> Marc Mécréant (Traducteur)

ISBN : 2070366499
Éditeur : Gallimard (1975)


Note moyenne : 3.95/5 (sur 62 notes) Ajouter à mes livres
Que la Beauté puisse exister et le jeune moine s'en trouverait irrémédiablement exclu. Mais la soudaine et commune fragilité qui l'unit au Pavillon d'Or, alors que retentit au loin le bruit des bombes, scelle son destin au temple sacré. La qu... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par nadejda, le 23 avril 2011

    nadejda
    Premier livre de Mishima dans lequel je me plonge et ceci suite à ma lecture du très beau livre de Laszlo Krasznahorkai «Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par les chemins, à l’est par un cours d’eau». J'avais lu ce livre, dans un premier temps, sans me préoccuper des références à la littérature et la civilisation japonaises.
    L.Krasznahorkai y fait indirectement allusion à plusieurs temples de Kyoto et les réunit en un seul temple où se trouve un jardin inoubliable. En le reprenant j'ai eu envie d'en savoir plus. J'aime qu'un livre me renvoie vers un ou plusieurs autres, j'ai l'impression de partir pour un long voyage de découverte, à l'aventure.
    Concernant Le Pavillon d'or, j'ai d'abord été contempler quelques magnifiques photos et appris, par l'un des commentaires, qu'en 1950 un moine de ce temple y a mis le feu et que ce fait divers avait servi de base à Mishima pour son roman «Le Pavillon d'or».
    Je ressors de ma lecture fascinée par la beauté de ce texte, beauté poétique, érotique et perverse offrant le même contraste que ces ciels noirs où un orage se prépare, éclairés et magnifiés par le soleil avant de l'engloutir.
    Son père, sentant sa fin proche, va présenter son fils Mizoguchi au prieur du temple du «Pavillon d'Or» avec lequel il est ami. Ce temple, Mizoguchi en a rêvé, l'a sublimé : 
« Pareil à la lune dans le ciel nocturne, Le Pavillon d'or avait été édifié comme un symbole des temps de ténèbres....Le Pavillon d'or m'apparaissait comme un magnifique navire franchissant l'océan des âges....Le Pavillon d'or nous arrivait du fond d'une nuit immense, une traversée dont on ne pouvait prévoir la fin. Pendant le jour, l'étrange vaisseau jetait l'ancre avec un air d'innocence, se soumettant aux regards curieux de la multitude ; mais la nuit venue, puisant dans les ténèbres d'alentour une force neuve, il enflait son toit comme une voile et gagnait le large.»
    Et quand il y entre comme novice après le décès du père, le «Pavillon d'or» le pénètre de sa beauté «Quand je levais la tête vers Le Pavillon d'or, ce n'est pas seulement par les yeux qu'il pénétrait en moi, mais aussi, semblait-il, par le crâne. de la même façon qu'en plein soleil ce crâne devenait brûlant, ou était instantanément rafraîchi par la brise du soir.»
Si «Le Pavillon d'or» devient pour lui la personnification de la beauté , son existence lui est un affront à lui le bègue qui se sent si laid, si indigne d'un regard. Elle vient s'interposer entre lui et le monde, entre lui et ses rencontres féminines. Il veut aussi dérober cette beauté au yeux du monde. Ce qui, après un long cheminement complexe, entraînera le geste final.
    Des scènes sont inoubliables en particulier celle de cette belle jeune femme qu'il entrevoit lorsque, en compagnie de son ami lumineux Tsurukawa, ils se rendent au Nanzenji, autre temple de la secte Rinzaï, proche du Pavillon d'Or : "Sans rien changer à sa pose parfaitement protocolaire, la femme, tout à coup, ouvrit le col de son kimono. Mon oreille percevait presque le crissement de la soie frottée par l'envers raide de la ceinture. Deux seins de neige apparurent. Je retins mon souffle. Elle prit dans ses mains l'une des blanches et opulentes mamelles et je crus voir qu'elle se mettait à la pétrir. L'officier, toujours agenouillé devant sa compagne, tendit la tasse d'un noir profond.
    Sans prétendre l'avoir , à la lettre, vu, j'eus du moins la sensation nette, comme si cela se fût déroulé sous mes yeux, du lait blanc et tiède giclant dans le thé dont l'écume verdâtre emplissait la tasse sombre - s'y apaisant bientôt en ne laissant plus traîner à la surface que de petites tâches - , de la face tranquille du breuvage troublé par la mousse laiteuse".p95
    Mizoguchi retrouvera dans d'autres circonstances cette femme et ce beau souvenir en sera terni.
    La nature est omniprésente, dans des descriptions minutieuses et émouvantes. Présence aussi, menaçante, en bruit de fond, des bombardements américains qui annoncent la fin du Japon traditionnel. Il y a une multitude de facettes dans ce beau livre qui appellent d'autres lectures.
    Et cette lecture du Pavillon d'Or, loin de diminuer la beauté du livre de Laszlo Krasznahorkai qui m'y a conduit l'épaule et forme un pont qui permet d'aller de l'un à l'autre.
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  • Par mksabir, le 18 octobre 2010

