ISBN : 207011984X
Éditeur : Editions Gallimard


Note moyenne : 3.77/5 (sur 78 notes) Ajouter à mes livres
«C'est un homme sans vertu, sans conscience. Un libertin, un impie. Il se moque de tout, n'a que faire des conventions, rit de la morale. Ses mœurs sont, dit-on, tout à fait inconvenantes, ses habitudes frivoles, ses inclinations pour les plaisirs n'ont pas de limites. ... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par InColdBlog, le 14 décembre 2011

    InColdBlog
    Quand il débarque de son Quimper natal en cet été 1760, Gaspard trouve Paris écrasée sous une canicule étouffante qui exalte les remugles nauséabonds de la ville.
    La capitale macère dans une puanteur poisseuse : exhalaisons fétides des corps souillés, miasmes putrides des ruelles insalubres, relents pestilentiels d'une Seine charriant ordures et cadavres dans ses eaux boueuses.
    « Paris, nombril crasseux et puant de France. le soleil, suspendu au ciel comme un œil de cyclope, jetait sur la ville une chaleur incorruptible, une sécheresse suffocante. Cette fièvre fondait sur Paris, cire épaisse, brûlante, transformait les taudis des soupentes en enfers, coulait dans l'étroitesse des ruelles, saturait de son suc chaque veine et chaque artère, asséchait les fontaines, stagnait dans l'air tremblotant des cours nauséabondes, la désertion des places.
    Dans cette géhenne, la chaleur de l'été collait aux visages comme un masque, drapait les corps de feu, tuait les bêtes qui tentaient de survivre en quelque coin d'ombre, suffoquait les femmes aux poitrines poisseuses. Les glandes sudorales déversaient par flots leurs humeurs. Jaillies d'aisselles velues, elles s'écoulaient des fesses aux flancs puis sur les jambes. Fondue comme du beurre sur les fronts, la sueur piquait aux yeux, répandait son sel aux bouches haletantes. La crasse s'écoulait comme un sédiment, marquait les plis aux articulations de traces noires. On s'éventait avec un rien, un vieux chiffon, une gazette, une main. On soulevait, ce faisant, le remugle aigrelet des corps transpirants. La puanteur de l'un se mêlait à la puanteur de l'autre quand déjà les corps ne se frottaient pas, mélangeant leurs sueurs respectives. Cette pestilence gonflait les haillons, les vêtements de peu couvrant un reste de pudeur, montait paresseusement dans l'air stagnant, fleurissait, envahissait la ville entière.
    Cette odeur d'homme flottait et rendait l'horizon incertain, c'était l'odeur même de Paris, son parfum estival. Paris suait, ses aisselles abondaient, coulaient dans les rues, dans la Seine. Paris, hébétée par cette incandescence, offrait ses chairs grasses à la liquéfaction. Dans l'imbroglio de ses entrailles, la foule haletait, avalait par goulées l'air corrompu, se traînait sans conviction le long des avenues, s'adossait contre la pierre tiède des ruelles, s'engouffrait dans l'orifice des culs-de-sac. Les étals eux-mêmes étaient ébahis de chaleur : les fruits flétris, les viandes et les poissons verdâtres, les légumes rabougris. Sur les amoncellements épars, le bruissement des mouches ignorait le geste las d'une marchande qui claquait un chiffon avant d'éponger son front, puis soulevait ses jupes pour aérer son entrecuisse moite. Une main se glissait dans la superposition des tissus pour gratter l'irritation de la peau. Elle ressortait brillante, musquée, se levait sans conviction pour interpeller un passant, tâtait les fruits, s'essuyait en remuant un sac de blé, déplaçait l'air chaud d'un geste de mépris quand l'autre continuait son chemin sans même un regard. »

