-
Par andman, le 22/03/2013
La Clef : La Confession impudique de
Junichirô Tanizaki
Une moitié de moi-même déteste violemment mon mari, mais une autre l'aime tout aussi violemment. Nous ne sommes en réalité pas faits pour nous entendre, mais je ne suis pas pour autant disposée à aimer quelqu'un d'autre. Je suis engluée dans de vieux idéaux de fidélité, et par nature incapable de les transgresser. Certes, cette façon perverse et insistante de me caresser m'est insupportable, mais, d'un autre côté, comme il est évident qu'il m'aime à la folie, je me sentirais coupable de ne pas le récompenser d'une manière ou d'une autre.
> lire la suite
-
Par ster, le 11/05/2011
L'éloge de l'ombre de
Junichirô Tanizaki
Avez-vous jamais,vous qui me lisez, vu "la couleur des ténèbres à la lueur d'une flamme"? Elles sont faites d'une autre matière que celles des ténèbres de la nuit sur une route, et si je puis risquer une comparaison, elles paraissent faites de corpuscules comme d'une cendre ténue, dont chaque parcelle resplendirait de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel.
-
Par Malaura, le 17/12/2011
Le Coupeur de roseaux de
Junichirô Tanizaki
Sans doute n'es-tu pas encore capable de ressentir toute la mélancolie de cette nuit d'automne...mais un jour tu comprendras.
-
Par andman, le 22/03/2013
La Clef : La Confession impudique de
Junichirô Tanizaki
Je ne suis pas dépourvue de passion, mais, dans mon cas, elle est de nature a se concentrer au plus profond de moi-même, elle ne s'extériorise pas. Si je me contrains à l'extérioriser, alors elle disparaît à cet instant même. Mon mari refuse de comprendre que ma passion est comme une braise, qu'elle ne s'enflamme pas.
-
Par ster, le 11/05/2011
L'éloge de l'ombre de
Junichirô Tanizaki
[...] à un éclat superficiel et glacé, nous avons toujours préféré les reflets profonds, un peu voilés; soit, dans les pierres naturelles aussi bien que dans les matières artificielles, ce brillant légèrement altéré qui évoque irrésistiblement les effets du temps. "Effets du temps", voilà certes qui sonne bien mais, à vrai dire, c'est le brillant que produit la crasse des mains. Les Chinois ont un mot pour cela, "le lustre de la main"; les Japonais disent l'"usure" : le contact des mains au cours d'un long usage, leur frottement, toujours pratiqué aux mêmes endroits,produit avec le temps une imprégnation grasse; en d'autres termes , ce lustre est donc bien la crasse des mains.
[...] Contrairement aux Occidentaux qui s'efforcent d'éliminer radicalement tout ce qui ressemble à une souillure, les Extrême-Orientaux la conservent précieusement, et telle quelle, pour en faire un ingrédient du beau.
> lire la suite
-
Par Woland, le 05/05/2010
Quatre Soeurs de
Junichirô Tanizaki
[...] ... Quand ils étaient entrés dans le hall [du restaurant], Satchiko et son mari avaient remarqué, assis seul, un monsieur qu'ils reconnurent pour le personnage de la photo. Il écrasa nerveusement dans le cendrier la cigarette qu'il avait commencé de fumer, et se leva. Il était plus râblé qu'ils ne le supposaient, il avait l'air plus solide, mais, ainsi que Satchiko le craignait, il paraissait plus âgé que sur sa photo ; son visage était terne, couvert de petites rides, il avait l'air d'un vieux mal tenu. On n'avait pas pu en juger d'après sa photo mais, s'il n'était pas chauve, ses cheveux étaient plus qu'à moitié blancs, rares, hérissés, mal peignés. Bien qu'il ne fût que de deux ans plus âgé que Teinosuke, il paraissait dix ans de plus que lui [ce qui revient à dire qu'il fait largement cinquante ans.] Comme Yukiko en revanche avait l'air de sept à huit ans plus jeune que son âge réel, on les aurait pris tous deux pour le père et la fille. Satchiko se sentait coupable d'avoir entraîné sa soeur dans cette entrevue. Les présentations terminées, les six personnes se réunirent sans façons autour d'une table pour boire du thé. La conversation s'établit mal ; il y eut, de temps en temps, des silences ; Nomura [le candidat au mariage] était difficile à pénétrer. Le ménage Jimba, qui faisait office d'intermédiaire, aurait dû intervenir mais ils paraissaient gênés vis-à-vis de Nomura ; ils se sentaient raides devant lui. Sans doute Jimba devait-il témoigner du respect au cousin de Hamada, son vieux bienfaiteur, mais ce sentiment semblait dépasser l'obséquosité. D'ordinaire, Teinosuke et sa femme entretenaient habilement une conversation languissante, mais aujourd'hui, Satchiko manquait d'entrain, et Teinosuke, sous l'influence de sa femme, était taciturne. [Tous deux sont préoccupés car Satchiko relève d'une fausse couche.] ... [...]
