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Critiques sur Une éducation libertine (30)


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    • Livres 3.00/5
    Par carre le 11/04/2012


    On ne pourra pas reprocher à Jean-Baptiste del Amo son manque d'ambition, car Une éducation libertine n'en manque aucunement.
    Et pourtant c'est avec un sentiment mitigé que j'ai refermé son roman.1760. le jeune Gaspard quitte sa Bretagne natale pour débarquer à Paris bien décidé à y réussir. le jeune homme est ambitieux, mais plutôt rustre, sans moralité et surtout guère attachant. Il fréquente les quartiers mals famés et les lieux de débauches pour assouvir son appétit sexuel, tout en gardant à l'esprit l'avantage qu'il peut obtenir de ces aventures. La description du Paris du XVIII ème siècle est l'un des points forts du roman, ville tentaculaire, avec sa zone portiaire ou la vie sur la Seine est remarquablement décrite.
    Alors que les principaux personnages sont plutôt réussis, mon problème vient du fameux Gaspard terriblement antipathique, de plus del Amo semble prendre plaisir à mettre son lecteur mal à l'aise, notamment dans la présentation des corps souvent laids ou dans les actes sexuels plutôt sordides.
    Le roman souffre aussi d'une baisse de rythme qui m'a empêché de l'apprécier pleinement.
    Mais, j'avoue que ce premier opus de del Amo malgré ces quelques réticences, ne vous laisse au final pas indifférent. Et je m'attelerai certainement à son second roman "Le sel".

    critique de qualité ? (10 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par AmandineMM le 12/08/2011


    Époustouflant. Avant de commencer à lire ce livre, je m'attendais à me retrouver dans l'ambiance d'un roman libertin à la Crébillon fils : dans un milieu aristocratique idéalisé, galant et débauché, mais cette attente a été détrompée dès la première ligne : « Paris, nombril crasseux et puant de France. » C'est dans l'univers du Parfum de Süskind que del Amo m'a plongée, happée même. En effet, le roman s'ouvre sur une description, en très grande partie olfactive, du Paris puant et dégoutant du siècle des Lumières. Si beaucoup l'ont jugée trop étendue et répétitive, au détriment de l'intrigue, ça n'a pas été mon cas : adepte des lenteurs romanesques et des démonstrations stylistiques, j'ai beaucoup apprécié celles-ci. L'auteur manie la langue française avec virtuosité pour présenter à l'imagination de son lecteur un portrait précis de ses personnages, ainsi que de la ville et de son fleuve qui exerce une si grande influence sur le protagoniste principal, Gaspard. Ce jeune homme, fraîchement arrivé dans la capitale française et avide d'en atteindre les hautes sphères, devra tout d'abord en traverser tous les bas-fonds, y perdre ses illusions et suivre une cruelle éducation pour finalement devenir un homme de ce siècle, un libertin. Cette ascension est narrée sans concession, ni idéalisation, de manière très crue par del Amo : pour cette raison, je déconseille ce roman aux âmes sensibles. le bonheur et l'amour n'ont pas de place dans cet univers cruel et cynique mis en scène dans ce roman, et l'horreur ne se trouve pas toujours là où on l'attend.

    Un très grand roman selon moi.

    critique de qualité ? (10 votes positifs)



    • Livres 3.00/5
    Par myloubook le 26/01/2009


    Une éducation libertine rappelle bon nombre de classiques des XVIIIe et XIXe siècles, mettant en scène un jeune homme prêt à tout pour conquérir sa place dans la haute société. Parti de rien, Gaspard a quitté Quimper et la ferme familiale pour Paris : de la Seine à l'atelier d'un perruquier, des bordels aux meilleurs salons Parisiens, il gravit rapidement les échelons de la société.