    mksabir
    Yukio Mishima, figure nietzschéenne par excellence, a voulu écrire comme il vit et vivre comme il pense.
    Pour saisir l'œuvre, il faut d'abord comprendre l'homme. Quand Heidegger enseignait Aristote à ses étudiants, en faisant la biographie du Stagirite, disait seulement ceci : il est né, il a vécu et il est mort. Si la vie d'Aristote était dépouillée d'événements manquants, on ne peut en dire autant de Kimitake Hiraoka, celui-là même qui choisira le pseudonyme de Yukio Mishima.
    Déjà, ce premier fait est marquant, puisqu'en prenant un pseudonyme un écrivain se dédouble, se crée une sorte de doppelgänger. Mais Mishima se refuse à cohabiter avec son double originel ; pas de concessions chez lui, il élève sa vie en œuvre d'art, dès lors, sa vie d'artiste sera indissociable de celle de sa vie d'homme, la première n'étant qu'une sorte de préface à la deuxième.
    Toute son œuvre fait la part belle au couple Eros-Thanatos ; en ce sens, on peut le comparer à un Georges Bataille… avec le panache en plus.
    Faisons un saut de quatre décennies et arrivons à sa mort, sa mort qui le rend immortel. Il meurt de la même manière qu'il a vécu, en se mettant en scène. Il se fait seppuku après un putsch manqué contre une base militaire. Putsch manqué mais effet réussi. Car ce qui lui importait ce n'était pas tant de rendre sa dignité à l'empereur du Japon – cela n'était qu'un prétexte – mais de se posséder lui-même. D'être l'auteur de sa propre vie et non pas un simple personnage oblomoviste comme s'en contentent le commun des mortels.
    Arrivons-en maintenant à ce chef-d'œuvre de la littérature mondiale et, à mon sens, le plus grand roman du vingtième siècle (j'entends déjà crier certains au scandale… Quid en effet de Ulysses de Joyce ou encore du Voyage au bout de la nuit de Céline ? Mais ceux-là ne se sont livrés qu'à un exercice de style, certes grandiose, mais un exercice tout de même. Mishima, lui, dans ce livre, comme dans les autres, s'est posé en véritable artiste, et a tenté, non sans succès, d'exorciser l'angoisse liée à la connaissance que l'on va mourir).
    C'est l'histoire d'un jeune moine qui décide (ce mot est important, car contrairement à l'impression que l'on pourrait avoir à la lecture du livre, il n'est pas « possédé » par une puissance supérieure qui lui dicte ses actes ; à l'instar de l'auteur, il PENSE- en effet, le roman est jalonné de kōan, sorte de courtes phrases absurdes et paradoxales qui sont censées conduire jusqu'à l'éveil) d'incendier le temple de Kinkaku-ji de Kyoto.
    La raison d'un tel geste ?
    le temple était trop beau.
    Lisez… et vibrez.
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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 24 décembre 2007

