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ISBN : 9782070120925
Éditeur : Gallimard (10/04/2008)

Note moyenne : 3.98/5 (sur 942 notes)
Résumé :
Enfant, Ali Neuman a fui le bantoustan du KwaZulu pour échapper aux milices de l'Inkatha, en guerre contre l'ANC, alors clandestin. Même sa mère, seule rescapée de la famille, ne sait pas ce qu'elles lui ont fait...

Aujourd'hui chef de la police criminelle de Cape Town, vitrine de l'Afrique du Sud, Neuman doit composer avec deux fléaux majeurs : la violence et le sida, dont le pays, première démocratie d'Afrique, bat tous les records. Les choses s'en... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (165) Voir plus Ajouter une critique
lehane-fan
27 juillet 2012
★★★★★
★★★★★
Fatigants ces auteurs sans véritable surprise...
Caryl Férey en fait désormais pleinement partie...
Deux claques avec Haka et Utu plus tard , je voulais vérifier si l'adage «  jamais deux sans trois « était à meme de marquer , une fois encore , cette peau si délicate élevée à la maïzena et au saindoux...Blam , Férey récidive magistralement avec ce nouveau thriller inter-ethnique et vous plaque sans coup féreyre - désolé - au pays des springboks !
Les pompes funebres Costa Croisieres sont heureuses de vous accueillir à bord de leur fier et majestueux navire étalon : le ploufplouf 2e du nom!
Au programme , une Afrique du Sud post-apartheid totalement gangrénée par la violence , la drogue et le sida ! Si les conflits interraciaux perdurent , le berceau de l'humanité semble devoir s'autodétruire à petit feu , fortement aidé en cela par ces nouveaux fléaux tout aussi ravageurs...
Ali Neuman eut , ce que l'on peut légitimement appelé , une enfance difficile . Ce fils de zoulou qui vit , tout jeune , son pere pendu et son frère ainé brulé par les milices de l'Inkatha , fut élevé dans le souvenir douloureux d'une violence maladive hors norme . Désormais promu chef de la police de Cape Town , ce dernier balade sa grande carcasse musculeuse et son cortège de démons intérieurs sur les affaires les plus sordides du coin...
Et d'affaire morbide , il en est justement question à la découverte d'un premier puis d'un second corps massacré  ! Les victimes , deux jeunes blanches de bonne famille adeptes de la drogue plus que de raison . Une nouvelle came dévastatrice semble sur le point d'éradiquer la totalité de cette jeunesse dorée en mal de sensations fortes .
Férey possède sans nul doute ce don si précieux d'amalgamer l'histoire passée et présente d'un pays , de l'intégrer à un polar d'une rare noirceur et de vous le recracher au visage sans pour autant que cela vous dégoute ! L'effet serait même plutôt inverse tant les pages défilent à la vitesse d'un demi de mêlée au galop !
Férey ne fait jamais dans la complaisance mais roule à l'authentique sans jamais verser dans le voyeurisme et l'ostentatoire ! Alors oui , c'est très cru . Ça suinte la misère et le désespoir à chaque page , ça transpire la corruption à tous les étages mais le réalisme historique est à ce prix .
Point très appréciable , ce sentiment prégnant que l'auteur à bossé son sujet ! Grand voyageur dans l'âme , Férey se documente parfaitement pour vous immerger violemment dans ces townships susceptibles de ne charrier que douleur , désespoir et mort .
Des personnages intéressants et fouillés trimbalant leur contingent d'emmerdes et de fantômes , le tout au service d'une histoire racée et nerveuse ou la patte sans concession de l'auteur fait une nouvelle fois merveille ! Associée à cela la description alarmante d'un continent à la dérive que rien ne semble pouvoir endiguer et vous obtenez la confirmation que ce Férey s'affirme décidément comme une pointure incontournable du polar français !
Zulu , y es-tu ? Oh que oui mon enfant...
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Marple
01 décembre 2013
★★★★★
★★★★★
Et vlan, prends-toi ça dans les dents ! Violence, drogue, sida, racisme, misère, gangs, collusion des élites et son cortège de corruption, d'injustices et de crimes impunis... c'est un livre coup de poing que Caryl Ferey a écrit sur l'Afrique du sud post-apartheid et pré-Coupe du monde de foot. 