    Le jeune breton semble indifférent à toute l'abjection qui l'entoure : il a abandonné la ferme familiale et ses porcs, un père violent et une mère impotente pour venir à Paris se faire une place dans la haute société.
    « Il se remémorait aussi le bruit des cochons entassés dans la porcherie attenante à la maison, le grognement des porcelets agglutinés entre les truies, l'amoncellement de chair maculée de purin, le clapotement des groins remuant la boue mêlée de déjections, le frottement des peaux couvertes de soies longues, l'odeur, l'odeur acide jusqu'à la nausée, imprégnant les murs de la maison, les cheveux de sa mère. Sa mère puait la truie. »"
    Sans un sou en poche, Gaspard erre dans les rues, mendie de quoi manger, dort dans des abris de fortune. Il ne doit qu'à la bienveillance de Lucas d'être embauché, comme lui, à débarder du bois. Il passe alors ses journées presque entièrement immergé dans l'eau sale de la Seine, le corps dévoré par les sangsues, et s'évertuant à ne pas se faire occire par les troncs charriés à pleine vitesse par le fleuve.
    Retrouver la fange de la porcherie qu'il pensait avoir laissée derrière lui à Quimper n'est pas ce que Gaspard espérait en se rendant à Paris.
    Avec la plus parfaite ingratitude, il abandonne Lucas et la Seine. C'est sur la rive gauche, plus cossue, qu'il compte désormais concrétiser ses ambitions.
    Le hasard lui fait croiser le chemin de Justin Billod, perruquier de son état, qui va lui proposer un poste d'assistant en même temps qu'une couche dans sa cave insalubre.
    La jeunesse et la beauté du breton séduisent sans mal la clientèle. En toute discrétion, Gaspard écoute et observe ; il apprend les ragots, s'informe des inimitiés et des jalousies mesquines qui régissent cette bourgeoisie à laquelle il rêve de se fondre.
    S'il se réjouit de la popularité nouvellement acquise par sa boutique grâce à Gaspard, le perruquier ne prend pas moins ombrage de l'attrait que son assistant exerce à ses dépends sur la gente féminine… et masculine. C'est d'ailleurs par l'entremise du comte Etienne de V., client de la boutique, que Gaspard va enfin pouvoir toucher son rêve du doigt.
    « Il sourit puis, contre toute attente, leva une main, la posa sur la joue de Gaspard. Les doigts parcoururent l'arête de la mâchoire, du lobe de l'oreille au menton, et le tissu du gant crissa sur la barbe naissante. « Alors, dans ce cas, que désirez-vous ? demanda-t-il avec une sollicitude retrouvée. – Devenir comme vous, monsieur », répondit aussitôt Gaspard. Il se reprocha son empressement. Étienne l'avait poussé dans ses derniers retranchements, et il le suppliait. L'index s'arrêta sur son menton, y imprima une pression. La rue autour d'eux avait disparu. le halo de la bougie frémit sur leurs visages. « Oh, constata Étienne après un silence, devenir moi. » Gaspard était suspendu à ces paroles, relié par ce doigt sur son visage, à quelques centimètres de ses lèvres. »
    L'homme, libertin notoire, va initier le jeune garçon aux plaisirs décadents de la noblesse, de la crasse des bordels les plus sordides aux ors des dîners les plus prisés de la capitale. Mais bientôt, le comte de V. se lasse.
    « Allons, n'as-tu pas eu ce que tu voulais ? dit-il. Ne m'en veut pas. J'ai grandi dans ces campagnes froides et ces maisons austères, dans une succession de salons et de parties de cartes. Je n'ai jamais rien désiré. Je n'ai jamais eu le temps de désirer. Chacune de mes attentes est comblée avant même que je ne l'éprouve. Tu souhaitais connaître la noblesse ? La voici. La noblesse, c'est l'ennui et tan de fantômes naissent de l'ennui. Des envies, il faut m'en créer pour me sentir vivant. Mais sitôt consommées, elles m'ennuient à nouveau. de tout temps c'est l'ennui qui me ronge, un profond, un sempiternel ennui me dévore comme une gangrène. Et déjà je m'ennuie de toi. » Gaspard éprouva l'abysse qu'il couvait de son ventre. Il ne parvint pas à prononcer un mot pour retenir le comte qui se dirigeait vers l'escalier, cet air d'affliction toujours peint sur ses traits. Puis alors qu'il posait un pied sur la première marche, Étienne se tourna : « Tu sais désormais ce en quoi tu excelles. »
    Abandonné à son tour, Gaspard ne peut compter que sur ce qu'il aura appris du comte de V. pour poursuivre sa conquête sociale.
    « Il fallait arriver, et vite. »
    Sans aucun scrupule ni le moindre sens moral, il use alors de ses charmes pour séduire des hommes toujours plus haut placés dans la société parisienne.
    « Il fondait sur les hommes l'espoir d'être un jour parvenu, car c'était à ce jeu-là que s'échinait la race : monter, gravir, écraser, abattre, déposséder, s'emparer, régner. (…) Les hommes ne sont que des barreaux de l'échelle, il faut y poser le pied pour s'élever, se dit Gaspard. Il fut fier de sa métaphore. »
    Pour autant, un fils de porchers bretons, même endimanché dans ses plus beaux habits et rompu aux bonnes manières, peut-il prétendre appartenir un jour à cette aristocratie qui le fascine tant, mais qui le méprise tout autant ?

