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Par Pasdel, le 21/12/2011
Dojoji et autres nouvelles de
Yukio Mishima
Avant de se coucher, Shinji, assis sur la natte, le buste droit, son sabre posé devant lui, avait fait à sa femme un discours militaire. Une femme qui devient femme de soldat doit savoir que son mari peut mourir à tout moment, et résolument l'accepter. Ce pourrait être demain. Ou le jour d'après. Mais, dit-il, peu importe quand, était-elle absolument ferme dans sa résolution de l'accepter ? Reiko se leva, ouvrit un tiroir du secrétaire et y prit le plus cher de ses nouveaux trésors, le poignard que lui avait donné sa mère. Revenue à sa place, elle posa sans un mot le poignard devant elle, comme son mari avait posé son sabre. Ils se comprirent en silence aussitôt, et le lieutenant ne chercha plus jamais à mettre à l'épreuve la résolution de sa femme.
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Par Pasdel, le 10/12/2011
Dojoji et autres nouvelles de
Yukio Mishima
Mon ennemie, ma rivale, n'était pas Mme Sakurayama. C'était la nature elle-même, mon beau visage, le murmure des bois autour de nous, la gracieuse forme des pins, le bleu du ciel lavé par la pluie. Oui, tout ce qui était sans artifice était l'ennemi de notre amour. Alors il m'a quittée pour se réfugier dans cette armoire, dans un monde recouvert de vernis, privé de fenêtres, éclairé seulement par une ampoule électrique.
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Par Woland, le 03/10/2010
Dojoji et autres nouvelles de
Yukio Mishima
[...] ... "Ayez la bonté de regarder par ici. Nous avons ici quelque chose d'absolument unique, tant en Orient qu'en Occident, aux temps anciens ou aux temps modernes, une armoire dont le caractère transcende tout usage ordinaire. Les objets que nous vous proposons ont tous été, sans exception, créés par des artistes qui n'avaient que mépris pour les basses idées d'utilité, mais ces créations trouvent leur raison d'être dans l'usage, mesdames et messieurs, que vous leur découvrez. Les gens ordinaires se contentent de produits standard. On achète un meuble comme on achète un animal domestique - parce qu'il convient à la situation et qu'on le voit partout. Ce qui explique l'engouement pour tables et chaises de fabrication industrielle, pour les postes de télévision, et les machines à laver.
Mais vous en revanche, mesdames et messieurs, vous avez le goût trop raffiné et trop éloigné de ce qui plaît aux masses, pour même daigner jeter un coup d'oeil à un animal domestique - je suis sûr que vous préféreriez infiniment un animal sauvage. Ce que vous avez aujourd'hui devant vous dépasse tout à fait l'entendement d'un homme ordinaire, et n'étaient la hardiesse et l'élégance de vos goûts, personne n'y ferait attention. Voici, exactement, l'animal sauvage dont nous vous parlions. ... [...]
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Par Aela, le 07/02/2011
Confession d'un masque de
Yukio Mishima
L'averse et le soleil couchant éclaira la pièce. Les yeux et les lèvres de Sonoko luisaient. Sa beauté me décourageait, m'obligeant à me rappeler mon sentiment de faiblesse et d'impuissance. Cette pénible impression donnait à Sonoko un aspect encore plus éphémère à mes yeux.
"Quant à nous, dis-je brusquement, qui sait combien de temps nous vivrons? Supposez qu'il y ait un raid aérien en ce moment même. Sans doute une des bombres tomberait-elle en plein sur nous.
- Ne serait-ce pas merveilleux?"
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Par Florel, le 15/10/2010
Une soif d'amour de
Yukio Mishima
"Une trop longue souffrance rend stupide, mais celui que la souffrance a rendu stupide peut encore connaître la joie."
« Où en es-tu ? Ton bateau est sur le point de sombrer. Et tu n’as pas encore appelé au secours ? Ce bateau, tu l’as cruellement malmené et t’es ainsi privée de port. L’heure est venue où il te faut nager de tes propres forces. Tout ce qui t’attend est la mort. Est-ce là ce que tu souhaites ? »
Seule le souffrance peut ainsi servir d’avertissement. A sa dernière extrémité, son organisme avait tendance à perdre son support mental. Son désespoir était pareil à un mal de tête qui lui martelait le crâne comme s’il allait éclater, pareil à une grosse bille de verre qui, de sa poitrine, remonterait vers sa gorge. « Je n’appellerai jamais au secours », pensa-t-elle.
En dépit de tout, Etsuko avait besoin d’une dure logique. Elle l’aiderait à édifier une assise, qui lui permettrait de se dire heureuse.
Etsuko poursuivait le cours de ses pensées.
