Une jeune aide-ménagère est engagée chez un employeur un peu particulier : ce vieil homme est un ancien professeur de mathématiques qui, à la suite d'un traumatisme crânien, n'a plus qu'un empan mnésique de 80 minutes. L'employée doit donc se présenter de nouveau à lui tous les matins et affronter ses traditionnelles questions, toutes centrées sur les chiffres. Elle se lie vite à cet étrange personnage et lui présente son fils qu'il surnomme « Root » ou racine carrée, en raison de son crâne aplati. le vieil homme et l'enfant se découvrent une passion commune pour le base-ball. Cette amitié résistera-t-elle à l'amnésie invalidante du professeur ?
J'avais découvert
Yoko Ogawa à travers «
La Bénédiction inattendue », un recueil de nouvelles que j'avais particulièrement apprécié. Ce roman ne m'a pas laissée indifférente. Il s'en dégage une immense tendresse : l'auteur a bien su rendre dans sa plume experte et sobre la palette des sentiments qui se noue entre l'aide-ménagère, son fils et le professeur. La narratrice au début est un peu effrayée par le personnage : en effet, il a vu se succéder avant elle 9 aides-ménagères. Pour quelle raison sont-elles parties ? le professeur a-t-il des exigences si singulières qu'il fait fuir ses employées ? Mais très vite, elle se prend d'affection pour lui. le vieil homme est un original : il porte, accrochées à sa veste élimée, de multiples notes manuscrites sur lesquelles figurent les informations essentielles à ne pas oublier. Ainsi a-t-il fait une petite note pour sa nouvelle aide-ménagère et son fils qu'il surnomme « Root » en raison de sa particularité physique.
Le roman mêle habilement l'art des lettres (l'écriture est ciselée et très dépouillée) et l'art des chiffres. Sans adopter une allure trop didactique, l'auteur distille quelques connaissances mathématiques, par exemple sur les nombres premiers ou la formule d'Euler, «
La Formule préférée du professeur ». L'aide-ménagère se cultive, développe son goût d'apprendre auprès du professeur. Elle mène ses propres recherches en bibliothèque pour percer à jour les mystères de «
La Formule préférée du professeur ». Ce dernier parvient avec un talent de pédagogue à transmettre sa passion des mathématiques à la jeune femme et son enfant.
J'ai été séduite d'emblée par le caractère très original de l'intrigue : comment travailler auprès d'un vieil homme qui ne peut encoder des informations nouvelles que sur une durée de 80 minutes ? Comment l'auteur allait-elle s'y prendre pour décrire une amitié sur le long terme, à reconstruire toutes les 80 minutes ? J'ai été par contre moins attirée par les descriptions techniques du jeu de base-ball. Même si les notes de la traductrice permettaient d'éclaircir bien des termes, le propos restait très technique.
Un roman poignant, une fin bouleversante, une écriture ciselée, poétique qui nous conte avec brio l'histoire d'une amitié sur fond d'amnésie. Un roman qui nous invite à une découverte de la beauté des mathématiques.