ISBN : 2917035145
Éditeur : Malpertuis éditions (2010)


Note moyenne : 5/5 (sur 2 notes) Ajouter à mes livres
Roman initiatique de rétrofantasy urbaine, autobiographie fictive, L’Œil clos se déroule à la fin du XIXe siècle, dans un cadre en grande partie imaginaire. Il relate les rencontres et les aventures étranges d’un jeune dandy féru d’occultisme.
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Citations et extraits

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  • Par Nico_Bally, le 14 janvier 2011

    « Nicolas, vous savez tout de ma famille. Vous savez comme elle s’est réduite au fil des ans, comme la noblesse se fait rare – autant dans les cœurs que dans les noms – et vous savez que pour perpétuer les Edler il ne reste que ma sœur et moi-même. »
    Je hochai la tête, ne voulant pas interrompre son monologue par un ‘‘oui’’ qui en aurait brisé le rythme. Au même moment, un serviteur m’amena un irish coffee. Le ‘‘fantôme’’ s’écarta, reprenant sa place dans une zone d’ombre du château.
    « Ce que vous ne savez pas, continua Rohan, c’est que je souffre d’un mal ignoble pour tout homme, et encore plus ignoble lorsque l’on est de sang pur. Je suis stérile. Oui, je n’aurai aucune descendance, et avec mon frère, mort à la naissance, je représentais le dernier mâle des Edler. Il ne reste que Cléa. Sa beauté et son esprit la promettaient au plus beau des mariages, mais je ne veux pas perdre notre famille, vous le comprenez, il lui faut donc un concubin. »
    J’avalai de travers.
    « Vous voulez que je…
    — Que vous nous serviez d’étalon reproducteur, oui. Que vous offriez votre semence à ma famille, que vous mêliez votre sang au nôtre… Cela n’est pas permis, vous le savez autant que moi. Mais les nobles sont rares, et aucun d’eux n’a accepté de partager son sang anonymement. Je vous ai choisi, Nicolas, car même si votre nom est celui d’un roturier, votre âme est noble et digne à mes yeux. Je sais l’amour que vous avez pour les femmes, et le respect que vous inspire ma famille. C’est pourquoi je vous le demande : voulez-vous saillir ma sœur ? »
    Je tentai de boire, mais mon verre était déjà vide.
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  • Par Nico_Bally, le 14 janvier 2011

    C’était un soir d'intense maladie. J’avais abusé d’une drogue amère, à casser, à brûler, puis respirer. Une drogue qui me permettait de voir une couleur inconnue, tombée du ciel, absente du spectre, et que je ne saurais décrire avec des mots. J’ai senti, depuis, le parfum d’une fleur pâle qui m’a rappelé cette couleur. Mais l’écriture est un art bien faible, car il ne peut décrire que ce qui a déjà été décrit.
    Toute drogue est à double-tranchant, et celle-ci me fit passer des soirées abominables où, torturé par un mélange d’asphyxie et de déluge lacrymal, je sentais mon corps comme vidé par de grandes pompes cuivrées.
    Dans mon lit, je me tordais pour accentuer une position foetale libératrice, jusqu’à ne plus rien devenir, pour tout oublier, la douleur, la vie. Et heureusement, la souffrance m’enlevait la force et le courage de mettre fin à mes jours.
    Je finissais par m’endormir d’épuisement, et le lendemain je re-brûlais la tentation chromatique, pour voir à nouveau l’indescriptible. Je griffonnais milles maladresses sur mes carnets, incapable d’atteindre la singularité de cette teinte impossible.
    Jean-Charles prétendait que mes maladies venaient simplement de cette angoisse de ne pouvoir décrire, et non de la drogue. Il envoya Lora affin de m’aider à fuir cette spirale descendante.
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  • Par Nico_Bally, le 14 janvier 2011

    Au repas, Violette remarqua que je ne buvais pas d'alcool.
    « Je suis surprise, dit-elle, Vous n'en avez pas bu hier soir non plus.
    — Je ne bois jamais d'alcool.
    — Je crois pourtant me souvenir de vins et d'absinthe dans vos textes...
    — Il ne faut pas croire tout ce que j'écris, répondis-je très sincèrement.
    — Comment discerner le vrai du faux, alors ? Je me doute bien que ces histoires de loups-garous et de sortilèges sont des métaphores, mais... l'amour ? »
    Elle est restée suspendue à cette fin de phrase, comme prise en faute, rougissant soudainement.
    « J'exagère tout ce que j'écris, sauf pour l'amour, que je suis bien obligé d'atténuer afin de le rendre descriptible. »
    Cette réponse toute faite produit toujours son effet.
    Toutefois, si le trouble de Violette était visible, le mien devenait de plus en plus difficile à dissimuler.
    La nuit suivante, je rêvais à nouveau d'elle. Sa chevelure, son visage rond, ses yeux d'une incroyable douceur, sa manière de rougir gentiment à chaque phrase prononcée... Aux creux du rêve elle me donnait rendez-vous dans le salon. Et aussitôt je m'éveillais.
    Dans ce genre de situation il y a deux possibilités. Soit on se rendort, soit on va dans le salon constater que personne ne nous y attend, puis on vient se rendormir.
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  • Par Nico_Bally, le 14 janvier 2011

    « Nous sommes en sécurité, répétai-je.
    — Vous ne savez pas ce qu'il peut faire. Je l'ai vu entrer dans des pièces fermées à clef. Je l'ai vu abattre des hommes deux fois plus forts que lui. J'ai vu des gorges déchirées par sa bouche.
    — Et à quoi ressemble-t-il ?
    — Je ne sais pas vraiment. A un homme brutal. Je ne l'ai toujours aperçu que dans la pénombre. Il a croisé un miroir, une fois, mais ne s'y est pas reflété...
    — Il ne tue que la nuit ?
    — Oui. Vous serez sûrement le prochain. Il tue tous ceux qui dorment auprès de moi. »
    Lanie était assez charmante pour que l'on puisse vouloir passer la nuit avec elle. Mais je m'intéressais surtout à son vampire.
    « Quelles sont vos qualifications, au juste ? me demanda-t-elle.
    — J'ai connu de nombreuses histoires surnaturelles.
    — C'est tout ? Il s'agit là d'un fou, d'un tueur ! Pas d'une farandole de fées !
    — Je suis mort, une fois, et j'ai tué un homme, affronté un fantôme, changé de corps...
    — Très bien, très bien. Alors qu'est-ce que vous me conseillez ?
    — Passez la nuit avec moi. Je ne dormirai pas, je me tiendrai prêt.
    — Et s'il vous tue, comme les autres ?
    — S'il me tue, je vous paie un verre.
    — Très drôle. »
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