Fou ou génial ? Ce roman semble générer deux types de réaction : soit on l'arrête au bout de dix pages en secouant la tête ; soit on continue jusqu'au bout en criant au roman culte.
J'avoue ; la première fois que j'ai ouvert ce livre, il y a bien longtemps, j'étais dans le premier cas. Mais il paraît que tout roman se laisse lire, à condition de trouver le bon moment. Donc cette fois, passé les trente premières pages - difficiles - j'ai fini par m'habituer au style et apprécier le livre pour ce qu'il est, et pas pour ce que j'en attendais.
Les livres peuvent donner du plaisir de deux manières différentes, complémentaires. La première manière, c'est de nous répéter des choses déjà dites ailleurs. C'est le plaisir de séjourner en un lieu qu'on apprécie, ou de réécouter une musique qu'on aime. La seconde, c'est de nous faire découvrir des choses nouvelles, qui titillent la curiosité, excitent l'imagination, font naître d'autres idées, et stimulent les centres du jeu et de l'apprentissage. Ici, on est complètement, voire exclusivement dans la seconde. du premier au dernier mot.
Tous à Estrevin est un mélange dense et déroutant de science-fiction, de métaphysique, de surréalisme, de religion, de philosophie et d'humour potache. On y trouve des coq à l'âne, des comparaisons osées, des références plus ou moins cachées, des métaphores hardies et de l'absurde, dans un style qui n'arrête jamais de rebondir et de partir dans tous les sens.
Une histoire ? Oui, bien sûr. le livre est l'autobiographie d'une machine créée par une poignée d'individus géniaux. Epikt - c'est son petit nom - a la particularité d'être composée à partir d'extraits psychiques de diverses personnes qu'elle absorbe progressivement (elle existait donc avant d'avoir été créée) et a été conçue afin d'apporter des réponses aux questions que se posent les hommes (mais lesquelles ?). On suit son évolution, sa découverte du monde et des hommes. Elle est d'emblée assez imbue d'elle-même, mais doute néanmoins, reste curieuse, et nourrit malgré elle en son sein un mystérieux Serpent. Sa quête l'amène entre autres à répandre l'Amour sur l'humanité, ou découvrir la forme de l'Univers.
Alors donc, fou ou génial ? Disons original. Profondément original, dans un mode "descente en roue libre" assumé, étonnant, qui finit par être très agréable à lire. Une expérience qui se tente.
Le quatrième de couverture, peu charitable, met tout ça sur le compte de l'alcool. Peut-être, mais si l'alcool développait la créativité à ce point, alors il y aurait des millions de génies qui s'ignorent.
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