    Coïncidence, hasard… C'est juste après avoir lu Je, François Villon de Jean Teulé que je me suis décidé à exhumer enfin de ma PAL Une éducation libertine, de Jean-Baptiste del Amo.
    Dans leur description ultra-réaliste d'un Paris peu ragoûtant, les romans de Teulé et del Amo présentent de nombreuses similitudes (bien que leur action soit séparée de trois siècles !). Comme Teulé, del Amo place son lecteur d'emblée dans les pas de Gaspard, le plongeant sans ménagement dès les premières phrases dans la touffeur répugnante de la capitale. Évoquées avec réalisme et minutie, les odeurs assaillent littéralement le lecteur.
    Difficile alors de ne pas faire le rapprochement avec le parfum de Süskind. Comparaison tout à l'avantage de del Amo selon moi, éclipsant sans peine son aîné qui m'avait laissé de marbre avec un récit ennuyeux au possible.
    Süskind n'est d'ailleurs pas la seule référence qui vient à l'esprit à la lecture d'Une éducation libertine. On pense à Maupassant et Balzac tant il y a de Rastignac ou de Bel Ami chez Gaspard. Il y aussi du Faust dans ce jeune homme prêt à vendre son âme pour arriver à ses fins et qui se rendra compte, avec dégoût mais trop tard, que la dépravation qu'il inflige à son corps est responsable de la perversion de son âme. Enfin, le comte de V. renvoie de façon à peine déguisée au Valmont de Choderlos de Laclos.
    En plaçant son roman sous le signe de figures littéraires si prestigieuses, del Amo place haut la barre et s'astreint à un style soigné au classicisme assumé : la langue est élégante, riche et érudite ; les accents baroques et précieux, la sensualité le partageant à la réalité la plus crue.
    Construit en quatre parties, le fleuve, Rive gauche, Rive droite, La Seine, ce roman d'apprentissage ne se résume heureusement pas qu'à un simple exercice de style, aussi brillant soit-il.
    De l'ascension à la déchéance, le parcours de Gaspard, arriviste amoral pour le moins antipathique, est captivant de bout en bout. La galerie de personnages secondaires participe également à faire d'Une éducation libertine un premier roman remarquable, du généreux Lucas au médiocre Billod, en passant par Emma, prostituée au grand cœur, le pathétique baron de Raynaud ou la clairvoyante Adeline d'Annovres… sans oublier, Paris, personnage capital(e) à part entière.

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    • Livres 3.00/5
    Par myloubook, le 26 janvier 2009

