Fahrenheit 451, grand classique de science-fiction, que je n'avais encore jamais lu. (d'ailleurs, Bradbury estime que ce n'est pas un livre de science-fiction. Pour moi, cela en est un. Mais bon, là n'est pas la question). Ce roman m' a stupéfiée. Il était d'actualité à l'époque de sa sortie (en plein maccarthysme, si je ne m'abuse), et il l'est toujours. Censure, nivellement par le bas, refus de la culture, individualisme, désespoir, questionnement, destruction de la famille, etc. Ici, les livres sont interdits et brûlés. Trop dangereux, car trop d'idées contradictoires. Se poser des questions empêche d'être heureux, alors on brûle! Enfin cette tâche est laissée aux pompiers... Place et longue vie au consensus et à l'uniformisation!
La force poétique, et même lyrique du roman, renforce son engagement. La poésie met le doigt là où ça fait mal. Le contraste, violent, est là.
Un des thèmes du roman est aussi le souvenir. Un groupe de lettrés survit en forêt, hors de la ville. Chaque individu a mémorisé un livre."Nous nous souvenons". Se souvenir, reconstruire, retomber, peut-être. Pas de réponses, pas de fin déterminée. C'est à nous de créer la réponse. Dans le roman un personnage avoue qu'il a préféré se taire. Oser s'élever, dire. Là est aussi le propos. On laisse faire par lâcheté, relâchement? Conformisme, rage?
ça tourbillonne dans ma tête, ce roman éveille beaucoup en moi: censure, destruction, mémoire. On peut en parler pendant des heures. C'est ce que je viens de faire dans le cadre d'un cercle de lecture. Personne n'est resté indifférent. Ce livre "parle" aux lecteurs. Et ça c'est déjà beaucoup.
La science-fiction est un genre vaste, même les spécialistes sont en désaccord à son sujet. Je la vois comme le monde des possibles, des peurs, des espoirs, des envies mais aussi un miroir de ce que nous sommes présentement. Un personnage (Granger) dit, "Allez, pour commencer, nous allons construire une miroiterie et ne produire que des miroirs pendant un an pour nous regarder longuement dedans". Je trouve cette phrase juste.
La littérature en générale (peu importe son genre), n'est-ce pas cela aussi?: Un miroir, déformant ou pas, qui nous laisse la possibilité, la liberté de jouer avec notre reflet? Des questions, des questions, toujours des questions! Pas toujours de réponses... mais cela compte-t-il vraiment?
Chaque individu dans le groupe de réfugiés "lettrés" a mémorisé un livre. Des bibliothèques sur deux jambes... "Nous sommes tous des morceaux d'histoire". Histoire, souvenirs, mémoire. Nous sommes des morceaux d'un peu de tout, nous sommes des morceaux de mots, de silences, de soupirs derrière lesquels se cachent des histoires. Raconter, dire, transmettre. Se souvenir pour mieux construire et inventer, ériger un monde.
Il y a aussi cela dans Fahrenheit: la notion de donner du sens. Faire sens, et partir à la recherche de ce sens. C'est cela qui effraie tant la société dépeinte dans Fahrenheit. La peur de faire sens et de se retrouver face à soi-même et à sa propre insignifiance.
Un roman dense, dense, dense qui fait danser (bon, je concède c'est un peu facile et pas très bon comme petit jeu de mots...mais il me fait sourire pareil....hm, hm)
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