Dans ce polar presque trop noir pour être vrai, nos 3 flics un peu paumés doivent s'attaquer non pas simplement à quelques psychopathes détraqués, mais bien à tout un système cruel et déshumanisé. Et, forcément, à 3 contre le monde, c'est pas gagné, même avec le renfort de toutes les femmes de leur vie, de la vieille zouloue obèse et bienveillante à la poupée fragile sous chimio, en passant par la danseuse en transe et l'ex pleine de rancune...
Tout commence pourtant comme un polar classique : 2 jeunes blanches de la haute société retrouvées assassinées et vraisemblablement violées, une équipe de policiers compétents bien que profondément névrosés qui commence l'enquête, quelques histoires de femmes ou de fesses... Jusqu'à ce que l'enquête débouche sur un terrible barbecue à la machette sur la plage. Et là on bascule dans un autre monde, d'une violence à couper le souffle, d'autant plus terrifiant qu'il est réel, le monde d'une Afrique du sud pas encore guérie de l'apartheid et qui se soigne à coup de seringues, d'armes de guerre ou de haine raciale...
Il y a si peu d'espoir que ça fait mal et qu'on peut avoir du mal à y croire. Mais, malgré toutes les réussites incroyables de Madiba-Mandela, l'Afrique du Sud aujourd'hui, c'est aussi ça, ce Zulu magnifique qui vous terrasse.
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belette2911
03 juin 2013
★★★★★
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Ma petite virée en Afrique du Sud avec l'agence de voyage Férey s'est soldée par une envie folle de ne jamais y mettre les pieds,‭ ‬comme en Nouvelle-Zélande,‭ ‬d'ailleurs.‭ ‬Grâce à lui,‭ ‬je raye des pays entiers de la carte.
Une fois de plus,‭ ‬grâce à cet auteur,‭ ‬je termine une lecture exsangue,‭ ‬essoufflée,‭ ‬dégoûtée‭ (‬pas de l'auteur‭) ‬et avec l'impression que je suis seule,‭ ‬tout le monde étant raide mort tout autour de moi...
Férey,‭ ‬c'est la lecture coup de poing ou coup de pied au cul;‭ ‬Férey,‭ ‬ce sont les cadavres disséminés un peu partout dans les pages;‭ ‬Férey,‭ ‬se sont les policiers un peu borderline dont les veines et tout le corps charrient la souffrance à l'état brut, Ali Neuman étant le parfait prototype, lui qui a fui le bantoustan du KwaZulu pour échapper aux milices de l'Inkatha, en guerre contre l'ANC, alors clandestin.
Même sa mère, seule rescapée de la famille, ne sait pas ce qu'elles lui ont fait... C'est vous dire toute l'horreur !
Férey,‭ ‬c'est une entrée en matière canon,‭ ‬directement dans le bain...‭ ‬de sang.‭ ‬Violences,‭ ‬assassinats,‭ ‬tortures,‭ ‬bref,‭ ‬tout ce que l'homme peut offrir de pire,‭ ‬tout ce qu'un régime totalitaire ou des mercenaires ont à vous offrir ‭ ‬:‭ ‬la mort dans d'atroces souffrances et si vous vivez,‭ ‬c'est dans un état... infernal.
Férey,‭ ‬il nous parle des ethnies,‭ ‬des minorités,‭ ‬qu'elles soient maories ou zoulous.‭ ‬Une visite d'un pays comme vous n'en auriez jamais fait de votre vie.
Férey,‭ ‬il ne survole pas les personnages ou les lieux,‭ ‬il les pénètre et vous le suivez dans l'enfer.
Bien que j'ai une nette préférence pour‭ "‬Haka"‬,‭ ‬j'ai passé un bon moment de lecture avec Zulu‭ (‬si on peut dire ça ainsi‭)‬. D'ailleurs, j'ai dû réviser mon Histoire de l'Afrique du Sud, sinon, j'aurais été perdue.
