on n'aura plus qu'à prendre une besace.
En disant cela, il montrait du menton son "Tenax", un cargo transformé pour la grande pêche et qui allait quitter Boulogne, pour le Groenland. On croyait, en effet, que la morue écoeurée par les eaux tièdes de Terre-Neuve, s'était enfuie vers le pôle et qu'on la rencontrerait abondante dans le détroit de Davis.
Les Terre-Neuviers n'étaient point armés pour l'y poursuivre. Seuls deux armateurs, M. Morel et son ami, M. Forée, s'étaient résolus à courir l'aventure neuve avec des moyens puissants...
(extrait du premier chapitre de l'édition de poche parue en 1964)
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