    Woland
    De son vrai nom Kimitake Hiraoka, Yukio Mishima demeure comme l'un des plus grands et des plus sulfureux auteurs japonais de l'Après-guerre. Grand, il le fut par la sensibilité et la fluidité d'un style qui, dans sa "Mer de la Fertilité", n'est pas loin de charrier la Poésie à l'état pur. Quant au souffre de sa réputation, il est dû essentiellement à ses opinions politiques on ne peut plus nationalistes et fortement opposées au modernisme.
    L'homosexualité, l'étroite liaison qu'ont toujours entretenue Eros et Thanatos, le pessimisme le plus amer et le plus raffiné, la nostalgie de la tradition des samouraïs et du Japon impérial ainsi qu'une fascination dévorante pour l'auto-destruction, voilà les piliers sur lesquels repose, et solidement, l'oeuvre de l'auteur japonais.
    Dans cette oeuvre, mieux vaut pénétrer par les "Confessions d'un Masque", récit sobre et poignant de la découverte par le héros de son homosexualité.
    Et mieux vaut sans doute réserver pour la fin - bien que cet ouvrage ne soit pas le dernier que rédigea l'écrivain - le pervers et désespéré "Pavillon d'Or."
    A l'origine du "Pavillon d'Or", un fait divers : l'incendie de l'un des plus vieux et des plus vénérés temples shintoïstes de Kyôto, qui donne d'ailleurs son nom au livre. L'auteur en est un bonze novice de 21 ans qui dira avoir agi par haine de la Beauté.
    Cette histoire, Mishima va la retravailler avec autant de patience et de perfectionnisme qu'il en a mis jadis, lui, l'enfant malingre et chétif, à sculpter son propre corps en un désir de surcompensation qui n'est pas sans rappeler lord Byron. D'emblée, il se place dans la peau du futur pyromane, un garçon laid et bègue, qui voue à son père disparu autant d'admiration qu'il porte de mépris, voire de haine à sa mère. Et le héros, Mizogushi, à son tour, va disposer de deux "doubles" : l'un, positif, le clair Tsurukawa qui, pourtant, finira lui aussi par se suicider après une déception amoureuse ; l'autre, négatif, le cynique Kashigawi dont les deux pieds bots évoquent irrésistiblement au lecteur occidental le Méphistophélès de la légende faustienne.
    Au centre de ce trouble univers, Le Pavillon d'or où Mizogushi et Tsurukawa sont novices et qui, lui aussi, possède un "double" dans la cervelle complexe du premier, un double qui symbolise à la fois la Beauté suprême et, vraisemblablement aussi, l'Homosexualité larvée du narrateur. Il est en effet étrange de constater que celui-ci ne peut avoir de relation sexuelle avec une femme que lorsqu'il a pris la décision de renoncer à tout et d'incendier Le Pavillon d'or. (Encore cette relation est-elle fort loin de la volupté qu'il imaginait ...)
    Et, en filigrane, la Chair, toujours à la limite de la Perversion et de la Décomposition. Car Mishima, que fascinait tant la Beauté et surtout celle du corps masculin, souhaita sans doute toute sa vie s'en libérer à jamais.
    Un roman où l'introspection frôle parfois l'intolérable tant l'on sent, au-delà le personnage fictif de Mizogushi, les coups dont se flagelle - non sans volupté - Mishima lui-même. Un roman envoûtant mais étouffant et absolument dénué de tout espoir. Un roman fidèle à son auteur qui, après avoir tenté un putsch militaire en novembre 1970, demanda à un proche de l'assister dans son seppuku.
    Yukio Mishima était enfin libéré : il avait tout juste 45 ans.
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    • Livres 5.00/5
    Par steffane28, le 19 juin 2011

    steffane28
    Désir, mort, érotisme, mal, beauté, amour : tous les grands thèmes sont réunis pour faire du roman de Mishima un chef d'oeuvre; et c'en est un. S'inspirant d'un fait réel, Mishima met en scène par une focalisation interne un jeune japonais, laid et bègue, voué à devenir le prieur du Pavillon d'Or, un temple zen à la beauté parfaite. Cette beauté devient vite un obstacle pour le héros, sans cesse renvoyé à sa laideur et à son infirmité; elle l'empêche de vivre et le rend même impuissant. Il prend alors conscience que son seul moyen d'entrer dans la vie est de détruire Le Pavillon d'or.
    Il n'est pas facile d'entrer dans ce roman, tant il nous plonge d'emblée dans la psychologie complexe du héros. Mais après quelques pages, on est envoûté par ces pages, où se mêlent des réflexions sur le sens de la vie, l'art, le désir, et de magnifiques descriptions du paysage, qui sont souvent le reflet de l'esprit torturé du héros.
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    • Livres 4.00/5
    Par Florel, le 03 juin 2011

    Florel
    NB : Cet avis est loin d'être parfait (comme toujours d'ailleurs), mais expliquer par écrit un tel livre c'est presque impossible, il est tellement riche que curieusement pour le coup je dois avouer que j'y arriverais mieux en parlant.

    Voilà un livre très beau, que j'ai eu grand plaisir à lire. Même si on connaît d'avance la fin du Pavillon d'or, l'histoire romancée ou presque, de ce jeune homme handicapé par son bégaiement, que le monde a souvent refusé, mais qui s'est aussi refusé au monde, est touchante et singulière. Mizoguchi, personnage ambiguë, un peu influençable, obsédé par Le Pavillon d'or et sa vision de la beauté, m'a je peux le dire, éblouie par sa personnalité. Qui est plus ou moins froide, tantôt torturée, tantôt impassible, calculatrice, mauvaise, mais aussi proche de la beauté.
    Cependant malgré le fait que ce livre se concentre sur ce personnage, deux autres protagonistes m'ont aussi titillé, Tsurukawa et Kashiwagi. le premier par sa lumière, ou plutôt sa soit disant lumière qu'il dégage, et la leçon que finalement il expose. Rien ne paraît être ce qu'il paraît. Puis le second pour son air et ses paroles blasés, son bon sens qu'il fait montre par moment, mais aussi pour sa noirceur. D'ailleurs ce dernier et Mizoguchi s'assemblent plutôt bien je trouve.
    Toutefois les méandres du personnage principal, et le portrait des deux autres n'est pas le seul point captivant de ce bouquin. La pavillon d'or, est lui aussi prenant. Il ne m'a pas hanté autant que Mizoguchi, mais je dois admettre qu'il dégage une atmosphère et une beauté mystérieuse qui m'a fasciné tout du long. Même si sa découverte... (suite sur le blog)