Quel livre,‭ ‬quelle descente en enfer.‭ ‬On a beau se dire que c'est une fiction,‭ ‬les faits ne sont pas inventés,‭ ‬les problèmes politiques, ethniques, sécuritaires,... de l'Afrique du Sud sont réels et on nous met le nez dedans.
Sueurs froides garanties...‭ "‬Plus jamais ça ‭ !" ‬qu'ils disaient.‭ ‬Tu parles ‭ !
"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme" ‬et on ne le répétera jamais assez.
Il ne me reste plus qu'à m'envoler pour l'Argentine avec lui...‭ ‬non,‭ ‬pas tout de suite,‭ ‬un peu de lecture jeunesse me fera le plus grand bien.
Si tu aimes les romans noirs‭ très noirs‬,‭ ‬lis "Zulu".‭ ‬
Si tu n'as pas peur de ce que tu pourrais découvrir sur l'être humain...‭ ‬Lis Zulu !
Si tu n'as pas peur de t'immiscer dans une Afrique du Sud post Mandala, post apartheid, post guerre des Boers, totalement corrompue et plus qu'infectée par la violence, la drogue, les meurtres, le sida, plus d'autres trucs louches... Lis Zulu !
Sinon,‭ ‬voilons-nous la face.

Lien : http://the-cannibal-lecteur...
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Relax67
24 novembre 2013
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★★★★★
J'ai entendu parler Caryl Férey sur le plateau de la Grande Librairie l'année dernière. Son portrait et ses ouvrages m'ont interpellé à l'époque. J'ai décidé de le lire mais comme je lis peu de polars et que ma PAL était pleine (elle l'est toujours) je me suis dit que j'avais le temps. Et puis j'ai appris que Zulu sortait en salle en décembre ce qui a précipité ma lecture.
Bien m'en a pris. Un choc!
La description en fond d'écran de l'Afrique du Sud post-Apartheid mais anté-"bus de l'équipe de France de foot" est saisissante d'effroi, à l'opposé de l'image véhiculée par le film Invictus. L'espoir prend peur et se perd dans les township du Cap avant d'être découpé en rondelles. En parallèle on découvre l'Afrique du Sud des riches blancs, vautrés dans un décor où Horatio Caine des "Experts Miami" aurait certainement beaucoup de travail.
Mais les flics du Cap n'ont pas autant de moyens que leurs collègues de Floride. Les pauvres anti-héros essaient de maintenir la tête hors de l'eau croupie dans laquelle beigne leur pays et ne réussissent que modérément. Leur vie est un drame, et cela empire, mais ils font face bravement, face à une violence incroyable dépeinte dans quelques scènes horrifiques qui feraient passer Les Noces Pourpres (cf le Trône de Fer) pour un petit chantier d'amateurs.
Cette violence, intériorisée ou extériorisée, vous capte, vous avale tout cru. Vous essayez de submerger grâce à quelques notes d'espoir: un amour possible pour Ali et Zina, la joie de vivre de Joséphina, l'humour cynique de Brian, mais vous coulez à nouveau, tiré par les chevilles par un monstre des profondeurs armés de drogue et de griffes.
Je commence à dire n'importe quoi. La fumée de tik a du s'échapper des pages. Vaut mieux que j'arrête sinon je ne vais pas dormir...
Lisez-le
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inclassable1
24 septembre 2014
★★★★★
★★★★★
Au Cap, une jeune femme, blanche, provenant d'une famille aisée, est retrouvée morte, le visage massacré, dans un parc magnifique, au milieu des fleurs, dans le jardin botanique de Kirstenbosch. L'autopsie révèle la présence d'une drogue inconnue.
Ali Neuman est le chef de la police criminelle du Cap, mais pas que. C'est un Zoulou (un des deux principales ethnies noires avec les Xhosas), marqué à jamais par la mort de son frère Andy, brûlé vif par les milices noires chargées du maintien de l'ordre dans les Bantoustans, et de son père, pendu par les mêmes criminels pendant l'apartheid, période de dictature politique d'une ethnie sur les autres (dictature politique qui s'est muée en dictature économique depuis la fin de l'apartheid, comme le dit l'auteur)
Ali est ses collègues, malmenés par la vie, vont mener une enquête qui va les plonger (sans qu'ils en ressortent indemnes, on est chez Caryl Ferey, pas chez Oui-Oui), dans les remugles nauséabonds de la suprématie de l'homme blanc et de l'anticommunisme.
