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Par emmyne, le 29/01/2012
Haikus de
Natsumé Soseki
Loin du monde
Mon coeur est libre
Journée de printemps
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Par emmyne, le 29/01/2012
Haikus de
Natsumé Soseki
Nostalgie m'enveloppe
Pour le temps poétique
Robe de papier
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Oreiller d'herbes de
Natsumé Soseki
Si l'on songe que c'est la terre que l'on foule, on finit par veiller à ce qu'elle ne s'entrouvre pas. Il suffit de penser que le ciel nous surplombe pour craindre que la foudre ne s'abatte sur nous. La société exige que l'on affronte les autres pour sauver son honneur, si bien que l'on n'échappe pas aux souffrances du monde d'ici-bas. Pour quiconque vit sur la terre orientée par l'est et par l'ouest et doit marcher sur la corde raide des avantages et des désavantages, vain est l'amour. La richesse qui s'offre à vos yeux n'est que fange. [...] Ce qu'on appelle le plaisir se produit par arrachement aux choses et implique toutes sortes de peines : seuls les poètes et les peintres atteignent la pureté absolue en saisissant sans détour l'essence de ce monde d'oppositions. Ils savourent la brume, s'abreuvent de rosée, ils apprécient le pourpre et ils discutent l'incarnat, sans jamais se plaindre d'en mourir. Leur plaisir ne s'attache pas aux choses. Ils s'assimilent à elles et deviennent eux-mêmes ces choses. Et lorsqu'ils s'y sont totalement identifiés, ils ne trouvent plus d'espace pour y ériger leur soi, dussent-ils passer au crible le vaste monde.
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Oreiller d'herbes de
Natsumé Soseki
Assis seul en silence
J'aperçois une lueur au fond de mon cœur
Il se passe trop de choses chez les hommes
Comment pourrais-je oublier ce monde intérieur ?
J'ai par hasard obtenu une journée de sérénité
J'ai compris cent ans d'agitation
Où pourrais-je garder cette nostalgie lointaine ?
Sinon dans le ciel vaste où règnent les nuages blancs
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Oreiller d'herbes de
Natsumé Soseki
La civilisation, de nos jours, consiste à offrir quelques mètres carrés de terrain à chacun et à dire: "Faites ce que vous voulez sur ce terrain, que vous dormiez ou que vous restiez éveillé". Elle entoure de grillages ces quelques mètres carrés en vous interdisant, sous la menace, de faire un pas de plus, mais il est normal que ceux qui jouissaient de la liberté sur ces quelques mètres carrés désirent en jouir aussi au-delà de ces grillages. Les malheureux habitants de ces pays civilisés, du matin au soir, aboient en s'agrippant aux grillages. La civilisation, après avoir fait de chaque individu un tigre féroce en lui rendant la liberté, maintient la paix civile en le jetant dans une cage. Cette paix n'est pas la paix véritable. C'est celle d'un tigre au zoo, qui fixe les visiteurs, le corps tapi. Il suffirait qu'une seule barre de la cage cédât... et le monde serait sans dessus dessous.
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Je suis un chat de
Natsumé Soseki
On dit que selon un livre appelé Bible ou quelque chose de ce genre, la creation procède de dieu, et qu'ainsi l'homme est également une créature de Dieu. L'homme a donc accumulé ses observations pendant plusieurs millénaires et en même temps qu'il a tendance à trouver du mystère et de l'émerveillement partout, il est de plus en plus enclin à reconnaître l'omniscience et l'omnipotence de Dieu. La raison en est qu'il y a des foules et des masses d'hommes en ce monde, mais il n'y a pas deux qui aient le même visage. Les composants d'un visage sont bien sûr limités, et les dimenssions en sont à peu près les mêmes partout. En d'autres termes, tous les hommes sont faits des mêmes ingrédients, mais le résultat n'est identique nulle part. On ne peut qu'admirer la technique du Créateur qui peut imaginer tant de visages différents avec d'aussi simples matériaux. Cette énorme variété ne peut s'expliquer que par une imagination très originale. Si on considère qu'un peintre, durant toute sa vie, ne pourrait composer en y mettant tous ses efforts que douze ou treize sortes de visages différents, on ne peut s'empêcher d'admirer l'adresse extraordinaire du Créateur qui a entrepris seul la réalisation des hommes. C'est une technique qu'on ne peut en aucun cas trouver dans les sociétés humaines, et on peut sans inconvénient la tenir pour toute-puissante. Sur ce point, l'homme semble se faire petit devant Dieu, et si on se met à sa place, on comprend sa modestie. Toutefois, du point de vue d'un chat, ces faits eux-mêmes peuvent être interprétés omme une preuve de l'incompétence de Dieu. On peut affirmer que s'il n'est pas totalement incompétent, il n'est certainement pas supérieur à l'homme en ce domaine. Car on peut en effet dire que Dieu a créé autant de visages que d'hommes, mais cette infinie diversité faisait-elle partie de son idée de la création, ou bien a-t-il commencé sa création en voulant faire tous les visages identiques, et cela s'est-il soldé par un échec à chaque essai, produisant ainsi la confusion actuelle? Personne n'en sait rien. Si on peut considérer la création de tous ces visages comme un monument du succès de Dieu, ne peut-on pas également penser qu'elle représente les ruines de son échec? Ainsi, il est légitime de parler de toute-puissance, mais rien n'empêche de porter au contraire un jugement d'incapacité.