    myloubook
    Une éducation libertine rappelle bon nombre de classiques des XVIIIe et XIXe siècles, mettant en scène un jeune homme prêt à tout pour conquérir sa place dans la haute société. Parti de rien, Gaspard a quitté Quimper et la ferme familiale pour Paris : de la Seine à l'atelier d'un perruquier, des bordels aux meilleurs salons Parisiens, il gravit rapidement les échelons de la société.
    Il rencontre tout au long de son parcours plusieurs personnages qui joueront un rôle clef, influençant sa réussite ou déterminant les changements qui s'opèrent en lui. Parmi eux: Lucas, qui lui trouve un premier métier ; Billod, maître perruquier émoustillé par le jeune provincial ; le comte de V., amoral et qui, sans avoir la prestance d'un Valmont, est le personnage qui m'a le plus séduite ; Emma, la prostituée au grand cœur ; les d'Annovres, sans autre intérêt que leur fortune et leur cercle d'habitués ; Adeline, leur fille, qui devine l'imposture de Gaspard ; enfin le baron de Raynaud, décati mais plein d'ardeur.
    D'abord un peu trop simple, trop grossier pour le raffinement de la vie qu'il ambitionne, Gaspard apprend l'art et la manière de s'exprimer et de se comporter en société. Il découvre à ses dépens que les hommes ne sont pas toujours fiables et, avant d'atteindre son but, passe à plusieurs reprises de l'espoir à la déchéance avant de décider de prendre son destin en main.
    Personnage ambitieux, Gaspard évoque Rastignac, dans un roman aux influences littéraires multiples – et lorsqu'il n'y a peut-être pas de rapport direct, on peut malgré tout faire quelques rapprochements : Balzac, mais aussi Maupassant et son Bel-Ami ; Zola avec l'expression récurrente « ventre de Paris » et des scènes évoquant les parvenus des Rougon-Macquart ; le Parfum de Süskind, notamment avec l'introduction de Paris, personnage à part entière, ville monstrueuse, bassement humaine, éructant, exhalant un remugle immonde ; évidemment Laclos et Sade, dont les Infortunes sont vendues sous le manteau, tandis que le comte Etienne de V. semble issu d'un accouplement sulfureux entre Valmont et Dolmancé. J'ai aussi pensé à Ambre, l'héroïne du roman éponyme de Katrin Winsor qui évoque la détermination d'une jeune campagnarde prête à tout pour conquérir titre et fortune dans l'Angleterre de Charles II. Peut-être y a-t-il également dans ce roman une influence de Jean Teulé, d'après ce que j'ai pu lire de son récit sur François Villon.
    J'ai beaucoup apprécié l'aspect ambitieux de ce texte à l'écriture soignée, au langage savamment travaillé, au vocabulaire assez riche (malgré un champ lexical du corps et de ses sécrétions peut-être trop récurrent), aux métaphores nombreuses. C'est un roman fleuve comme on en trouve finalement assez peu aujourd'hui dans la littérature française – du moins c'est mon impression. Moins de poésie, d'introspection. Plus de narration, dans la tradition des grands classiques. J'ai vraiment savouré ce choix qui confère un caractère assez inédit à ce roman. A noter que quelques personnages évoluent en marge du récit, le temps de quelques pages. Ce focus sur d'autres habitants de la capitale tentaculaire suscite la curiosité du lecteur et relance parfois l'action en observant la scène sous un angle inattendu.
    Pourtant je ne suis pas totalement convaincue : Une éducation libertine rappelle énormément le Parfum par son introduction (voire même en général, par le caractère vampirique et autodestructeur de Gaspard). Il peine à s'affranchir de ses nombreuses influences. Les personnages sont à mon avis un peu stéréotypés et ont pour beaucoup un petit air de déjà vu. Antipathique au possible, Gaspard m'a fait mourir d'ennui avant de jouer les arrivistes. Et c'est au final cette première partie (environ 200 p) que j'ai trouvée très longue, en particulier lors de l'apprentissage de Gaspard et de sa relation avec Etienne, avec des descriptions qui me semblaient redondantes et un héros qui ramait, brassait de l'air mais n'avançait certainement pas. Plus séduite par d'autres personnages que l'on ne connaît que superficiellement, j'ai mis trop de temps à m'intéresser au destin de Gaspard, malgré une deuxième partie lue d'une traite et vraiment appréciée (à part les descriptions de la chair mutilée du héros, qui m'ont finalement donné la nausée – mais cela ne m'était jamais arrivé lors d'une lecture et doit très certainement compter parmi les réussites du roman).
    J'attendais peut-être un peu trop de ce roman mais Jean-Baptiste del Amo est sans aucun doute un écrivain prometteur que je serais curieuse de relire un jour. Et, malgré mes réserves, Une éducation libertine est un bon roman, voire plus encore.
    Merci beaucoup à Gallimard et à Guillaume Teisseire, chef d'orchestre organisé et toujours très sympathique !

    Lien : http://www.myloubook.com/archive/2009/01/25/education-libertine.html
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    • Livres 5.00/5
    Par AmandineMM, le 12 août 2011

    AmandineMM
    Époustouflant. Avant de commencer à lire ce livre, je m'attendais à me retrouver dans l'ambiance d'un roman libertin à la Crébillon fils : dans un milieu aristocratique idéalisé, galant et débauché, mais cette attente a été détrompée dès la première ligne : « Paris, nombril crasseux et puant de France. » C'est dans l'univers du Parfum de Süskind que del Amo m'a plongée, happée même. En effet, le roman s'ouvre sur une description, en très grande partie olfactive, du Paris puant et dégoutant du siècle des Lumières. Si beaucoup l'ont jugée trop étendue et répétitive, au détriment de l'intrigue, ça n'a pas été mon cas : adepte des lenteurs romanesques et des démonstrations stylistiques, j'ai beaucoup apprécié celles-ci. L'auteur manie la langue française avec virtuosité pour présenter à l'imagination de son lecteur un portrait précis de ses personnages, ainsi que de la ville et de son fleuve qui exerce une si grande influence sur le protagoniste principal, Gaspard. Ce jeune homme, fraîchement arrivé dans la capitale française et avide d'en atteindre les hautes sphères, devra tout d'abord en traverser tous les bas-fonds, y perdre ses illusions et suivre une cruelle éducation pour finalement devenir un homme de ce siècle, un libertin. Cette ascension est narrée sans concession, ni idéalisation, de manière très crue par del Amo : pour cette raison, je déconseille ce roman aux âmes sensibles. le bonheur et l'amour n'ont pas de place dans cet univers cruel et cynique mis en scène dans ce roman, et l'horreur ne se trouve pas toujours là où on l'attend.
    Un très grand roman selon moi.
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    • Livres 3.00/5
    Par Lucile, le 18 janvier 2009