Je suis une fois de plus soufflé (la dernière fois, c'était avec Mapuche, je sais, je ne les lis pas dans l'ordre) par la capacité de Caryl Ferey à s'approprier un drame politique et humain, à savoir l'infâme et délirant Project Coast piloté par Wouter Basson, à faire vivre ce drame dans un environnement contemporain (l'Afrique du Sud post-apartheid) tout en nous délivrant un magnifique et très personnel roman noir.
Project Coast
L'ami Wouter Basson, auquel je ne confierais pas les enfants de mon pire ennemi, surtout s'ils reviennent de vacances et sont un tant soit peu bronzés, a recruté dans les années 80, sur les ordres du Président d'Etat Peter Botha plus de 200 scientifiques à travers le « Project Coast », pour imaginer, créer et tester des armes chimiques permettant d'éliminer les militants anti-apartheid noirs et communistes et empêcher la montée en puissance démographique de la population noire.
Par exemple, un poison visant à stériliser les femmes à la peau noire aurait été créé à cette époque.
Peter Botha est mort dans son lit, Wouter Basson est toujours cardiologue, tout va bien pour lui merci.
Ah si, aux dernières nouvelles, il risque d'être rayé de l'Ordre des Médecins.
C'est cette machination à très grande échelle, a priori inimaginable, qui va être la colonne vertébrale du roman.
L'Afrique du Sud post-apartheid
C'est le coeur du roman, une photographie prise par Caryl Ferey, qui ne s'est pas contenté comme moi de se documenter sur Internet.
Ce qui en frappe en premier, c'est que rien n'aurait changé avec la fin de l'apartheid. A part les droits politiques, l'Afrique du Sud reste un pays profondément divisé et inégalitaire et, comme le dit l'auteur, plusieurs générations seront nécessaires pour que la situation s'arrange, un peu.
Ce point est cependant à relativiser sur des points précis comme la lutte contre le Sida comme nous le verrons plus loin.
L'Afrique du Sud est d'abord un pays pauvre, relativement (121ème place/187 en 2012 à l'Indice de Développement Humain). C'est un pays très pauvre selon nos critères occidentaux, c'est cependant une des premières puissances d'Afrique avec le Nigeria et l'Egypte.
Pour simplifier, les pauvres sont très nombreux et très pauvres (le taux de chômage officiel est de 23% selon le Gouvernement, 40% selon les syndicats), et les riches sont peu nombreux mais très riches, et cette situation n'a pas vraiment évolué depuis la fin de l'apartheid, mis à part un départ assez massif (près d'un million de personnes) de jeunes diplômés blancs à l'étranger, phénomène qui s'est depuis atténué, au contraire un phénomène de retour au pays a été constaté.
Caryl Ferey nous balade dans les townships, (attention, ce n'est pas une promenade de santé !) mais nous montre aussi les demeures ultra-sécurisées des blancs.
L'Afrique du Sud est un pays dans lequel les inégalités sont les plus importantes, elles sont particulièrement vives dans le système de santé, qui ne fonctionne pas de la même manière selon les zones blanches ou noires.
Et dans le domaine de la santé, la manière dont la pandémie de Sida a été appréhendée est symptomatique de ce pays : d'une politique de déni au début des années 2000, on est passé à une politique du n'importe quoi (la Ministre de la Santé déclarant les médicaux rétroviraux toxiques et préconisant comme soins un régime alimentaire, un Président d'Etat vantant les mérites de potions magiques), puis, depuis 2007, à une politique de soins et de prévention (notamment dans le domaine de la transmission de la mère à l'enfant) digne de ce nom qui a porté des fruits.
La pauvreté, le chômage, la maladie, les conditions sociales, notamment la disparition prématurée des parents, oncles, tantes en raison du Sida qui a fait plusieurs centaines de milliers de morts (l'espérance de vie est passé de 62 ans en 1990 à 51 ans en 2005 pour remonter à 60 ans actuellement) engendrent la violence.