« Il me faut tout absorber… il me faut tout absorber les yeux fermés… Cette souffrance, je dois apprendre à la savourer… Le chercheur d’or ne saurait s’attendre à ne trouver que de l’or. Il doit ramasser le sable au hasard au fond de la rivière. Il n’a pas le privilège de savoir à l’avance s’il réussira. Il se peut qu’il n’y ait pas d’or du tout et il se peut qu’il y en ait. Mais une chose est certaine : celui qui ne va pas à le recherche de l’or ne fait jamais fortune. »
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Par Pasdel, le 20/12/2011
Dojoji et autres nouvelles de
Yukio Mishima
Kiyoko : Le ressentiment ! Vous croyez me résumer avec ce seul mot. Ce n'est pas dans ce monde-là que je vis.Quelque chose manquait quelque part, un engrenage, qui aurait permis à la machine de marcher sans accroc, à lui et à moi de nous aimer pour toujours. J'ai découvert l'engrenage qui manquait. C'était mon visage devenu hideux
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Par Woland, le 03/10/2010
Dojoji et autres nouvelles de
Yukio Mishima
[...] ... Le 10 décembre était l'anniversaire de Mme Sasaki, mais comme elle voulait le célébrer le plus discrètement possible, elle n'avait invité chez elle pour prendre le thé que ses amies les plus proches. Se réunirent donc Mmes Yamamoto, Matsumura, Azuma et Kasuga - toutes avaient quarante-trois ans, le même âge que leur hôtesse.
Ces dames faisaient partie pour ainsi dire d'une société secrète : Ne Pas Avouer Son Age, et l'on pouvait implicitement compter qu'elles n'iraient pas raconter combien il y aurait de bougies sur le gâteau. N'avoir convié à son anniversaire que des invitées aussi sûres montrait bien la prudence habituelle de Mme Sasaki.
Pour les recevoir, Mme Sasaki mit une bague ornée d'une perle. Des diamants pour une réunions exclusivement féminine n'auraient pas été du meilleur goût. En outre, les perles allaient mieux avec la couleur de la robe qu'elle portait ce jour-là.
La réception venait juste de commencer, et Mme Sasaki s'était approchée pour vérifier une dernière fois le gâteau, lorsque la perle, mal enchâssée et qui bougeait déjà un peu, finit par échapper et tomber. Ce qui parut un accident de bien mauvais augure pour l'agrément de la réunion, mais il aurait été encore plus embarrassant que tout le monde s'en aperçût, et Mme Sasaki laissa la perle contre le rebord du grand plat qui contenait le gâteau, en décidant de s'en occuper plus tard. ... [...]
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Par Woland, le 03/10/2010
Dojoji et autres nouvelles de
Yukio Mishima
[...] ... Elles virent bientôt s'élever devant elles le pont Miyoshi, le premier des sept ponts qu'elles devaient franchir. Il était curieusement construit en i grec à cause de la fourche que faisait à cet endroit le fleuve. Les bâtiments sinistres de l'Administration centrale du District s'étalaient sur la rive opposée, et le cadran blanc de l'horloge de la tour indiquait une heure inexacte, absurde dans le noir du ciel. Le pont Miyoshi est bordé d'un parapet assez bas, et à chaque angle de la partie centrale, où se rencontrent les trois parties du pont, s'élève un lampadaire à l'ancienne mode d'où retombe un bouquet de lampes électriques. Chaque branche du bouquet porte quatre globes, mais tous n'étaient pas allumés, et ceux qui ne l'étaient pas luisaient d'une blancheur mate sous la lumière de la lune. Des essaims d'insectes voletaient autour des lampes.
L'eau du fleuve était balayée par le clair de lune.
A l'extrémité du pont, juste avant de le franchir, les jeunes femmes, conduites par Koyumi, joignirent les mains pour prier. Une faible lumière s'éteignit dans un petit bâtiment proche, d'où sortit un homme, qui venait sans doute de finir ses heures supplémentaires, et quittait son travail le dernier. Il allait fermer la porte quand il aperçut l'étrange spectacle et s'arrêta. ... [...]
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Par nadejda, le 23/04/2011
Le Pavillon d'or de
Yukio Mishima
La neige donne à tous une humeur juvénile. Et puisque j'allais, moi, sur mes dix -huit ans , pourquoi serait-il inexact d'affirmer que je ressentis alors en moi une sorte d'exceptionnelle et juvénile exaltation ?
Sous sa housse de neige, le Pavillon d'Or était d'une incomparable beauté. Avec ses baies grandes ouvertes qui laissaient entrer les bourrasques, ses fins piliers alignés côte à côte, il avait, dans sa nudité même, quelque chose de tonique et de purifiant.
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Par bluelynxs, le 13/09/2010
Le Pavillon d'or de
Yukio Mishima
"Regarde derrière, regarde dehors : si nous nous rencontrons, tue sur l'heure!..."
Oui, c'était la première ligne du passage fameux du chapitre de l'Éclairement populaire, dans le Rinzairoku : la suite coula d'elle-même :
"Si tu croises le Bouddha, tue le Bouddha! Si tu croises ton ancêtre, tue ton ancêtre! Si tu croises un disciple du Bouddha, tue le disciple du Bouddha! Si tu croises tes pères et mères, tue père et mère! Si tu croises ton parent, tue ton parent! Alors seulement tu trouveras la Délivrance. Alors seulement tu esquiveras l'entrave des choses, et tu seras libre..."
Ces mots m'arrachèrent à l'impuissance où j'avais sombré. D'un seul coup, je sentis dans tout mon être une surabondance d'énergie. Une partie de moi s'obstinait bien à me répéter que ce que j'allais faire était maintenant sans utilité : ma force neuve ne redoutait pas cette inutilité. Parce que c'était inutile, je me devais d'agir.
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