    Lucile
    J'ai comme l'impression que je vais avoir du mal à vous parler de ce roman, mais ma foi, il faut bien se lancer... Après avoir passé pas loin de deux semaines sur ces 430 pages, après avoir noté sur mon bloc 66 mots qui m'étaient inconnus ou dont je ne maîtrisais qu'imparfaitement le sens (pour rappel, ça a donné naissance à la rubrique "La pêche aux mots" de ce blog), il va falloir que je vous parle de ce roman qui ne m'a pas franchement emballée, malgré des qualités indéniables.
    Essayer de vous résumer l'histoire me paraît un point de départ tout indiqué. le roman s'ouvre sur l'arrivée de Gaspard, un Quimpérois de 19 ans à peine, à Paris quelques années avant la Révolution française. De son passé dans une ferme de la campagne bretonne, on n'apprendra que des bribes à travers des souvenirs ponctuels et très précis qui lui viendront au cours du récit, annoncés par un "Quimper, rouge" (ou tout autre couleur ou nuance allant du rouge au noir). On retiendra essentiellement une crainte démesurée du père du fait d'épisodes traumatisants. Hormis cela, même Gaspard ne se rappelle pas grand-chose de son passé. Son voyage pour venir à la capitale a effacé les premières pages de sa vie, et c'est en homme neuf qu'il arrive dans la ville sale et tentaculaire. A partir de là, le lecteur va suivre son parcours dans la ville, repris par le nom des parties de l'ouvrage : le fleuve, rive gauche, rive droite puis le fleuve de nouveau (le même et ... un autre à la fois!). A ce propos, le rôle du fleuve dans le roman, carrément pesant au départ, puis toujours présent (même discrètement), est primordial et a son explication (ce dont j'avoue avoir douté au départ).
    Au départ, on a plutôt tendance à s'attacher à Gaspard, à espérer que tout se passera bien pour lui, le jeune provincial qui découvre la rude vie parisienne et qui doit apprendre à s'y faire sa place. On se ravit de sa première progression qui l'extirpe du fleuve, où il récupérait les troncs charriés par la Seine pour chauffer les parisiens, pour en faire un apprenti-perruquier... Puis son arrivisme commence à s'affirmer, et avec lui son infidélité en amitié, son mépris affiché pour ce qu'il a été, son ingratitude envers les gens qui lui ont tendu la main... Et là tout de suite, Gaspard devient beaucoup moins aimable! En somme, c'est un personnage assez détestable, à la fois écervelé et calculateur, du genre maniaco-dépressif qui croit un jour que tout lui est dû et qui est à ramasser à la petite cuillère le lendemain... Avec une avidité toujours plus intense, il passera par les plus sombres avilissements (en clair, la prostitution) pour parvenir à ses fins et se faire une place jusque dans la noblesse afin de ressembler au comte Etienne de V., qui l'a séduit avant de l'abandonner de façon méprisable ("Arriver, et vite", comme le dit Gaspard lui-même p. 334). Tout cela ne se fera évidemment pas sans heurts, et au final c'est un roman d'apprentissage plutôt original que nous livre ici Jean-Baptiste del Amo, avec en bonus des révélations finales quant aux mécanismes en oeuvre dans l'intrigue.
    Mais je dois avouer que je ne m'y suis guère plu : j'ai souvent trouvé ma lecture longue, la progression psychologique du héros trop expliquée, trop manichéenne quelque part (alors que d'autres éléments de la psychologie des personnages sont au contraire fort bien amenées par ailleurs). Je doute qu'on pose les équations de sa vie aussi clairement que Gaspard ne le fait quand il n'est pas dans une de ses phases de passivité chroniques.
    Comme je l'ai déjà souligné, le vocabulaire est extrêmement riche et recherché. Il est très travaillé, parfois même un peu trop : des situations ou des ressentis qui se voudraient amenés subtilement en deviennent grotesques (je me rappelle avoir pesté contre le verbe "violer" qui revenait à tout bout de champ sur un ou deux chapitres du livre : même volontaire, j'ai trouvé le procédé vraiment trop lourd). Cela dit, il faut reconnaître à l'auteur un grand talent pour les descriptions plus vraies que nature des ambiances, essentiellement glauques ou peu ragoûtantes, de ce Paris de la fin du XVIIIe siècle : encore une fois, le vocabulaire employé est très méticuleusement choisi et atteint généralement son but. On sent la moiteur des corps, l'étouffement de Paris en août, l'odeur nauséabonde de la rivière... C'en est effrayant de précision parfois (combien de fois ai-je pensé : "Mon Dieu! C'était vraiment comme ça?! Beurk!"). En même temps c'est pour cette qualité, que j'avais trouvé à l'extrait qu'un magazine donnait à lire, que je souhaitais vivement lire ce roman : on peut dire que j'ai été servie!
    Au bilan, pas évident de conclure : disons que même consciente des qualités de ce roman, j'ai du mal à m'enthousiasmer...
    Merci à Babelio pour m'avoir permis de découvrir ce roman que j'avais très envie de lire par ailleurs!