Oui, l'Afrique du Sud est un pays violent, à un point tel que nous ne pouvons l'imaginer : un Africain du Sud sur 4 aurait commis un viol…. Certes, la situation aurait là aussi évolué depuis l'écriture de Zulu, mêmes si les organisations non gouvernementales parlent de manipulation des chiffres (ça existe en France, donc ça peut exister en Afrique du Sud), et cette violence est en partie importée depuis d'autres pays d'Afrique.
C'est une suite imaginaire au Project Coast au coeur d'une Afrique du Sud pauvre et violente qui va constituer la trame de Zulu.
Un magnifique et très personnel roman noir.
Les flics de Caryl Ferey sont des désespérés magnifiques : la vie d'Ali Neuman , en dehors de son job de flic et de sa mère, est un désert aride dans lequel il n'existe aucun ailleurs, aucun possible différent, c'est trop tard. Il fait semblant, c'est tout. Les sentiments qu'il peut éprouver pour les femmes sont dénaturés par ce qui s'est passé lorsqu'il a vu son frère et son père mourir, une partie lui est vraiment morte ce jour-là
Les deux autres flics, blancs, s'ils n'ont pas souffert durant leur jeunesse, sont torturés, l'un par des démons extérieurs, le cancer du sein de sa femme, et une grande peur de la violence, l'autre par des démons intérieurs qui font que son fils le méprise et son ex le déteste.
Ce n'est pas tant la violence physique (pas si présente que ça même si certaines scènes sont assez raides) dans ce roman qui rend ce roman noir comme la mort, mais l'atmosphère sordide, désespérante, des gosses de 8 ans qui attaquent des vieilles ou proposent à Ali une pipe pour vingt rands, des types complètement défoncés qui tirent sur tout ce qui bouge ; tout ça dans un pays d'une beauté incroyable ce qui crée un contraste saisissant.
C'est l'environnement, réel, de cette Afrique du Sud, si inégalitaire, où une minorité (9%) de blancs tient encore toutes les commandes économiques, qui rend ce roman noir.
Et puis, il y a le style de Caryl Ferey, qui convoque tous les codes du thriller pour les tordre, les faire siens, cette volonté d'éviter à tout prix les lieux communs, les phrases toutes faites, les ficelles des intrigues multiples qui se rejoignent au bout du compte, les héros qui s'en sortent toujours même dans les situations désespérées, le tout dans un style direct, percutant, mais aussi très didactique et sensible à la beauté des choses et à l'humanité des gens.
Ce roman renvoie à ce qu'il y a de plus réussi, dans un autre style et un autre temps, chez Maurice Dantec et Hugues Pagan.
Enfin, le diagnostic est clair, universel :
"Face à la concurrence des marchés mondiaux, les États souverains ne pouvaient quasiment rien faire pour endiguer les pressions de la finance et du commerce globalisé, sous peine de s'aliéner les investisseurs et menacer leur PNB : le rôle des États se cantonnait aujourd'hui à maintenir l'ordre et la sécurité au milieu du nouveau désordre mondial dirigé par des forces centrifuges, extraterritoriales, fuyantes, insaisissables. Plus personne ne croyait raisonnablement au progrès : le monde était devenu incertain, précaire, mais la plupart des décideurs s'accordaient à profiter du pillage opéré par les flibustiers de ce système fantôme, en attendant la fin de la catastrophe. Les exclus étaient repoussés vers les périphéries des mégapoles réservées aux gagnants d'un jeu anthropophage où télévision, sport et pipolisation du vide canalisaient les frustrations".
On fait quoi ?
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Citations & extraits (68) Voir plus Ajouter une citation
caro64caro6409 juillet 2010
L'Afrique du sud d'aujourd'hui n'est pas ce paradis légal dont l'on aurait pu rêver avec l'élection de Mandela. Le passé a laissé des traces indélébiles. Les luttes internes entre opposants ont été aussi meurtrières que la répression du pouvoir blanc. Et la violence des blancs a trouvé une réponse dans l'opiniâtreté des noirs. Chaos et conflits ne se sont que déplacés, et ils existent toujours. L'apartheid n'est plus légal, mais il reste social.
