Un orage violent, un nid foudroyé, et voici que commence l'aventure d'une jeune corneille confrontée en un premier temps aux cruelles nécessités de sa survie d'oiseau, et fascinée ensuite par ses rencontres avec les humains, leurs bie... > voir plus
Cette certitude avait fini par s'ancrer dans ma tête d'oiseau : une chose n'existe vraiment que si son nom la porte et survit à son absence, sinon, elle n'est qu'une vision fragile que la multiplicité bientôt désincarne. J'avais été ce reflet furtif à la surface du fleuve, cette croix d'ombre glissant sur les blés d'or ou barrant le ciel de son vol obstiné. J'avais été plaisir et douleur, soumission et colère et maintenant, je m'appelais corneille. Ce simple mot semblait contenir toute ma vie. (p. 51-52)
De mon observatoire, je surplombais les toitures du manoir et les coteaux avoisinants. Ma vision portait au-delà de la vallée, vers les étendues de champs clairs où glissait l’ombre rapide des nuages. Il n’était pas un jour sans que l’envie ne me surprît de m’élancer à la rencontre de cet horizon éclatant. Mais l’infini me rappelait soudain le regard d’eau de Barbelune et le murmure des feuillages portait les échos de sa voix. Ma liberté n’était plus à la traversée des espaces invisibles ni à la découverte de terres inconnues. D’une aile soumise, je regagnais la fenêtre entrebâillée. (p. 60)
Quand il passa sous notre arbre, son odeur me parvint et j’y reconnus un mélange infini de parfums familiers : l’eau des pluies, la vase, le lait, la laine de mouton, le bois brûlé… Aucune menace ne sourdait de cet être impassible et s’il n’y avait eu l’épouvante de mes parents, j’aurais été tenté de le suivre, de partager son voyage secret et même de me poser en douceur devant ses pas. (p. 15)