    Il rencontre tout au long de son parcours plusieurs personnages qui joueront un rôle clef, influençant sa réussite ou déterminant les changements qui s'opèrent en lui. Parmi eux: Lucas, qui lui trouve un premier métier ; Billod, maître perruquier émoustillé par le jeune provincial ; le comte de V., amoral et qui, sans avoir la prestance d'un Valmont, est le personnage qui m'a le plus séduite ; Emma, la prostituée au grand cœur ; les d'Annovres, sans autre intérêt que leur fortune et leur cercle d'habitués ; Adeline, leur fille, qui devine l'imposture de Gaspard ; enfin le baron de Raynaud, décati mais plein d'ardeur.

    D'abord un peu trop simple, trop grossier pour le raffinement de la vie qu'il ambitionne, Gaspard apprend l'art et la manière de s'exprimer et de se comporter en société. Il découvre à ses dépens que les hommes ne sont pas toujours fiables et, avant d'atteindre son but, passe à plusieurs reprises de l'espoir à la déchéance avant de décider de prendre son destin en main.

    Personnage ambitieux, Gaspard évoque Rastignac, dans un roman aux influences littéraires multiples – et lorsqu'il n'y a peut-être pas de rapport direct, on peut malgré tout faire quelques rapprochements : Balzac, mais aussi Maupassant et son Bel-Ami ; Zola avec l'expression récurrente « ventre de Paris » et des scènes évoquant les parvenus des Rougon-Macquart ; le Parfum de Süskind, notamment avec l'introduction de Paris, personnage à part entière, ville monstrueuse, bassement humaine, éructant, exhalant un remugle immonde ; évidemment Laclos et Sade, dont les Infortunes sont vendues sous le manteau, tandis que le comte Etienne de V. semble issu d'un accouplement sulfureux entre Valmont et Dolmancé. J'ai aussi pensé à Ambre, l'héroïne du roman éponyme de Katrin Winsor qui évoque la détermination d'une jeune campagnarde prête à tout pour conquérir titre et fortune dans l'Angleterre de Charles II. Peut-être y a-t-il également dans ce roman une influence de Jean Teulé, d'après ce que j'ai pu lire de son récit sur François Villon.

    J'ai beaucoup apprécié l'aspect ambitieux de ce texte à l'écriture soignée, au langage savamment travaillé, au vocabulaire assez riche (malgré un champ lexical du corps et de ses sécrétions peut-être trop récurrent), aux métaphores nombreuses. C'est un roman fleuve comme on en trouve finalement assez peu aujourd'hui dans la littérature française – du moins c'est mon impression. Moins de poésie, d'introspection. Plus de narration, dans la tradition des grands classiques. J'ai vraiment savouré ce choix qui confère un caractère assez inédit à ce roman. A noter que quelques personnages évoluent en marge du récit, le temps de quelques pages. Ce focus sur d'autres habitants de la capitale tentaculaire suscite la curiosité du lecteur et relance parfois l'action en observant la scène sous un angle inattendu.

    Pourtant je ne suis pas totalement convaincue : Une éducation libertine rappelle énormément le Parfum par son introduction (voire même en général, par le caractère vampirique et autodestructeur de Gaspard). Il peine à s'affranchir de ses nombreuses influences. Les personnages sont à mon avis un peu stéréotypés et ont pour beaucoup un petit air de déjà vu. Antipathique au possible, Gaspard m'a fait mourir d'ennui avant de jouer les arrivistes. Et c'est au final cette première partie (environ 200 p) que j'ai trouvée très longue, en particulier lors de l'apprentissage de Gaspard et de sa relation avec Etienne, avec des descriptions qui me semblaient redondantes et un héros qui ramait, brassait de l'air mais n'avançait certainement pas. Plus séduite par d'autres personnages que l'on ne connaît que superficiellement, j'ai mis trop de temps à m'intéresser au destin de Gaspard, malgré une deuxième partie lue d'une traite et vraiment appréciée (à part les descriptions de la chair mutilée du héros, qui m'ont finalement donné la nausée – mais cela ne m'était jamais arrivé lors d'une lecture et doit très certainement compter parmi les réussites du roman).

    J'attendais peut-être un peu trop de ce roman mais Jean-Baptiste del Amo est sans aucun doute un écrivain prometteur que je serais curieuse de relire un jour. Et, malgré mes réserves, Une éducation libertine est un bon roman, voire plus encore.