Dix-huit mille meurtres par an, vingt-six mille agressions graves, soixante mille viols officiels (probablement dix fois plus), cinq millions d’armes pour quarante-cinq millions d’habitants : Comment la première démocratie d’Afrique pouvait être le pays le plus dangereux du monde ?
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bacoltranebacoltrane09 décembre 2009
Quarante-deux ans : elle passerait bientôt le cap de la fécondité. Encore quelques années, songeait-elle, et ce serait fini de la croupe éblouissante roulée dans l'hypnose, les promesses de lointains ailleurs, les baisers implacables à l'autel des blablas. (p 71).

François était parti en douce, rejoindre ses copains beatniks (comme son père les appelait), une bande de drogués au droit-de-l'hommisme et à la marijuana, qui avait fini de l'endoctriner avec leurs utopies égalitaires - égalitaires mon cul, fulminait le colonel : comme si les Noirs étaient capables d'égalité ! Il suffisait de voir l'Afrique, l'Afrique et ses yeux cernés de mouches :roitelets en képi s'appropriant les richesses du pays pour leur clan, empereurs en stuc, chefs de guerre cupides et sanguinaires, ministres laveurs de vitres, populations affamées et ignares qu'on déplaçait comme du bétail ! Les Noirs au pouvoir étaient immatures, violents, menteurs, incompétents, déculturés : ils n'avaient rien à apprendre aux Blancs, l'esprit de liberté et d'égalité moins que tout.
(p 159)
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gruzgruz21 septembre 2012
... ainsi le sida était considéré comme une maladie banale liée à la pauvreté, la malnutrition et l'hygiène, excluant explicitement le sexe, aux conséquences intolérables, notamment en matière de moeurs masculines.
Selon ce point de vue et pour contenir le fléau, la politique sanitaire du gouvernement avait d'abord préconisé l'ail et le jus de citron après les rapports sexuels, et de prendre une douche ou d'utiliser des pommades lubrifiantes.
Le rejet des préservatifs, considérés comme non virils et l'instrument des blancs, malgré les distributions gratuites, finissait de noircir un tableau déjà passablement désespérant.
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inclassable1inclassable124 septembre 2014
Face à la concurrence des marchés mondiaux, les États souverains ne pouvaient quasiment rien faire pour endiguer les pressions de la finance et du commerce globalisé, sous peine de s'aliéner les investisseurs et menacer leur PNB : le rôle des États se cantonnait aujourd'hui à maintenir l'ordre et la sécurité au milieu du nouveau désordre mondial dirigé par des forces centrifuges, extraterritoriales, fuyantes, insaisissables. Plus personne ne croyait raisonnablement au progrès : le monde était devenu incertain, précaire, mais la plupart des décideurs s'accordaient à profiter du pillage opéré par les flibustiers de ce système fantôme, en attendant la fin de la catastrophe. Les exclus étaient repoussés vers les périphéries des mégapoles réservées aux gagnants d'un jeu anthropophage où télévision, sport et pipolisation du vide canalisaient les frustrations
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kathelkathel25 février 2009
Le Jardin Botanique était vide à cette heure, l'aube encore un souvenir. Neuman marcha sur la pelouse taillée à l'anglaise, ses chaussures à la main. L'herbe était tendre et fraîche sous ses pieds. Les feuillages des acacias frémissaient dans l'obscurité. Neuman rabattit les pans de sa veste et s'agenouilla près des fleurs.
"Wilde iris (Dictes grandiflora)", disait l'affichette. Il y avait encore les rubans de la police, qui battaient dans la brise...
On n'avait pas retrouvé le sac de Nicole sur les lieux du crime. Le tueur l'avait emporté. Pourquoi ? L'argent ? Qu'est-ce qu'une étudiante pouvait avoir dans son sac à main ? Il leva les yeux vers les nuages affolés qui filaient sous la lune. Le pressentiment était toujours là, omniprésent, qui lui comprimait la poitrine.
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