    Lien : http://lameralire.blogspot.com/2009/01/arriver-et-vite.html
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    • Livres 3.00/5
    Par Nibelheim, le 12 janvier 2009

    Nibelheim
    {Une éducation libertine, de Jean-Baptiste del Amo a été lu
    et chroniqué dans le cadre de l'opération "Masse critique" de Babelio
    Merci aux organisateurs et aux éditions Gallimard ! }

    Une éducation libertine, roman de la rentrée littéraire, raconte l'ascension et la chute d'une jeune provincial "asservi par la chair" en plein siècle des Lumières. le lecteur accompagne le personnage de Gaspard dans la découverte d'un Paris double, où l'air est vicié par les émanations humaines et la saleté du fleuve. L'auteur construit pour cela une atmosphère particulière, essentiellement sensorielle, olfactive : entre les remugles des bâtisses insalubres, les émanations méphitiques du fleuve et l'odeur de crasse et de mort posée sur les habitants, on est parfois tenté de froncer le nez. Il n'y a pas à dire : les descriptions sont bien menées, et le lecteur plonge, patauge dans cet amas de civilisation puante ; non sans un certain plaisir. Pendant ce temps-là, le lecteur assiste, impuissant, à la destruction progressive de notre héros, au fur et à mesure qu'il tente une ascension sociale. Gaspard est finalement brisé et corrompu par le monde qui l'entoure, présenté comme pourri et décadent. La ville, personnifiée, représente une entité malveillante et dangereuse, attirant les êtres dans ses rues sales et tortueuses, baignant de vice quiconque en respire les effluves. le fleuve même, motif omniprésent dans le récit, n'apparaît que souillé par les présences humaines et les dégorgements de la ville, apparenté à un Styx, charriant cadavres et pulsions inconscientes. Une éducation libertine, sous couvert de représenter un autre XVIIIème que celui que nous connaissons, se pose comme un roman destructeur et nihiliste, miroir de la corruption du monde. Et c'est sous ces augures, par l'intermédiaire de Rousseau, que ce récit déchirant se clôt :
    "Dans l'état où sont désormais les choses, un homme abandonné dès sa naissance à lui-même parmi les autres serait le plus défiguré de Tous. Les préjugés, l'autorité, la nécessité, l'exemple, toutes les institutions sociales, dans lesquelles nous nous trouvons submergés, étoufferaient en lui la nature, et ne mettraient rien à la place. Elle y serait comme un arbrisseau que le hasard fait naître au milieu d'un chemin, et que les passants font bientôt périr, en le heurtant de toutes parts et le pliant de toutes parts."
    Au final, j'en garde un bon souvenir de lecture. Je crois même pouvoir dire, moi qui n'ai jamais achevé quoi que ce soit, que pour un premier roman, ce livre porte avec lui de nombreuses promesses : on ne peut que saluer le travail du style, la capacité qu'a eu l'auteur à entraîner le lecteur dans les lieux les moins engageants ou encore la richesse de la psychologie du personnage. Mais l'habileté de la narration ne parvient pas à faire oublier quelques défauts ...
    ~*~
    Il est assez étonnant qu'en lisant Une éducation libertine, j'aie pensé à autant d'auteurs : telles lignes m'ont rappelé les écrivains fin-de-siècle que je connais, un autre passage faisait explicitement allusion à Süskind, tandis que le destin d'Emma me rappelait malgré moi celui de Nana, l'héroïne de Zola ... Entre les clins d'oeil aux romans d'apprentissage, l'application à décrire horreur et pourriture qui rappellent certains aspects de la littérature fin de siècle et les références plus ou moins assumées aux écrivains libertins du XVIIIème, le propos ne se désagrège-t-il pas un peu trop ? J'ai également regretté, au fil de ma lecture, certaines maladresses, certains détails gênants qui m'empêchaient d'adhérer totalement au Paris-XVIIIème que l'auteur veut recréer sous nos yeux. Quelques anachronismes, quelques invraisemblances apparaissaient au détour d'une page, et à chaque fois j'interrompais ma lecture en regrettant la phrase, le mot, la déclaration qui avait interrompu une agréable immersion. Comment un pauvre bougre pataugeant chaque jour dans le fleuve peut-il manifester des connaissances mythologiques, déclarant à propos de la Seine : "c'est un Styx" ? Comment un homme qui se réclame des milieux philosophiques et libertins, à la mi XVIIIème siècle, peut-il déclarer que les philosophes de son temps ne s'intéressent qu'à l'âme alors qu'existent, à l'époque, des salons où se développe une pensée matérialiste ?
    Enfin, j'ai eu l'impression au fil de ma lecture que lorsqu'on souhaitait gratter un peu la surface du texte pour voir ce qui se dissimule derrière, on était confronté à une sorte de malaise. Je ne veux pas croire qu'il n'y ait que du vide, du creux derrière les mots d'Une éducation libertine, mais le propos se saisit mal, très mal, derrière les soubresauts de l'intrigue. On croit souvent entendre un murmure, un simple murmure, étouffé de partout par le récit en lui-même. le roman soulève finalement beaucoup de questions auxquelles il n'apporte pas de véritable réponse, et j'ai terminé la lecture sur une impression mitigée. J'aurais aimé trouver derrière une narration adroite et une écriture intéressante quelque chose de fort, à la hauteur de la violence du récit et de la force des descriptions. Ce ne fut pas le cas. Par conséquent, j'ai le sentiment qu'il manque quelque chose à Une éducation libertine pour en faire un roman accompli.
    A mon sens, l'ouvrage représente bien plutôt un divertissement de qualité. Pour qui a le cœur bien accroché et ne s'embarrasse pas de quelques résistances et maladresses.