    Lien : http://voyagelivresque.canalblog.com/archives/2011/06/03/21305234.html
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Citations et extraits

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  • Par bluelynxs, le 13 septembre 2010

    "Regarde derrière, regarde dehors : si nous nous rencontrons, tue sur l'heure!..."
    Oui, c'était la première ligne du passage fameux du chapitre de l'Éclairement populaire, dans le Rinzairoku : la suite coula d'elle-même :
    "Si tu croises le Bouddha, tue le Bouddha! Si tu croises ton ancêtre, tue ton ancêtre! Si tu croises un disciple du Bouddha, tue le disciple du Bouddha! Si tu croises tes pères et mères, tue père et mère! Si tu croises ton parent, tue ton parent! Alors seulement tu trouveras la Délivrance. Alors seulement tu esquiveras l'entrave des choses, et tu seras libre..."
    Ces mots m'arrachèrent à l'impuissance où j'avais sombré. D'un seul coup, je sentis dans tout mon être une surabondance d'énergie. Une partie de moi s'obstinait bien à me répéter que ce que j'allais faire était maintenant sans utilité : ma force neuve ne redoutait pas cette inutilité. Parce que c'était inutile, je me devais d'agir.
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  • Par nadejda, le 23 avril 2011

    La neige donne à tous une humeur juvénile. Et puisque j'allais, moi, sur mes dix -huit ans , pourquoi serait-il inexact d'affirmer que je ressentis alors en moi une sorte d'exceptionnelle et juvénile exaltation ?
    Sous sa housse de neige, le Pavillon d'Or était d'une incomparable beauté. Avec ses baies grandes ouvertes qui laissaient entrer les bourrasques, ses fins piliers alignés côte à côte, il avait, dans sa nudité même, quelque chose de tonique et de purifiant.
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  • Par neimad6891, le 21 mars 2011

    la forêt se mit à bruire. Aux abords de l'étang, les branches agitées se heurtèrent. Dans le ciel de nuit, le bel indigo paisible avait fait place à un gris roux épais et trouble. Par delà le bavardage nullement atténué des insectes, arrivait , encore amorti ,du bout de l'horizon, et comme duvetant le paysage, le sifflement chargé de mystère.
    Je regardais les nuages passer en foule devant la lune. L'un après l'autre, ils surgissaient, comme des bataillons de derrières les collines d'en face, montant du sud à l'assaut du nord. Il y en avait de compacts; il y en avait de légers. Il y en avait d'immenses, il y avait sans nombre, des avortons de nuages. Tous glissait devant la lune, survolaient le toit du Pavillon d'or, puis toujours galopant, disparaissaient vers le nord où semblait les appeler quelque importante affaire.
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  • Par nadejda, le 23 avril 2011

    ... je m'amusai, dans un champ, derrière les cuisines, à observer le manège d'une abeille autour de la petite roue jaune d'un chrysanthème d'été. Traversant l'océan de clarté dans un vrombissement de ses ailes d'or, elle fit choix, entre mille, d'une fleur devant laquelle elle s'agita un moment, perplexe. J'essayai de voir les choses comme elle devait les voir. Le chrysantème déployait ses pétales jaunes, classiques, sans défaut. D'un Pavillon d'Or en miniature, il avait la beauté, la perfection ; mais il ne se changeait pas en Pavillon d'Or! Il restait, lui, une simple fleur de chrysanthème! Oui, un chrysanthème pris dans son galbe définitif, une fleur et rien de plus, une forme vide de toute suggestion métaphysique. Ainsi respectant les lois de l'existence, il débordait de séduction, mué en la forme même que le désir de l'abeille appelait. Le troublant mystère, que de le voir ainsi palpiter, tapi dans sa forme d'objet offert à ce désir amorphe, ailé, fluide, toujours en mouvement! Par degré, il perdit de sa densité, parut au bord de l'écroulement, fut agité de frissons et de tremblements.
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  • Par nadejda, le 23 avril 2011

    En face du désir, je me fis pareil au vent : invisible mais voyant tout, allant au but par approches délicates, le couvrant d'une égale caresse, s'insinuant pour finir dans son plus intime secret... Si je dis que ma chair prit conscience d'elle-même, tu vas sans doute imaginer quelque chose ayant trait à un objet massif, opaque, solide. Ce n'était pas du tout cela. Pour moi, me réaliser en tant que corps singulier, en tant que désir singulier, cela signifiait devenir transparent, invisible --- bref, pareil au vent.
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