Sarah est morte un jour de mars, elle a pris son envol.
Même si quelques semaines avant son geste fatidique, ses parents trouvaient dans sa chambre des dessins imprimant «les différentes manières de se suicider», rien n'a pu préserver Sarah d'un acte fou; elle avait signé sa condamnation à mourir depuis bien longtemps. Elle avait trop mal, ses textes en témoignent.
Aujourd'hui, c'est Agnès, la maman, qui s'exprime: «J'ai ouvert son bureau. J'ai repris ses cahiers d'école abandonnés en pleine année scolaire. Il y restait de grandes pages blanches. de ma douloureuse plume, j'ai fait revivre les lignes désertiques du temps qui s'arrête pour vous raconter son histoire, mon histoire, notre histoire. Des lignes qui vont demeurer gravées à jamais au nom de ma fille, Sarah.
Il vous faudra entrer par la grande grille pour emprunter l'allée centrale du petit cimetière. Tandis que vos pas crisseront sur les cailloux froids, vous marcherez encore quelques dizaines de mètres et vous tournerez à droite. C'est alors que vous apprécierez la qualité du silence…
Elle est là, elle vous attend pour vous chuchoter que je ne dis pas la vérité, qu'il n'y a pas de vérité, mais que je n'ai pas menti non plus, au nom de l'amour.»
Lire c'est aussi respecter le silence.
Agnès et son mari ont espéré si fort que le malheur ne pourrait jamais habiter leur famille, la vie de Sarah, toute entière devant elle, sa jeunesse, était un gage imposant de sécurité pour tous, l'amour aussi.
Et ce jour fatal, incompréhensible, injuste, est arrivé. Il a fallu faire un deuil sans y être préparé. D'ailleurs, comment peut-on imaginer le bord extrême de la souffrance? Il n'existe aucune préparation pour ça, aucune thérapie.
J'imagine Agnès, au cours des mois qui s'égrènent comme dans un mauvais sablier du temps, arrimée au passé, voyant son avenir s'étirer avec la lourdeur des interrogations; elle pourra désormais vivre le présent avec ses peines, laissant couler des larmes qui flétriront ses paupières, survivre pour tenter de comprendre.
Peut-on penser que se donner la mort ne serait finalement pas un choix émanant de celui ou celle qui s'octroi la peine, et qu'il faut aller plus loin dans l'analyse pour s'en persuader? Partir, s'assimilerait à laisser un fardeau trop lourd à porter; on a tous envie de vivre, mais on n'a pas tous la même force pour aller au bout du chemin.
«L'Envol de Sarah» est un témoignage poignant, il est le cri de souffrance d'une mère qui à perdu son enfant, et dont la blessure ne se cicatrisera jamais.
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