    Lien : http://carnets-plume.blogspot.com/2009/01/une-ducation-libertine_24...
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Citations et extraits

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  • Par liliba, le 02 juin 2010

    C'est un homme sans vertu, sans conscience. Un libertin, un impie. Il se moque de tout, n'a que faire des conventions, rit de la morale. Ses mœurs sont, dit-on, tout à fait inconvenantes, ses habitudes frivoles, ses inclinations pour les plaisirs n'ont pas de limites. Il convoite les deux sexes. On ne compte plus les mariages détruits par sa faute, pour le simple jeu de la séduction, l'excitation de la victoire. Il est impudique et grivois, vagabond et paillard. Sa réputation le précède. Les mères mettent en garde leurs filles, de peur qu'il ne les dévoie. Il est arrivé, on le soupçonne, que des dames se tuent pour lui. Après les avoir menées aux extases de l'amour, il les méprise soudain car seule la volupté l'attise. On chuchote qu'il aurait perverti des religieuses et précipité bien d'autres dames dans les ordres. Il détournerait les hommes de leurs épouses, même ceux qui jurent de n'être pas sensibles à ces plaisirs-là. Oh, je vous le dis, il faut s'en méfier comme du vice.»
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  • Par InColdBlog, le 14 décembre 2011

    Il sourit puis, contre toute attente, leva une main, la posa sur la joue de Gaspard. Les doigts parcoururent l’arête de la mâchoire, du lobe de l’oreille au menton, et le tissu du gant crissa sur la barbe naissante. « Alors, dans ce cas, que désirez-vous ? demanda-t-il avec une sollicitude retrouvée. – Devenir comme vous, monsieur », répondit aussitôt Gaspard. Il se reprocha son empressement. Étienne l’avait poussé dans ses derniers retranchements, et il le suppliait. L’index s’arrêta sur son menton, y imprima une pression. La rue autour d’eux avait disparu. Le halo de la bougie frémit sur leurs visages. « Oh, constata Étienne après un silence, devenir moi. » Gaspard était suspendu à ces paroles, relié par ce doigt sur son visage, à quelques centimètres de ses lèvres. »
    L’homme, libertin notoire, va initier le jeune garçon aux plaisirs décadents de la noblesse, de la crasse des bordels les plus sordides aux ors des dîners les plus prisés de la capitale. Mais bientôt, le comte de V. se lasse.
    « Allons, n’as-tu pas eu ce que tu voulais ? dit-il. Ne m’en veut pas. J’ai grandi dans ces campagnes froides et ces maisons austères, dans une succession de salons et de parties de cartes. Je n’ai jamais rien désiré. Je n’ai jamais eu le temps de désirer. Chacune de mes attentes est comblée avant même que je ne l’éprouve. Tu souhaitais connaître la noblesse ? La voici. La noblesse, c’est l’ennui et tan de fantômes naissent de l’ennui. Des envies, il faut m’en créer pour me sentir vivant. Mais sitôt consommées, elles m’ennuient à nouveau. De tout temps c’est l’ennui qui me ronge, un profond, un sempiternel ennui me dévore comme une gangrène. Et déjà je m’ennuie de toi. » Gaspard éprouva l’abysse qu’il couvait de son ventre. Il ne parvint pas à prononcer un mot pour retenir le comte qui se dirigeait vers l’escalier, cet air d’affliction toujours peint sur ses traits. Puis alors qu’il posait un pied sur la première marche, Étienne se tourna : « Tu sais désormais ce en quoi tu excelles. »