> lire la suite
-
L'éloge de l'ombre de
Junichirô Tanizaki
Je crois que le beau n'est pas une substance en soi, mais rien qu'un dessin d'ombres, qu'un jeu de clair-obscur produit par la juxtaposition de substances diverses.
-
Par ster, le 11/05/2011
L'éloge de l'ombre de
Junichirô Tanizaki
Le bol de laque au contraire, lorsque vous le découvrez, vous donne, jusqu'à ce que vous le portiez à la bouche, le plaisir de contempler, dans ses profondeurs obscures, un liquide dont la couleur se distingue à peine de celle du contenant et qui stagne, silencieux, dans le fond. Impossible de discerner ce qui se trouve dans les ténèbres du bol, mais votre main perçoit une lente oscillation fluide, une légère exsudation qui recouvre les bords du bol, vous apprend qu'une vapeur s'en dégage, et le parfum que véhicule cette vapeur vous offre un subtil avant-goût de la saveur du liquide, avant-même que vous en emplissiez votre bouche. Quelle jouissance dans cet instant, combien différente de ce que l'on éprouve dans une assiette plate et blanchâtre de style occidental ! Il est à peine exagéré d'affirmer qu'elle est de nature mystique, avec même un petit goût zennique.
> lire la suite
-
Par Woland, le 07/11/2010
Le pont flottant des songes de
Junichirô Tanizaki
[...] ... "Je ne sais pas ce que tu penses de la personne qui est venue jouer du koto mais, après mûre réflexion, en songeant aussi bien à ton avenir qu'au mien, j'aimerais qu'elle m'épouse et vienne habiter avec nous. Tu vas bientôt entrer en troisième année [grosso modo, correspond au CE2 français], alors j'aimerais que tu essaies de bien comprendre ce que je dis. Comme tu le sais, personne ne m'était plus cher que ta maman qui est morte. Si elle était là, bien en vie, ton papa n'aurait besoin de rien de plus. Après que ta maman nous eut quittés de la sorte, je suis resté longtemps sans vraiment savoir ce qu'il serait bon de faire jusqu'à ce que, par hasard, je fasse la connaissance de cette jeune femme. Je crois que tu ne te souviens pas clairement du visage de ta maman, mais je t'assure que tu comprendras un jour que, sur de nombreux plans, cette personne lui ressemble. Quand je parle de ressemblance, je ne veux pas dire être le portrait vivant de l'autre parce que ça, il ne faut pas s'attendre à le trouver chez les hommes - sauf pour les jumeaux ou des cas de ce genre. Non, ressembler à quelqu'un, ce n'est pas cela ! Mais si tu regardes l'expression de son visage, sa manière de parler, de se tenir, et cette nature, douce certes, mais aussi sereine et profonde, alors sur tous ces plans-là, tu verras combien elle ressemble à ta maman. Tu sais, ton papa n'aurait jamais songé à se remarier s'il n'avait rencontré quelqu'un comme elle ! C'est précisément parce qu'une telle personne existe que j'ai pu désirer le faire. Qui sait, c'est peut-être maman qui, pensant à ton avenir et à celui de ton papa, a fait en sorte que cette rencontre se produise ! Si cette personne acceptait de vivre dorénavant avec nous, combien cela t'aiderait à grandir ! De plus, comme nous avons maintenant commémoré le troisième anniversaire ( 1 ) de la disparition de maman, je pense que le moment serait bien choisi. Dis, Tadasu, tu comprends bien ce que je veux dire ?"
( 1 ) : le sankai-ki, la troisième célébration qui prend place deux ans après les funérailles. ... [...]
> lire la suite
-
L'éloge de l'ombre de
Junichirô Tanizaki
Je crois que le beau n’est pas une substance en soi, mais rien qu’un dessin d’ombres, qu’un jeu de clair-obscur produit par la juxtaposition de substances diverses. De même qu’une pierre phosphorescente qui, placée dans l’obscurité émet un rayonnement, perd, exposée au plein jour, toute sa fascination de joyau précieux, de même le beau perd son existence si l’on supprime les effets d’ombre.
> lire la suite