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Seventeen de
Kenzaburo Oé
Je suis un seventeen solitaire. A cet âge-là, je devrais mûrir et m'épanouir sous l'oeil bienveillant de tous. Mais personne n'était là pour me comprendre alors que j'étais au bord de la crise... (...) ma tête contenait une cervelle débile faite de sperme de cochon et la conscience qui s’ensuit. Dès que je prenais conscience de moi, j’avais la sensation que tous les regards du monde se portaient sur moi avec malveillance, mes mouvements devenaient maladroits comme si toutes les parties de mon corps se mutinaient et se désolidarisaient entre elles. J’en serais mort de honte. À la seule idée qu’existât en ce monde une conjonction de corps et d’esprit, appelée moi, j’en serais mort de honte. J’aurais préféré opter pour une existence solitaire de troglodyte, comme un homme de Cro-Magnon devenu fou dans sa grotte. J’avais envie de supprimer le regard des autres. Ou carrément me supprimer moi-même.
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Seventeen de
Kenzaburo Oé
Moi, seventeen, j'ai été le plus féroce, le plus à droite, parmi la vingtaine de membres du Groupe de Jeunesse de l'Action Impériale qui affrontait cent mille tarés de gauche. Dans les rixes nocturnes, j'ai castagné. Dans ces violentes ténèbres qui grondaient de cris de douleur et de peur, d'insultes et de lazzis, je voyais Sa Majesté Impériale rayonner sous une auréole, moi, seventeen, le seul à être au comble du bonheur. Ce soir-là, où il bruinait, le bruit qui courait sur la mort d'une étudiante avait réduit la foule chaotique au silence. Et les étudiantes, trempés de pluie, accablés d'exaspération, de tristesse et de fatigue, observaient le silence ; pendant tout ce temps, moi, j'avais un orgasme de violeur, moi, le seul seventeen, au comble du bonheur, jurant le massacre devant cette vision dorée.
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Par brigetoun, le 15/06/2011
Seventeen de
Kenzaburo Oé
Ça m’a mis hors de moi. En hurlant, je lui ai donné un coup de pied en plein dans le front. Elle est tombée à la renverse, les bras tendus vers la table. J’ai vu qu’un des verres de ses lunettes s’était brisée et qu’une de ses paupières saignait. Son visage aux traits ingrats a blêmi de manière effrayante ; de coin de ses yeux étroitement fermés un filet de sang épais coulait vers ses pommettes curieusement saillantes. Ma mère s’est précipitée hors de la cuisine pour lui venir en aide. Hébété d’avoir ainsi agi, je fus pris de tremblements. Le sang de ma soeur avait giclé sur mon orteil : à force de le regarder, je sentis une sorte de brûlure et de démangeaison qui montait le long de ma jambe
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Par brigetoun, le 15/06/2011
Seventeen de
Kenzaburo Oé
Je me suis dit, avec une passion ardente : c'est ça, dans la loyauté, il ne peut pas y avoir d'esprit individuel ! Si je tremblais d'angoisse, craignais la mort et étais saisi d'inertie sans pouvoir appréhender ce monde réel, c'était parce que j'étais captif de mon esprit individuel. Tant que j'avais un esprit individuel, je me trouvais bizarre, plein de contradictions, anarchique, alambiqué, confus et décalé, ce qui redoublait mon angoisse.... Or, dans la loyauté, il ne peut y avoir d'esprit individuel. C'est cela, il faut, en abandonnant tout esprit individuel, de dévouer, corps et âme, à sa Majesté Impériale.
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Seventeen de
Kenzaburo Oé
Maintenant je me rendais compte que ma nature faible et vile avait été enfermée dans une armure hermétique pour être éloignée à jamais des regards d’autrui. C’était une armure de droite ! A peine avais-je fait un premier pas que les filles poussèrent un cri, mais elles ne pouvaient pas s’enfuir, comme si leurs pieds étaient cloués au sol. La peur qui faisait battre un sang brûlant dans leur poitrine provoqua en moi une joie spirituelle aussi violente qu’une pulsion sexuelle. J’ai hurlé :
« Où est le problème avec la droite ? Hé ! Ca vous dérange peut-être qu’on soit de droite ? Espèces de putes !
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Seventeen de
Kenzaburo Oé
Un miracle avait eu lieu : j'étais devenu une autre personnalité. (...) L'uniforme de l'Action Impériale imitait celui des S.S. Lorsque je marchais dans les rues ainsi vêtu, j'éprouvais là aussi une vive sensation de bonheur. Hermétiquement enclos dans cette armure, comme un scarabée, j'avais la certitude que les autres ne voyaient plus ce qu'il y avait en moi de mou, de faible, de vulnérable et de disgracieux et je me sentais au paradis.
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Par brigetoun, le 15/06/2011
Seventeen de
Kenzaburo Oé
J'en serais mort de honte. À la seule idée qu'existât en ce monde une conjonction de corps et d'esprit, appelée moi, j'en serais mort de honte. J'aurais préféré opter pour une existence solitaire de troglodyte, comme un homme de Cro-Magnon devenu fou dans sa grotte. J'avais envie de supprimer le regard des autres.
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Par brigetoun, le 06/11/2011
Seventeen de
Kenzaburo Oé
En cet instant, j’ai retenu mon souffle pour contempler mon père. Loin de me gronder vertement, il ne détacha pas les yeux du journal, en affichant un sourire glacé et dédaigneux.
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Par nikiteam, le 15/10/2011
Seventeen de
Kenzaburo Oé
La compagnie d'un ami pour lequel on a que du mépris est plus rassurant que la sollitude, dans la mesure où l'orgueil n'est pas blessé.
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Gibiers d'élevage de
Kenzaburo Oé
« C’est une bête, rien qu’une bête, dit mon père avec gravité. Il pue comme un bœuf »