    Merci beaucoup à Gallimard et à Guillaume Teisseire, chef d'orchestre organisé et toujours très sympathique !


    Lien : http://www.myloubook.com/archive/2009/01/25/education-libertine.html

    critique de qualité ? (8 votes positifs)



  • Par Desmaze le 25/08/2010


    "Une éducation libertine" est un formidable roman d'initiation dans le Paris de la fin XVIII°, une fresque en couleurs et en odeurs qui évoque "Le parfum" de Süskind.
    Pour un premier roman, Jean-Baptiste del Amo montre une maîtrise éblouissante de son histoire et de ses personnages. On se laisse embarquer dans ce voyage dans le temps, enivré par les plaisirs raffinés des libertins ou révulsé par la fange glauque dans laquelle il nous fait patauger. A lire absolument !

    critique de qualité ? (7 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par Anassete le 22/03/2012


    Le roman est glauque, ça oui. le roman est osé, c'est vrai. Quant à savoir s'il est cru ou non… Je dirai plutôt que tout est une question de dose dans le style. Soyons clair : Maylis de Kerangal ou Nancy Huston, ça c'est cru oui. Jean-Baptiste del Amo parle en effet de la sexualité, de l'homosexualité et de vices liés à l'ascencion sociale d'un paysan sous diverses formes. Mais le style est aérien, on flotte au-dessus des événements. L'auteur réussit à nous faire accepter la cruauté comme par enchantement (seule la fin du roman m'a écœurée). Donc, à ceux qui ont lu le Livre des Choses perdues (Connolly), Lolita ou Ada (Nabokov), Infrarouge ou tout autre Nancy Huston, le Parfum (Süskind) ou bien quelques petites histoires du marquis de Sade, vous pouvez vous plonger dans ce roman sans être horrifié. Donc peut-être que quelques petites âmes innocentes se sont égarées dans le rayon Littérature française de leur librairie (bien qu'avec un titre pareil, il faut vraiment le vouloir), mais sinon le livre est loin d'être très choquant.
    Une autre critique mais cette fois-ci sur le titre. le roman devait s'appeler initialement « Fressures ». Les lecteurs et éditeurs de Gallimard n'ayant pas trouvé ça assez percutant ont changé par Une éducation libertine. Que ceux (et celles) qui cherchaient à lire un petit roman croustillant passent leur chemin. La première scène érotique est vers page 300 et il y en a encore trois ou quatre après cela. Dans les deux cas, les titres ont été mal choisi : celui de del Amo était bien vu mais on ne rentrait pas assez dans le contexte de 1760, alors que celui de Gallimard fait un peu publicité mensongère.


    Lien : http://biblio.anassete.org/?p=29

    critique de qualité ? (5 votes positifs)



  • Par Aela le 05/04/2011


    Ce livre a été publié en 2008 et a obtenu, entre autres, le prix Goncourt du Premier Roman et le prix François Mauriac de l'Académie française.
    Un récit historique écrit dans le style du XVIIIème siècle.
    Nous sommes en 1760. le jeune Gaspard quitte sans regret sa ville natale de Quimper et laisse derrière lui une famille peu aimante et un univers de misère et de violences familiales. Il arrive à Paris, prêt à tout pour se faire une place Au soleil. Son ambition est sans limite et il excelle dans la manipulation des gens de son entourage, à l'instar d'un "Bel-ami" De Maupassant.
    Son arrivée dans Paris et les premiers mois qu'il y passe sont très difficiles. le héros doit trouver sa place dans les bas-fonds de Paris, dont la description nous fait penser au "Parfum" de Patrick Süskind.
    Il va grimper un à un les échelons de la hiérarchie sociale, passant du nettoyage de la Seine à un emploi chez un perruquier en passant par le bordel..
    Un parcours semé d'embûches et qui nous permet de revivre le Paris coloré de la deuxième moitié du XVIII ème siècle, avec sa saleté, sa misère, ses inégalités...
    Un très beau roman, difficile parfois en raison du sujet traité mais avec un style très recherché.
    Un personnage intéressant, même s'il n'apparaît pas toujours sous un jour sympathique..

