Caryl Férey a un nom qui fait rêver. Un nom que personne d'autre ne peut porter. Un nom que l'on n'oublie pas. Un nom qui fait voyager.
Parce que j'aime lire et parce que j'aime voyager, mes meilleurs ami-e-s ont joliment honoré mes 30 glorieuses années avec trente polars de pays différents. Trente romans écrits par des auteurs de trente nationalités différentes. Ça en fait des pages à dévorer et des pays à visiter.
Il m'en reste dix !
Le voyage, la découverte d'un pays, d'une culture, de ses habitants, de leurs coutumes. C'est aussi ça la littérature.
Habituellement, à travers leurs livres, les écrivains nous font découvrir leur village, leur ville, leur pays. Il est quand même assez rare d'aller se frotter à la difficulté de raconter un coin du monde que l'on ne connaît pas.
Alors quand c'est un français qui tente l'aventure, qui fait ses valises, qui parcourt le monde à la recherche d'une histoire qu'il pourrait nous conter comme si on y était, on s'immerge avec lui, presque sans hésiter.
Cape Town, Afrique du Sud. Ville noire, ville blanche.
Le chef de la police criminelle, Ali Neuman, est un survivant de la guerre qui a opposé l'Inkhata à l'ANC pendant l'Apartheid. Lui seul sait ce qu'il a enduré, même sa mère, seule rescapée de la famille n'imagine pas.
Meurtri, Ali tente de faire son boulot de flic noir dans une ville où les gamins, esseulés, malades et affamés errent par milliers au milieu des Townships, quartiers misérables qui bordent les plages où le sable est aussi blanc que les touristes, qui, en mal de sensation forte viennent plonger au milieu des requins.
Mais lorsqu'une jeune fille blanche est retrouvée massacrée au milieu d'un bosquet d'acacias, Ali Neuman et ses adjoints basculent dans une sombre affaire qui pourrait bien être trop large pour leurs épaules. Alors que la magie noire flirte avec la drogue et le sida. Bercée par un peu de politique et beaucoup de racisme, Cape Town est à deux doigts de perdre son image de vitrine d'Afrique du Sud. Les policiers sont des Zoulous ou des Afrikaners comme les autres, logés à la même enseigne. Comme les autres sud africains, ils n'en sortiront pas indemnes.
"Le Président Mandela avait mis fin aux massacres mais le monde, au fond, n'avait fait que se déplacer : l'apartheid aujourd'hui n'était plus politique mais social".
Zulu fait mal dès la première phrase : "Tu as peur, petit homme ?"
Écrit dans un style franc et rocailleux, très imagé, parfois trop,
Caryl Férey nous dresse un portrait de l'Afrique du Sud qu'on ne connaît pas et qu'on préfèrera ne pas envisager. Il nous transporte dans un univers chaotique et impitoyable où la loi du plus fort est plus forte que la loi.
Je dois avouer que je suis en proie à une grande agitation.
Zulu m'a fasciné, comme un très bon documentaire, il m'a ouvert les yeux sur la violence qui dicte ce pays dont le premier président noir fut un symbole de paix. Étrange paradoxe. Un pays ravagé par des décennies de mauvaises intentions qui ont engendrées une détresse sociale que rien ne parvient à endiguer.
Mais,
Zulu est malheureusement à la limite de l'exposé, parfois trop technique, quelquefois proche du Lonely Planet, il laisse difficilement la place à l'imagination,
Caryl Férey nous livre tout. Cash !
Zulu n'est pas un polar comme les autres, la couverture le qualifie même de thriller. Un thriller ancré dans une réalité qu'on peine à croire, où, contrairement aux autres romans du même genre, rien n'a été inventé.