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Botchan de
Natsumé Soseki
Pour moi, je suis un peu faible du cerveau et je ne comprenais pas très bien ce que voulait dire le Blaireau. Si un professeur de collège ne devait pas fréquenter de boutiques où l'on sert des nouilles ou des boulettes de riz, je me disais que cette fonction ne convenait absolument pas à un gourmand invétéré de ma sorte. Que cette particularité fut attachée à ce travail, admettons... mais dans ce cas, ne vaudrait-il pas mieux spécifier d'entrée de jeu que le collège recherchait une personne détestant les nouilles et les boulettes de riz?
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Je suis un chat de
Natsumé Soseki
Ces temps derniers, je me suis mis à faire un peu d'exercice. D'aucuns vont immédiatement m'assommer de sarcasmes:"Qu'est-ce que ce chat se croit pour prétendre qu'il fait de l'exercice?" À ceux-là, je voudrais faire remarquer que jusqu'à une époque récente ils ne comprenaient rien eux-mêmes à l'exercice ou au sport, et qu'ils estimaient que manger et dormir était l'essentiel de leur destinée. Auraient-ils oublié qu'ils passaient leur vie les bras croisés sans arriver à arracher leur fesses à moitié pourries de leur coussin, sous prétexte que l'homme éclairé est celui qui a atteint l'état d'inaction parfaite, et tout cela en assurant d'un air hautain que c'était pour l'honneur de leur maître? Maintenant on nous assène de toutes parts des recommandations stupides telles que: " Prenez de l'exercice, buvez du lait, douchez-vous à l'eau froide, prenez des bains de mer, allez humez les brumes de la montagne quand l'été est chaud." C'est une maladie nouvelle qui s'est propagée de l'occident vers notre Pays des Dieux, et on doit la considérer au même titre que la peste, la tuberculose ou la neurasthénie. Certes, étant né l'année dernière seulement, je n'ai qu'un an et je ne peux avoir aucun souvenir du temps où les hommes ont été frappés par cette maladie. De plus, cela a dû se passer avant que mon existence se précise dans les régions éthérées de ce monde éphémère, mais on peut considérer qu'un ans de la vie d'un chat correspond à dix de la lie d'un homme. Notre vie est deux à trois fois plus brève que celle des hommes, mais si on tient compte qu'un chat peut s'accomplir parfaitement durant ce court laps de temps, on voit qu'il y a erreur sérieuse à estimer de la même façon la vie d'un homme et celle d'un chat. Je n'en veux pour preuve que cette faculté de raisonnement que je possède alors que j'ai à peine un an et quelques mois. La troisième fille de mon maître a trois ans, paraît-il, et son développement intellectuel est d'une lourdeur que je n'arrive pas à qualifier. Elle ne sait rien faire d'autre que pleurer, mouiller son lit et téter sa mère. Je suis hors de toute comparaison avec elle, moi qui déplore déjà l'état de ce monde et m'insurge contre les tendances de notre temps. Il n'y a donc rien de surprenant à ce que j'aie assimilé l'histoire de la gymnastique, des bains de mer et de la thérapeutique du changement d'air. Et s'il se trouve quelqu'un pour être surpris, ce ne peut-être qu'un homme, le stupide infirme à deux pattes.
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Choses dont je me souviens de
Natsumé Soseki
En fin de compte, à supposer qu'on ait réussi à composer un haiku ou un poème de qualité, la joie qu'en retire l'intéressé se résume à recevoir quelques remarques favorables de personnes aux goûts semblables, réputation flatteuse qui, une fois retranchée, ne laisse subsister qu'angoisse et souffrance.
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Oreiller d'herbes de
Natsumé Soseki
C'est ici que la nature est chose précieuse. S'il le faut, elle peut se montrer impitoyable et cruelle, mais elle n'a nullement la légèreté de changer d'attitude selon la personnalité de chacun. Beaucoup de gens se moquent des grandes compagnies. Mais seule la nature serait capable d'ignorer calmement l'autorité de tous les rois. La vertu de la nature dépasse de très loin ce monde de poussière et instaure une impartialité absolue en toutes choses.