    critique de qualité ? (5 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par liliba le 02/06/2010


    Aux premières pages de ce roman, j'ai eu l'impression de replonger directement dans mes souvenirs de lecture du Parfum de Süskind, ou bien du Paris décrit avec minutie par Jean Teulé, dans Je, François Villon. Nous débarquons en effet directement dans le ventre de Paris, dans sa violence, dans sa noirceur, sa crasse, sa pestilence, au coeur de cette ville qui, si elle est devenue à notre époque superbe et magique, était en ces temps reculés un nid de miasmes, de maladies, de solitudes et de dépravations.

    La langue est riche, très, précise, cultivée et extrêmement maîtrisée et on a du mal à se dire qu'il s'agit là d'un premier roman. Les descriptions de la ville peuvent parfois donner des haut-le-coeur tant elles regorgent de réalisme et tant le coté sordide est accentué, mais le style est terriblement visuel et on se retrouve en quelques pages à marcher de concert avec le héros du roman dans les rues souillées, au long d'impasses coupe-gorge, sur les bords puants de la Seine, dans des taudis grouillant de punaises...

    Nous sommes donc à Paris, et accompagnons dans ses errances Gaspard, ce jeune provincial qui a quitté précipitamment sa Bretagne natale, dont on apprend au fil des pages qu'il a été un enfant maltraité par son père et qu'il a eu une jeunesse difficile au sein de sa famille, dans la porcherie familiale, et qui vient de débarquer à la capitale. Gaspard veut à tout prix se défaire de son passé, il veut sortir de sa condition de pauvre hère, veut s'élever dans la société et est prêt à tout pour y arriver. Ce tout prend la forme d'une rencontre, celle avec le Comte Etienne de V., un libertin notoire dont la vie dissolue et mystérieuse alimente les conversations des clients du perruquier chez lequel Gaspard a trouvé un emploi (et dont la description est ci-dessus dans la citation). le Comte va s'enticher du jeune homme et, au fil de quelques rencontres, lui faire miroiter le monde bourgeois dont ses rêves sont emplis. Mais Gaspard est jeune et ne mesure pas au départ la force de l'influence que cet aristocrate séduisant aura sur lui. Cela le conduira au plus bas, physiquement comme moralement, avant qu'un sursaut d'énergie ne le fasse réagir et tenter sa chance, avant qu'il ne se décide à gravir les échelons de l'échelle sociale en payant le prix de chaque ascension, qui est un prix bien lourd...

    Suite sur Les lecture de Lili


    Lien : http://liliba.canalblog.com/archives/2010/05/28/17804469.html

    critique de qualité ? (4 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par Juste-Lire-Avec-Plaisir le 25/03/2010


    Malgré une fin à laquelle je ne m'attendais pas vraiment, j'ai adoré ce livre. Au fil des pages, j'ai ressenti diverses émotions, certains passages font même rougir les joues. Mais comme c'est agréable! J'ai beaucoup aimé la relation qui s'installe entre Gaspard et Etienne, le fameux libertin. Dès que l'on parlait d'eux, les émotions me semblaient palpables, comme si j'étais à deux pas de la scène.
    Côté descriptions, elles sont présentes à juste dose. L'auteur nous décrit Paris au 18ème siècle, bien loin de la ville que l'on connaît aujourd'hui. Avec sa saleté, ses maladies. Certains passages peuvent paraître un peu choquants, un peu crus. Mais sachez que mon âme fragile l'a très bien supporté donc ça ne doit pas être si terrible que ça.

    critique de qualité ? (4 votes positifs)