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  • Par Nanne, le 31 août 2010

    Tant d'autres défilaient à l'atelier et Gaspard les découvrit peu à peu. Chacun portait jusque-là ses histoires, ses non-dits, des secrets bien gardés que l'on s'empressait de répéter après s'être fait désirer un peu. Billod se régalait de la confidence, jurait à longueur de temps de ne rien dire mais cédait au moindre assaut d'une cliente, puis faisait promettre le silence, ce qu'elle jurait à son tour avant de s'offusquer que l'on pût douter de sa parole. Ils apprenaient ensuite que l'un et l'autre n'avaient pas tenu promesse, se grondaient gentiment, souvent ne disaient rien.
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  • Par InColdBlog, le 14 décembre 2011

    Paris, nombril crasseux et puant de France. Le soleil, suspendu au ciel comme un œil de cyclope, jetait sur la ville une chaleur incorruptible, une sécheresse suffocante. Cette fièvre fondait sur Paris, cire épaisse, brûlante, transformait les taudis des soupentes en enfers, coulait dans l’étroitesse des ruelles, saturait de son suc chaque veine et chaque artère, asséchait les fontaines, stagnait dans l’air tremblotant des cours nauséabondes, la désertion des places.
    Dans cette géhenne, la chaleur de l’été collait aux visages comme un masque, drapait les corps de feu, tuait les bêtes qui tentaient de survivre en quelque coin d’ombre, suffoquait les femmes aux poitrines poisseuses. Les glandes sudorales déversaient par flots leurs humeurs. Jaillies d’aisselles velues, elles s’écoulaient des fesses aux flancs puis sur les jambes. Fondue comme du beurre sur les fronts, la sueur piquait aux yeux, répandait son sel aux bouches haletantes. La crasse s’écoulait comme un sédiment, marquait les plis aux articulations de traces noires. On s’éventait avec un rien, un vieux chiffon, une gazette, une main. On soulevait, ce faisant, le remugle aigrelet des corps transpirants. La puanteur de l’un se mêlait à la puanteur de l’autre quand déjà les corps ne se frottaient pas, mélangeant leurs sueurs respectives. Cette pestilence gonflait les haillons, les vêtements de peu couvrant un reste de pudeur, montait paresseusement dans l’air stagnant, fleurissait, envahissait la ville entière.
    Cette odeur d’homme flottait et rendait l’horizon incertain, c’était l’odeur même de Paris, son parfum estival. Paris suait, ses aisselles abondaient, coulaient dans les rues, dans la Seine. Paris, hébétée par cette incandescence, offrait ses chairs grasses à la liquéfaction. Dans l’imbroglio de ses entrailles, la foule haletait, avalait par goulées l’air corrompu, se traînait sans conviction le long des avenues, s’adossait contre la pierre tiède des ruelles, s’engouffrait dans l’orifice des culs-de-sac. Les étals eux-mêmes étaient ébahis de chaleur : les fruits flétris, les viandes et les poissons verdâtres, les légumes rabougris. Sur les amoncellements épars, le bruissement des mouches ignorait le geste las d’une marchande qui claquait un chiffon avant d’éponger son front, puis soulevait ses jupes pour aérer son entrecuisse moite. Une main se glissait dans la superposition des tissus pour gratter l’irritation de la peau. Elle ressortait brillante, musquée, se levait sans conviction pour interpeller un passant, tâtait les fruits, s’essuyait en remuant un sac de blé, déplaçait l’air chaud d’un geste de mépris quand l’autre continuait son chemin sans même un regard.
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  • Par AmandineMM, le 14 août 2011

    Il sourit puis, contre toute attente, leva une main, la posa sur la joue de Gaspard. Les doigts parcoururent l’arête de la mâchoire, du lobe de l’oreille au menton, et le tissu du gant crissa sur la barbe naissante. « Alors, dans ce cas, que désirez-vous ? demanda-t-il avec une sollicitude retrouvée. – Devenir comme vous, monsieur », répondit aussitôt Gaspard. Il se reprocha son empressement. Étienne l’avait poussé dans ses derniers retranchements, et il le suppliait. L’index s’arrêta sur son menton, y imprima une pression. La rue autour d’eux avait disparu. Le halo de la bougie frémit sur leurs visages. « Oh, constata Étienne après un silence, devenir moi. » Gaspard était suspendu à ces paroles, relié par ce doigt sur son visage, à quelques centimètres de ses lèvres.
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Roman dapprentissage, « Une éducation libertine » retrace lascension et la chute dun homme asservi par la chair. Jean-Baptiste Del Amo à 26 ans et vit à Montpellier. « Une Education libertine » est son premier roman.








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