    • Livres 2.00/5
    Par yann-frat le 16/08/2009


    Une éducation libertine
    Histoire : Gaspard, un jeune paysan breton monte à Paris pour "réussir" et changer de vie. Récit d'un parcours entre errances, montée sociale et révélations humaines dans le Paris poisseux et populaire des dernières heures avant la révolution...
    Style : Très travaillé et de loin l'un des meilleurs atouts de ce texte. Au risque cependant de l'inondation ... "une éducation", un livre trop stylé?
    Oui : Très belle description de Paris au 18° siècle, de sa biologie, de son souffle et de ses remugles. Une écriture biologique bien trop rare (à mon gout!) dans la production actuelle.
    Non: Dans ce beau texte plusieurs problèmes se posent toutefois:
    - Problème du narrateur : On ne sait pas qui parle et du coup l'édifice bouge en entier sur son socle. Si le narrateur vit au 21 ° siècle, comment connait-il aussi bien les odeurs de Paris au 18°?; Si le narrateur est sur l'épaule de Gaspard comment peut-il parler de ciel "impressionniste" et faire autant de faute de chronologie dans le choix du champs lexical ? Mystère...
    - Problème de la narration : L'histoire de Gaspard apparait comme un prétexte pour permettre à l'auteur de parler de son vrai sujet: le corps, la proximité, la crasse, les odeurs et la biologie. du coup cette pauvre histoire (déjà assez squelettique et peu fouillée) est un peu traitée à coup de hache et la narration chibre complètement toute notion d'écoulement du temps et de rythme: on saute, on avance, on stagne sans logique précise ni cohérence...
    -Problème du champ lexical: On est chez Gallimard et le champ lexical choisi est csp+++... Soit. Sauf que l'emploi de ce champs là ne se justifie pas outre mesure pour raconter l'histoire d'un paysan de basse Bretagne au 18 ° siècle, il me semble même carrément incongruent. En plus il n'est pas parfaitement maitrisé ( "méconial" s'applique-t-il pour décrire un vieillard ?) voire tombe carrément à coté de la plaque (ils "rirent de conserve", franchement, chez Gallimard...). A l'arrivée cela me donne l'impression un peu plane de lire de la littérature bien peignée, bien dégagée autour des oreilles d'un étudiant en lettres fraichement sorti de la Sorbonne... Ceci en décalage total (voire opposition !) avec le sujet... L'impression enfin que JBDA veut parler de quelque chose... mais qu'il n'ose pas et tourne autour en se cachant derrière des mots chics et une histoire "trop bien construite pour être honnête".
    Conclusion: "Une éducation libertine" est un des meilleurs livres sorti récemment que j'ai lu ces derniers temps. Le, sujet, l'envie de se frotter à la biologie et au corps me semblent prometteurs... Quand on sait en outre que c'est un premier roman, malgré ses (gros) défauts je me dis que je vais certainement suivre attentivement JBDA.
    Oui ou non: Oui. Mais sans l'espoir de lire un chef d'œuvre... Ce n'est pour moi qu'un premier roman très prometteur (ce qui, certes, est déjà beaucoup...;) ).



    Lien : http://xannadu.canalblog.com

    critique de qualité ? (4 votes positifs)



    • Livres 3.00/5
    Par Lucile le 18/01/2009


    J'ai comme l'impression que je vais avoir du mal à vous parler de ce roman, mais ma foi, il faut bien se lancer... Après avoir passé pas loin de deux semaines sur ces 430 pages, après avoir noté sur mon bloc 66 mots qui m'étaient inconnus ou dont je ne maîtrisais qu'imparfaitement le sens (pour rappel, ça a donné naissance à la rubrique "La pêche aux mots" de ce blog), il va falloir que je vous parle de ce roman qui ne m'a pas franchement emballée, malgré des qualités indéniables.

    Essayer de vous résumer l'histoire me paraît un point de départ tout indiqué. le roman s'ouvre sur l'arrivée de Gaspard, un Quimpérois de 19 ans à peine, à Paris quelques années avant la Révolution française. De son passé dans une ferme de la campagne bretonne, on n'apprendra que des bribes à travers des souvenirs ponctuels et très précis qui lui viendront au cours du récit, annoncés par un "Quimper, rouge" (ou tout autre couleur ou nuance allant du rouge au noir). On retiendra essentiellement une crainte démesurée du père du fait d'épisodes traumatisants. Hormis cela, même Gaspard ne se rappelle pas grand-chose de son passé. Son voyage pour venir à la capitale a effacé les premières pages de sa vie, et c'est en homme neuf qu'il arrive dans la ville sale et tentaculaire. A partir de là, le lecteur va suivre son parcours dans la ville, repris par le nom des parties de l'ouvrage : le fleuve, rive gauche, rive droite puis le fleuve de nouveau (le même et ... un autre à la fois!). A ce propos, le rôle du fleuve dans le roman, carrément pesant au départ, puis toujours présent (même discrètement), est primordial et a son explication (ce dont j'avoue avoir douté au départ).

    Au départ, on a plutôt tendance à s'attacher à Gaspard, à espérer que tout se passera bien pour lui, le jeune provincial qui découvre la rude vie parisienne et qui doit apprendre à s'y faire sa place. On se ravit de sa première progression qui l'extirpe du fleuve, où il récupérait les troncs charriés par la Seine pour chauffer les parisiens, pour en faire un apprenti-perruquier... Puis son arrivisme commence à s'affirmer, et avec lui son infidélité en amitié, son mépris affiché pour ce qu'il a été, son ingratitude envers les gens qui lui ont tendu la main... Et là tout de suite, Gaspard devient beaucoup moins aimable! En somme, c'est un personnage assez détestable, à la fois écervelé et calculateur, du genre maniaco-dépressif qui croit un jour que tout lui est dû et qui est à ramasser à la petite cuillère le lendemain... Avec une avidité toujours plus intense, il passera par les plus sombres avilissements (en clair, la prostitution) pour parvenir à ses fins et se faire une place jusque dans la noblesse afin de ressembler au comte Etienne de V., qui l'a séduit avant de l'abandonner de façon méprisable ("Arriver, et vite", comme le dit Gaspard lui-même p. 334). Tout cela ne se fera évidemment pas sans heurts, et au final c'est un roman d'apprentissage plutôt original que nous livre ici Jean-Baptiste del Amo, avec en bonus des révélations finales quant aux mécanismes en oeuvre dans l'intrigue.

    Mais je dois avouer que je ne m'y suis guère plu : j'ai souvent trouvé ma lecture longue, la progression psychologique du héros trop expliquée, trop manichéenne quelque part (alors que d'autres éléments de la psychologie des personnages sont au contraire fort bien amenées par ailleurs). Je doute qu'on pose les équations de sa vie aussi clairement que Gaspard ne le fait quand il n'est pas dans une de ses phases de passivité chroniques.

    Comme je l'ai déjà souligné, le vocabulaire est extrêmement riche et recherché. Il est très travaillé, parfois même un peu trop : des situations ou des ressentis qui se voudraient amenés subtilement en deviennent grotesques (je me rappelle avoir pesté contre le verbe "violer" qui revenait à tout bout de champ sur un ou deux chapitres du livre : même volontaire, j'ai trouvé le procédé vraiment trop lourd). Cela dit, il faut reconnaître à l'auteur un grand talent pour les descriptions plus vraies que nature des ambiances, essentiellement glauques ou peu ragoûtantes, de ce Paris de la fin du XVIIIe siècle : encore une fois, le vocabulaire employé est très méticuleusement choisi et atteint généralement son but. On sent la moiteur des corps, l'étouffement de Paris en août, l'odeur nauséabonde de la rivière... C'en est effrayant de précision parfois (combien de fois ai-je pensé : "Mon Dieu! C'était vraiment comme ça?! Beurk!"). En même temps c'est pour cette qualité, que j'avais trouvé à l'extrait qu'un magazine donnait à lire, que je souhaitais vivement lire ce roman : on peut dire que j'ai été servie!

    Au bilan, pas évident de conclure : disons que même consciente des qualités de ce roman, j'ai du mal à m'enthousiasmer...

    Merci à Babelio pour m'avoir permis de découvrir ce roman que j'avais très envie de lire par ailleurs!


    Lien : http://lameralire.blogspot.com/2009/01/arriver-et-vite.html

    critique de qualité ? (4 votes positifs)






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